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Jeu de pouvoir

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Star Wars RPG Index du Forum -> Galaxie principale -> Alderaan -> Aldera
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Sebastian Melvar
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MessagePosté le: 30/05/2018 21:51:57    Sujet du message: Jeu de pouvoir Répondre en citant

REJOINDRE LA PARTIE
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Quelques jours de solitude me furent accordés au cours desquels je pus tranquillement, mais avec la plus grande application dont j’étais capable, me documenter sur l’histoire d’Alderaan. J’appris avec étonnement qu’Alderaan n’avait pas quitté la République pour la première fois et que cette planète à la réputation si paisible avait même connu une guerre civile… L’empire démocrate et l’empire sith ne sont donc pas les premiers à embraser ce monde, et il s’est relevé pour devenir un havre de culture.

J’avais également profité de ce temps pour me rendre dans la capitale à quelques reprises, notamment pour assister à des conférences de l’Université d’Aldera, au sein de laquelle j’étais effectivement passé totalement inaperçu. Je reçus quelques informations utiles sur le fonctionnement des institutions alderaaniennes que je découvris moins démocratiques que ce que j’imaginais. Décidément, le précepteur Corgan idéalisait son propre monde…

Le rendez-vous avec Valerian Ulgo se faisait attendre, sans que j’en connaisse la raison. Isaelle me la révéla la veille de notre départ en m’annonçant, non sans une certaine émotion, que la citoyenneté alderaanienne m’avait été accordée. Il n’était en effet pas envisageable de se présenter au chef des conservateurs sans ce précieux statut. J’étais alderaanien au point de vue administratif, il me restait maintenant à devenir pleinement citoyen.

Nous partions le lendemain pour la capitale du Royaume. Le premier arrêt fut consacré à la remise symbolique de ma citoyenneté. Un représentant de l’Édile en charge de la culture et du social me remit un papier, il en était encore fait usage sur Alderaan dans ce genre de cérémonie, attestant ma qualité de citoyen alderaanien.

Nous nous rendions par la suite à la résidence de Valerian Ulgo, une demeure aussi grande que celle de Terrarium City, mais en plein cœur de l’un des quartiers les plus riches de la capitale. Nous fûmes accueillis par une jeune femme qui nous conduisit vers un salon aux murs boisés. Valerian Ulgo était présent, richement vêtu et présentait une allure très formelle. L’homme avait probablement une soixantaine d’années bien passées mais ne semblait nullement accablé par son âge, le privilège des aristocrates.


- « Monsieur Melvar, bienvenue.

- Merci Monsieur, je suis honoré de votre invitation.

- Les Melvars trouveront toujours ma porte ouverte, vous le savez chère Isaelle. Dit-il en direction de ma cousine à l’adresse de laquelle il s’inclina légèrement. Installez-vous, je vous en prie. Il pressa un bouton discret qui se trouvait sur une table basse. Un humain pénétra silencieusement dans la pièce. Il ne lui prêta aucun regard et continua de s’adresser à nous. Désirez-vous un rafraîchissement ?

C’est Isaelle qui répondit la première.
- Une eau des sources de Juran, ce sera parfait.

- Je serais moins raisonnable avec un whiskey, s’il vous plait.

- Je prendrai comme d’habitude. Il s’agissait cette fois-ci d’une adresse directe à celui que je nommerais Alister, en souvenir du bon vieux temps. Alors voici le nouveau porte-voix des Melvars… C’était la première fois que je voyais une figure masculine dominante. Je ne pouvais pas m’empêcher de faire le parallèle entre cet homme et ma mère, et Varlerian Ulgo ne tenait pas la distance. Le vieux beau se donnait des airs de grand aristocrate, mais il semblait davantage préoccupé de jouer son rôle que de véritablement l’incarner. J’avais traité, dans ma vie professionnelle, avec des gens qui pourraient faire passer cet individu pour un miséreux. Les grands enjeux qui avaient pu caractériser certains de mes échanges professionnels m’aidaient à aborder cette conversation avec une sérénité que je n’avais pas soupçonnée. Peut-être que ma vie passée s’avèrerait plus utile que je ne le pensais. Qu’est-ce qui vous amène sur Alderaan, mon jeune ami ? Ce ton paternaliste était des plus irritants, mais il était bien trop tôt pour marquer mon territoire. J’avais trop besoin de cet homme pour ne pas me soumettre à son jeu. La question, derrière sa grande simplicité, était en réalité extraordinairement complexe. Je pouvais me prendre les pieds dans le tapis dès l’entrée… Que répondre ? La vérité ? Le chef du parti conservateur avait-il besoin de connaître mes états d’âme quant à la situation de Kuat ? Certainement non, mais si je devais devenir son allié sur la scène politique alderaanienne, le mensonge pur et simple était à exclure, d’autant que ce n’était pas ma spécialité.

- Mon temps était fait sur Kuat. J’ai décidé de rejoindre un monde dans lequel je ne serai pas pourchassé en raison de mon appartenance à la classe sociale qui a opprimé pendant des millénaires, un monde auquel j’ai toujours été attaché.

- Oui, j’ai entendu parler de la situation kuatie. Sombre affaire… L’Alister arriva en silence et déposa d’un geste professionnel les boissons commandées quelques secondes auparavant. Il est regrettable que vous n’ayez pas réussi à résoudre ce conflit avant qu’il ne dégénère.

- Je crains que certains conflits ne puissent pas être résolus autrement.

- Et que pensez-vous de notre conflit ?

- Les citoyens alderaaniens sont beaucoup plus soudés que les habitants de Kuat, vous formez, nous formons - tentai-je de rattraper avec un sourire - un corps plus uni et plus fort que cette crise passagère qui peut être purgée par là où elle a commencé. La question de Valerian Ulgo, ce « notre conflit », ainsi que la très fraiche acquisition de ma qualité de citoyen m’avaient poussé à l’erreur. Il n’y avait qu’à espérer que ce lapsus ne me serait pas fatal tandis que j’entrepris de le noyer d’une gorgée de whiskey.

- J’admire votre optimiste, mon jeune ami, mais j’ai peur qu’il soit hors de propos. Valerian n’avait visiblement pas prêté attention à ma petite erreur. Sans doute ne m’écoutait-il pour l’instant que par courtoisie à l’endroit de ma cousine, j’en voulais pour preuve la vitesse avec laquelle il avait balayé le sujet de la guerre civile sur Kuat pour en venir à la situation qui le préoccupait davantage. Cet m’aurait probablement gêné en d’autres circonstances, mais il m’arrangeait dans le cas présent car il m’était encore trop douloureux d’évoquer Kuat.

- Oui je comprends. Mais je ne pense pas que ce soit de l’optimisme. Une crise de l’expression démocratique est de nature à faire trembler les fondements d’une société, et c’est encore plus vrai pour Alderaan qui, en plus d’être une société profondément attachée aux libertés politiques, a toutes les raisons de craindre l’ingérence des grandes puissances interplanétaires. La République, sous ses formes travesties, a fait souffrir ce Royaume paisible. Je marquai une courte pause par respect pour les souffrances éventuellement subies par mon hôte durant ces sombres périodes de l’histoire récente. Je comprends donc en quoi cette crise peut sembler insurmontable. Mais mon point de vue, disais-je, n’est pas simplement optimiste. Je le crois réaliste car j’ai le luxe de voir cette crise avec des yeux dépassionnés, ceux de l’extérieur. Si l’élection a été truquée, il faut en réaliser une nouvelle pour porter au pouvoir un Vice-Roi à la légitimité sans tâche.

- Évidemment, nous ne vous attendions pas pour en arriver à cette conclusion. Vous semblez sous-estimer le traumatisme…

- C’est probable, mais je le vois pour ce qu’il est : une opportunité pour les conservateurs de reprendre la main. Le regard mi surpris, mi interrogateur de Valerian Ulgo m’offrit une pause de quelque secondes que je saisis pour boire une gorgée de Whiskey. Je devais prendre garde à ne pas tout présenter comme une évidence : d’une part, rien de tout ce que je disais n’était évident et le ton qui tendait à faire penser le contraire visait à masquer mes propres doutes sur mon discours et, d’autre part, présenter à quelqu’un une évidence à laquelle il n’avait pas pensé pouvait le mettre en de bien mauvaises dispositions. Les vainqueurs d’hier sont mis en défaut de la pire manière qui soit, ils ont triché. Le déficit de confiance est évident, il se mesure dans la rue. Les opposants d’hier peuvent ramasser la mise, s’ils ne donnent pas l’impression de bassement profiter d’une crise.

- Vainqueurs dont vous étiez, chère Isaelle, je n’ai pas oublié votre prise de distance… Pourquoi ce revirement ?

- Vous le savez très bien, Valerian, j’ai été claire et explicite à ce sujet. L’appartenance d’Alderaan à la République est une question qui transcende les clivages partisans et sur laquelle nous étions autorisés à exprimer un point de vue personnel. Je n’ai pris aucune position publique qui n’ait été permise par le Bureau, et je n’étais pas la seule. Elle but une gorgée d’eau, et poursuivit tout en délicatesse. Mais nous devrions plutôt nous intéresser à l’avenir.

- Oui, donc c’est aussi simple que cela ? Nous présentons un candidat conservateur et à nous le Ministère ?

- Vous ne pouvez pas proposer un simple retour en arrière face à une situation comme celle-là. Les conservateurs, qui sont les opposants politiques les plus modérés des sociale-monarchistes, vont bénéficier des anciens votes flottants, mais pour maximiser ce gain, il va falloir adoucir votre ligne. Il va falloir parler un peu sociale-monarchiste si vous voulez récupérer les déçus.

- Je vois que votre poulain a réfléchi à ces questions, chère Isaelle. Et voilà qu’il ne me considérait même plus comme son interlocuteur. Ses manœuvres pour feindre la maîtrise, c’est-à-dire me désigner comme son « jeune ami », comme un « poulain » ou encore s’adresser à Isaelle, étaient transparentes et agaçantes. Sauver les apparences était un art de l’aristocratie qui transcendait visiblement les cultures. Je m’y adonnais d’ailleurs en même temps que Valerian Ulgo afin qu’il ne décèle pas le mépris que je construisais pour sa personne.

- Oui, il ne s’est définitivement installé que récemment parmi nous, mais Alderaan a toujours été sa seconde demeure de cœur. Isaelle était plus à l’aise avec la vérité que moi, mais qu’importe. C’était à son tour de travailler notre hôte. Je l’avais inondé de mes théories habillées de certitudes afin de les faire passer pour des solutions, mais je n’étais que le poulain… Il fallait maintenant que l’étalon consolide ma crédibilité. Je partage ses analyses, Valerian, je vous l’ai dit depuis le début de cette crise : il va falloir modérer notre discours et présenter du neuf parce que le déficit de confiance est généralisé. Les alderaaniens vont jusqu’à douter de la probité de leur Roi, Valerian, de leur Roi ! Et je ne parle pas du Conseil qui l’entoure, car on n’épargne les monarques conspués que pour mieux accabler leurs conseillers de toutes leurs turpitudes. Le Roi Organa lui-même était suspecté d’avoir favorisé la fraude électorale, c’était visiblement particulièrement grave dans l’esprit des conservateurs. Faire élire un nouveau Vice-Roi était une chose, résoudre la crise en était une autre. J’avais pour l’institution royale le plus grand des respects, mais nul scrupule à changer de roi si la situation l’exigeait. Et pourquoi ne pas souffler à demi-mot que la maison Ulgo pourrait récupérer une Couronne que la maison Organa détenait actuellement. Il fallait faire preuve d’une immense prudence, mais parier sur la vanité de ce noblion était probablement moins fou que sur mon éventuelle candidature à la fonction de Vice-Roi. Si Valerian Ulgo se rêvait Roi, il serait trop obnubilé par ses propres fantasmes pour s’opposer à mon projet fou. Je repris donc la parole à la suite d’Isaelle, la complicité était d’autant plus parfaite qu’elle n’avait pas été préparée. Cette complicité tranchait d’ailleurs radicalement avec la façon dont ma mère m’intégrait à ses propre intrigues, et je me surprenais à prendre du plaisir dans cette conversation.

- Effectivement, le nouveau Vice-Roi aura la délicate mission de rétablir la confiance dans les institutions du Royaume. Il existe à mon sens deux manières de rétablir la confiance : réaffirmer la force des institutions existantes en favorisant la désignation de nouvelles têtes, ou bien raser la table pour créer des institutions nouvelles. Pour ma part, je pense que le système alderaanien mérite très largement d’être sauvé, d’autant que, comme je le disais, de nouvelles élections purgeront les vices. Et je parle bien de nouvelles élections au pluriel, car si le Roi Organa est mis en cause, le renouvellement pourrait aller jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Puis le silence… Isaelle avait compris, Valerian mettait un peu plus de temps. Du regard entre ma cousine et moi, nous jugions que c’était elle qui devait clarifier le sous-entendu.

- Les maisons nobles assez puissantes pour prétendre à la Couronne ne sont pas très nombreuses, Valerian, vous savez laquelle serait soutenue par un nouveau pouvoir conservateur. Puis elle but son eau de source en silence tandis que Valerian semblait réfléchir. Sa lenteur conviendrait très bien à un monarque constitutionnel.

- Oui, bon… Admettons. Mais, Sebastian, quand vous dites que les institutions alderaaniennes méritent "largement" d’être sauvées… Qu’est-ce que vous remettriez en cause exactement ? C’était « Sebastian » maintenant, il mordait à pleines dents !

- Je n’ai pas la prétention d’avoir un schéma institutionnel parfaitement réglé en tête, mais si nous voulons sauver la Royauté et la noblesse, il faut qu’elles acceptent de se mettre en retrait. Le pouvoir royal est éminemment important, mais les décisions les plus fondamentales concernant l’État ne peuvent pas résulter de son seul fait. La majesté du trône ne peut être préservée qu’en l’éloignant des contingences politiques. C’est à ce prix que jamais plus aucune suspicion ne pourra peser sur le Roi.
La nation alderaanienne a besoin d’un organe qui la représente de manière plus contingente et qui ne soit pas un seul individu, je pense qu’il faudra créer une assemblée élue par l’intégralité des citoyens alderaaniens. C’est cette assemblée qui devra voter les lois, le cas échéant avec l’avis du Conseil dirigeant qui ne peut plus conserver les pouvoirs disproportionnés qu’il tient actuellement de notre constitution.


Valerian toussa pudiquement, mais la stupeur était visible. Il en posa son étrange breuvage aux couleurs multiples sur sa la table basse qui lui faisait face.
- Et vous voulez rejoindre les conservateurs avec des idées pareilles ?

- J’ai bien parlé d’adoucir la ligne politique, Monsieur Ulgo. Les conservateurs ne pourront pas profiter de la conjoncture actuelle s’ils s’en tiennent à leurs vieux totems. Vous pouvez continuer à vous appeler « conservateurs », mais il faut redéfinir ce que vous voulez conserver. Je ne me satisfais pas de cette appellation "Oldcons" ; nous ne sommes pas vieux, et nous ne sommes pas… Bref, vous voyez ce que je veux dire.
En tant que conservateur alderaanien, je crois en l’indéfectible force de nos institutions issues du compromis du Col du Roi, il y a trois mille ans de cela. Et je ne parle pas de l’institution royale, plus ancienne encore. Mais pour conserver, il faut adapter et réincarner.
Mais je vous rassure, si les institutions sont le socle de notre vie commune, elles ne la résument pas. La ligne conservatrice me convient sur d’autres aspects, notamment l’importance de disposer d’une force de défense autonome car le pacifisme ne vaut que pour ceux qui veulent bien l’entendre. Envoyer tout le potentiel défensif alderaanien dans l’espace était au mieux une erreur de jugement…
Cette décision étant celle d’un Organa, dont la rivalité avec la maison Ulgo était connue, je ne prenais que peu de risque en la critiquant si vertement. J’avais exposé mes vues et ne jugeais pas utile d’en dire davantage au risque de verser dans le discours politicien, ce qui n’était pas vraiment l’enjeu dans ce salon. Je pensais m’être affirmé comme un acteur potentiel du jeu politique à venir. Valerian Ulgo pouvait grossièrement associer une ligne idéologique à ma personne, et décider s’il était bon pour son parti, mais sans doute aussi pour lui-même, de continuer à écouter ce que j’avais à lui dire. Son visage était songeur, je sentais que mon discours était en train de parcourir un cheminement complexe dans son esprit, il slalomait entre ses propres idées politiques et ses ambitions purement personnelles. L’idée que nous avions glissée dans sa tête, qu’il pourrait être Roi d’Alderaan à la place d’August Organa, troublait son jugement.

- Vous êtes un sacré numéro, Sebastian… Je vous découvre pour la première fois, et vous me donnez l’impression d’avoir milité depuis des années. Isaelle ne voulait pas laisser Valerian respirer, elle intervint immédiatement, avec légèreté, quand elle sentit que Valerian allait commencer à penser un peu trop par lui-même.

- Je vous l’avais dit, Valerian, il a ce qu’il faut.

- Même si j’étais d’accord, chère Isaelle, vous savez que je ne suis pas seul. Il porta son regard sur moi avec un air sérieux, un air nouveau. Il avait cessé de jouer son rôle ou bien mon regard sur lui était plus clément désormais que je pensais l’avoir convaincu… Votre ligne, Sebastian, est très réformiste, peut-être trop. Je veux bien entendre qu’il va falloir que nous nous reniions un petit peu pour augmenter nos chances de victoire, mais quel message enverrions-nous aux électeurs ? Nous sommes conservateurs, quand même, et nous allons porter une réforme institutionnelle qui prive la noblesse et le Roi de leurs pouvoirs politiques… C’est au moins saugrenu !

- Mais comptez sur la déception des électeurs sociaux-monarchistes qui auront du mal à reconduire ceux qui ont gagné par la fraude… Ils basculeront plus facilement vers l’autre parti de gouvernement s’il est capable d’avoir un discours exceptionnel, à la hauteur de cette situation exceptionnelle. A nouveau une pause, Valerian Ulgo faisait des petits gestes d’approbation avec sa tête, comme si son esprit venait de parvenir à une conclusion et qu’il y adhérait.

- Et ce discours, vous pourriez le faire au prochain Bureau ? »

Valerian Ulgo s’était transformé durant cet entretien. Il avait débuté comme un vieil aristocrate mondain jouant son propre rôle pour se rendre compte, au cours de la conversation, que les prétentions que j’exposais était très sérieuses, au moins dans la forme. Il n’avait pas pu être question d’une candidature personnelle à la fonction de Vice-Roi, je n’avais pas estimé opportun d’être trop explicite à ce sujet. A l’occasion de notre huis-clos dans le speeder jusqu’à l’Astroport, Isaelle et moi échangions sur ce le rendez-vous qui venait de se clore :

- « Tu l’as rajeuni de vingt ans, bravo ! Il commençait à devenir la caricature de lui-même avec l’âge et lui faire sentir qu’il pourrait remplacer Organa… quel coup ! C’était au-delà de mes espérances. Semblable à une coache sportive, Isaelle poursuivit son commentaire avec enthousiasme, quand bien même était-ce une critique. Par contre, tu t’es laissé emporter sur tes idées de réforme… Il faudra être moins ambitieux au Bureau, ou alors donner des gages.

- Oui, j’ai senti que je lui faisais un peu peur. J’ai bien compris qu’il ne m’avait pas mis à la porte parce qu’il était en train de se rêver Roi en même temps. Comme on ne peut pas promettre la Couronne à tous les membres du Bureau, je serai plus sobre. J’avais donc terminé l’échange avec Valerian Ulgo en acceptant bien volontiers de poursuivre ma route vers une intégration plus profonde dans la politique alderaanienne, et il faudrait pour cela que je m’adresse à l’organe dirigeant du parti conservateur. On y décide quoi à ce Bureau ?

Isaelle avait été étrangement discrète à la fin de la conversation avec Valerian Ulgo, ne pouvant se défaire de son sourire si particulier. Elle avait compris quelque chose qui m’avait alors échappé quant à mon avenir personnel. C’est avec ce même sourire qu’elle m’apporta la réponse qui éclaira tout ce petit mystère :

- La ligne du parti durant la prochaine élection et… l’identité du candidat conservateur au poste de Vice-Roi. »
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MessagePosté le: 30/05/2018 21:51:57    Sujet du message: Publicité

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Sebastian Melvar
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MessagePosté le: 10/06/2018 15:11:22    Sujet du message: Jeu de pouvoir Répondre en citant

SCELLER SON ALLIANCE
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Avant que ne se tienne le Bureau du parti conservateur, il fallait rencontrer Valerian Ulgo seul à seul. Tous les acteurs du précédent acte l’avaient bien compris. Isaelle n’intervint en conséquence pas dans l’organisation de l’échange à venir au cour duquel une alliance intuitu personae devait être forgée. Elle avait désiré que je devinsse la voix des Melvars d’Alderaan et il fallait, une fois chose faite, que la voix s’exprime d’elle-même.

Je fus convié à ce qui devait être l’une des nombreuses soirées mondaines que Valerian Ulgo organisait chez lui. Il ne voulait manifestement pas que les cadres du mouvement conservateur me découvrent le jour du Bureau. Le maître des lieux me promena ainsi d’un endroit à l’autre, découvrant de nouveaux visages en m’efforçant de retenir tous les noms.

Je soupçonnais Valerian Ulgo curieux de voir comment j’évoluais dans un cadre public et formel, emprunt qu’il devait être de préjugés dus à mon jeune âge. C’est en constatant que les cadres conservateurs étaient pour la plupart sexagénaires que je compris ses appréhensions. Encore une fois, ma vie passée – puisque c’était ainsi qu’il fallait désormais la nommer – rendit l’exercice moins impressionnant que mon hôte l’aurait sans doute souhaité. Très largement dominé par ma mère pendant toute ma vie de jeune adulte, j’avais majoritairement côtoyé des personnes d’une autre génération dans le cadre privé, mais également dans le cadre professionnel. Je restais surtout un Aristocrate dans mes attitudes, et donc parfaitement dans mon élément.

Valerian Ulgo me présentait comme un « jeune espoir du mouvement », et je pus reconnaître bien vite ceux qui accueillaient l’espoir avec bienveillance, peu nombreux, et les autres. Le sourire était toujours de rigueur, mais très facilement détectable lorsqu’il était forcé. On m’interrogea à de multiples reprises sur la nature de mes engagements ou sur mes quelques expériences professionnelles. J’étais surpris, malgré la méfiance des plus sceptiques quant aux ambitions qu’ils me supposaient, de l’intérêt qu’ils portaient à mes origines kuaties et du fait que l’acquisition pour le moins récente de la citoyenneté ne leur apparaissent pas comme un problème.

Je fus amené à plusieurs reprises à répéter, de façon bien plus convenue, ce que j’avais pu raconter à Valerian Ulgo lors de notre première rencontre, ce qui me permit d’affiner un peu plus le discours à chaque fois et de l’adapter au mieux à l’auditoire auquel je serai confronté. Le caractère exceptionnel de la situation politique faisait l’objet d’un large consensus parmi les convives, mais tous ne voulaient pas répondre de la même manière. L’idée de trouver une plateforme électorale plus consensuelle trouvait un certain écho, mais d’autres pensaient au contraire que c’était l’occasion d’appuyer les idées conservatrices avec encore plus de force. Plus la soirée avançait, plus je me sentais autorisé à aborder les aspects les plus audacieux de mon projet. Je glissais à ceux qui semblaient les plus réceptifs l’idée d’une réforme des institutions alderaaniennes et avais même tenté de titiller un individu des plus conservateurs pour un aperçu des oppositions auxquelles je ferai face.

Ces mondanités furent loin d’être inutiles car avant de me confronter à des adversaires, il fallait connaître ceux qui étaient supposés être mes alliés. Les projets que j’avais à l’esprit évoluaient, au moins dans leur forme, afin de pouvoir être approuvés par les conservateurs. Je me convainquis également que les conservateurs devraient sans doute évoluer de façon plus durable que simplement lors de l’élection à venir pour correspondre au schéma institutionnel que je projetais pour le Royaume, autant que ledit schéma devrait être adapté à des réalités dont je n’avais pas tout à fait conscience. Mon intention de faire disparaître le Conseil dirigeant, par exemple, m’apparaissait tout à fait inopportune à l’issue de cette soirée…

La maison se vidait progressivement et tandis que je saluai le dernier convive, Valerian Ulgo m’invita personnellement, et non un domestique, à rejoindre le salon qui fut le théâtre de notre première rencontre. C’est quand il se servit lui-même à boire, en me proposant de même, que je me rendis compte de l’évolution de la nature de nos relations. Il s’installa en face de moi, un verre à la main, et entama notre échangé privilégié avec une simplicité que je ne lui connaissais pas.


- « Le Bureau se réunie bientôt pour désigner le candidat qui portera notre projet. Je n’ai pas changé d’avis, vous y avez votre place. Le souhaitez-vous toujours ?

- Certaines opportunités doivent absolument être saisies.

- Très bien. Sachez que je vous soutiens, au moins à titre personnel, et je ferai mon possible pour vous faire bénéficier de ma crédibilité.
Alderaan a besoin de renouveau, à tous les étages de la pyramide institutionnelle.
J’appréciais presque l’applomb avec lequel ce sous-entendu à peine subtile était énoncé. Je ferai en sorte que le mouvement donne à votre parole l’écho qu’elle mérite, et je sais que vous ne serez pas ingrat quand viendra le moment… Je lui coupai alors presque la parole pour mettre fin aux allusions et parler franchement, une manière de sceller l’alliance.

- Si vous voulez obtenir la promesse de mon soutien, vous l’avez. Nous verrons ensuite s’il sera de nature à faire pencher la balance ou non.
Ulgo esquissa un sourire. Il aurait manifestement préféré filer la métaphore pour lui ôter le sentiment de pactiser avec le diable. Je voulais au contraire m’assurer de la clarté de nos rapports, le solidariser le plus possible afin qu’il redoute les conséquences d’une éventuelle trahison.

- Le soutien du Ministère est essentiel pour briguer la Couronne, surtout dans le contexte actuel. Seul le suffrage universel pourra purger la corruption, et celui qui en sera issu aura un poids considérable sur les choix du Conseil dirigeant.
Si le prochain Vice-Roi doit être fidèle au parti qui l’a soutenu, il doit également trouver le moyen de s’en détacher un peu aux yeux de tous. Voilà pourquoi un nouveau visage est essentiel, voilà pourquoi je pense que votre candidature n’est pas aussi folle qu’on pourrait le croire.
Il ne reste qu’à les convaincre. Des idées ?


- Il est évident que je n’arrive pas sur une terre vierge de toute ambition, beaucoup doivent estimer qu’ils feraient de bien bons Vice-Rois. Je suis dans un parti conservateur largement dirigé par des Aristocrates, je sais comment ils pensent… Ils veulent entrer dans la postérité, ils veulent immortaliser leur noblesse. Or le Vice-Roi qui sera élu n’aura peut-être pas cette chance, il devra essuyer de nombreux coups et assumer des choix qui ne seront pas nécessairement populaires.

- Je ne vois pas en quoi le Vice-Roi qui "sauvera" Alderaan de la crise serait impopulaire… A quoi pensez-vous exactement ?

- Même si la République Fédérale est largement mise en cause, Alderaan ne doit pas renoncer au projet d’en être membre. La bombe était lâchée. L’intérêt que je portais à la République Fédérale devait être abordé dès maintenant car il s’agissait du point de politique étrangère le plus sensible. Je devais mettre Valerian Ulgo au fait de mes intentions, ne serait-ce que pour tester le sentiment conservateur.

- C’est du suicide, Sebastian. La chose avait le mérite d’être claire. Les conservateurs ne sont pas majoritairement pro-Républicains, et le projet qui a remporté le Ministère par la fraude était pro-républicain… Vous êtes bien un Melvar, Isaelle également pensait que la République Fédérale était notre avenir. Dans l’absolu, je ne serais pas entièrement hostile à cette idée mais la chose était déjà délicate à faire accepter à la suite de la décision de Ridinia, avec le passé impérial, mais la fraude actuelle qui serait appuyée par la République Fédérale tue le projet dans l’œuf. Comment voulez-vous faire accepter cette idée ?

- Alderaan ne peut pas rester seule dans la Galaxie et il n’existe aucune autre organisation politique à l’échelle galactique qui soit plus proche de nos valeurs. Et pour cause : Alderaan est membre fondateur de l’Ancienne République, sa place est au sein de cette organisation qui se perd sans elle, autant que nous nous perdons.
Il est évident que la crise actuelle va troubler le jugement de beaucoup de citoyens sur cette question, ce sera le travail pénible et sans doute peu gratifiant du prochain candidat que d’expliquer cette démarche.


- Encore faudrait-il que le Bureau soit d’accord avec l’idée même d’une réintégration.

- N’importe quel responsable politique doué d’un minimum de bon sens a conscience qu’Alderaan doit s’affilier pour se protéger. Je n’ai pas dit qu’il fallait le faire immédiatement après l’élection, je dis simplement que la crise actuelle ne doit pas enterrer un projet qui est bénéfique pour le Royaume. Il faudra dialoguer avec la République Fédérale, d’abord pour éclairer cette histoire de fraude électorale et, selon les réponses apportées, l’effort à fournir pour surpasser les éventuelles tensions seront variables. Ces choses là prennent nécessairement du temps, tout ne se fera pas du jour au lendemain mais le cap doit être clair, au moins pour nous qui serons les dirigeants de demain.

- Nous, les dirigeants de demain ? Comme d’habitude, je trouve que vous allez un peu vite en besogne, Sebastian. Ma façon de parler bousculait manifestement la tranquillité apparente de Valerian Ulgo, ou bien était-ce une forme de peur ? Il ne fallait absolument pas que cet individu quitte le navire, alors quelques paroles flatteuses et motivantes étaient de rigueur.

- Vous me faîtes l’honneur de me soutenir, c’est ce qui m’aide à forger mes convictions. Il faut entrer dans la compétition avec la certitude de gagner, car si le candidat ne croit pas en sa victoire, personne ne le soutiendra. Rassurons-le maintenant.
J’ajouterais que la prise de risque est somme toute assez faible. Si j’échoue à convaincre, vous resterez chef de file des conservateurs et je ne ferais que retomber dans l’anonymat où je me trouve déjà. A l’inverse, si nous parvenons à emporter l’adhésion du mouvement, nous ferons un pas supplémentaire sur le chemin de nos ambitions. Je pourrais offrir à Alderaan ce que je n’ai pas pu offrir à Kuat, et votre famille sera auréolée de la Couronne.

- L’ambition… Je trouve que cela salie tout.
Ah… les fameux pudiques du pouvoir. De même que les bons ennemis sont plus fiables que les mauvais alliés, les peuples ont moins à craindre de ceux qui assument leur goût du pouvoir que de ceux qui prétendent l’exercer à contre-cœur. Bien sûr, nombre de philosophes me contrediraient en brandissant leurs maximes bouffies de sagesse. Ils croient en un idéal, je crois en la réalité. Ce n’est pas en niant cette réalité qu’un système supposé prévenir les abus pourra être efficace.

- Je ne suis pas d’accord. Aussi longtemps que la politique sera hors de portée des machines, ce sont les sentiments qui en seront le moteur. Je ne fais aucune confiance à un candidat qui se dit désintéressé du pouvoir qu’il convoite… Rompons, au moins dans la confidentialité de votre salon, avec cette insupportable pudeur.
Je ne suis pas vertueux et je ne le prétendrai jamais. Je suis ambitieux, j’aime le pouvoir et la reconnaissance… Mais j’aime aussi le Royaume d’Alderaan, son histoire, ses traditions. Je suis fier et heureux d’en être citoyen, je veux le préserver et le protéger. Tous ces sentiments sont loin d’être incompatibles les uns avec les autres.
Alors bien sûr, il faudra être plus philosophe devant un auditoire prompt à juger. Mais il ne faut pas se mentir à soi-même, c’est la meilleure manière de se perdre.
Face à Valerian Ulgo, je devenais presque quelqu’un d’autre. Mes angoisses et mes regrets relatifs au sort de Kuat, de ma famille restée là-bas, s’envolaient littéralement. Je projetais l’image d’un homme solide sur ses fondements, une illusion qui ne se dissipait que dans les moments d’intime solitude. Qui était donc le véritable Sebastian Melvar ? Je n’avais moi-même aucun début de réponse à cette question.

- Alors ne nous perdons pas. » Ulgo se leva et me tendit la main, comme pour concrétiser l’alliance par le geste. Je répondis par le même geste, en silence. Une ferme poignée de main et nous nous engagions tous deux sur une même route.
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Sebastian Melvar
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MessagePosté le: 20/06/2018 18:56:27    Sujet du message: Jeu de pouvoir Répondre en citant

FAIRE SES ANNONCES
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Comment préparer cet exercice inédit ?
La politique sur Kuat n’était pas faite de discours et d’échange d’idées, il n’y avait ni programmes ni élections. J’étais habitué aux intrigues dont aucune scène politique ne pouvait faire l’économie, mais je n’appréhendais que trop peu l’aspect public du jeu « démocratique ». Isaelle m’aida à comprendre certaines choses et me rassura également, comme elle savait le faire, en me disant que cette relative inexpérience pouvait donner à mon discours une sincérité devenue rare dans les cercles conservateurs.

Le Bureau politique devait se tenir au siège du parti Conservateur, non loin du Palais Royal. On pouvait y voir toujours présents les quelques scories des manifestations des jours précédents. Les citoyens alderaaniens n’étaient plus autant dans les rues, mais la colère était toujours présente. La couverture médiatique de la tenue du Bureau avait été modeste dans la mesure où aucune élection n’avait pour le moment été officiellement annoncée. La Vice-Reine, dont les interventions publiques se faisaient de plus en plus rares, devait probablement imaginer qu’il était trop tôt pour envisager une consultation populaire. Le parti Conservateur était le premier à ouvertement prévoir le remplacement d’Anastasia de Valiesky, espérant sans doute précipiter la démission de cette dernière en engageant une dynamique politique globale.

La réunion devait compter une trentaine d’individus parmi lesquels je pus identifier quelques visages, ce qui m’offrit l’opportunité de les saluer et d’ainsi augmenter l’impression que j’étais suffisamment intégré pour prendre la parole. L’opération de Valerian Ulgo portait encore ses fruits puisque d’autres membres me reconnurent et accueillirent même avec satisfaction l’idée de m’écouter. Je ne quittais pas mon bienfaiteur qui eut à nouveau quelques mots bienveillants à mon égard avant que ne débute la réunion. Je pris place auprès d’Isaelle, membre éminente du Bureau, et écoutai les propos introductifs du président.

Valerian Ulgo appela un homme, plutôt âgé, qui livra à l’assistance un discours très traditionnel sur ce qu’il estimait devoir être l’orientation du parti Conservateur. J’en déduisis qu’il était le tenant de l’orthodoxie idéologique de laquelle il fallait à mon sens s’éloigner. L’homme prônait notamment une rupture des relations avec la République Fédérale en réponse à l’offense électorale et misait l’avenir d’Alderaan sur l’improbable OPNA, mais sans réelle conviction. L’oratrice suivante, bien plus jeune, n’en eut pas un discours moins conservateur pour autant. Elle ne se démarquait que dans ses choix de politique extérieure beaucoup plus offensifs envers la République, allant jusqu’à envisager un rapprochement avec la Confédération des systèmes Indépendants, ce qui ne manqua pas de susciter des réactions dans l’auditoire.

La crise électorale transportait essentiellement le débat sur les questions d’ordre diplomatique. Je gardais la conviction que la République Fédérale était l’avenir d’Alderaan, mais il demeurait bien des inconnues… Quelles réponses apporteraient les diplomates républicains aux mises en causes qu’Alderaan devait formuler ? L’actualité, de plus, soufflait en vent contraire. Le général Valiant, acteur visible de l’opération Poigne de Fer, venait d’être libéré sur décision unilatérale de celle qui tenait le rôle de Chancelier. Sans être de nature à remettre en cause ma conviction, cet évènement retardait incontestablement la mise en œuvre d’un rapprochement nécessaire. Il fallait, sur ce point, adapter mon discours au risque de faire face à une levée massive de boucliers.


- « Je laisse maintenant la parole à Sebastian Melvar. Cher ami, vous avez la tribune.

Le moment était donc venu de s’exprimer et le premier obstacle était ma légitimité à le faire, je pensais donc indispensable de me fendre d’une autobiographie expéditive, principalement pour mettre en valeur mes liens avec Alderaan.

- Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


Quel est cet inconnu qui se présente aujourd’hui au Bureau du Parti Conservateur ? Le caractère tout à fait cavalier de sa démarche nécessite, sans verser dans le narcissisme, de s’attarder quelques secondes sur ce point.

C’est en jeune citoyen que je me présente devant vous. Jeune au sens propre, d’abord, car je n’ai officiellement acquis la citoyenneté que récemment. Mais jeune également au sens figuré, car mon engagement dans la vie politique alderaanienne est récent.

Si l’engagement est récent, l’intérêt est ancien. Originaire de Kuat, j’ai été éduqué toute ma jeunesse par un professeur alderaanien à qui ma mère a donné l’asile dans les heures sombres de l’oppression impériale. Raymus Corgan m’a transmis son amour d’une Alderaan idéale, d’une Alderaan apaisée, éclairée… Il a fait de moi un citoyen de cœur et, dès que cela a été possible pour lui de retourner sur son monde, j’ai enfin pu le parcourir avec lui. Mes obligations familiales me contraignaient toutefois à demeurer sur Kuat car j’étais l’unique héritier de ma famille, et donc le futur chef de la Maison Melvar, appelé à représenter ses intérêts au Conseil d’administration des Chantiers Navals. L’histoire s’est produite, et comme mon grand-oncle avant moi, j’ai fait le choix de l’émigration sans retour, impuissant que je me trouvais de remédier aux intolérables inégalités dont ma classe sociale profite.

Les Melvars d’Alderaan bénéficient d’une certaine notoriété qui me vaut d’être aujourd’hui devant vous. J’espère faire honneur aux personnes qui m’ont soutenu, et je pense tout particulièrement à Monsieur Valerian Ulgo dont l’écoute et l’ouverture ont été exceptionnelles. Elles ont confirmé que ma place était parmi les conservateurs alderaaniens.
Oui, Mesdames et Messieurs, un immigré qui intègre volontiers et avec enthousiasme les rangs conservateurs. Aucune incohérence à cela, pourquoi un individu venu d’ailleurs ne voudrait-il pas préserver le modèle auquel il s’intègre ? Le Royaume d’Alderaan rayonne au travers toute la galaxie et il est une idée d’Alderaan qu’il faut à tous prix conserver. Les fondations de la société alderaanienne lui ont permis de traverser plus de vingt mille ans d’histoire et c’est précisément lors des crises, comme celle que traverse le Royaume, qu’il faut se rappeler d’où nous venons pour ne pas perdre notre chemin.

Mais c’est aussi cet individu venu d’ailleurs qui peut aider les plus éminents et anciens membres d’une société à redécouvrir leur propre modèle pour, le cas échéant, redéfinir ce qu’il convient de conserver afin de continuer d’exister.


Je marquai à cet instant une courte pause, le premier axe du discours venait de se terminer. Il fallait ensuite introduire ma première proposition, expliquer en quoi le parti conservateur devait redéfinir sa ligne non seulement à l’occasion de l’élection à venir, mais aussi de façon plus durable.

La crise électorale que connait actuellement le Royaume va inévitablement conduire à la tenue d’élections anticipées au poste de Vice-Roi. La sociale-monarchie a remporté sa précédente victoire à la faveur d’une fraude électorale qui jette la défiance sur toutes les institutions alderaaniennes, sans épargner la Couronne elle-même. Cette élection doit être l’occasion d’assainir les institutions et de rétablir la confiance entre les citoyens et leurs représentants.

C’est l’occasion pour le parti Conservateur de montrer qu’il est à la hauteur de ce formidable défis, qu’il peut assumer dès demain le Ministère et mener les actions nécessaires pour rétablir le modèle alderaanien dans toute sa dignité. Il faudra pour cela convaincre les citoyens et entendre leurs préoccupations. Il faudra s’adresser à des citoyens aux états d’esprits très divers : il faudra parler au citoyen qui a perdu l’élection d’hier, désireux d’une forme de revanche, mais il faudra aussi parler au citoyen qui a gagné dans de mauvaises conditions. Les opinions du plus grand nombre doivent être respectées afin de bâtir le consensus qui établira les termes de notre réconciliation avec nous-mêmes.

Mesdames et Messieurs, je ne recommande rien de moins au parti conservateur que de parler aux citoyens de la sociale-monarchie afin qu’ils ne se détournent pas de nos institutions. Je me propose de porter devant vous, et peut-être plus tard en votre nom, une candidature plus consensuelle et à mon sens plus susceptible d’emporter l’adhésion populaire. Le succès de cette démarche prouvera que le parti conservateur doit saisir l’opportunité de cette élection pour se redéfinir sur la durée afin de devenir de façon plus convaincante l’alternance normale de la sociale-monarchie.

Il faut pour cela épouser des idées plus modérées que celles qui caractérisent aujourd’hui notre mouvement. Il s’agit de reconnaître les évidences qui fondent nos valeurs. La société alderaanienne, profondément attachée aux idéaux démocratiques, ne peut pas soutenir durablement un mouvement politique qui s’attache trop à certains vieux totems. La noblesse alderaanienne est reconnue sans difficulté, mais aucun parti ne peut prétendre sérieusement au gouvernement en exigeant d’accroître des pouvoirs politiques indus. Aucun parti ne peut prétendre aller à rebours des réformes institutionnelles les plus récentes, et notamment celle qui a donné à notre société le goût du suffrage universel. Les conservateurs doivent être clairs sur ce qu’ils désirent conserver
(sans doute là un slogan de campagne tant la formule était récurrente) : les fondamentaux de la société alderaanienne, la dignité du Royaume d’Alderaan et de la Couronne qui en est le premier symbole. Mais la source réelle du pouvoir dans une société profondément démocratique comme la nôtre ne vient pas d’en haut, elle vient d’en bas.

L’élection qui va se tenir et en vue de laquelle nous sommes aujourd’hui réunis est l’occasion inespérée de définir la ligne d’un parti conservateur qui vie dans le présent et pour l’avenir ; un parti conservateur qui assume ses positions et laisse ses fétichismes les plus rétrogrades aux néo-conservateurs qui ne se sont construits que dans le rejet.
Je croyais en la désignation d’un ennemi commun pour fédérer les troupes, l’avenir dirait si mon intuition était juste. Il était maintenant temps de formuler les propositions relatives à la gestion du Royaume, et non plus à la politique du parti.


Dans cette optique, je propose que le nouveau Ministère, sous la direction du Vice-Roi, conduise une vaste réforme constitutionnelle. Il ne s’agit pas de céder à cette mauvaise mode qui veut que chaque nouveau dirigeant établisse sa Constitution, il s’agit bien de définir le socle de la société alderaanienne. Une telle entreprise nécessite plus que des aménagements de nature institutionnelle, Alderaan devra se doter d’une charte des droits fondamentaux qui sanctifiera nos valeurs. Cette Charte sera intégrée au texte même de la nouvelle Constitution, et l’organe juridictionnel suprême du Royaume aura notamment la lourde mission de s’assurer que les actes pris par les autorités constituées respectent les droits constitutionnels des citoyens, et plus largement de tous les individus qui vivront sous administration du Royaume.
Le fonctionnement de nos institutions politiques doit être le reflet de nos valeurs et de nos traditions. La monarchie constitutionnelle alderaanienne sera conservée mais le Roi d’Alderaan, qui demeurera le chef de l’État et son plus digne représentant, devra néanmoins céder son pouvoir politique à des institutions issues du suffrage universel. C’est à ce prix que nos idéaux démocratiques ne seront plus de vains mots, et c’est à ce prix que la majesté et la dignité de la Couronne seront préservées de toute nouvelle crise comme celle que nous connaissons.
Je propose la création d’un Congrès de la nation alderaanienne dont les membres seront élus par tous les citoyens alderaaniens. Ce congrès aura la charge d’élire le Roi d’Alderaan parmi les membres du Haut Conseil, assemblée qui remplacera le Conseil dirigeant et au sein duquel siègeront les Pairs du Royaume. Les Pairs du Royaume seront les membres de la noblesse qui auront reçu du Roi, avec l’aval des représentants de la nation alderaanienne, le droit d’être candidat à l’élection royale.
Ce congrès sera également le principal organe législatif du Royaume, le Haut Conseil aura quant à lui le droit de proposer des amendements.
Le congrès devra en outre désigner un son sein un candidat à la fonction de Vice-Roi et pourra en exiger le remplacement. C’est le Vice-Roi qui conduira, avec la confiance du congrès, la politique du Royaume à la tête d’un collège de ministres avec lesquels il formera le Conseil du Roi.

Voici, Mesdames et Messieurs, les grandes lignes du système institutionnel que je propose pour le Royaume d’Alderaan. J’ai aussi la conviction qu’une réforme constitutionnelle de l’ampleur de celle que je propose ne peut pas résulter d’un travail de cabinet. C’est un processus qui doit s’inscrire dans la durée afin qu’émerge des arbitrages de compromis. Il n’existe toutefois aucune assemblée désignée par les citoyens, je propose ainsi l’élection d’une assemblée constituante, peu de temps après l’élection du Vice-Roi, afin d’élaborer ce texte re-fondateur.

Durant la conduite de ces travaux, le Royaume ne cessera pas d’exister et bien d’autres questions méritent de nouvelles orientations.
Je pouvais voir certains des membres échanger des regards, mais il m’était impossible de les interpréter.


Sur le plan de la politique extérieure, nous devons tirer les conséquences de l’échec total de l’OPNA. En concertation avec les rares partenaires qui n’auraient pas déjà abandonné toute idée de poursuivre leurs efforts de construction de cette nouvelle organisation, nous devons en prononcer la dissolution.
Ceci mettra Alderaan dans une position d’isolement qu’elle ne peut pas conserver de façon durable. Alderaan est un monde pacifiste, mais le pacifisme n’engage que ceux qui veulent bien le respecter. Nous devons absolument songer à la défense du Royaume d’Alderaan en rétablissant une véritable armée permanente et équipée de nature à garantir la tranquillité de notre mode de vie.
Il me paraît en outre délicat de conserver Alderaan loin de toute organisation extra planétaire. Même la planète la mieux armée de la galaxie ne saurait rivaliser avec les moyens considérables d’un État multinational comme la Confédération des Systèmes Indépendants, l’Imperium ou la République Fédérale.

Nous ne pouvons éviter une affiliation qu’à deux conditions : soit nous devenons suffisamment forts militairement pour protéger notre indépendance, ce qui est impossible, soit nous devenons suffisamment faibles économiquement pour ne susciter aucun intérêt. Je considère que le déclin n’est pas un mécanisme de protection durable, et encore moins valable. Alderaan doit continuer de rayonner, et elle ne pourra le faire qu’avec l’aura protectrice d’une alliance.

La crise actuelle a non seulement jeté la défiance sur les institutions alderaaniennes, mais elle a aussi porté un coup presque fatal à la tentative de rapprochement entre le Royaume d’Alderaan et une République Fédérale qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Nous sommes les héritiers de l’erreur d’une femme qui a placé son échelle de valeur au-dessus de la sécurité et de la pérennité de l’État dont elle avait la charge.

Le dialogue avec la République Fédérale doit être repris à deux titres. D’abord pour tirer au clair les responsabilités dans la fraude électorale qui a été perpétrée sur Alderaan et ensuite, selon la nature des réponses apportées, pour envisager la reprise de discussions en vue d’une réintégration.


Et pour ceux qui ne seraient pas convaincus, une alliance de cette nature profiterait également à notre politique intérieure, elle faciliterait des échanges devenus difficiles. Nous pourrions solidifier nos acquis et même envisager un développement dans des domaines nouveaux.

La richesse alderaanienne ne se quantifie pas en crédits, elle tient d’abord à l’exceptionnelle préservation de notre planète ainsi qu’à la qualité de notre mode de vie. La nation alderaanienne est l’une des plus éduquées de la galaxie grâce, notamment, à la formidable solidité de l’Université d’Aldera qui a continué, dans toutes les situations d’adversité, d’attirer toujours plus d’esprits. L’Université est incontestablement le premier pilier de notre réussite et nous devons préserver les moyens mis à sa disposition pour fonctionner et se développer.
Mais si elle est le principal vecteur du rayonnement de notre culture, l’Université est encore productrice d’innovation dans des domaines qu’Alderaan ne valorise que trop peu comme l’ingénierie. Alderaan a les moyens de produire les biens de haute technologie nécessaires à sa vie quotidienne et ne devrait importer que les matières premières dont l’extraction peut être polluante. L’Université doit être le moyen de développer sur le territoire même du Royaume d’Alderaan une activité industrielle de pointe. Notre retard dans ce domaine est paradoxalement un atout car il nous permettra de mettre en place dès l’origine une activité industrielle non polluante, là où des mondes industrialisés depuis plusieurs siècles devraient consacrer des ressources infiniment supérieures ne serait-ce que pour retrouver un air sain.

Cette transformation ne doit pas se faire au détriment des activités économiques qui font déjà, aujourd’hui, la renommée du Royaume d’Alderaan. Je pense naturellement à la filière du luxe alderaanien, notamment dans les domaines agricoles, qui sont autant de biens que nous devons continuer à exporter car, au travers de ces marchandises, c’est un peu d’Alderaan que nous exportons.


Mesdames et Messieurs, j’ai conscience de l’audace que présente tant ma candidature que la teneur des propositions que je vous soumets. Je suis néanmoins intimement persuadé que nous devons saisir cette opportunité pour accroître notre base électorale et je pense qu’un visage neuf symbolisera au mieux ce projet autant qu’il en supportera probablement mieux les contestations. Les responsables les plus éminents de ce parti seraient sans doute moins audibles dans un discours qui porte un tel changement, et la sanction d’un éventuel échec n’en serait que plus durable pour eux. L’intérêt de la nouveauté est qu’elle s’accommode très bien de l’oubli dans le cas où le pari que je formule, bien que les risques me semblent modérés, ne soit pas remporté.

Je me propose donc d’être ce visage et vous remercie, quelle que soit votre décision finale, d’avoir pris le temps d’écouter ce que j’avais à dire. Je serais, en toute hypothèse, honoré de servir celle ou celui à qui le Bureau aura décidé d’accorder sa confiance.
»

Le discours terminé, je repris place auprès d’Isaelle qui conserva ses impressions pour elle-même étant donné le cadre dans lequel nous nous trouvions. J’aurais aimé obtenir de sa part les mêmes mots rassurants qui avaient clos mon premier entretien avec Valerian Ulgo, ne serait-ce que pour me conforter dans le sérieux de mes propositions. Je m’avançais pour la première fois au grand jour et en mon nom propre. La prise de risque était grisante, mais aussi très angoissante puisque les intentions exposées devenaient le socle de ce qui serait peut-être un jour mon action publique.

Valerian Ulgo retrouva la tribune et prit la parole pour lever la séance pendant une heure en annonçant une reprise consacrée à l’échange des points de vue entre les candidats. Après la scène, l’arène…

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Sebastian Melvar
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MessagePosté le: 30/06/2018 20:42:28    Sujet du message: Jeu de pouvoir Répondre en citant

CONTRER LES ASSAUTS
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La pause fut l’occasion pour Valerian Ulgo de me toucher quelques mots discrets à propos de la prestation que je venais d’offrir. Alors que je discutais avec les quelques membres du Bureau qui osaient déjà me témoigner leur soutien, Valerian posa délicatement sa main sur mon épaule pour me signifier qu’il désirait me parler seul à seul. Nous nous retirions alors dans un coin du salon pour discuter en petit comité.

- « C’est dans ces moments-là que je suis content de vous avoir dit d’y aller doucement avec les membres du Bureau, Sebastian. Le reproche était courtois mais néanmoins désagréable. Je me plaisais malgré tout à voir l’homme user d’ironie, témoignage, pensais-je, de notre complicité. C’était un peu fort sur la réintégration au sein de la République…

- C’était le seul point qui me permettait de trancher clairement avec les autres candidats, il fallait être le plus clair possible. Si les Conservateurs ne me soutiennent pas sur cet aspect essentiel de notre politique étrangère, inutile de se présenter devant les électeurs.
C’est aussi le moyen idéal de poser les éléments du débat à venir. Nul doute que c’est là-dessus que je serai attaqué, et moins sur les autres propositions.


- Oui, très certainement. Mais tout de même, recommander dans le même discours le changement de ligne politique du parti, le changement des institutions et le retour au sein de la République n’est pas sans risque. Vous allez devoir vous battre sur plusieurs fronts.

- J’espère pouvoir toujours compter sur mes alliés.

- Bien entendu. Vous l’avez dit vous-même, les risques sont pour vous. »

Un bref geste de tête et nous retournions chacun à nos occupations précédentes. Valerian Ulgo n’avait pas prévu un discours aussi tranché, mais peu de choses en politique se déroulaient exactement comme prévu.

Je voulais retourner à la conversation engagée avec les autres membres du Bureau dont les opinions m’importaient davantage que celle du président dont je savais le soutien acquis. Comme je le supposais, mes idées leur paraissaient séduisantes, mais ils craignaient le changement. Jamais je ne me serais défini comme un réformateur, mais je croisais pour la première fois une classe d’individus plus frileux que moi.
Les remarques des différents responsables conservateurs me donnaient un avant-goût des discussions à suivre. La résolution de la crise électorale et la recherche de l’apaisement constituaient leurs premières préoccupations tant ils redoutaient les conséquences possibles d’une aggravation de la contestation populaire, sentiment que je comprenais pour des raisons évidentes. L’équation à résoudre était néanmoins complexe, je devais faire accepter l’idée que reprendre contact avec la République Fédérale, apparemment à la source de la crise, était une partie de la solution.

Certains évoquaient les réformes constitutionnelles dont j’avais brièvement esquissé les contours. Je les rassurais en leur expliquant que cette réforme était envisagée sur le long terme et que le parti conservateur pourrait défendre ses vues au sein de l’assemblée constituante que je proposais de faire élire. À l’objection d’une possible défaite lors de cette élection, je répondais que c’était pour amoindrir ce risque que l’élection de l’assemblée devait avoir lieu très rapidement après l’élection du Vice-Roi. Je présentais sinon l’éventualité de désigner cette assemblée directement d’après les résultats obtenus par les différents partis à l’élection du Vice-Roi, et ce afin d’éviter un nouveau scrutin.

Mes propositions en matière de politique intérieure n’étaient pas très éloignées de celles des deux autres candidats, ce qui n’était guère étonnant. Il y avait fort à parier que ces options économiques devraient être davantage défendues face à la contestation des partis adverses, et donc à l’étape suivante du long processus qui commençait par la réunion de ce Bureau. Ainsi suffisait-il de promettre de préserver le mode de vie alderaanien, et que les richesses produites du fait de l’exploitation économique du savoir académique accumulé depuis des millénaires permettraient sans trop de difficulté de financer le réarmement qui faisait consensus dans la pensée conservatrice ; le tout couronné de la garantie que l’équilibre général de l’économie alderaanienne ne serait pas violemment perturbé. Il ne s’agissait à l’évidence pas des sujets sur lesquels j’étais le plus à l’aise et, le plus souvent, évoquer l’intérêt d’une réintégration au sein de la République Fédérale suffisait à faire glisser la conversation vers un terrain plus confortable.

Bien vite l’heure de répit fut écoulée et ce fut renforcé de quelques soutiens supplémentaires que je repris place à l’intérieur de la salle de réunion. Valerian Ulgo annonça la reprise de la séance en invitant les trois candidats à prendre place en face de l’assistance.


- « Mesdames, messieurs. Les points de vue ont été exposés et il est temps, conformément à nos usages, de les mettre à l’épreuve les uns par rapport aux autres. Nous avons constaté les oppositions, et je crois que nos candidats brulent d’envie de questionner les options adverses, tout particulièrement en matière de politique extérieure car il s’agit, nous avons tous pu le constater, de la thématique sur laquelle les opinions sont les plus tranchées.

Merci Valerian, il n’y avait pas manière plus directive d’orienter le débat à venir. Le premier candidat appelé à s’exprimer était le plus âgé des deux, et même des trois puisqu’il convenait de me compter dans le lot. L’homme se prénommait Bedorius Sakaryn et s’était prononcé, tièdement, en faveur du maintien de l’OPNA, sa première question m’était donc destinée :

- Je vous remercie, Monsieur le Président. Puisque nous sommes invités à nous exprimer sur la politique extérieure, je me pose la question que tout le monde ici doit se poser : Monsieur Melvar, vous voulez donc dissoudre l’OPNA et rejoindre la République Fédérale. Vous déplorez la situation diplomatique du Royaume d’Alderaan, mais il me semble que c’est vous qui voulez la jeter dans l’inconnu.

Le débat était désormais lancé, je devais mettre de côté mes doutes, les oublier presque, car la moindre hésitation serait perçue comme de l’amateurisme. Je n’avais pas pour moi l’ancienneté et le crédit des deux autres candidats, j’étais déjà sous le coup d’une présomption d’inexpérience qu’il me fallait renverser, avec d’autant plus de force qu’elle était… avérée. Je devais donc risquer l’outrance en espérant diffuser l’image d’un leader au cap parfaitement défini, tout en chassant de mon esprit l’idée qu’une telle stratégie pouvait ne pas être la bonne. Les remises en cause viendraient plus tard.

- La dissolution de l’OPNA a déjà eu lieu, Monsieur Sakaryn, elle n’a simplement pas été actée. Je ne peux pas m’engager sur la réponse de nos anciens partenaires, et s’ils jugent utile pour eux de lier leurs intérêts diplomatiques aux nôtres, je ne m’y opposerai pas. Néanmoins, l’OPNA en tant qu’organisation indépendante n’existera plus.

- Vous nous dîtes que vous voulez dissoudre l’OPNA et vous constatez ensuite que l’isolement qui en résulte nous contraint à rejoindre la République… Vous créez la cause et feignez le caractère inévitable de la conséquence, ce n’est pas très honnête si vous voulez mon avis.
Elle était là, la véritable attaque. C’était au moins la preuve que mon discours avait été écouté, et donc pris au sérieux.

- L’OPNA n’existe que dans la tête de ceux qui y croient encore. Et voilà pour l’outrance. Nous sommes déjà en situation d’isolement du fait de la sécession bâclée de Tyria Ridinia, et du fait encore de la volonté de créer une organisation nouvelle et concurrente. Tout ceci a rendu notre positionnement diplomatique inconfortable et, s’il aurait été bien difficile pour Madame Ridinia en son temps de revenir sur ces orientations diplomatiques, nous en avons la capacité, et je dirais même le devoir. Tyria Ridinia n’était pas une figure particulièrement appréciée des conservateurs. Son nom était de plus cité dans l’affaire dite « de Kessel », il était donc tentant de s’en servir pour discréditer ses choix antérieurs, tout en s’efforçant de témoigner le respect dû à une servante dévouée de l’État, décédée dans l’exercice de ses nobles fonctions.
L’opposition était irréductible et, voyant qu’il ne pourrait répondre autre chose que lui-même était contre une telle conclusion, ce dont tout le monde devait déjà se douter, Monsieur Sakaryn n’apporta comme réponse qu’une moue dubitative. Madame Javeline saisit cette ouverture pour intervenir.


- Pour ma part, je n’épuiserai pas mes efforts à maintenir vivace l’illusion d’une OPNA, et je vous rejoins donc sur ce point Monsieur Melvar. Néanmoins, regardons au-delà de ce rêve brisé : les tensions entre la République et la Confédération des Systèmes Indépendants s’aggravent à vue d’œil, et un conflit ouvert entre ces deux organisations ne se jouerait pas nécessairement à l’avantage de la République Fédérale… Est-ce que vous voulez nous faire adhérer au camp des perdants ? Voici la fameuse stratégie de l’ennemi commun, si efficace, mais si déplaisante lorsqu’on se trouvait être ledit ennemi.

- Madame Javeline, la CSI est une organisation puissante mais à mon sens pourvu d’un socle de valeurs éloignées des nôtres. J’ajouterais que ses liens incestueux avec l’Imperium, vestiges des Empires qui ont oppressé Alderaan, me posent quelques soucis. La République n’est pas parfaite, mais elle est au moins perfectible ; je veux dire que nous avons une chance d’avoir une voix en son sein. La CSI, au contraire, persuadée du fait de sa puissance que son modèle est le bon, ne me semble pas offrir une telle marge de manœuvre et une telle opportunité d’influence.

- Les Empires, parlons-en Monsieur Melvar. Où étiez-vous quand l’oppression que vous dénoncez s’abattait sur notre peuple ? L’homme perdait en sagesse… Les attaques ad hominem constituaient des armes à double-tranchant, aussi dangereuses pour la cible que pour celui qui s’en servait. Une attaque imparable était mortelle, mais elle éclaboussait l’auteur. La perte de crédit due à l’emploi de telles méthodes argumentatives ne pouvait être compensée que par la victoire immédiate, seule de nature à faire oublier dans la durée la manière dont elle avait été obtenue. La République Fédérale est l’institution qui profite aujourd’hui des moyens de la chute de l’Empire Sith. Ce n’est pas de l’inceste, c’est de la filiation. Elle s’est parée d’une vertu qu’elle n’a plus depuis longtemps ! La fraude électorale qui empoisonne nos institutions est le fait de cette organisation hypocrite, et vous voulez lui donner la victoire en offrant Alderaan sur un plateau ?

- Vous avez raison, Monsieur Sakaryn, je n’étais pas sur Alderaan quand elle souffrait. C’est précisément ce qui me permet d’aborder ces questions avec le recul nécessaire. Je n’avais pas la prétention de penser que cette réponse était absolument satisfaisante. Rien ne pourrait donner à mon discours la force morale qu’un public accorderait à ceux qui ont souffert avec lui, mais j’espérais au moins que ma réponse déterminée montrait qu’il était difficile de me faire chanceler avec de telles méthodes. Et j’ajouterais, si vous me le permettez, que je n’offre rien ni personne sur un plateau. Il fallait maintenant faire œuvre de pédagogie. Si je n’avais pas pour moi l’émotion, j’aurais au moins la raison.

Il faut bien distinguer deux choses : les raisons pour lesquels la Vice-Reine Ridinia a décidé de quitter la République Fédérale et celles qui rendent aujourd’hui difficile la reprise du dialogue. Je ne nie pas l’existence et la profondeur des souffrances alderaaniennes sous l’occupation des deux Empires, mais elles ont aveuglé Tyria Ridinia dans sa décision. D’autres peuples ont souffert de la tyrannie impériale, ils ont malgré cela trouvé la force de surpasser cette souffrance et de construire une nouvelle République. Alderaan a manqué ce virage historique pour des raisons que l’on peut comprendre, mais qui ne sont pas les bonnes.
Voici pour le départ, le retour d’Alderaan au sein de la République Fédérale était quant à lui au programme de ceux qui ont remporté l’élection d’hier, mais en trichant. Alors, dans cette situation, je reprendrais une maxime bien connue : « à qui profite le crime ? » Aux pro-républicains, pourrait-on répondre… Certes, mais ces derniers seraient alors bien maladroits. Les conditions même de l’élection sont sujettes à caution, sans même aller jusqu’à chercher du côté des manipulations qui soulèvent aujourd’hui le peuple alderaanien contre ses propres institutions. Le sentiment anti-républicain grandie, et ce sont les républicano-sceptiques qui profitent réellement de ce crime.

Alors je le dis solennellement : cette crise ne doit pas se résoudre sur la question de savoir si nous devons ou non rejoindre la République, car ce n’est pas l’enjeu. Rejoindre ou non la République Fédérale est une question qui dépasse largement cet épisode regrettable, et c’est notre mission, en tant que futurs responsables du Royaume d’Alderaan, que de voir les choses au-delà des émotions passagères.

Je distingue, et nous devrions tous le faire, la République Fédérale de ceux qui parlent pour elle, et encore plus de ceux qui trichent pour elle. Il faut donc impérativement établir le dialogue avec la République Fédérale, d’abord pour rechercher des éclaircissements, et ensuite pour tenter de surpasser ce qui nous divise en nous rappelant de ce qui nous rapproche.
Je craignais de me prononcer trop fortement en faveur de la République Fédérale, et de m’enfoncer dans une position de laquelle je ne pourrais pas me sortir. Ma concurrente, Madame Javeline, m’aida à taire ces questionnements internes en me forçant une nouvelle fois à me défendre. Sans doute allais-je finir par être moi-même suffisamment convaincu pour ne plus douter…

- Vous vous tournez vers la République Fédérale par idéologie, Monsieur Melvar. C’est la raison qui doit conduire nos relations diplomatiques, et c’est pourquoi je propose qu’Alderaan ne se ferme aucune porte. Si vous preniez le temps de vous documenter un tant soi peu sur ce dont vous parlez, vous sauriez que la CSI n’est pas le monstre froid que vous décrivez. Elle a évolué depuis ses premières heures et l’organisation interplanétaire née de la contestation est devenue un véritable État multinational, le seul actuellement en mesure de garantir la paix à ses membres.

- Chère Madame, la raison est un refuge, et nous en avons tous besoin. Dans cet univers fait d’incertitudes fondamentales, c’est en faisant reposer nos choix sur des piliers de raison que nous pouvons nous donner l’impression que ce sont les bons. L’erreur serait de croire que ces piliers ne reposent sur rien, que la raison nait d’elle-même, ce qui est impossible. Il y a toujours, à la base de notre raisonnement, un postulat qui nous définit. Je formule effectivement le postulat, l’idée, l’idéologie, que la République Fédérale est plus adaptée au Royaume d’Alderaan, et réciproquement. Ce que je propose, ce n’est pas de nous offrir à la République Fédérale, mais d’ouvrir le dialogue avec elle pour confirmer que mon postulat est le bon.
Cette décision ne ferme aucune porte puisque le premier dossier à traiter avec les diplomates fédéraux est celui de la nature de l’implication de la République dans le précédent scrutin alderaanien, et la manière dont les éventuels responsables de cette implication peuvent être amenés à répondre de leurs actes.


- Et pourtant, Monsieur Melvar, pour quelqu’un qui se dit guidé par les idées, vous n’hésitez pas à urger ce parti de changer les siennes par pure opportunité électorale. On glissait maintenant vers la question de la ligne politique du parti conservateur. J’étais surpris d’être la cible d’une salve de Madame Javeline, la moins âgée de mes concurrents.

- Lorsque j’estime que les idées défendues par ce parti, ou plutôt exprimées comme telles, ne sont pas en adéquation avec la société qu’il prétend gouverner, il me semble que le changement relève effectivement de l’urgence. Je vous recommanderais bien de changer de cap idéologique après les élections, mais ce serait trop tard… Les idées que je défends sont celles en lesquelles je crois, Madame Javeline, ce sont celles que je vous propose d’adopter car je pense effectivement que ce sont celles qui augmenteront nos chances de victoire. Je ne fais qu’offrir une opportunité qu’il appartient aux membres de ce Bureau de saisir.

- Et l’opportunité que vous leur proposez de saisir est de reléguer la noblesse de ce Royaume à un rôle de figuration et, pire encore, de vider la Couronne elle-même de toute substance…

- Ces changements institutionnels sont essentiels. La noblesse alderaanienne n’est pas encore remise en cause, mais si elle prétend conserver un pouvoir qui n’est pas issu du suffrage universel, elle sera emportée par la grogne populaire. Je n’en fait aucun secret et vous l’avez rappelé vous-même, je n’ai pas grandi sur Alderaan… Je décidai, sans doute imprudemment, de jouer la carte des origines. Je viens d’un monde dans lequel une Aristocratie toute puissante a conservé un pouvoir sans partage pendant des millénaires, persuadée qu’elle était de ne jamais le perdre. J’ai vu tous les excès qui résultent de la remise en cause d’une telle situation, et je veux épargner cela à ma terre d’accueil.
Je ne recommande pas d’écarter la noblesse de tout pouvoir, je recommande simplement qu’un noble puisse exercer un pouvoir en sa qualité de citoyen, et non en sa qualité de noble. Le pouvoir qu’un noble exercera du fait de sa naissance ne disparaîtra pas, il sera simplement réduit au point d’être acceptable dans une société démocratique. Les nobles devront faire un choix entre deux voies : celle du pouvoir symbolique dans le groupe des Pairs du Royaume susceptibles d’être élus Roi, ou celle du pouvoir politique dans le groupe des députés susceptibles d’être désignés Vice-Roi.
Les citoyens alderaaniens ne peuvent plus être mis devant cette situation étrange qui consiste à remettre tous leurs pouvoirs à un seul individu, le Vice-Roi, qui le partagera avec un Conseil dirigeant qui élira le Roi, bien que non élu lui-même.
Si nous voulons conserver les structures traditionnelles du pouvoir alderaanien, il faut accepter qu’elles exercent un pouvoir qui corresponde à leur nature, et donc accepter de les réduire.


- Vous prétendez comprendre la société alderaanienne…Monsieur Sakaryn prenait le relai. C’est très présomptueux de votre part. Vous n’avez déjà pas pu saisir les mutations de la société du monde sur lequel vous avez grandi, alors épargnez-nous vos analyses d’une société que vous n’avez pas connue. La noblesse alderaanienne est sa fierté depuis des millénaires. Nous n’avons pas perdu la dernière élection parce que nos idées sont mauvaises, ou en décalage avec la société, nous l’avons perdu parce qu’il y a eu fraude. Nous ne devrions pas changer notre cap, mais précisément le garder. Conservateur parmi les conservateurs… Monsieur Sakaryn représentait donc tout ce qu’il me semblait nécessaire de combattre dans ce mouvement politique.

- C’est toute l’erreur contre laquelle j’essaye de vous mettre en garde, il ne faut pas croire que cette fraude est censée révéler quoi que ce soit de sous-jacent quant à l’état d’esprit de la société alderaanienne. Je n’ai jamais prétendu que c’était en raison de cette fraude que le cap devait être changé… La fraude électorale tient à des circonstances particulières qui n’ont rien à voir avec la nécessité pour les conservateurs de se réinventer.
Je le redis : Alderaan est plus grande que cette crise passagère et, si elle doit naturellement être réglée, nous devons regarder au-delà, tant au niveau intérieur qu’extérieur.


Il y a un toujours un moment dans les échanges de cette nature où l’on sent que les choses pourraient continuer sans aller plus loin. Valerian Ulgo crut percevoir l’un de ces moment lorsqu’il décida d’intervenir.

- Bien, cela ressemble au mot de la fin. Madame, Messieurs, nous vous remercions pour ces échanges éclairants. Valerian Ulgo invita chacun de nous à reprendre place d’un geste discret, puis il reprit à l’attention des membres du Bureau.
Chaque candidat qui s’est exprimé est porteur d’une ligne particulière soumise aux suffrages des membres du Bureau. Mesdames et Messieurs, les options sont claires et il est maintenant temps de vous prononcer. »

Je n’étais qu’un membre récent du parti conservateur et il serait tentant d’énumérer les nombreuses raisons pour lesquelles je n’étais pas légitime à prétendre le guider pour les prochaines élections. Ce n’était toutefois absolument pas le moment de se livrer à cet exercice et je préférais amplement m’accrocher à ce que je pensais être mes atouts. Je portais une ligne globalement approuvée par le président du parti et j’avais pour moi la nouveauté qui rendait possible sa promotion à l’extérieur de l’enceinte du Bureau. Certains membres éminents m’avaient témoigné leur soutien durant la précédente pause, heureux d’entendre que quelqu’un était prêt à « forcer » la nouveauté. Mes chances n’étaient pas négligeables, et peut-être même étaient-elles plus importantes que je le pensais. Bien sûr, l’égo préférait remporter la victoire impossible pour en conter la légende. Mais le chemin prudemment balisé menait incontestablement plus loin.
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Sebastian Melvar
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MessagePosté le: 18/07/2018 15:14:19    Sujet du message: Jeu de pouvoir Répondre en citant

PREMIÈRE MANCHE
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Durant l’une de mes rencontres avec Valerian Ulgo, nous avions abordé la question des modalités de vote au sein du Bureau. Les suffrages étaient traditionnellement exprimés à bulletins secrets afin de laisser chaque membre libre de sa décision, mais les débats qui se tenaient avant l’opération de vote permettaient en général de prédire avec une relative certitude le sens de ces derniers. N’étant pas membre du Bureau, Valerian tint à me dire que je ne pourrais pas assister à ces ultimes échanges.

Je mis donc à profit ce temps libre pour m’installer dans un café-restaurant non loin du siège du Parti. J’y commandai un vin effervescent bien frais pour me remettre de mes émotions et apaiser le stress qui montait bien naturellement. Il était difficile de ne pas mesurer l’enjeu de ce qui était en train de se décider de l’autre côté de la rue. Les évènements s’étaient bousculés, j’avais littéralement été propulsé sur le devant de la scène en faisant le pari que la force initiale suffirait pour prendre mon envol. Mais la quiétude du moment me donnait le temps de m’interroger sur les réelles causes du soutien de Valerian Ulgo. Je pensais jusque là que le fait de lui avoir suggéré la Couronne alderaanienne avait été l’élément déclencheur, mais sans doute comptais-je un peu trop sur la vanité de cet homme qui était plus expérimenté que moi. Son soutien était essentiel à ma victoire, et serait essentiel à mon maintien. J’étais en train de me rendre trop dépendant de lui, mais c’était la seule façon d’entrer aussi rapidement dans la vie politique alderaanienne. Je réalisais alors que, ma vie durant, je n’avais jamais réellement agi autrement que sous la tutelle d’un autre individu. Ma mère d’abord, Isaelle ensuite et Ulgo enfin. C’était à redouter la victoire davantage que la défaite… La grande question était de savoir qui, de Valerian Ulgo ou de moi-même, était en train de plus sous-estimer l’autre ?

Impossible hélas de consacrer à ces importantes réflexions davantage de temps car la délibération devait toucher à son terme. J’en eus la confirmation via un message d’Isaelle qui conserva résolument ses pronostiques pour elle-même. C’est après quelques minutes de marche que je retrouvais mon siège dans la salle de réunion du Bureau. Valerian Ulgo était déjà derrière son pupitre et appela l’assemblée au calme pour débuter son intervention.


- « Mesdames et messieurs, tout le monde a repris sa place ? Valerian marqua une courte pause le temps que chaque membre rejoigne le siège qui lui était réservé. Le moment devait revêtir une certaine solennité qui exigeait de l’ordre. Bien, je vais annoncer le résultat du scrutin relatif à la détermination de la ligne politique du parti conservateur pour les élections à venir et, par la même occasion, le candidat qui portera cette ligne devant les suffrages.
Je rappelle que nous avions trois candidats : Madame Catarina Javeline, Monsieur Bedorius Sakaryn et Monsieur Sebastian Melvar. Voici les résultats du scrutin :


RÉSULTATS DU SCRUTIN
Nombre de votants
34
Suffrages exprimés
34
Catarina Javeline
7
Sebastian Melvar
19
Bedorius Sakaryn
8


La démarche de Monsieur Melvar est celle qui a rencontré le plus d’opinions favorables des membres du Bureau. Conformément à nos statuts, il me revient l’honneur de le nommer Candidat officiel du parti Conservateur à la fonction de Vice-Roi.
Monsieur Melvar, si vous voulez bien me rejoindre.
Je dois confesser qu’à cet instant précis, j’ai hésité à me lever par crainte d’avoir mal interprété la situation. La main insistante d’Isaelle sur mon bras me rappela à la réalité sans me laisser le temps d’y réfléchir.

Je mentirais en prétendant ne pas avoir envisagé ma victoire, mais il s’agissait alors de la part d’auto aveuglement nécessaire pour convaincre les autres de ce dont on pouvait soi-même douter. Mais lorsqu’il apparaît que ces autres y ont cru, comment se convaincre qu’on ne les a pas bernés ? Je dus fournir un nouvel effort pour chasser ces pensées qu’il faudrait affronter un jour, au risque d’être rongé dans les pires moments.

Les applaudissements convenus couvrirent mon hésitation initiale, et je me retrouvai en l’espace de quelques pas auprès de Valerian qui me serra une main chaleureuse bien à la vue de tous.
Cher Sebastian, toutes mes félicitations. La suite concernait l’audience autant que moi. Vous avez su convaincre les plus éminents des membres de ce parti de la nécessité de se réinventer pour affronter les défis qui s’imposent au Royaume. Votre victoire est nette et sans appel, mais le vieux singe que je suis se permettra tout de même de vous délivrer un conseil : si, par cette décision, notre mouvement affirme qu’il a besoin de vous, n’oubliez pas que vous avez également besoin de lui. Vous pouvez être convaincu, cher Sebastian, de notre indéfectible soutien pour obtenir la victoire dont nous sommes persuadés qu’elle est plus que jamais à notre portée. Une autre salve d’applaudissements convenus et je profitais de ce temps pour adresser des remerciements de tête aux membres de l’assistance, puis le silence et ce fut à mon tour de brièvement discourir.

- Monsieur le Président, cher Valerian. J’accompagnais cette adresse d’un regard direct, appuyé d’un sourire presque sincèrement amical. C’était la première fois que j’utilisais le prénom du chef des Conservateurs, mais lui-même ne s’était-il pas permis cet écart qui, dans la sphère publique, fleurait bon le paternalisme ? Je voulais signifier par ce retour qu’il s’agissait bien de la concrétisation d’une alliance, et non d’une filiation politique ; ainsi la lutte d’influence commençait-elle déjà. Mesdames et Messieurs. L’extrême banalité que constituent des remerciements dans ces circonstances ne me décourage pas de vous formuler mon infinie gratitude, non pas pour m’avoir choisi en tant que personne, car il ne s’agit pas d’une aventure personnelle, mais pour avoir osé faire confiance au projet que je porte ; car c’est bien une relation de confiance que nous tissons aujourd’hui.

Vous me faîtes l’honneur de me choisir comme candidat, et quelle plus belle preuve de confiance, mais nous sommes bien tous ici les porteurs de ce projet collectif. Je fais pleinement confiance aux membres de ce Bureau, qui ne seront pas écartées des décisions majeures relatives à la campagne, pour s’assurer du maintien des orientations qu’il a aujourd’hui choisies pour le parti.

Un Parti politique est un laboratoire d’idées qui ne peut pleinement remplir sa mission qu’en accordant à tous les courants une juste place. Mais, comme dans tout groupement d’individus, certaines décisions doivent être prises quant à l’orientation du groupe entier et c’est là l’autre fonction du parti politique : offrir aux électeurs une orientation claire afin que leurs choix soient les plus éclairés possible. Cette double fonction crée des obligations réciproques entre les tenants du choix majoritaire, qui doivent respecter les divergences, et les tenants des options minoritaires, astreints au respect de la décision finale.
Mon objectif était clair : solidariser le parti Conservateur. Nul doute que les candidats insatisfaits pourraient cultiver des potentielles dissidences qui brouilleraient la communication officielle que j’étais désormais censé incarner. Les orientations étaient particulièrement novatrices, et par conséquent fragiles. Elles ne résisteraient pas longtemps aux assauts venus de l’intérieur et la tentation serait d’autant plus forte que la victoire semblerait incertaine aux membres du parti. J’avais le pénible sentiment que cette construction reposait sur des fondations bien fragiles ; alors il fallait insister. De cette solidarité seule dépendra la clarté, la cohérence, et donc la force du message que nous portons devant les électeurs ; condition même de notre victoire.

Mesdames et Messieurs, j’accueille cette mission que vous me confiez aujourd’hui avec humilité, avec gravité mais aussi avec enthousiasme. Nous avons pu constater au travers de nos échanges que le parti est riche d’idées et que ses membres sont prompts à les confronter. Il ne reste plus qu’à montrer aux citoyens alderaaniens que le parti Conservateur saura les guider dans cette période troublée, et saura accorder le bénéfice de ce renouveau dans lequel il est s’est engagé au Royaume tout entier.


Voici la fin de ce bref discours accueilli par de nouveaux applaudissements convenus, les derniers de la journée et c’était bien ainsi. Nous quittions tous la salle et je reçus diverses félicitations de personnes que je commençais à reconnaître, à défaut de les connaître. Isaelle m’adressa un sourire discret, prélude d’une conversation à venir qui se tiendrait une fois de retour à Terrarium City.

Valerian Ulgo désirait à nouveau me parler, intention prévisible, et je le rejoignis en conséquence dans une autre salle du bâtiment. Il s’agissait d’une salle de réunion de taille plus modeste, au centre de laquelle était placée une table ovale entourée de fauteuils épais, manifestement prévus pour les échanges qui duraient. Des individus étaient déjà installés, une femme et un homme dont j’estimais l’âge à peu près équivalent au mien. Valerian fit les présentations :


- « Sebastian, toutes mes félicitations. C’est une victoire éclatante, et je me réjouis de voir que nous avons franchi un pas décisif. Permettez-moi de vous présenter Hannah Molikor, mon assistante, et surtout Ulrik de Vakeyras. Le dénommé Ulrik se leva en me saluant respectueusement, je répondis du même geste en ne manquant pas de saluer la demoiselle Molikor. Valerian poursuivit son introduction. Je vous offre ses services en tant que directeur de campagne. C’est un jeune homme d’une rare qualité que je vous recommande, ses analyses sont fines et il a un grand sens de la fidélité. Envers qui, c’était toute la question… Ulrik prit la parole suite au geste de tête de Valerian qui devait valoir autorisation.

- Des félicitations sont de rigueur Monsieur Melvar, je serai honoré de vous accompagner pour la suite des évènements. On me servait à nouveau du « Monsieur Melvar », et je ne saurais être plus satisfait. Néanmoins, je voyais bien cet homme pour ce qu’il était : l’incarnation même de l’entreprise de contrôle de Valerian Ulgo. Mais quel choix avais-je ? Mes alliances sur Alderaan étaient quasi inexistantes, j’étais encore et pour un moment la chose du président du parti sans lequel je n’étais rien.

- Merci beaucoup, Ulrick. J’aurais aimé savoir qui était cet individu que l’on poussait dans cette aventure incertaine avec moi. Croyait-il en mes idées ou n’était-il que l’homme d’Ulgo ? Le moment n’était sans doute pas venu de s’en enquérir, mais il était impératif de savoir quelles étaient les motivations de celui qui serait le pivot d’une campagne dont je n’aurais, au moins dans les débuts, qu’une maîtrise imparfaite. Choisi directement par Monsieur Ulgo, je ne doute pas de vos qualités et suis heureux qu’elles soient mises à ma disposition.

- Avant de nous quitter pour aujourd’hui, cher Sebastian, il faut que je vous renseigne un peu sur votre nouvelle situation. En tant que candidat officiel, et même si la campagne n’est pas encore lancée, vous devenez un acteur incontournable de notre mouvement. Vous disposez donc d’un personnel, parmi lequel Ulrik ici présent, et d’un bureau qui jouxte cette salle de réunion dont vous avez également la jouissance. Vos frais de déplacement et de représentation sont assumés par la trésorerie du parti, moyennant une participation minime pour certaines dépenses comme les voyages interplanétaires par exemple, mais je ne vais pas vous assommer avec ces détails.

Ulrik, Sebastian, je vous laisse maintenant. Vous devez avoir des choses à vous dire et je ne voudrais pas interférer plus que de raison. Mademoiselle Molikor, nous partons.


Après de chaleureuses salutations, et de nouvelles félicitations sincères, je me trouvais seul avec celui qui devenait mon plus proche collaborateur. L’entremise avait toutefois été expéditive et je voulais compléter cette prise de contact dans un cadre moins formel.

- Et bien Ulrik, je pense que nous pouvons saisir cette heure avancée de l’après-midi pour transporter notre conversation vers un lieu plus agréable. J’ai repéré un café non loin qui sert d’excellents vins effervescents. »

Manifestement déconcerté par cette proposition, qui n’en était pas vraiment une, Ulrik fut bien contraint de me suivre à l’extérieur du bâtiment.
L’absence de notoriété me permettait encore de marcher dans les rues en toute tranquillité, mais cette situation ne durerait probablement pas. Le serveur qui m’avait accueilli lors de ma dernière visite fut le premier citoyen alderaanien à me reconnaître officiellement, et je m’amusais intérieurement de cette situation en même temps que j’imaginais une machine à suffrages qui entamait son décompte.
Une fois confortablement installés autour d’une petite table ronde et servis, nous pouvions entamer ce premier échange.


- « Allez, trinquons… Je ne suis pas spécialement superstitieux, mais il ne coûte rien de nous souhaiter la bonne fortune. Profitant de ce moment de calme, loin du monde, je réalisais peu à peu ce qui s’était passé. Cette conversation allait encore plus ancrer dans le réel cette incroyable suite d’évènements. Vous auriez probablement été désigné directeur de campagne de n’importe quel candidat, je suppose que vous avez la suite en tête.

- A vrai dire, Monsieur Melvar, j’ai été préparé par Valerian Ulgo pour vous seconder.

- Tiens donc. Voilà qui tendait à accréditer la théorie de l’espion… Il avait autant confiance que cela ? Ou bien était-ce l’inverse, au point de prévoir et de préparer à l’avance un directeur de campagne spécifique.

- Monsieur Ulgo croit en vous, c’est certain, mais votre profil est extrêmement atypique. Nous allons ensemble devoir vous construire une crédibilité sur la scène publique.

- Parce qu’être désigné candidat par le Bureau ne me rend pas assez crédible ? Je voulais déstabiliser mon nouveau collaborateur, un peu par plaisir, mais surtout pour voir comment il réagirait. Nous étions désormais les deux seuls à pouvoir tester la solidité de nos discours respectifs. J’attendais de lui qu’il prépare mes interventions, alors autant qu’il me connaisse le plus rapidement possible.

- C’est un préalable nécessaire, mais il va précisément falloir solidifier votre image auprès d’une opinion plus large. Vous avez conquis l’intérieur, si j’ose dire, il va falloir adapter votre discours pour conquérir l’extérieur. Vous avez convaincu les conservateurs de changer de ligne, il va maintenant falloir convaincre les électeurs que vous êtes un candidat qui se distingue toujours clairement des autres. Ulrik marqua une pause, subtilement invité par mes soins à consommer ce qu’il avait commandé. Mais cela ne viendra que dans un second temps puisque nous ne connaissons pas encore ces adversaires. Notre premier objectif, c’est de vous faire connaître et il va falloir se soumettre à l’exercice de l’interview médiatique. J’ai déjà contacté Dakarius Filik… Ulrik se sentit obligé de s’interrompre pour apporter des précision devant mon air dubitatif. C’est le présentateur de l’émission « Les questions Dak tuent ».

- Je vois… Le scepticisme que je nourrissais à l’égard de ce calembour était à la hauteur de celui qu’Ulrick supposait nourri à l’égard de l’émission dont il était question. La vérité est que je ne la connaissais pas, mais que le nom n’avait pas grand-chose de rassurant. Mon directeur de campagne, puisque c’était ainsi qu’il fallait le désigner désormais, entreprit de désamorcer l’inquiétude.

- Effectivement, ce n’est pas là que vous pourrez développer votre programme dans ses aspects les plus techniques… mais c’est une émission populaire. Elle aborde la politique à un degré suffisant de précision pour savoir de quoi on parle, sans verser dans l’excès. Beaucoup de personnalités sont passées par là pour se faire un nom, pour le meilleur comme pour le pire. Il faudra vous préparer, et je propose que nous nous y consacrions dès notre prochain entrevu.

En attendant, je ferai préparer un communiqué à destination de la presse pour annoncer que le parti Conservateur s’est désigné un chef de fil pour préparer les prochaines échéances électorales. Nous devons rester encore évasifs sur les échéances en question car, techniquement, aucune campagne n’est encore lancée. Des gens commenceront donc assez rapidement à se rapprocher de vous pour en savoir davantage, votre anonymat ne durera pas… J’espère que vous êtes préparé.


- J’étais, sur Kuat, l’héritier de l’une des familles qui gouvernaient la planète. Je n’ai jamais été anonyme de toute ma vie… Mais la notoriété dont vous parlez m’est inconnue. Il n’y a pas d’opinion publique sur Kuat, c’était plutôt une grande assemblée de courtisans. Si proche des cercles du pouvoir sur mon monde natal, je naviguais paradoxalement en terrain inconnu. La politique kuatie n’ayant aucun trait démocratique, je n’avais jamais été confronté à ce jeu politique particulier.

- Je comprends. Je vous recommanderai alors de ne pas répondre aux sollicitations vous-même et de me renvoyer toute sollicitation, le temps de vous adapter à ce changement. Ulrik consulta sa montre d’un regard discret, l’heure avançait et le programme de cet homme qui était appelé à se rendre indispensable était visiblement chargé. Je vous remercie pour cet échange cordial, Monsieur Melvar, mais je dois assez vite me remettre au travail pour que votre campagne soit mise sur de bons rails. La journée a été éprouvante, je vous recommanderais du repos pour un jour ou deux. Dois-je vous faire appeler un véhicule, vous logez à la capitale ? Le jeune homme, même s’il ne devait avoir qu’un ou deux ans de moins que moi, ne se perdait pas en fausse révérence. C’était un atout précieux pour un collaborateur si proche.

- Non, je loge à Terrarium City auprès de la famille que j’ai ici. Et… qu’est-ce que vous faîtes ? J’avais en effet remarqué que le regard d’Ulrick s’était plongé sur un datapad qu’il avait emporté avec lui.

- Je note qu’il faut que je vous trouve un logement sur Aldera, ce sera beaucoup plus facile et convenable étant donné votre nouvelle position. Madame Melvar ne va pas pouvoir vous loger indéfiniement. Un dernier coup de stylet, et voilà un transport réservé pour rentrer à Terrarium City. Nous terminions notre échange par une poignée de main cordiale et rendez-vous fut pris pour le surlendemain.

Je dus patienter seul quelques minutes après le départ d’Ulrick avant de pouvoir prendre ma route vers Terrarium City et la tranquillité du logement des Melvars.
Isaelle m’y attendait naturellement, visiblement heureuse de pouvoir enfin échanger sur les péripéties du jour, ce que nous fîmes lors d’un dîner en tête à tête. Il était difficile de ne pas me rappeler des dîners similaires auquel j’assistais avec ma mère et Isaelle fut mystérieusement capable de capter cet écho de mélancholie :


- « Ta mère serait fière de toi, Sebastian.

- Oui, c’est le type d’accomplissement auquel elle est particulièrement sensible. J’arrive sur Alderaan et je me lance à la conquête du pouvoir… Un psychothérapeute considèrerait probablement qu’ainsi entretenir l’image d’une mère froide et ambitieuse était un moyen d’encaisser la perte. Heureusement, aucun individu de cette espèce ne se trouvaient dans la pièce, mais Isaelle veillait.

- Elle serait surtout heureuse de voir que tu te lances à la conquête de ta propre vie. Un silence s’installa quelques secondes, le temps d’un voyage rapide vers Kuat et ce passé qui se rappelait à moi. Je pelais en silence une pêche blanche fraichement cueillie, le regard absent. Isaelle me ramena au présent, regrettant peut-être de m’avoir laissé m’échapper. De quoi avez-vous parlé avec Valerian ?

- Il m’a présenté mon directeur de campagne, un certain Ulrick de Vakeyras.

- Très bien, c’est une étoile montante du mouvement. Nous avons de la chance de l’avoir et si Valerian te le confie, c’est qu’il veut vraiment ta victoire. C’est une bonne chose.

- Je n’arrive pas à m’ôter de l’idée qu’il essaye quand même de me contrôler.

- Bien sûr qu’il essaye de te contrôler, mais il n’est pas encore temps d’opposer trop de résistance. Tu as plus besoin de lui que l’inverse, pour le moment ; et plus il a le sentiment d’avoir la main, plus il se met en danger. Quand tu seras connu publiquement, et j’imagine que c’est ce qui est prévu, le rapport de force s’inversera. Je le connais bien, quand il se rendra compte qu’il ne te contrôle plus, il sera trop tard. Tout semblait toujours si certain dans l’esprit des femmes de cette famille. Le rapport de force ne pourrait durablement s’inverser qu’une fois élu Vice-Roi, une pensée qui me projeta vers cet hypothétique issue. Je fus alors pris d’un vertige mental, le même que plus tôt dans la journée, mais j’étais fois-ci en situation de l’exprimer.

- Mais quand même… Vice-Roi d’Alderaan. Plus cette perspective approche, moins elle me paraît réelle, et encore moins réaliste. N’est-on pas en train de pêcher par orgueil ? Je me prends des fois à considérer que ma victoire ne serait pas celle du Royaume.

- Tu es de ces gens qui, dès qu’ils commencent à s’interroger, cessent d’agir.
Met ton égo de côté. Si tu t’imagines une seule seconde comme le sauveur du Royaume d’Alderaan, je t’arrête tout de suite : le Vice-Roi n’est pas un messie. Si tu parviens à te faire élire, tu ne seras pas seul, loin de là, à tel point que tu souhaiteras l’être.
Mes doutes étaient en effet à la hauteur de la tâche que je supposais être celle du Vice-Roi. La toute-puissance de la Matriarche de la maison Kuat ne m’avait pas habitué à l’exercice d’un pouvoir modéré. Cette perception du pouvoir était profondément ancrée dans mon esprit, quand bien même avais-je passé ma vie précédente à la critiquer dans l’intimité des salons du Palais Melvar. Prétendre gouverner Alderaan, puisque c’était désormais l’enjeu, nécessitait de s’imprégner davantage de l’esprit alderaanien sur cette question précise. Un Vice-Roi trop imprégné de la nature autocratique du pouvoir kuati pourrait verser sans même s’en rendre compte dans les mêmes vices, et ainsi prêter le flanc aux pires critiques. [color#66cccc]Monte les marches une par une, soucie-toi de la suivante et peut être de celle d’après, mais ne t’occupe pas du haut de l’escalier.[/color] »
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MessagePosté le: 23/07/2018 16:36:14    Sujet du message: Jeu de pouvoir

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