Se connecter pour vérifier ses messages privés 
 FAQ
   Rechercher   Membres   Profil         Connexion 
 
Une Révolution

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Star Wars RPG Index du Forum -> Galaxie principale -> Reste de la Galaxie -> Mondes du Noyau -> Kuat
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 28/03/2018 15:36:12    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

CONCILE


« Les révolutions sont moins un accident des armes qu’un accident des lois »
Saint-Just

Topic précédent: Grève Générale!


Les hangars de Deponn, ces vastes espaces où d’ordinaire l’on montait ces monstres de doonium, ces destroyers stellaires et croiseurs en tout genre, ne servaient plus à l’assemblage des pièces de base. Une petite ville de bric et de broc s’étalait là dedans, où ouvriers, exclus et moyennants révolutionnaires logeaient provisoirement en attendant la fin de la guerre. A vrai dire, non loin, la station spatiale résidentielle s’était transformée en zone de conflit entre les forces loyalistes et les rebelles obligeant les travailleurs à se déplacer vers des espaces plus sûrs. Mais un peu partout sur l’anneau, on entreprenait des révoltes de taille, surtout dans les usines et les ateliers, où l’exploitation et la répression se faisaient la plus forte.

Il y a un mois, feu Victoria Kuat, grande patronne du système et des CNK, avait ordonné l’extermination en masse des combattants rebelles dans la zone de Maw. Les pertes furent catastrophiques et les forces du gouvernement tenaient la bride ferme aux populations locales. Malgré cela, ceux qui s’étaient déjà rabattus sur la station spatiale principale étaient parvenus à créer l’étincelle qui embraserait la région. Ainsi des combats avaient débuté là bas alors que d’Andrim à Maw, l’ordre étatique régnait, implacable et sanglant. Peu à peu, l’Anneau s’enlisait dans un conflit, extrême, alors que sur la surface, l’héritière du trône faisait tout ce qui était en son pouvoir pour mener cette guerre avec toute la violence nécessaire, quitte à détruire une partie des chantiers ou mettre hors d’état de nuire un maximum d’ouvriers. La guerre… c’était bien cela dont il s’agissait… A peu près 30 jours de combat sans répit, sans scrupule, de la Station Spatiale Principale aux quartier commerçants, des usines du sud jusqu’à la Station Spatiale Résidentielle. La rage de ceux qui n’avaient plus rien à perdre s’épanchait en violences en tout genre, contre les forces dites « loyalistes » bien que certains rechignaient à assassiner leurs propres compatriotes. Pour dire vrai, la maîtrise de l’aristocratie s’étiolait au fur et à mesure que le temps s’écoulait. Le chaos créait de nouveaux ennemis de l’État et son pouvoir devenait de plus en plus illégitime… Mais la Révolution, si tant est qu’elle parvienne à se généraliser, n’allait pas laisser ce monde, Kuat, sans séquelles. Il fallait d’emblée les prévenir et les panser autant que faire se peut.

Tout ne réussissait pas aux révolutionnaires cependant. S’ils gagnaient des batailles, ils en perdaient aussi, d’autant plus que leurs forces physiques se réduisaient comme peau de chagrin. Le ravitaillement devenait de plus en plus difficile malgré le pillage des entrepôts de vivres destinés aux appartements anciennement moyennants et aux résidences professionnelles des aristocrates qui administraient les chantiers et les usines. Les batailles locales au sein des complexes industriels aux abords de la station spatiale de ravitaillement concentraient l’attention des combattants et la plupart de leurs efforts, tout comme la maîtrise des communications centralisées sur la station principale. La cible première fut toujours les systèmes de survie, afin d’empêcher tout meurtre de masse au gaz, comme ce qui s’était passé le jour de l’assassinat de la Kuat de Kuat ; puis les rebelles ciblaient les moyens, les ressources, pour s’en emparer avant d’user de leur stratégie de déploiement. Le plus dur fut évidemment de conserver les positions cruciales tout en orientant le maximum des forces sur les points de conquête. Quelques soulèvements tournèrent court, comme aux abords d’Andrim, où une cellule avait tenté de réactiver la révolte, sans succès. L’absence totale de nouvelles en provenance de ces usines là suggérait tout bonnement qu’ils s’étaient faits exterminer en bonne et due forme. Ah c’est sûr, la grande bataille pour la liberté et l’abolition des castes dominées par une une aristocratie meurtrière n’allait pas se faire sans pertes, massives, des deux côtés… Et à dire vrai, on s’orientait là vers la plus sanglante des guerres civiles du système, où chacun des camps antagonistes ne comptait pas retenir ses coups.



Etat du rapport de force sur l'Anneau orbital
En rouge: les zones sous contrôle des révolutionnaires
En jaune: les zones disputées
En gris: les zones sous contrôle aristocrate


Les hangars de Deponn s’étaient donc transformés en un conglomérat de taudis pour réfugiés. Et s’il fallait trouver quelque chose de positif dans la situation présente, c’était que les castes s’abolissaient d’elles-mêmes. Pour la première fois, un moyennant pouvait être le voisin d’un exclu, un ouvrier partager le même maigre repas qu’un moyennant. La guerre rebattait donc les règles du jeu social et chacun abandonnait ses privilèges de caste, si tant est qu’ils furent. Bien-sûr, la socialisation qui s’était opérée depuis leur naissance et pire encore, le poids de l’Histoire sur les comportements des individus ne s’effaçaient pas entièrement face à l’effondrement des barrières géographiques ; et chacun conservait parfois une attitude qui lui était propre, une façon de se tenir, de parler, d’argumenter ou encore une manière spécifique d’aborder les problèmes. Chacun possédait surtout ses propres ressources professionnelles et intellectuelles, forgées par un système millénaire. Mais l’organisation du camp, la guerre et la situation commune à chacune des castes à l’exception de l’aristocratie forçait la destruction matérielle des celles-ci pour lesquelles aucune instance de régulation si ce n’est le comportement propre des individus ne contraignait les rapports sociaux. Pour autant, les camps de rebelles ne constituaient pas l’utopie dont certain - les plus radicaux du mouvement - se réclamaient. L’absence de structures officielles, institutionnalisées, légitimées, impliquaient l’inexistence d’un mode de régulation des conflits. La vengeance constituait une justice sauvage qu’il était compliqué de maîtriser sans règles. Le vol et la violence pouvaient avoir également court, et la Révolution, basée sur la responsabilité des femmes et des hommes de l’Anneau, laissait place parfois à un individualisme délétère et cruel. Heureusement, la tendance majoritaire était à la solidarité, d’où l’intérêt d’avoir un ennemi commun, l’Aristocratie, pour coaliser les troupes et cadrer les comportements. Cependant, la coercition, aussi bête soit-elle, restait l’instrument de choix dans la régulation des problèmes. Elle n’avait pourtant aucune valeur si elle n’émanait pas d’une assemblée légitime, détentrice d’un certain monopole de la violence, qu’elle soit physique ou symbolique.

C’est ainsi que durant la dernière quinzaine, nombre de révolutionnaires s’étaient réunis pour réfléchir à un mode d’organisation proprement politique. Bien que l’initiative ne procéda pas de l’ensemble des rebelles de l’Anneau, elle émanait du coeur historique de la Révolution ce qui lui conférait une certaine aura. Leto se voyait alors projeté au centre de la machine infernale, désigné de force par l’assemblée improvisée car organisant depuis les premiers jours l’ensemble de la lutte contre l’Aristocratie. A vrai dire, cette idée ne semblait pas lui déplaire, cela faisait quatre ans qu’il cogitait à son modèle de République au sein de laquelle chaque citoyen devait jouer un rôle de choix. Quatre longues années au service de la Révolution, mais aussi durant lesquelles s’était forgée une conscience politique claire, irriguée des savoirs clandestins que lui apportait l’ami fidèle de son défunt père. Il en avait bouffé des holo-livres, des discours fameux, des écrits sages et savants, rédigés sur des mondes aussi divers les uns que les autres et dont la majorité de la population de ces bidonvilles improvisés ignorait l’existence. Ce que Leto en avait conclu, c’est qu’il n’existait pas de modèle parfait, postulé par tel ou tel philosophe, tel ou tel juriste, tel ou telle homme ou femme politique. Non… Par-delà les assertions et les propositions de ces éminences intellectuelles, c’était la fusion des savoirs, l’accumulation des connaissances, leur maturation et leur réflexion qui parachevait l’élaboration de ce qu’était pour lui l’État et son rôle, sur ce que devait être le Citoyen, ce sur quoi la vie publique et politique devait s’appuyer sur Kuat. Leto avait donc ses idées, façonnées au gré de la croissance de son savoir, forgées au fur et à mesure du temps. Pour autant, le leader révolutionnaire n’avait rien de l’homme providentiel ! Car la fameuse assemblée invoquée par la masse de Deponn bouscula ses principes, ébranla ses convictions, mit à mal ses certitudes. Le jeune homme tombait de haut : toute cette construction intellectuelle, personnelle, le fruit d’un travail de longue haleine… Tout cela pour que ne serait-ce qu’un groupe de personnes s’y oppose, contredise cette vision pourtant si mûre et réfléchie, le menant à l’échec… Et quel étrange sentiment, celui de faire face à la contradiction de nos alliés ! Même les plus proches. Un processus inévitable et bienfaiteur pourtant, car la démocratie ne pouvait se fonder sur la vision d’un seul homme, au contraire, elle ne pouvait procéder que de l’intelligence collective. Tel fut le premier enseignement pratique qu’il reçut.

Finalement l’assemblée parvînt à un consensus : l’institution qu’elle allait créer servirait de base fondamentale à l’organisation politique des rebelles rassemblés sur le chantier naval et sa région. Leto y joua un rôle, mais s’attacha plus à l’arbitrage et à mener les débats parfois houleux entre les « citoyens de Deponn ». Et à dire vrai, on le sentait un peu assommé par l’oblitération totale de ses propositions, à tel point qu’il se demandait lui-même si apprendre servait à quelque chose puisqu’il suffisait apparemment d’une seule et petite phrase pour balayer quatre ans d’enseignements. Mais c’était ça la beauté du débat : la richesse des autres. On n’apprend pas que des livres aussi bien écrits soient-il ou même encore de son propre savoir pratique, mais aussi de ce que les autres pensent, réflexions qui ne seront peut être jamais transposées sur le papier ou matérialisées par l’action. Finalement, ce Concile fondé par les vieux de la vieille, ces lutteurs historiques, public et autour duquel la foule s’était rassemblée, élabora son premier document fondateur. C’est à Leto qu’on confît la tâche de l’annoncer aux citoyens de Deponn. Le jeune homme prit la direction d’un balcon en hauteur, puis déclara :


- Le Concile Général de Deponn s’est réuni pour la première fois, et ce afin de s’ériger en autorité constitutive d’une alternative au régime de Castes imposé par les Dix, dont la vocation est de s’emparer du pouvoir et d’abolir sur tout le système ainsi qu’au sein de toutes les filiales du CNK l’ordre façonné par l’Aristocratie avec à sa tête la Maison Kuat. De ce fait, les premiers travaux du Concile Général ont abouti sur l’acte fondateur de la République que nous appelons de nos vœux, à savoir la charte fondamentale qui pose les bases du pacte social passé avec l’ensemble des sympathisants de la cause révolutionnaire. Voici son titre fondamental :

Nous, citoyens de Kuat, déclarons l’abolition irrévocable des institutions qui niaient l’existence de la liberté et de l’égalité des droits.

Nous déclarons l’abolition totale des castes : il n’y a donc ni distinction de naissance, ni distinction héréditaire, ni aucune autre supériorité de quel ordre que ce soit. Il n’y a plus, pour aucune partie de la Nation que nous appelons de nos vœux, ni pour aucun individu, aucun privilège, ni exception au droit commun de tous les citoyens de Kuat. Il n’y a plus ni vénalité, ni hérédité d’aucun office public. S’en suit la fin des corps de métiers rattachés à ces castes.

Nous déclarons la fin totale de l’esclavage et de l’exploitation de tout travailleur, qui devra être rémunéré à la hauteur du travail accompli, quelque soit son métier. Le travail devra être encadré par la loi, borné temporellement, en accordant à chacun le droit au repos et au loisir. Le présent acte s’engage à fournir la sécurité à tous. Il s’engage également à fournir un accès égal l’éducation afin de mettre fin aux logiques de castes qui ont depuis toujours animées à travers le travail, la vie de la population de Kuat.

Enfin, nous refusons l’accaparement privé des fruits du travail de l’Anneau. Le présent acte s’engage à nationaliser la compagnie CNK actuellement aux mains de la famille Kuat, de la réorganiser et de rediriger l’ensemble des richesses produites vers ceux qui la créent.

De ce fait, nous déclarons illégitime le régime aristocrate et le combattrons, en se jurant de ne se séparer que lorsque celui-ci sera détruit, et un nouveau, véritablement démocratique, établi et approuvé par le Peuple.


Des acclamations…. Les acclamations de ce peuple qui se constituait peu à peu lui même, mais qui pourtant ne furent qu’un instant de bonheur éphémère. Car le lendemain, ce peuple devait prendre les armes et se battre, au péril de sa vie. Affronter la répression, la violence, la haine, la torture, le meurtre… Affronter la mort. Connaître la douleur, la tristesse, l’échec, la perte d’un être cher. Mais pour quoi au juste ? Pour que vive la Révolution, et que triomphe l’Egalité.
_________________________
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 28/03/2018 15:36:12    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 04/04/2018 04:04:54    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

ENLISEMENT (1)

« On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut »
Nicolas Machiavel


Une obscurité inquiétante, troublée par les étincelles irrégulières d’un câble électrique déchiré, stigmate d’un affrontement passé. Un bruit de fond étrange et presque sourd, ponctué de quelques longs silences. Le souffle contrôlé d’une dizaine de révolutionnaires, posté derrière une barricade d’avant poste, le canon de leur fusil pillé dans un entrepôt des forces de l’ordre posé dessus, et eux, l’index sur la gâchette, prêts à tirer. Une goutte de sueur glissait le long du front de quelques uns de ces jeunes combattants, jusqu’à leur joue, puis leur mâchoire avant de s’écraser sur le sol métallique et froid. Ils avaient peur de briser ce silence ténébreux, ils retenaient leur respiration, tentaient d’inspirer et d’expirer le plus faiblement possible, le visage dissimulé derrière leurs armes et leurs yeux fixant le bout du couloir. Ils attendaient ce qui allait surgir de là, la peur au ventre. Que cette attente fut longue et terrifiante. L’impatience de certains se traduisait par quelques gestes fébriles. L’inexpérience de la guerre, la non maîtrise des armes… Pensaient-ils sans doute qu’ils n’avaient aucune chance face à des forces de l’ordre formées pour cela. C’est certain, les troupes rebelles ne possédaient guère suffisamment d’experts militaires pour tous les former au maniement des armes. Seule leur volonté d’en finir avec l’ennemi, mais aussi leur supériorité numérique insolente pouvaient avoir raison de leur ennemi.

Dans l’ombre du corridor, les combattants se tenaient prêts sentant un affrontement survenir. Le moindre bruit fut suspect et l’usure mentale d’être en alerte permanente ne les aidait certainement pas. On entendit quelque chose au loin, derrière la porte automatique tout au fond du couloir. Les mains rebelles se refermèrent sur les armes, les postures se crispèrent, on visait attentivement vers la provenance de l’anomalie sonore. Le silence revînt pourtant durant quelques longues secondes pendant lesquelles le doute s’instillait dans l’esprit des jeunes révolutionnaires. Plus le temps passait, plus l’attention se relâchait. Et quelques déglutitions plus tard, la porte s’ouvrit brusquement. Alors un tir partit instinctivement du côté rebelle, entraînant une seconde plus tard une salve de plusieurs dizaines de coups, totalement fous, irrationnels, provoqués par la peur et la volonté de vivre.


- Cessez le feu... ! CESSEZ LE FEU !

Un camarade de la barricade avait hurlé, et tous s’exécutèrent. Ils essayèrent alors de réhabituer leur vision à l’ambiance nocturne – les flashs des blasters leur avaient agressé les rétines. Pourtant ce fut ce moment que l’ennemi choisît pour attaquer. Deux gardes de Kuat, initialement postés dos au mur sur les côtés de la porte automatique firent volte-face et défièrent les rebelles, leur EE-3 à la main. Dès lors, on n’entendît que le bruit caractéristiques des fusils blasters à mesure que les loyalistes pénétraient dans le couloir, massacrant les révolutionnaires ayant cette fois-ci bien mal joué leur coup. Un des tireurs dégoupilla une grenade – cela faisait parti de l’arsenal de guerre des fidèles du régimes – et la balança au pied de la barricade. Une seconde, puis deux. Il n’en fallut pas plus : elle explosa, trois rebelles avec. Tant bien que mal, les autres battirent en retraite ; mais il était trop tard. Ils se firent abattre un à un… jusqu’au dernier.

Le silence revînt brutalement. Un homme de la première ligne éclaira le couloir de sa lampe torche. Lentement, il avança, déviant le faisceau lumineux vers le sol. Un petit sourire en coin s’esquissa sur ses lèvres alors qu’il enjambait un à un les cadavres encore chauds des quelques révolutionnaires qui gardaient le lieu. Et pour être sûr qu’ils ne firent pas semblant de faire les morts, il pointa son blaster en direction de la tête des jeunes hommes dont les corps sans vie étaient étalés par terre, et tira, une seule fois, froide et précise.


- Nettoyez-moi ça, lança-t-il sur un ton martial.
- Oui Commandant.

Le jeune chef acquiesça en rengainant son arme. Ses premières expéditions sur l’anneau furent concluantes, elles annonçaient un avenir radieux, du moins pour lui, et sa famille

- Sécurisons la zone, saisissez leur matériel... Emparons nous de la barricade, nous allons se servir de cet avant-poste comme appui. Croyez-moi, la station résidentielle sera à nous d’ici quelques jours.

Les soldats lâchèrent un sourire en hochant la tête brièvement de haut en bas, et les voilà en train d’arracher les mêmes blasters EE-3 aux morts, étalés sur le sol, leur têtes brûlées ou presque détruites par l’impact du fusil du Commandant Knylenn.


Sind de Knylenn, Cadet de la Maison Knylenn des Dix, Commandant du Bataillon « Bleu de Roi »


Sind de Knylenn se souvenait. Il était assis sur un banc de l’immense jardin du palais familial, non loin du centre névralgique du pouvoir. Un vieux livre à la main, il se perdait dans les écrits de son auteur favori, baigné par une douce lumière solaire calme et apaisante. Le ciel était d’un bleu éclatant, bien que traversé par le fameux anneau orbital. Ah ! Loin de lui l’idée de se mêler de cette grève absurde. De toutes façons, ils allaient très vite se calmer, les « révoltés du bounty ». Ces gens-là étaient logés, nourris, par les CNK, on leur payait un salaire pour qu’ils le dépensent dans les lieux de divertissement de l’Anneau et ils osaient se rebeller contre les aristocrates ? Ils ne se rendaient pas compte de leurs privilèges ! Leur statut était bien plus avantageux que celui des Exclus ! Ces-derniers étaient d’ailleurs suffisamment bêtes pour s’allier avec les Ouvriers. Quels idiots, le compromis qui naîtra des – soit disant – négociations garantira des miettes aux travailleurs des chantiers, qui s’en contenteront, et qui ignoreront ces esclaves impies, indignes de parler et de se mêler aux autres, encore moins à même de revendiquer quoi que ce soit. Ainsi la noblesse kuatie sera tranquille pour une bonne petite centaine d’années ! Cette pensée fit sourire Sind qui lisait sans lire, ses yeux parcourant les lignes imprimées sur ce vieux papier antique sans que son cerveau les intègre véritablement.

Une brise légère vînt caresser son visage et pénétrer ses courts cheveux blonds, quand tout à coup, un bruit grave et sourd retentît. Le jeune vingtenaire sursauta, une flopée d’oiseaux s’envolèrent brusquement, paniqués par ce son inhabituel, puis il scruta autour de lui l’horizon. Il lui semblait qu’il provenait d’assez loin. Pourtant...

Rien.

Alors il eut l’idée de lever la tête vers le ciel, vers le fameux anneau planétaire. Et quelle ne fut pas sa surprise ! Sind écarquilla subitement les yeux, abasourdi par le spectacle. Une colonne de flammes orangées, puis entremêlée d’azur, jaillissait d’un des secteurs, suffisamment grande qu’elle fut visible de la surface paradisiaque de Kuat. Le noble se leva lentement en faisant tomber son livre, les pages les premières, sur le sol sableux du jardin palatial. Il ne cessait d’observer l’explosion, sans cligner des yeux, les lèvres faiblement entrouvertes.


- Qu’est-ce que…

Sind marmonnait, se parlait à lui-même. Deux bonnes minutes s’écoulèrent avant qu’il ne réagisse rationnellement à ce qui venait de se produire : une bataille entre forces de l’ordre et grévistes avait dégénérée, au point d’en venir à faire exploser une partie de l’anneau… ! Le jeune noble se secoua vivement la tête et afficha une mine salement renfrognée. Alors comme ça c’était la guerre ?! Pour qui ces misérables se prenaient-ils ! Sind marcha d’un pas pressé vers la demeure familiale, grimpant quatre à quatre les larges marches qui donnaient sur les jardins. Il poussa violemment la porte vitrée du salon d’été, ce qui ne manqua visiblement pas de faire sursauter ses sœurs en pleine séance de droit républicain avec leur précepteur coruscanti.

- Vous n’avez pas entendu ?!
- Oh cela doit être une cargaison tombée un peu trop fort, rétorqua lascivement une jeune fille blonde en lâchant un soupir.
- Non ! Une petite partie de l’anneau vient de partir en fumée !

Les héritières Knylenn se tournèrent subitement vers leur frère, le juriste en fit de même.

- Je te demande pardon ?

Sind laissa sa sœur sans réponse, sortant de la salle pour monter le grand escalier du palais en direction du bureau matriarcal. A bas le protocole ! Ni une ni deux, le jeune homme poussa la double porte et pénétra dans l’office. La mère était là, assise sur son fauteuil coiffée du traditionnel couvre-chef kuati qui n’avait guère changé depuis les premiers temps. Son mari était à côté d’elle et se tenait en face un officiel du Palais de la Maison Kuat.

- Mère… !
- Nous avons vu, Sind, fit la matriarche en coupant la parole de son fils.
- Comment est-ce…
- C’est très grave, oui… mais il y a plus grave encore.

Le ton était sombre, solennel, mais sans tristesse. Le cadet de la maison Knylenn resta posté sur le pas de la porte, scrutant avec une curiosité non dissimulée l’Intendant des Kuat qui s’était légèrement tourné vers lui, affichant ainsi son profil de trois quart vers le nouvel arrivant.

- Monsieur l’Intendant vient de nous annoncer une nouvelle tragique...

Que pouvait-il y avoir de plus grave qu'une explosion sur l'anneau visible depuis la surface de la planète...? Sind respirait fort, conséquence de l’effort qu’il venait d’accomplir pour arriver jusqu’ici. Sans doute son stress ne faisait qu’amplifier la chose ; en tout cas, son coeur battait la chamade, quand tout à coup, la terrible nouvelle tomba, comme un couperet.

- Victoria Helena Kuat est morte, assassinée.

Silence. Le garçon en fut abasourdi. Il recula même d’un pas... Que diable se passait-il sur sur ce système... ?! Des usines qui explosent... la dirigeante qui se fait assassiner… Et si… Et si ces évènements n’étaient pas à prendre à la légère ? Et si ce qui se passait sur l’anneau était tout à fait sérieux… ? La mort de la Kuat de Kuat n’allait faire qu’empirer les choses, déstabiliser l’État, l’ordre aristocratique lui-même. Elle survenait au pire moment, alors que les ouvriers, les exclus, peut être même des gens de la classe moyenne se liguaient contre l’autorité millénaire des nobles, et parvenaient à des résultats effrayants, des résultats... menaçants.

- C’est Elizabeth Auriana Kuat qui se chargera de la Régence le temps que le… problème de la succession soit réglé, reprit la matriarche Knylenn.
- Bien, Ereen, fit l’Intendant, je vais vous laisser vous recueillir en famille...
- Rune, vous avez le plein soutien de la Maison Knylenn, sachez-le, répondit la matriarche d’un air faussement compatissant mais suffisamment bien simulé. Ne doutez pas un-seul-instant de la fidélité de notre famille envers la Maison Kuat...
- Le contraire m’aurait étonné, Ereen. Il inclina légèrement le buste en avant. Je vous laisse vous remettre de cette tragique nouvelle… Nous nous verrons d’ici peu, sans doute…
- Au-revoir Rune, toutes nos sincères condoléances...

L’Intendant fit demi-tour sur ses talons et prit une allure martiale avant de quitter la bureau, passant à côté de Sind en lui faisant un faible signe de tête, sans le moindre sourire. Il finissait de disparaître dans le grand escalier tandis que jeune noble restait là, fixe, ne sachant que penser de la situation.

- Ferme la porte, mon fils.

La mère brisa le silence. Elle avait parlé, le cadet s’exécuta. Il clôtura la double porte de bois, puis s’avança vers le large bureau derrière lequel Ereen Knylenn était assise tandis que son mari se tenait debout à ses côtés, les mains jointes dans le dos. L’appréhension de Sind disparaissait à mesure qu’il comprenait que la vermine de l’anneau commençait à menacer son statut… Son air se fit plus dur, son allure plus ferme. Pour qui se prenaient-ils, eux, qui n’étaient bon qu’à produire et à exécuter là où la noblesse réfléchissait, créait et concevait ?

- Nous allons tenter de tirer notre épingle du jeu, reprit-elle après un bref instant.

Le regard du jeune noble s’illumina soudainement. Évidemment… Un trouble au sein de la famille Kuat ne pouvait que s’accompagner de complots. La présence de l’Intendant forçait à l’auto-censure, mais voilà que les volontés vraies s’affichaient au grand jour.


- Nous te proposerons aux Kuat comme lame. Tu es en forme, vigoureux, et tu as été formé à l’art de la guerre et du combat. Ton père et moi pousserons la direction militaire à te nommer Commandant d’un bataillon qui ira se débarrasser de ces misérables pourritures outre-atmosphère.

Un sourire un brin sadique défigura le visage de Sind. Il s’y voyait déjà ! Avec sa tenue d’officier, son fusil blaster dans les mains, ses tirs anéantissant l’ennemi…

- Nous nous chargerons avec tes sœurs des intrigues politiques, reprit la matriarche d’une fourbe douceur accompagnant un sourire entendu, tu t’occuperas des exploits militaires, tu feras briller notre Maison de tes réussites et lui accordera un prestige digne de ce nom, qui viendra asseoir notre domination sur les autres…
- Très bien mère, je tâcherai d’être à la hauteur...
- Oh mais… Nous ne te laissons pas le choix, Sind….


L’entrevue prit fin quelques longues minutes plus tard. Le jeune noble descendit lentement le grand escalier, l’air rêveur. Marquer l’histoire de sa famille, la voir sur le trône… Enfin s’emparer du titre suprême monopolisé trop longtemps par cette immonde famille Kuat… Les rancœurs s’éveillaient, s’exacerbaient, pour le plus grand bonheur des discrets belligérants unis dans la guerre qui se dévoilait au grand jour ; mais une union d’apparence cependant, qui cachait ces intrigues si typiques du monde aristocratique du système. Jamais un complot contre la Maison mère n’avait abouti jusqu’ici… Mais la situation que vivait la planète était singulière et les Dix dans leur grande majorité ne rêvaient que d’abroger la loi de l’Exemption d’Héritage, qui assurait aux Kuat le pouvoir suprême et perpétuel sur l’État ainsi que sur l’ensemble des CNK sans oublier toutes ses filiales à travers la Galaxie.

- Maître…

Un domestique interrompît Sind dans ses pensées, en bas du grand escalier palatial.

- Vous aviez laissé ceci dans les jardins, par terre…

Il tendit des deux mains et en s’inclinant, présenta le livre que Sind avait fait tomber dans les jardins alors que l’explosion sur l’anneau captât toute son attention lorsqu’elle survînt. Le noble s’en empara sans un remerciement, puis congédia son serviteur d’un geste sec de la main qui s’empressa de déguerpir. Le jeune homme observa la première de couverture de son objet antique, puis effaça les quelques traces qui la recouvraient. Il relut le titre d’un sourire machiavélique et gloussa même un peu. Il y était écrit en basic :





Sind se souvînt, donc, de ce moment à la fois tragique et plein de promesses, alors qu’il fit fouiller les poches de l’officier qui dirigeât les troupes rebelles de l’avant-poste désormais dévasté par les forces loyalistes. Son orgueil lui commandât d’affronter ces peureuses ordures prolétariennes en première ligne. Que pouvaient-elles faire face à la maîtrise, la puissance, la force de la Maison Knylenn, établie sur Kuat depuis les premiers jours ? Rien, évidemment. Ils étaient destinés à la mort, à l’abattoir, à l’extermination. Et ce n’était point un gaz qui allait les achever, mais son propre fusil blaster. Ce leader révolutionnaire… Il ne rêvait que de l’exécuter, devant tous ses disciples fanatiques, désireux d’une égalité illusoire. Cette pensée le fit rire de bon coeur alors qu'il marchait sur la jambe d’un cadavre… Finalement, être philosophe et amoureux de belles lettres n’empêchaient guère la cruauté...
_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 13/04/2018 12:25:35    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

ENLISEMENT (2)
Suite et fin

« Une guerre est juste quand elle est nécessaire »
Nicolas Machiavel


Frappé d’un tir de blaster en pleine poitrine, un exclu projeté un petit mètre en arrière tomba au sol, comme une poupée de chiffon.

- NON !

Dans un brouhaha belliqueux où l’on n’entendait que le bruit strident des salves des EE-3 ennemis, encore celui des détonateurs thermiques, son frère rampait par terre à une vitesse folle. Il n’avait qu’un désir : sortir son cadet de cet enfer. A vrai dire, il le pensait vivant encore, pourtant, comme si son inconscient s’était substitué à sa conscience, des larmes roulaient déjà le long de ses joues pour venir s’écraser sur le sol. La raison s’en était allée et son instinct de survie également ; qu’importe la blessure ou le trépas, l’animal avait fait place à l’être humain, et le voilà en plein milieu de champ de bataille – le grand hall de la station spatiale résidentielle – en train de serrer son petit frère dans ses bras, ne craignant plus rien, ne serait-ce que la mort. Cet instant, suspendu dans le temps, ne dura que quelques secondes jusqu’à ce qu’il décide de le trainer vers l’arrière du front afin de le mettre à l’abri. Cette odyssée fut prompte, mais les tentatives de meurtre nombreuses de la part des forces loyalistes qui tenaient leur position en face. Le rebelle attira son frangin derrière une barricade subissant les tirs nourris des adversaires, puis lui cala le dos contre, en l’affublant de quelques gifles pour le tirer de ce qu’il pensait être un léger coma. Mais aucune vie n’exalta du corps amorphe du jeune adolescent.

- Réveille toi… !

Alors il le secoua par les épaules. Le corps se laissait aller, la tête du cadet se balançait chaotiquement dans tous les sens, et les bras traînaient au sol. Ses lèvres s’entrouvrirent, sa mâchoire tomba. Le choc du tir sur la poitrine lui avait laissé une brûlure intense, une partie de ses vêtements avait même été consumée par l’énergie du blaster. Et son coeur s’était arrêté de battre. Il n’y avait plus rien à faire. Néanmoins, l’aîné gardait un espoir irrationnel, un peu fou. Il lui tâta la carotide à l’aide de son index et son majeur, ne sentit aucun pouls. Déjà l’absurde espérance commençait à s’évanouir et la réalité rattraper le fantasme alors qu’il tentait désespérément un massage cardiaque acharné. La réalité recouvrait le désir, la vérité le mensonge intérieur volontairement masqué par le souhait le plus intense qui soit. Etait-ce la culpabilité de ne pas avoir pu assurer ce rôle, celui du grand frère, garant de la protection physique et morale de ses cadets qui lui voilait la face ? Pourtant il n’y avait rien à faire. Le garçon était mort. Et les larmes se muèrent en sanglots alors que les pressions sur sa cage thoracique se firent toujours plus insistantes. L’espoir laissait donc place au chagrin, le déni à la tristesse, à une douleur qui semblait lui déchirer la poitrine.

- Arrête toi…

Un camarade rebelle lui avait saisi les épaules afin de l’écarter du cadavre. Mais l’aîné se débattait violemment. Son ami tentait tant bien que mal de le contrôler, de le canaliser alors que des flots de larmes inondaient ses joues, le regard fixe sur le corps de son petit frère mort au combat. Il se voyait déjà annoncer la funeste nouvelle à sa mère, il la voyait s’effondrer de la même douleur qui parcourait son corps et son esprit à l’instant même. Pourtant que valait cette vie ? Que valait ce sacrifice, que valait la mort au travail pour un exclu, pour un membre de cette classe impie et esclave ? Pour le camp d’en face, la vie de l’un d’eux n’avait aucune valeur qu’importe le trépas. Telle était la justesse du combat que menât le jeune adolescent, un combat pour une émancipation salvatrice. Pourtant, qui furent les personnes qui tombèrent sur le champ de bataille ? Ce n’était certainement pas les moyennants aux yeux du rebelle, qui conservaient ce rôle de gestionnaire, de têtes pensantes de la Révolution, les ouvriers et les exclus leur étant soumis. « Ce sont les mêmes qui donnent leur vie à la cause, ce sont les mêmes qui restent hors du front pour préserver leur vie », pensait-il. Il fallait que cela change.


Un brève trêve s’instaura entre les deux belligérants. On en profita de chaque côté pour dénombrer les morts, puis incinérer les cadavres. La loi de la guerre était celle de l’inhumanité. Le temps du deuil se calquait sur celui-ci de la trêve; il était subi, et des familles n’allaient jamais revoir le visage de leurs proches, de leurs progénitures. L’intensité du chagrin qui s’abat alors sur ces pères, ces mères, ces frères, ces sœurs, ces grands-parents, ces amis, tout ces proches, n’est pas uniquement lié au manque, à l’absence, à ce vide troublant nos vies. Il est aussi lié à cette peur terrible de l’oubli, de la dilution des souvenirs dans le flou de l’esprit, à cette crainte épouvantable d’évacuer malgré soi ces visages de nos souvenirs. Parle-t-on ainsi du devoir de mémoire lors des plus funestes œuvres de l’humanité, cependant jamais invoqué ou presque dans l’individualité du chagrin ; d’où cette peur terrifiante de l’oubli, lorsque rien ni personne, si ce n’est la victime de la peine, ne pose les bases imagées, historiques et symboliques du sacrifice ou n’institutionnalise la nécessité de ne pas oublier ceux qui se sont battus et qui sont morts au nom d’une noble cause.

Leto avait rejoint le front. Il ressentait toute l’exaspération, la fatigue, la panoplie infinie des dégâts collatéraux de la guerre. Le jeune homme voyait de près le prix de la Révolution. C’était celui du sang versé, du sacrifice, de la peine. Il assistait à ce moment, où l’on incinérait les soldats tombés sur le front et il devait assimiler tout le chagrin, toute la douleur de ceux qui avaient perdu un être cher. Mais une pensée terrible investissait son esprit. La perte de ce que l’on a de plus cher en temps de guerre crée un désespoir profond, mais quoi de plus terrifiant qu’un combattant qui affronte l’ennemi avec l’énergie du désespoir ? Rien, « La bête aux abois se bat jusqu’à la mort », se souvenait-il. Qu’avons-nous à perdre demain si aujourd’hui nous avons perdu tout ce que nous avions de plus cher ? Cette pensée, Leto la jugea cruelle alors qu’au même moment certains accomplissaient leur deuil. Il se surprit à penser comme une leader sans âme, inhumain et rationnel jusqu’à l’indécence. Pour autant cela lui permit de canaliser les visages, les esprits meurtris de ses camarades ouvriers et exclus qui avaient dû subir la perte brutale d’un de leur proche. Cela lui permit d’accepter que les siens meurent. Au final, une chose était sûre : ceux qui avaient connu la douleur aujourd’hui se battront demain avec ce sentiment de n’avoir plus rien à perdre. Cette irrationalité conduirait peut-être cette armée amateure à la victoire, car contrairement à l’adversaire, personne ne les forçait à se battre ; jamais leur volonté n’émanât d’un ordre originel donné par une hiérarchie de plus en plus illégitime.

Leto continuait d’observer les flammes en silence la mâchoire légèrement serrée. Ses traits étaient un peu tirés et son teint semblait toujours un peu plus blafard jour après jour. Sans doute les effets néfastes d’un manque de sommeil évident. Il se tenait droit, les lèvres closes, les mains jointes en bas du ventre. La tradition, et non pas que sur Kuat, voulait que l’on se couvre la tête d’un capuchon d’ordinaire assez large lors de funérailles et c’est ce qu’il fit. Certains combattants détournèrent le regard pour l’observer discrètement. Depuis quelques temps il avait acquis une notoriété qui lui échappait. Peut être était-ce le fruit de sa détermination, de sa volonté sans faille, de son jusqu’au boutisme. A cet instant précis, il semblait renvoyer une image de quelqu’un de dur, de sévère et d’intransigeant, alors que son regard se perdait sur les victimes de la bataille qui avait fait rage et reflétait la couleur orangée du feu funéraire. Juste derrière lui et reconnaissable à sa chevelure claire, Alya était coiffée d’un capuchon bleu clair délicat. Son visage fut moins fermé que celui de Leto, et elle se surprit à déglutir face au triste spectacle de la crémation. Si les ouvriers et les exclus semblaient être habitués à vivre la mort, ce n’était certainement pas le cas de la classe moyenne.

Tout à coup, Alya releva un peu le visage et redonna vie à son regard quelque peu perdu dans le vide. Elle cligna un peu des yeux. L’exclu qui avait perdu son frère se tenait devant elle et il semblait être partagé entre la colère et la tristesse.

- Que faites-vous ici ? lui lança-t-il d’un ton mi-calme mi-sec.

La jeune femme, perturbée à la fois par l’intervention de l’endeuillé et par le contenu de sa question en resta un peu interdite.

- Pendant que les exclus meurent aux côtés des ouvriers, vous, les classes moyennes tentez de gouverner Deponn en laissant vos inférieurs se sacrifier pour la cause…

Leto tourna la tête vers la scène puis observa le jeune homme avant de regarder brièvement Alya légèrement désemparée par la situation. Il le laissa continuer.

- Nous nous battons pour nous débarrasser de gens indignes à gouverner la masse, ce n’est pas pour qu’une minorité qui pense savoir à la place de la majorité de la masse, à savoir vous, les moyennants, prenne leur relai…

Son ton fut curieusement posé même si on pouvait y entendre celui du reproche. Étrangement, Leto n’intervînt pas et au contraire, posa son regard d’azur sur son amie dans l’expectative d’une réponse. Alya écoutait ses paroles, fixant le regard triste du jeune homme bien que l’on pouvait discerner une colère dissimulée, contenue au plus profond de lui-même. Comme pour s’aider à construire une réponse légitime, la jeune femme aux cheveux clairs scruta son entourage et constata la triste vérité. Il n’y avait aucun moyennant sur le champ de bataille, trop préoccupés à mobiliser sur Deponn leurs quelques ressources culturelles à la création d’un futur gouvernement de Kuat, pourquoi pas dirigé par eux. Après tout, c’était la classe moyenne qui détenait le savoir clé : celui de la conception des grandes œuvres des chantiers là où les ouvriers et les exclus, eux, n’étaient que de simples exécutants malgré leur savoir-faire réputé dans toute la Galaxie. La crainte soudaine d’Alya était qu’un conflit interne éclate, ruinant le mouvement révolutionnaire dans son ensemble et laissant la possibilité à l’ennemi de le réduire à néant.

- Vous… Vous avez raison, répliqua-t-elle un peu tardivement. Cela ne suffira peut-être pas dans l’immédiat, mais acceptez mes excuses que j’exprime au nom de mon ancienne caste d’appartenance.

La jeune femme inclina modestement le buste, fuyant du regard celui de son interlocuteur.

- Il n’existe plus d’ordre fondé sur les castes, du point de vue de la loi du moins, et dans l’espace circonscrit par les zones que nous contrôlons. Mais ce que vous dite signifie que les attitudes et les rôles perdurent par-delà l’abolition de ces castes.
- Si ce sont nos frères dans la Révolutions, ce sont nos frères dans la lutte armée contre l’aristocratie…
- Je ne peux que vous donner raison…

Leto posa une main sur l’épaule de jeune homme qui laissa couler une larme. Il la serra légèrement et lui tourna doucement le buste vers lui en plongeant le bleu de ses yeux dans ceux de l’endeuillé.

- Tu as raison, et ils iront aussi nourrir les forces révolutionnaires sur le front, dit Leto sur un air rassurant. Mais n’oublie pas qu’il n’y a aucun ennemi dans nos rangs. Nous ferons tous les efforts nécessaires, sache-le, mais ne tombons pas dans la division et dans la haine contre une ancienne caste coalisée que nous avons abolie.
- Je…
- Ne t’excuse pas, coupa-t-il, tu as raison. Et je ne te mets aucunement en garde. Je souhaite juste te rappeler que nous n’avons qu’un seul et unique ennemi, ceux qui se situent de l’autre côté du grand hall de la station.

Le combattant hocha la tête en lâchant un faible sourire convenu. Leto lui donna quelques coups amicaux sur l’épaule avant de conclure.

- Alya et moi combattrons à vos côtés demain. Nous prendrons chacun une arme, et on boutera les loyalistes en dehors de cette station tu entends ? Le sourire de son interlocuteur se fit plus sincère alors qu’il acquiesça une seconde fois. Pour l’heure, prenons des forces et reposons-nous, l’affrontement de demain sera décisif.

C’est ce qu’ils firent le lendemain, dans une bataille sanglante entre forces révolutionnaires et force du CNK. Mais loin d’être décisif, le conflit s’enlisa plus profondément encore dans une guerre qui ne promettait que destruction et qui n’aboutirait semble-t-il que sur une issue manichéenne : la victoire de la Révolution et la mort de l’Aristocratie, ou la défaite de la Révolution et la mort de ses combattants.
_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 13/05/2018 02:34:45    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

CONQUÊTES (1)

« Parfois, insurrection, c’est résurrection »
Victor Hugo


Deux fronts étaient ouverts par la résistance. Le premier se situait dans la station résidentielle, où Leto se battait, menant les troupes révolutionnaires contre les loyalistes soumis aux aristocrates sous les ordres de Sind Knylenn, ce petit blondinet tyrannique en quête de prestige et de légitimité auprès des instances gouvernementales de la surface. Le point chaud se situait pourtant bien plus au sud, sur le second front au sein de la station spatiale principale de l’anneau qui régissait les arrivées depuis l’étranger ainsi que les départs depuis le système. C’est là que l’on contrôlait l’ensemble des communications vers l’extérieur et il s’agissait de l’objectif principal de conquête à atteindre : s’emparer de la direction de la station spatiale assurait la maîtrise de la communication de l’anneau orbital. S’ils réussissaient, les rebelles auraient un avantage de taille face à l’adversaire et pourraient même commencer à légitimer leur mouvement à l’échelle galactique.

-


Les transports civils réquisitionnés sur Deponn par les révolutionnaires volaient à toute allure vers le sud -est. Castiel se tenait d’un bras à une rambarde de métal gris. Il était dans la large ouverture du vaisseau, à moitié penché au-dessus du vide en regardant la route, ses cheveux virevoltants au gré des capricieux courants d’air. Il tenait un EE-3 par la crosse de son autre main, pointé vers le sol, et affichait une expression des plus sévères. Loin d’être la victime qu’il fut par le passé, le jeune homme était devenu un individu en pleine émancipation, dans laquelle il ne la voyait finalement survenir que dans l’usage de violence. Inutile de négocier avec les barbares d’en bas, ils allaient subir en retour la frénésie des hommes en quête d’égalité et de liberté. Tout cet esclavage, éprouvé durant des millénaires… Le voilà qu’il exaltait de la plus brutale des manières. Voilà qu’il s’affirmait par la guerre. La liberté se conquérait dans l’affrontement, elle se payait de la mort. Et qui sait ce que l’avenir réservait à la population de Kuat, une fois que de la Révolution naîtraient des institutions dont l’objectif allait être d’établir un régime légitime… Castiel se situait bien loin de ces préoccupations qu’il n’avait encore guère anticipé. Il ne pensait à l’instant qu’au plan de bataille alors qu’il traversait avec hâte une partie de la station spatiale principale de l’Anneau Orbital.

- Tenez-vous prêts…

Son communicateur s’était enclenché, le pilote lui avait transmis le message. L’ancien exclu s’assît alors sur le bord du transport en attrapant fermement son fusil blaster des deux mains, prêt à en découdre. On entendait au loin les bruits sourds et graves des affrontements. Castiel commençait à sentir une odeur empyreumatique, âcre, si typique de la guerre et des dégâts qu’elle causait. C’était le résultat des armures fondues, des tirs de blasters sur les murs métalliques de la station. Ah ! La délicieuse odeur du duracier calciné, des plastrons brûlés, de la tôle carbonisée…

Le transport ralentissait, il volait maintenant au-dessus des larges routes dévastées par les affrontements passés. Castiel sentait qu’il se rapprochait du point chaud. Son cœur s’emballa, ses mains devinrent de plus en plus moites à mesure que les mètres qui le séparaient du front s’amenuisaient. Son transport prit soudainement un virage serré, le garçon s’accrocha par réflexe de peur de se voir éjecté de celui-ci. Mais le voilà pénétrant désormais le vaste hangar de la station spatiale principale, le voilà au coeur du champ de bataille. Le vaisseau fusa vers le front, survola une petite garnison de révolutionnaires se précipitant en direction d’un transport loyaliste qui venait tout juste de s’écraser à quelques encablures de là. Castiel observa la scène brièvement avant de se concentrer sur sa tâche. D’autres transports civils rejoignirent le convoi en direction du lieu du débarquement des rebelles. Quand tout à coup, il entendit un sifflement, un bruit aigu qui ne cessait de s’accentuer, qui semblait s’approcher de sa position.

- A couvert !

Quelqu’un hurla. La même personne attrapa sèchement le haut de Castiel pour le tirer plus à l’intérieur du vaisseau. Un tir de ce qui semblait être une roquette lancée par les forces aristocrates se dirigeait dangereusement vers le transport voisin, à quelques mètres du sien. D’un geste fou, un rebelle sauta du vaisseau en vol juste avant que la roquette s’écrasa sur son cockpit, juste avant l’explosion spectaculaire. Le souffle de la détonation puis de la déflagration qui en résultât fit tanguer le transport de Castiel ; le jeune homme glissa dangereusement en direction du vide mais arrêta sa chute de justesse en s’accrochant à ce qu’il avait à portée de main. Un camarade le releva alors qu’il regardait la carcasse voisine en flammes. Celle-ci partit pour s’écraser sur le sol, le rebelle ne vit pas la scène, il l’entendit. Il fallait aller vite ! Mais soudain, un autre sifflement se fit entendre et une roquette frôla littéralement le transport. Castiel déglutît en adressant un regard quelque peu inquiet à son acolyte ; ils venaient une nouvelle fois d’échapper à la mort de justesse.

- Nous arrivons au point de débarquement, tenez-vous prêts !

Le jeune homme se repositionna sur le bord de l’ouverture du vaisseau non sans un certain frisson d’appréhension. Celui-ci s’approcha dangereusement du sol tout en ralentissant. L’ancien exclu y sauta à pieds joints au moment opportun, tenant fermement son EE-3 réquisitionné aux forces de sécurité entre les mains.

- Suivez-moi jusqu’au poste de commandement ! Fit-il aux troupes qui venaient de débarquer.

La garnison se mit à courir sur quelques centaines de mètres, puis finit par rejoindre un abri où l’on dirigeait une partie de l’assaut. L’endroit n’était que très peu isolé du bruit issu du champ de bataille, on ne cessait d’entendre les salves de blasters qui s’échangeaient de part et d’autre. Dans la salle de commandement improvisée, une femme se tenait devant un plan holographique de la station spatiale.


Maia Shan, Générale Révolutionnaire


- Messieurs, nous sommes heureux de vous voir entiers, commença-t-elle, soyez les bienvenus sur le front sud.
- Merci Maia, répondit Castiel. Bon, quelle est la situation ?
- Allons y…

La générale responsable du front dézooma la carte holographique qu’elle avait devant elle pour offrir à l’audience une vue générale de la zone. La station semblait extrêmement partagée entre loyalistes et combattants rebelles, mais les possessions de chacune des factions étaient loin d’être homogènes. L’objectif se voyait nettement, reconnaissable grâce à sa zone rouge. En réalité, les révolutionnaires se trouvaient non loin de celui-ci et la victoire avait l’air tout à fait abordable. Mais se frayer une route au regard du chaos ambiant dehors n’allaut pas être chose aisée.

- Pour être honnête, c’est le chaos total… Les hommes d’Aïdan ne sont pas arrivés en nombre suffisant pour s’emparer de la zone. Les renforts tardent. Ce hangar est le plus grand champ de bataille, partout ailleurs on peut parler de guérillas, d’autant plus dans les zones à couloirs…

Elle s’approcha de la zone en rouge puis appuya ses bras tendus sur le rebord du support du plan holographique.

- Je pense qu’on peut s’emparer du centre de commandement des communications sans y sacrifier de nombreux hommes, reprit Maia. Les territoires de chacun des belligérants sont extrêmement hétérogènes, poreux, ils bougent sans cesse. Je ne pense pas qu’il soit insensé d’envoyer un commando discret pour prendre le centre et y prendre position.
- Mh, c’est risqué, rétorqua Castiel, d’autant plus qu’actuellement, le centre de com’ doit déjà ressembler peu ou prou à une forteresse ultra surveillée par les forces de sécurité de l’anneau. Un commando risque d’être bien insuffisant.
- C’est tout à fait vrai, il convient donc de simuler une attaque sur le flanc opposé à celui dans lequel le commando s’infiltrera. Car évidemment, il va sans dire que pour lui, le but n’est pas l’affrontement frontal. Et puis, les guérillas sont suffisamment nombreuses : leurs forces sont dispersées, disons que la forteresse a des failles non négligeables...

Castiel acquiesça d’un signe de tête. Il scrutait la carte puis redirigea son regard vers la dénommée Maia.

- Quelles sont-elles ?
- Le côté nord est le moins surveillé : il mène vers une partie des appartements d’appoint des dirigeants de la station. Inutile de dire qu’ils sont actuellement déserts, ils n’y ont donc pas mis d’énormes moyens de surveillance. Entrer par le nord est risqué car le passage est étroit, facile à bloquer… Mais je compte sur le commando pour profiter de la surprise et pénétrer de ce côté.
- Bien. Si je résume, on doit passer par le quartier des appartements de la direction. Dans un premier temps va falloir neutraliser la surveillance pour ne pas qu’ils communiquent notre attaque. L’étroitesse des lieux empêche une attaque de masse, d’où l’idée d’une escarmouche. Une fois prêt, une attaque frontale des rebelles sur les entrées les plus surveillées attire les forces loyalistes vers le lieu de la bataille, et le commando en profite pour entrer par le nord à cet instant même. Il investit la direction, se charge d’éliminer les ennemis en présence.
- Un deuxième commando viendra en renfort par le nord pour sécuriser la zone, et on prend les défenseurs en sandwich… Pouf, la station est à nous !
- C’est parfait ! S’exclama finalement Castiel en lâchant un sourire. Bien, je prendrai part au commando.
- Entendu. Nous interviendrons d’ici une paire de jours.



Le campement de fortune qui servait aux combattants se situait dans plusieurs halls de débarquement, non loin du métro orbital (inutile de dire qu’il ne fonctionnait plus). Les affrontements s’étaient un peu tassés, la plupart des rebelles avaient rejoint leur logement d’appoint. Il y avait à quelques dizaines de mètres de celui de Castiel la cantine où tous venaient se ravitailler. La question de la nourriture allait peu à peu devenir problématique d’ailleurs : la station spécialisée dans la centralisation des denrées puis à leur distribution se trouvait à l’extrême ouest de l’anneau, à l’opposé des possessions révolutionnaires. Les stocks des chantiers étaient certes colossaux et les réseaux de marché noir essentiellement étrangers à l’anneau venaient les remplir, mais faiblement. Ils ne suffisaient guère : trop peu de personnes étaient au courant de ce qui se tramait dans le système. La prise des communications s’avéraient donc extrêmement stratégique, au moins pour assécher l’approvisionnement de l’ennemi en réorientant certains flux de marchandises vers la station spatiale principale.

L’ancien exclu faisait la queue, comme tout le monde, en regardant dans le vide, la respiration lente. La fatigue le gagnait et chaque jour elle se faisait plus oppressante en survenant toujours plus tôt. Mécaniquement il faisait deux trois pas toutes les 30 secondes le temps qu’un rebelle se fasse servir une assiette. Il se rapprochait du comptoir de métal, un peu en traînant les pieds et à vrai dire il n’avait qu’une hâte : dormir. Mais soudainement son comlink retentît. Il sursauta un peu avant de s’en emparer d’un geste sec.


- Mh ?

Il scruta l’appareil en abaissant les yeux vers sa ceinture.

- Hein, c'est Let...?!
- Eh oh tu pourrais pas prendre ton assiette… ? On attend pour bouffer !

D’une main et sans regarder le cantinier qui venait de le servir, Castiel s’empara de son plat et le posa nonchalamment sur son plateau.

- De rien, hein…

Mais il ne répondit guère, et au passage ne vit pas l’homme qu’il ignorât secouer la tête de droite à gauche puis de gauche à droite d’un air méprisant en marmonnant quelque chose dans sa barbe. L’ancien exclu lut le message qui s’affichait maintenant clairement sur son communicateur :

« On a pris la station résidentielle »

Castiel laissa éclater sa joie tout en posant son repas sur une table, en en reversant un peu d’ailleurs. Mais il restait debout. Tout le monde l’observait en silence, même le cantinier qu'il avait ignoré quelques secondes auparavant. Puis en regardant la foule tout autour, un sourire radieux, exprimant une allégresse communicative, il s’écria :

- On a gagné au nord ! On a pris la station spatiale résidentielle !

Instant de liesse. Rien de tel que cela pour attiser la flamme guerrière.

_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 22/05/2018 00:42:30    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

CONQUÊTES (2)


« Je suis né gentilhomme. Selon moi, j'ai profité du hasard de mon berceau, j'ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient principalement à l'aristocratie dont la dernière heure est sonnée. »
Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe)


Leto descendait de son transport accompagné d’une garnison de rebelles. Ils étaient arrivés dans la station spatiale principale. Le jeune homme portait une tenue sombre, sérieuse qui lui donnait un air étrange. Castiel lui même, qui l’attendait un peu plus loin près de la foule écarquilla légèrement les yeux. Ses cheveux avaient légèrement poussés, de même que sa barbe ce qui le vieillissait considérablement. Finalement son ami s’approcha de lui et lui fit une accolade amicale. Leto affichait un sourire mesuré mais sincère, derrière celui-ci se dissimulait un adage : « ne pas crier victoire trop tôt ». Rebelles pouvaient fêter la prise des quartiers résidentiels à l’extrême-nord, mais pas les responsables de la Révolution qui à leur grand dam incarnaient contre leur gré le mouvement. Ah Aïdan aurait tout fait pour éviter cette individualisation : le plus courageux du groupe mais aussi le plus radical.

- Merci de m’avoir transmis le plan, lâcha Leto. Je viendrai avec toi lors l’attaque du centre de commandement.
- Le contraire m’aurait étonné, rétorqua son ami d’un sourire plus franc. Mais tu devrais faire un peu plus attention à ta sécurité, le Concile a besoin de toi sur Deponn.
- Peut-être, mais je ne veux pas avoir l’air d’un décideur permanent. On ne fait pas la Révolution assis sur un banc… Je dois aussi me battre, comme tout le monde.

Castiel sourit. Il ne put s’empêcher de penser que Leto refusait en réalité d’envoyer les seuls anciens exclus au combat. Ingénieurs, ouvriers, gestionnaires ou esclaves, tous devaient être unis sur le front face à l’ennemi. Le leader révolutionnaire ne pouvait faire exception à la règle, même s’il y avait bien plus d’anciens moyennants dans les comités décisionnaires que d’autres classes en voie d’éducation politique. Finalement, les deux amis se mirent en route ensemble. Ils se dirigeaient vers le campement, se répétaient le topo et le déroulement de l’escarmouche. Tout semblait en ordre : la nuit allait être belle et victorieuse.



- Plastrons.
- Prêts !
- Blasters chargés…
- Prêts !
- Médikits.
- Prêts !
- Comlinks...
- Prêts… !

Maia, les mains liées dans le dos, inspectait les troupes en les passant en revue. Elle avait les cheveux attachés lui donnant un air plus sévère, mais la douceur de son visage atténuait quelque peu son expression martiale. Elle hochait la tête de haut en bas d’un geste vif à chaque affirmation, et sans l’once d’un sourire, car la situation ne réclamait qu’un sérieux absolu. Leto, tout comme Castiel, se situait dans l’alignement des soldats du commando. Il se tenait droit comme un pic, son EE-3 plaqué contre son flanc gauche (rappelons que c’est un gaucher). Il portait la même tenue que les autres c’est-à-dire un assemblage de tenue d’ouvrier bleuâtre couplé à des protections de duracier sur les membres et sur le torse pillées au forces de sécurité ou fournies par eux. D’ailleurs, les seuls qui n’étaient pas vêtus comme la majorité se trouvaient être les fameux gardes des CNK qui avaient joint les rangs de la révolution soit par conviction, soit par opportunisme, qu’importe ; en tout cas ils conservaient leur accoutrement traditionnel ce qui au passage était parfait pour des opérations discrètes (facile de tromper l’ennemi avec un uniforme officiel). Leto possédait également une sorte de sac-à-dos de taille moyenne avec quelques kits de premiers soins en cas de pépin. Tous en avaient, mais il y avait un référent médical bien plus lourdement équipé en injection de bactasérum notamment.

Maia se mit en face du commando, elle les scrutait presque un à un. Elle avait une de ces allures ! Son charisme était presque palpable ; inutile de dire que certains ne faisaient guère les malins. En même temps, c’était son métier : La Générale Shan avait été la première dissidente du régime et avait rallié la cause alors qu’elle était en place sur la station spatiale militaire. Une fuite vers le nord, et la voici au coeur de la rébellion. Son professionnalisme et sa fine connaissance de l’ennemi en faisait une alliée de taille. Grâce à Maia, l’on commençait à former peu à peu les ouvriers, les anciennes classes moyennes et exclues au combat et à l’art de la guerre. Suivant les compétences de chacun, on répartissait les tâches et qui de mieux pour le faire que des militaires aguerris ? Leto n’avait pas son mot à dire. Sa tasse de thé était la politique, pas la stratégie armée. Pourtant il ne rechignait jamais à combattre. Comme il le répétait sans cesse, la Révolution passait par les armes ; il ne pouvait rester à Deponn et décider, pendant que les siens se sacrifiaient au combat. Alors il fallait se battre: il avait rejoint brièvement la station spatiale résidentielle ou sa venue affecta positivement le moral des rebelles. Et le voilà désormais sur le point de participer à la bataille de la station spatiale principale. Quelque part il savait qu’il en retirerait une rétribution symbolique auprès du peuple révolutionnaire et sans doute gardait-il cela dans un coin de son esprit. Mais avant tout, il était là pour combattre à côté de son ami et agir, contribuer à la victoire.


- Bien, reprit Maia une fois l’inspection et le checklist terminées, c’est parti. Leto, une fois en position, contacte-moi par le canal que je t’ai indiqué sur le comlink et nous lancerons l’assaut. Nous réussirons.
- Entendu.
- On se revoit dans le centre de commandement de la station. Que la Force soit avec vous.

Le commando prit la direction de la sortie sous le regard attentif de la Générale. Et les voilà déjà partis, en direction des appartements inoccupés à plusieurs dizaines de kilomètres de leur position. Tous grimpèrent dans un transport léger de l’armée rebelle. Leto s’installa dans un coin, assis sur le sol. Castiel se mit en face et scruta l’extérieur. Le silence s’imposa rapidement, la concentration envahît les esprits. Chacun se répétait inlassablement la stratégie en espérant n’omettre aucun fragment de celui-ci. Certains visualisaient le plan du complexe, d’autres firent les derniers ajustements sur les viseurs et réticules de leurs armes. Il n’y a pas deux mois, personne du groupe n’aurait pu se vanter de savoir utiliser ces engins à énergie, essentiellement alimentés au gaz tibana. Et les voilà si minutieux envers leurs fusils. Leto les jaugea du regard, il les observait en train de trafiquer les lunettes disposées à l’arrière des canons. Puis son regard se redressait vers ces visages. Le jeune trentenaire ne manquait aucune de leurs expressions, leurs coups d’œils… Il examinait leurs mouvements, leurs gestes… précis, si mécaniques. Etait-il la source de la militarisation de ces hommes ? Avait-il créé cette gigantesque armée populaire ? Etait-il la cause de cette guerre sanglante…? Leto se secoua la tête comme si ce simple mouvement allait dégager les pensées négatives qui s’immisçaient dans son esprit. Ce n’était pas le moment!

Le transport arriva à destination à quelques kilomètres du complexe résidentiel de la direction de la station, déplacé à cause de la guerre, ce qui expliquait qu’il soit totalement désert. Les hommes posèrent pied à terre et placèrent leurs armes en position.

- Allons-y…

Leto parlait doucement. Temporellement, il s’agissait d’une attaque de nuit bien qu’il soit difficile sur l’anneau de la distinguer du jour. Mais il y avait une véritable organisation horaire et si les ouvriers ne connaissaient pas le système d’heures pleines et creuses, c’était le cas des classes moyennes et des aristocrates. La guerre limitait le respect total du roulement jour/nuit, mais les conventions sociales avaient la vie dure. De ce fait, tout le monde savait qu’une attaque « de nuit » était une excellente idée si elle était parfaitement préparée. Parler bas c’était donc l’assurance de se faire discret dans cette ambiance nocturne et silencieuse. D’ailleurs, chaque combattant prenait soin de marcher doucement sans trop faire de bruit. Cela dura bien une bonne heure, jusqu’à qu’ils atteignent le quartier résidentiel.

Il était facilement identifiable : les matières métalliques semblaient plus nobles et plus raffinées que les éléments froids et austères qui composaient les murs des chantiers, des usines ou bien encore des habitations ouvrières. Pour autant, on ressentait l’abandon des structures. En témoignait des portes automatiques qui étaient restées ouvertes ou le bazar ambiant bien que limité à quelques documents et meubles à l’horizontale.

- Halte, murmura Leto en prenant son comlink. Position actuelle : entrée du complexe, à vous, terminé.
- Bien reçu, nous commençons à prendre position. Le second commando est en route vers vous, il vous rejoindra plus tard. Contact à la prochaine étape, terminé.

L’équipe avança de quelques dizaines de mètres. Leto hocha la tête et fit signe à ses hommes. Ils calèrent leur profil contre le pan de mur le plus proche, le canon du blaster pointé vers le bas. Le révolutionnaire fit dépasser sa tête du bord et scruta le grand hall de la résidence. Il y avait cinq hommes au centre de la pièce, ils semblaient discuter.

- … et je lui ai dit : « écoute, c’est comme ça et pas autrement, maintenant tu te la fermes, ou je te fracasse le crâne contre le comptoir », et j’peux te dire qu’il a plus fait le malin après.
- Tu m’étonnes, il sait pas à qui il parle !


Leto les scruta jusqu’à ce qu’ils se séparent quelques brèves minutes plus tard. Il se tourna alors vers ses équipiers et mima le chiffre cinq de la main avant d’envoyer ses hommes chacun de leur côté, de part et d’autre de la salle. Il fallait une attaque simultanée. Le leader avançait prudemment, se cachant derrière ce qu’il pouvait : canapés, colonnes, pans de mur jusqu’à qu’il ait un individu du groupe dans sa ligne de mire. Castiel s’était dirigé vers la mezzanine, il ciblait lui aussi un garde. Chacun semblait être en position. Alors Leto envoya une vibration via son communicateur et d’un seul coup, tous se ruèrent sur leur cible. L’ouvrier approcha de sa future victime en attaquant par l’arrière et enserra brutalement le cou de l’adversaire. Celui-ci fut prit de court, il tapota frénétiquement l’EE-3 qui l’étranglait. On entendait une sorte de bruit de gorge très désagréable alors qu’il se débattait bêtement, vainement, jusqu’à son dernier souffle. Leto le lâcha. L’ennemi tomba brusquement, raide mort. Il rejoignit ensuite le centre de la pièce et le commando se regroupa.

- On y va

L’équipe continua sa marche discrète. La progression dans le complexe fut lente, sure et le groupe s’affaira à l’élimination de ses adversaires lorsque ceux-ci se trouvaient sur leur chemin. Mais pénétrer la résidence n’était guère un défi insurmontable, elle n’était que trop peu surveillée. L’on constatait la dilution des forces ennemies sur l’ensemble du territoire. C’est alors que Leto ouvrit la porte du couloir menant au centre de commandement.

- Ici Leto, reprit-il dans son comlink, nous sommes en position, terminé.
- Bien, je lance l’assaut, patientez cinq petites minutes et allez-y. Bon courage, terminé

Le jeune homme coupa la communication et rangea son appareil alors qu’il scrutait l’horizon du couloir.

- Alors, on y va ? Demanda un gars de l’équipe.
- On attend, patiemment, tu vas pouvoir tenir cinq minutes…

Étrangement, ces cinq minutes parurent très longues. Sans doute percevons nous un écoulement de temps des plus lent lorsque nous nous amusons à égrainer les secondes une à une. Leto fixait la porte de l’autre côté avant de s’attarder sur les larges hublots qui offraient une vue sur Kuat plongée dans l’obscurité. La capitale se situait à l’extrême opposée de là où il se trouvait actuellement. Le temps de l’attente, le révolutionnaire s’appuya contre un pan de mur grisâtre et froid, ferma un petit moment les yeux pendant que les autres faisaient pas tout à fait mais presque les cent pas. Puis les cinq minutes s’étaient enfin écoulées.

- On y va…

Tous se mirent en garde, et le commando s’engagea dans le couloir. Castiel passa une carte d’accès trouvée sur le cadavre du chef d’équipe, elle ouvrit la porte d’entrée du centre de communication. Derrière, trois gardes.

- Qu’est-ce que… !

Ni une, ni deux, la compagnie rebelle enclencha ses fusils et fondit sur l’ennemi. En l’espace de dix secondes, la situation fut réglée. Leto accéléra alors le rythme, s’infiltrant dans le complexe, passant de salle en salle. L’alerte avait été déclenchée, mais elle ne leur était pas destinée : c’était l’assaut de Maia qui en faisait l’objet. Pourtant quelque chose clochait… L’endroit était tout de même désespérément vide. Depuis quelques minutes maintenant, le groupe semblait n’avoir croisé personne, même pas l’ombre d’un droïde de sécurité ou quoi que ce soit d’autre. Ainsi Leto se fit plus prudent et continua sa progression en compagnie de ses hommes. Ils arrivèrent d’ailleurs à l’angle d’un vaste couloir, assez large et dans les teintes claires. Cette fois c’est Castiel qui passa sa tête à l’angle du mur pour examiner le lieu, et il resta bloqué quelques secondes, scrutant avec suspicion le sol à l’angle opposé.

- Leto…

Ce dernier sentit son rythme cardiaque s’accélérer, le ton de son ami ne fut guère rassurant.

- Quoi…
- J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un à terre, au fond…

Leto passa lui aussi son visage à l’angle du mur puis se mit à découvert peu après. Il plissa les yeux alors qu’il avançait en direction de ce qui semblait être un cadavre. Le commando n’était plus très loin de son objectif et voilà que quelque chose des plus étranges venait perturber leur mission. Le pas du révolutionnaire se fit plus discret à mesure qu’il s’avançait vers ce bras qui dépassait de l’angle du couloir, et qui, apparemment, appartenait à ce qui semblait être un homme mort. Leto passa l’angle du mur et soudainement, le choc. Une dizaine de gardes de Kuat gisaient sur le sol, assassinés à coup de blaster. Quelques hommes s’accroupirent, vérifiant que ces corps furent bien inanimés.

- Qui a pu faire ça… ? Lança un des gars. Il n’était pas prévu que quelqu’un passe avant nous…
- Je ne sais absolument pas, avoua Leto.

Castiel avança vers une double porte automatique, elle menait sur le commandement central.

- On dirait que quelqu’un va y être avant nous…
- Il faut qu’on y aille, et vite ! répondit le leader un peu sèchement.

Et tous s’y empressèrent. Pourtant, plus le groupe avançait, plus le doute s’immisçait dans leurs esprits car toujours plus nombreuses furent les victimes qu’ils croisaient sur leur chemin vers l’objectif principal. Ils reprirent leur lente marche, discrète, à mesure qu’ils s’approchaient de l’antichambre du commandement. Le regard de Leto s’illumina tout à coup : il y avait de l’activité dans la pièce dans laquelle ils s’apprêtaient à rentrer. Il serra le plus fermement possible son blaster de ses mains moites, régulant sa respiration et son rythme cardiaque. Bien sûr, une certaine appréhension s’emparait de son corps, comme de celui de ses acolytes, mais il fallait le faire.

*3, 2,… 1…*

Leto ouvrit la porte, le commando s’y engouffra en un éclair, Castiel le premier, tous pointèrent leur arme sur la seule et unique personne en face d’eux. Silence. C’était une femme, et elle aussi s’était empressée de réagir face à la menace : elle pointait un S-5 sur l’ancien exclu. Il était impensable qu’elle s’en sorte, un commando entier se dressait devant elle. Encore fallait-il déterminer si elle était une ennemie. A priori...

- Qui êtes vous et que faites vous ici, lâcha brusquement Castiel.
- Attend voir… coupa presque un gars du commando en s’approchant de l’inconnue. Ses yeux se plissaient doucement, alors qu’il avançait de quelques pas, le fusil toujours pointé vers la jeune femme. Puis il s’arrêta subitement et inspira un bon coup. Non… Non c’est impossible…

La femme en face serra tellement fort son S-5 qu’elle s’en fit mal à la main. Son coeur battait la chamade, elle respirait vite, se savait menacée. Pourtant il ne fallait pas perdre la face. Mais que faire si elle se faisait démasquer ? Si elle avouait, elle signait son arrêt de mort. Elle se sentait acculée, ne savait plus quoi faire, son cerveau semblait complètement paralysé.

- Quoi, qui est-ce, rétorqua Leto sur un ton martial.

La nouvelle tomba comme un couperet.

- Leto… Nous avons ici une ancienne prétendante au titre suprême… Marie Euphrosyne Kuat.


Ce personnage fut créé par Anastasia dans le RP précédent intitulé « Grève Générale ! ». Je l’utilise avec sa permission.

_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 23/05/2018 19:52:26    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

FACE A FACE
« Quand on choisit la vengeance, mieux vaut creuser deux tombes »
R.J. Ellory


Démasquée, visée, le centre d’attention d’une haine sans limite. Marie Kuat faisait face à la horde révolutionnaire, seule, un pauvre S-5 en main. On pouvait la voir respirer, fort et bruyamment, extériorisant ainsi son angoisse. Sa main tremblait un peu, affichant son inquiétude; étrange car quelques minutes auparavant elle avait mis hors d’état de nuire des dizaines de gardes de la station à elle toute seule. Castiel de son côté ne tremblait pas. Son bras tendu était totalement raide, il ne bougeait guère d’un iota. Son regard… Perçant et vindicatif, il s’accordait avec son air menaçant. Ses traits étaient serrés, sa mâchoire compacte. De tous, il était le plus déterminé et cela se voyait clairement… Mais il ne tirait pas, parce qu’elle avait elle aussi son blaster pointé sur lui, sachant pertinemment qu’il était le plus déterminé de tout le commando.

- … Quoi… ? Leto restait incrédule devant une telle annonce. Il ne la quittait pas des yeux, l’examinait sous toutes les coutures, tentait de trouver un air de famille avec Victoria Kuat, l’ancienne patronne du système assassinée par on se savait qui. Marie…. Kuat ? Arrête ton délire… Qu’est ce qu’une Kuat ferait ici et pour quelle raison elle tuerait ses propres soldats.
- C’est elle, j’en suis sûr Leto, c’est elle…

Marie n’osait prendre la parole de peur de donner raison à l’acolyte du révolutionnaire. Il disait vrai, et elle ne savait pas comment se sortir d’une telle situation. Mécaniquement et sous l’effet du stress, sa main gauche vint rejoindre la droite sur la crosse brune de son S-5, mais immédiatement, en guise de réponse, ses adversaires reprirent leur position et la visaient de leur réticule, superposé au canon de leur EE-3.

- TU FAIS UN GESTE DE PLUS ET JE TE BUTTE ! Hurla Castiel.

Leto tourna sèchement la tête vers lui quelques secondes avant de la diriger à nouveau vers l’héritière.

- Ok… ok, calmons-nous, commença-t-il en avança de quelques pas tout en la gardant dans le viseur avant de continuer en articulant presque excessivement, êtes-vous bien Marie Euphrosyne Kuat, ancienne prétendante au titre de Kuat de Kuat… ?

Moment de silence. Tension palpable.

- Je… Marie hésitait beaucoup trop pour espérer dissiper les doutes des rebelles. Je… Ecoutez... ce n’est pas ce que vous croyez, je ne suis pas votre ennemie…
- TU MENS! Coupa brusquement l’ancien exclu en se mettant à la hauteur de Leto. TU MENS!
- Je ne mens pas ! Non. Je suis de votre côté, je n’ai jamais voulu ce qui vous est arrivé… 

Castiel arma son blaster de manière beaucoup plus menaçante. Leto tenta de calmer le jeu.

- Doucement, on devrait peut être écouter ce qu’elle a à nous dire…
- L’ECOUTER ?! Castiel s’emporta en lâchant un petit rire nerveux. Tu veux écouter cette femme ?! Elle est complice de nos supplices ! Elle ne se souciait pas trop de notre sort jusqu’à maintenant, jusqu’à qu’elle sente sa vie menacée !
- C’est faux ! Rétorqua Marie avec plus de fermeté. J’ai tenté de plaider votre cause auprès de ma sœur… J’ai tout tenté, tout ! Elle m’a fait miroiter l’espoir d’une réforme et me l’a faite à l’envers. J’ai décidé de changer de mode d’action et…
- C’est un peu trop tard ! Aboya l’ancien exclu.

Leto abaissa son arme lentement.

- Qu’est ce que tu fais… s’enquit Castiel

Le commando en fit de même, tous pointèrent leur fusil vers le sol, tous sauf lui.

- Vous baissez les armes ? C’est une blague... ?! Oh non non non… Je n’en démordrai pas… Il faut que justice soit faite…

Il tenait son blaster plus fermement que jamais, le regard brûlant de cette animosité, de cette vengeance qui bouillonnait en lui. La conviction de rendre la justice au nom de tous ceux qui furent gazés était ancrée au plus profond de lui-même. Victoria Kuat avait été assassinée, mais cela ne suffisait pas : les aristocrates devaient payer pour leur crime. Ils devaient mourir pour que vive le peuple. Ses yeux verts croisèrent ceux de Marie. Il n’essayait même pas de décrypter ses sentiments, aveuglé par la haine, par la volonté de décharger sa colère et sa peine. Ce face à face semblait devoir se conclure tragiquement, dans ce silence qui enveloppait la pièce de sa lourdeur. Mais Leto le brisa.

- Elle devra être jugée, dans ce cas. Sauf si tu prétends être la justice à toi seul… et dans ce cas tu ne vaudrais pas mieux que nos oppresseurs…
- Comment oses-tu me comparer à eux…

L’alliance qui scellât les deux hommes se fissurait et pour la première fois ils s’affrontaient. Leto l’avait sauvé d’une bagarre qui sans doute luit aurait été fatale quelques années plus tôt, et Castiel, lui, avait rejoint la rébellion avec fougue, investi corps et âme. Il avait conquis les usines au sud de Deponn, mené de nombreuses batailles et escarmouches… Et voilà qu’une femme semait la discorde.

- Est juste ce qui l’est déclaré par une autorité légale et morale, reconnue et légitimée par la volonté du peuple, c’est à dire nous tous. La sanction juste est celle qui doit être déclarée par tous… Faire justice soi-même n’est pas faire justice, la vengeance ne peut être juste… !
- La vengeance ? Nous faisons la guerre ! Et contre qui, Leto, contre qui…. ?
- Castiel…
- Contre les Kuat ! Contre les Dix ! Tu le sais très bien, en guerre, il n’y a pas de justice… Juges-tu le soldat derrière les lignes ennemies qui te tire dessus ? Non, tu le tues, parce que ta vie est menacée, parce qu’il faut que tu vives.... Maintenant nous nous trouvons là face à l’ennemi, et voilà que tu veux que je l’épargne ? De quel côté es-tu Leto !
- Nous ne sommes pas sur le front… et elle prétend être de notre côté…
- J’espère que tu ne crois pas toutes les promesses de cette famille, cette bande d'opportunistes, regarde moi ça … Depuis toujours ils nous bassinent…. Et aujourd’hui ils doivent en payer le prix ! Tu as été le premier à rejeter leurs négociations, parce que tu savais qu’il n’en n’était rien, qu’ils ignoraient nos revendications principales. Pourquoi il devrait en être autrement avec elle ?
- Je ne la défends pas, j’estime qu’elle pourrait être écoutée et qu’on pourrait discuter autrement qu’en se pointant nos armes dessus… ! Elle ne veut pas négocier, elle veut combattre à nos côtés !
- Leto arrête de…
- Elle pourrait nous servir !
- Nous n’avons pas besoin des aristocrates pour mener notre guerre… Leto, ce sera la dernière fois que je te le dis…

Leto s’avoua vaincu. Il regarda Marie brièvement dans les yeux tandis que le visage de la jeune femme traduisait son angoisse, son inquiétude et sa tristesse.

- Ne soyez pas comme ma soeur… Ne sombrez pas dans la violence aveugle…

Les larmes commencèrent à rouler sur ses joues, doucement. Elle ne possédait plus la force mentale nécessaire pour affronter l’ancien exclu. Marie faiblissait, se sentait défaite, se voyait mourir. Elle tentait le tout pour le tout.

- Vous n’êtes pas des monstres, non… N’utilisez pas les mêmes méthodes expéditives, ne faites pas comme Victoria… Je vous en conjure… Conservez vos alliés les plus fervents !
- Ne-me-compare-pas-à-cette-ordure…. Tu entends ? NE ME COMPARE PAS A TA SOEUR !
- Pourquoi aurais-je tué ces gardes si je n’étais pas de votre côté !
- ARRÊTE TOI ! S’égosilla Castiel en faisant légèrement pression sur sa gâchette.
- JE VEUX ME BATTRE AVEC VOUS ! JE VEUX EN FINIR AVEC CE REGIME !
- ARRÊTE ! ARRÊEEETE ! ARRÊEEEEEEEETE !

Un cri. Un tir. Puis le silence.

Marie Kuat tomba à genoux. Ses sanglots retentirent dans toute la pièce. Elle lâcha son S-5 fumant de ses mains tremblantes. Ses yeux étaient clos, elle n’osait regarder le corps de Castiel en face étalé au sol, sans vie, le cou calciné par le tir de blaster de l’héritière. Leto se précipita vers son ami tandis que le commando visait la noble de leurs EE-3, défaite et mentalement détruite. Le révolutionnaire saisît le corps de l’ancien exclu, le secoua même vivement… mais il était mort sur le coup. La réalité vînt alors s’abattre sur lui, terriblement. La tristesse se mêla à la colère, sa respiration s’emballa tout comme son rythme cardiaque, les larmes lui montèrent rapidement aux yeux, son regard s’embua de pleurs. Leto se retenait de hurler, se forçait à contenir la pulsion de mort qui s’agitait au plus profond de lui-même. Il tourna la tête vivement en direction de Marie Kuat. Sans doute n’avait-elle pas voulu tirer, sans doute avait-elle craqué face à l’insurmontable pression qu’elle avait subie, seule contre tous. Pourtant Leto s’en fichait, il ne voyait en elle que l’ennemie, aveuglé par la submersion soudaine de ce sentiment rancunier et haineux. Ses grands discours s’estompaient sous la douleur et sous la colère qu’il ressentait à cet instant. Son visage se fit dur, son regard impénétrable. Soudainement, le commando se mit en joue… Et sans que personne ne dise rien, sans que personne ne l’ordonne… un tir, puis deux… puis trois….
Marie Euphrosyne Kuat s’écroula brusquement au sol, son épaisse chevelure d’ébène s’étalant sur le sol métallique et froid de l’antichambre du commandement. Et le silence retomba. Morbide. Vindicatif.

_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 24/05/2018 15:45:35    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

LE CONSUL

« Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder ».
Maximilien Robespierre



Nous sommes deux semaines plus tard.

Les rebelles renforcent leurs positions, s’étendent au sud. Presque la moitié Est de l’Anneau est contrôlée par eux et ils assiègent la partie nord de la Station Spatiale Militaire. Elle ne tardera pas avant de céder. Les positions à l’ouest proches de la station de ravitaillement ou de l’administration centrale, place forte des aristocrates en orbite, avaient été perdues et l’on dit que des massacres s’y perpètrent pour rétablir l’ordre. Les rumeurs vont bon train… Il est difficile de discerner le vrai du faux, et tout est bon pour diaboliser l’ennemi bien que cela ne soit plus véritablement nécessaire depuis l’attaque de Maw, il y a maintenant deux mois de cela.

Les attaques rebelles à but expansionniste cessent peu à peu, l’idée étant de stabiliser les territoires acquis afin d’y faire imprégner les institutions révolutionnaires. Difficile d’y voir clair. Pour l’instant, du nord au sud, des assemblées locales dites « Conciles Plébéiens » s’organisent. On recense la population avec mal et parmi les listes établies, on tire au sort des citoyens de Kuat, ce nouveau statut proclamé par l’ancienne institution centrale sur Deponn, afin de former ces Conciles. Ils se chargent de voter les propositions de l’institution centrale, proto-Congrès où on tente d’y faire élire ses membres avec difficulté, disons-le. L’on voyait là les premiers pas d’un nouveau régime en train de naître, le tâtonnement de son implantation dans les esprits après des milliers d’années d’une domination politique intégrée. Les castes avaient été abolies il y a peu, plus aucun privilège n’était attaché à une appartenance sociale particulière même si chacun conservait son métier datant d’avant la Révolution. L’’on suit toujours les compétences que l’on possède

L’organisation du travail est d’ailleurs très… laborieuse (c’est le mot), et la distribution des salaires difficile. L’absence du plein contrôle sur les activités de l’Anneau contraint à la misère, alors on privilégie le partage, et la reprise progressive du travail. Mais il faut vendre les productions à des clients…. A ce titre, les révolutionnaires niveau capacité productive sont à égalité avec les aristocrates : chacun des camps possède un chantier, tandis que le dernier Maw, est partagé entre les deux forces : quelques guérillas empêchent ou ralentissent les constructions. Les ravitaillements en matière premières se font dans la clandestinité la plupart du temps. Le métro orbital fonctionne à peu près mais est divisé en deux : la partie aristocrate et la partie révolutionnaire. Cependant les logements de masse étant occupés par les rebelles, l’aristocratie a bien du mal à organiser le travail, à reloger ses propres forces malgré ses assauts répétés.

Les aristocrates sont de plus en plus dans l’incapacité de livrer leurs commandes, l’économie du système commence à se paralyser peu à peu, au profit d’une production parallèle, d’autant que celle officielle sur Andrim est catastrophique : le moral est au plus bas, la répression au plus haut. Côté rebelle, il est temps d’annoncer à la Galaxie entière que le parti révolutionnaire demeure désormais l’instance de dialogue principale. Et c’est ce qu’il est prévu de faire. Mais… Il fallait désigner quelqu’un pour le faire.

Un exécutif d’urgence devait être expressément nommé dans le but d’assurer la cohésion de la Révolution tout en conservant ses instances en voie de démocratisation. Les Conciles Plébéiens et l’institution centrale avaient été réunis sur la Station Spatiale Principale, en une sorte de Congrès gigantesque. L’ordre du jour était la désignation du Triumvirat, le pouvoir exécutif provisoire qui allait pouvoir établir un gouvernement tout aussi provisoire. On avait là une sorte de « Comité de Salut Public » veillant au succès de la Révolution dont le pouvoir était scindé entre ses membres. Le temps de l’instauration d’une Charte qui établirait les règles du fonctionnement des pouvoirs publics, ce Triumvirat se chargerait des grandes décisions tandis que le congrès reconduirait ou non ses membres à leur poste chaque mois de sorte à y effectuer un contrôle permanent. Les trois détenteurs du pouvoir exécutif ne pouvaient guère modifier les règles institutionnelles provisoirement établies, seulement décider. Ce Triumvirat était composé d’un Préteur, chargé de la gestion stratégique ainsi que des forces armées citoyennes et professionnelles (les forces de sécurité et de l’armée régulière ayant rejoint la Révolution) sans oublier la police ; d’un Questeur, chargé de la gestion économique et industrielle, désigné pour relancer et superviser la production ; et enfin d’un Consul, nommé pour les relations diplomatiques et politiques, ainsi que pour arbitrer et trancher les décision litigieuses lors des réunions du Triumvirat ayant vocation à établir la ligne politique générale. Le Consul disposait donc d’un certain pouvoir symbolique que les autres n’avaient pas, il était le seul triumvir à être investi d’un rôle véritablement politique là où l’on percevait les autres comme techniques.




Alya ajusta la tenue martiale de Leto. Il portait une sorte d’armure bleue nuit élégante qu’il avait acquis durant le siège de la partie sud de la station spatiale militaire voilà quelques jours. Un modèle qui sans doute était voué à la production, mais qui ne s’avérait être qu’au stade de prototype. Celui ci ne semblait pas près pour le combat, et on aurait dit plus une tenue militaire d’honneur qu’autre chose. Disons qu’elle ne semblait pas pouvoir résister à quelques coups de blasters bien placés. La tenue comprenait aussi des épaulières d’un noir assez mat, et surtout d’une longue cape sombre qui traînait au sol sur sa fin. Elle lui donnait une véritable allure de chef.

- Je ne suis plus un ouvrier… n’est-ce-pas ? Demanda-t-il en plongeant son regard dans celui d’Alya.

Celle-ci soupira un peu en détournant ses yeux de ceux de son ami. Elle épousseta un peu les épaulières de Leto quand bien même elles semblaient parfaitement lustrées. Peut-être sentait elle la gêne de devoir lui révéler la vérité la traduisant dans le fait par des gestes inutiles.

- Tu as lancé cette révolution Leto… Tu l’as préparé pendant quatre longues années, fait converger les intérêts de trois castes pour parvenir à leur coalition contre l’Aristocratie. Tu as mené des batailles contre elle, parfois sanglantes, à défaut de les mener parfois, tu y as participé. Tu as perdu des proches… Comme beaucoup de gens sur cet anneau. Que tu le veuilles ou non, les gens s’accrochent à la figure du leader, et même si cela s’entend car nous sommes partis de rien, ils ne le devraient pas, car un seul homme ou une seule femme n'est légitime à détenir le destin de tout un peuple entre ses mains. Et enfin aujourd’hui, la Révolution s’institutionnalise peu à peu… Et on t’a confié ce rôle, certes provisoire, de Consul au sein du Triumvirat… De fait, tu n’es plus tellement un ouvrier.

Leto baissa un peu la tête en se pinçant les lèvres. Lentement mais sûrement, un sentiment de culpabilité envahît son esprit. Son cœur se serra un peu plus alors qu’il se revoyait sur son établi, martelant ses matériaux et accomplissant son travail d’usinage et de finissage de pièces vouées à l’assemblage sur les fameux destroyers des chantiers. Il revoyait ses premiers coups de marteau, ses premières réunions clandestines dans son bleu de travail si caractéristique. Toute une histoire défilait dans son esprit, l’histoire d’un humain ordinaire. Et le voilà dans cette tenue imposante, prêt à donner un discours, diffusé sur toutes les ondes.

- J’ai l’impression de trahir mes propres origines, reprit-il à demi-mot. Pourquoi moi ? Je n’ai jamais voulu diriger au final… Je voulais juste lancer l’impulsion, être le stimulus d’un mouvement populaire… Jamais je n’ai eu l’ambition d’arriver là où je suis, de m’adresser à je ne sais qui au fin fond de la bordure extérieure.
- C’est le risque à prendre. Fédérer un mouvement comme celui là a un prix…

Leto releva la tête. Son visage avait quelque chose de changé. Peut être était-ce la tenue qui lui donnait cet air beaucoup plus dur. Il affichait une expression si sévère…. La mort de Castiel deux semaines auparavant et le contexte dans lequel elle s’était produite n’était sans doute pas étrangers à cette métamorphose. Il semblait avoir perdu son sourire, sa joie de vivre, tout en étant conscient du fardeau qui pesait sur ses épaules. Au fond de lui, il n’était pourtant pas mécontent d’échapper à sa condition, mais il y avait ce sentiment étrange de trahison sociale. Allait-il conserver son attitude, sa culture ouvrière ? Allait-elle être submergée par sa socialisation politique ? Le prestige de son poste, ses rétributions symboliques semblaient façonner celui qui en bénéficiaient, au-delà de tout héritage issu d’une première socialisation familiale ou liée au travail. Le contact avec ce monde étranger et les responsabilités qui en découlaient étaient une violence invisible. Il fallait faire avec, accepter le questionnement de soi, les contradictions, les conflits étranges entre carrière ouvrière et position politique de taille.

- Je n’ai pas envie de perdre ce qui me lie à mon passé. Je ne veux pas m’arracher à mes origines.

Alya posa ses mains sur les joues de Leto et plongea son regard dans le sien.

- Et pourtant, je sais que tu es animé par un désir ardent, celui de mener à bien cette Révolution, quoi qu’il en coûte… Et quoi qu’il t’en coûte.

Il dégagea gentiment les mains de son amie, lentement, en fuyant son regard. Il savait qu’elle avait raison. Plus que l’attachement à ses racines, il y avait ce vœu bien ancré : finir ce qu’il avait commencé, quelque en soit le prix.

- Tu me connais un peu trop bien, Alya, rétorqua-t-il d’un ton calme en faisant demi-tour. Il se dirigeait vers la sortie de la salle dans laquelle ils se trouvaient tous deux. Je dois y aller… C’est l’heure.


C’était seul que Leto marchait sur le sol gris qui le menait vers le pupitre. Seul… oui, seul face au grand congrès qui réunissait le comité central révolutionnaire et l’ensemble des conciles plébéiens de la zone contrôlée par les rebelles. Le grand espace était plein à craquer, des citoyens se massaient sur les mezzanines au loin. Sa cape traînait au sol, et sur son trajet silencieux, il ne lâchait pas le pupitre des yeux, comme pour ne pas se faire envahir intérieurement par la pression émanant de la foule gigantesque. Il ne voulait pas la voir mais il la voyait quand même. Jamais il n’avait constaté autant de monde. Ses discours étaient d’ordinaire très spontanés, vivants, occupaient l’espace, s’imprégnaient de ces techniques accrocheuses. Mais cette fois-ci rien de tout cela : on ressentait la verticalité du pouvoir institué, la nécessité de montrer ce pouvoir à tous les étrangers de Kuat. La crédibilité galactique de la Révolution allait en effet reposer sur ce discours. Jamais il n’avait arboré un air si concerné… Il se mit face au pupitre, s’y cramponna de ses deux mains et fut rejoint ensuite par la Préteure à sa gauche, incarnée par la Générale Maia Shan, et la Questeure à sa droite, Solphia Varakin. Leto fixa enfin le transmetteur. Tous les canaux étaient ouverts : Kuat allait diffuser ce discours sur l’ensemble des récepteurs disponibles ; tous avaient donc la possibilité de le voir. Tous allaient au moins le recevoir.


Discours du Consul Lazarus au Congrès Révolutionnaire de Kuat

Peuple de Kuat, Citoyennes et Citoyens, Représentantes et Représentants des diverses forces politiques de la Galaxie,

Voilà que l’on peut enfin nous entendre au-delà de notre Anneau. Oh, oui… La bataille fut rude pour la conquête de cette station, celle où nous nous rassemblons tous aujourd’hui, mais elle est désormais notre. Et c’est bien grâce à nos efforts que notre message peut se déployer à travers la Galaxie. Le sacrifice de cette masse qui enfin prend conscience de son existence en tant que peuple ne sera pas vain ; surmontons le meurtre en respectant le dévouement de nos morts, battons-nous tout en pansant nos plaies. La blessure de ce tragique jour, où l’Aristocratie de Kuat a délibérément massacré des dizaines et des dizaines de milliers d’ouvriers et d’esclaves aux abord de notre chantier de Maw… Cette blessure est encore vive, le peuple en est évidemment encore meurtri. Il le sera toujours.

De cet instant, la grève que nous avions entrepris pour réclamer au pouvoir des conditions humaines de travail mais aussi la fin des privilèges, l’abolition du système de caste et la création d’un statut de citoyen, s’est muée en une Révolution, en une vague populaire coalisée contre cette Aristocratie n’optant que pour la répression aveugle, versant sans culpabilité et sans scrupule le sang de ses sujets. Ce jour signa son arrêt de mort : les nobles n’ont aujourd’hui plus aucune légitimité dans la gouvernance de Kuat, de son Anneau, de son système. Et le massacre dont nous faisons l’objet nous pousse plus que jamais à renverser définitivement le pouvoir. Le peuple est prêt, même amaigri de plusieurs centaines de milliers de ses citoyens ayant perdu la vie, exterminés ou morts au combat. Il est prêt à se choisir un régime qui lui corresponde, un régime plus juste socialement, qui ne réduit pas une classe d’individus en esclaves, en hommes, femmes et enfants sacrifiables sur l’autel de leur propre usine ; qui ne les réduit pas en pièces jetables au nom d’un profit dirigé vers les Dix familles du gouvernement que nous rejetons ; qui ne choisit pas le destin de ses sujets en fonction de son héritage social légitimé par une loi archaïque ; qui n’entretient pas la domination de l’argent par la naissance. Ces Dix familles dirigent notre monde depuis 25 000 longues années, d’une main de fer, niant l’humanité et ayant accumulé une richesse sans commune mesure. Dix familles qui vivent sur la surface planétaire, privant aux ouvriers, à la classe moyenne et aux esclaves de s’y rendre librement les ghettoïsant ainsi dans cet anneau orbital et les enfermant dans leur rôle de producteurs d’une richesse dont ils ne verront jamais la couleur.

Les Aristocrates ont creusé eux-mêmes leur tombe. Notre projet aujourd’hui est celui d’une refonte totale des institutions de cette planète, d’un nouveau partage des richesses. Et nous sommes sur le point d’y parvenir. Nous possédons actuellement quasiment la moitié de l’Anneau Orbital, et nous sommes bien déterminés à le conquérir. Surtout, nous sommes bientôt prêts à envahir la surface de notre planète et investir Kuat City, à déloger les gouvernants de leurs gigantesques et luxueux palais pour y instaurer le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Unilatéralement, nous avons déclaré en Congrès Révolutionnaire la fin des privilèges, la dissolution totale des castes façonnées par l’Aristocratie, l’abolition du statut d’Exclu qui condamnait une partie des producteurs à hériter et perpétuer leur statut d’esclave. Partout où nous sommes, ces règles issues de la voix populaire s’appliquent, et elles s’appliqueront partout où nous libérerons le peuple du joug tyrannique des aristocrates.

Ne nous leurrons pas. Kuat est plongée dans une véritable guerre civile. Celle-ci n’a évidemment qu’une seule issue : notre réussite. Car rien ni personne ne peut arrêter ce peuple chauffé à blanc, déchaîné contre ses oppresseurs. Atteindre le stade où le peuple décide de se sacrifier pour déloger ses gouvernants… Voilà ce qu’est la Révolution, cette vague inarrêtable qui n’est le résultat que de la brutalité de quelques assoiffés de sang et d’argent.

L’Aristocratie a devant elle des jours funestes. Ce mouvement qu’est la Révolution est irrésistible… Le peuple qui la compose est l’essence même de ce qui fait la richesse de ce système, il est aussi ce qui fait son existence. Qui sont finalement les véritables rebelles dans cette histoire ? L’avènement d’un peuple, qui par définition est tout, a révélé que l’Aristocratie était la véritable rebelle. Mais celle-ci ne peut être jugée, car elle est déjà condamnée…. Faire son procès c’est déjà rétrograder vers le despotisme nobiliaire : si l’Aristocratie peut être encore l’objet d’un procès, elle a la possibilité d’être absoute alors qu’elle ne peut être que coupable. Une Noblesse présumée innocente, qu’adviendrait-il de notre Révolution ? Les peuples ne jugent pas, ils lancent la foudre ; ils ne condamnent pas les tyrans, ils les réduisent à néant.

Nous distinguons ainsi le temps de la Révolution et le temps de l’ordre constitutionnel. Le premier est celui de la justice implacable, le second de la mesure. Il n’y aura pas de Révolution sans révolution, que cela soit bien clair : l’Aristocratie doit mourir, pour que notre patrie vive. Le gouvernement constitutionnel a vocation à conserver la démocratie et le régime que nous appelons de nos vœux ; le gouvernement révolutionnaire a pour but de les fonder. Ce dernier est en guerre, il doit faire face à l’orage, à la tempête, il doit se déployer et s’adapter rapidement à l’urgence, aux situations de péril extrême. Il ne peut alors s’appliquer de justice mesurée, institutionnelle et modérée. La justice révolutionnaire, celle du peuple, doit être implacable, inflexible et sévère pour chacun de ses ennemis. Et la guerre est un moyen : ce n’est point assez d’épouvanter les ennemis de la patrie ; il faut aussi secourir ses défenseurs, partout, sur chacune des stations de notre anneau.

Le temps de l’ordre est donc postérieur à la Révolution. Notre victoire signera l’avènement d’institutions légitimes car nées du peuple : qui d’autre peut décider du destin de notre planète que ceux qui la constituent ? Personne. Notre but ultime est la pleine jouissance de la liberté et de l’égalité, de la justice universelle. Nous nous constituerons en un peuple vertueux, soucieux de l’intérêt général ; un peuple souverain. Nous substituerons l’égalité à l’égoïsme, la justice à l’arbitraire, la liberté et la vie à l’esclavage, la démocratie à la tyrannie, le bonheur à la peine, la morale politique au gouvernement inhumain, la vertu à l’intérêt personnel.

Cependant, le peuple ne peut être le seul empreint de la vertu publique ; le gouvernement se doit de l’être aussi, incorruptible, dévoué, mû par la cause en son coeur. C’est la passion de l’égalité, celle de la liberté et de la justice qui doit guider son action. Il se doit de tendre vers le temps constitutionnel par les moyens que la Révolution lui offre.

Le gouvernement révolutionnaire et transitoire, le Triumvirat, formé par la Préteure, Maia Shan, la Questeure, Solphia Varakin et le Consul, moi même, Leto Lazarus, a pour vocation de mener cette guerre jusqu’à la prise de la capitale, jusqu’à la destruction de tout ce qui fait l’essence de la domination aristocrate. Ce gouvernement a pour fonction de diriger la Révolution, de l’organiser pour qu’advienne la victoire du peuple sur ses tyrans. Il doit diriger les forces physiques et morales de la Nation vers le but de son institution. Le temps révolutionnaire, celui de la guerre de la liberté contre ses ennemis, laissant sa place au temps constitutionnel, régime de la liberté victorieuse et paisible, l’heure sera alors au suffrage et à la désignation du conseil exécutif de notre système par l’élection.

Mais par dessus tout, l’autorité de notre Triumvirat dans la transition que nous menons se doit d’être respectée de toute la Galaxie, de toutes les factions qui la composent. Nous avons pour seule vocation celle de renverser notre gouvernement ; nous ne souhaitons pas étendre notre cause par delà nos frontières, d’une part parce que nous ne sommes guère légitimes à le faire, d’autre part parce que cela ne nous concerne pas. Nous nous constituons en peuple de Kuat, sur Kuat et pour elle, et n’avons pour ambition de subvertir nos voisins. Nous entendons les besoins de chaque peuple, du Noyau jusqu’aux limites de l’espace sauvage. Le notre est de s’émanciper du régime aristocrate et seulement cela.

Aux auditeurs de ce discours : nous sommes un gouvernement de dialogue. Ainsi nous ouvrons nos portes à tous ceux qui souhaitent discuter avec nous : République Fédérale, CSI, Imperium, éventuels Jedi ou indépendants. En somme tous ceux qui le souhaitent. Vous le savez désormais comme nous : la fin de l’aristocratie est inéluctable. Nous réclamons légitimement la simple reconnaissance et le respect de notre autorité révolutionnaire qui gouvernera d’ici peu. Ceci n’est plus qu’une question de temps.

Mais… Reconnaître n’est point aider. Le destin de Kuat appartient à son peuple et à lui seul, nous accepterons tout soutien moral à notre cause mais refuserons toute aide financière ou militaire de la part de puissances extérieures au conflit. De même, nous condamnerons fermement ceux qui souhaiteront aider nos ennemis. Ils le deviendront aussi de facto, et le peuple de Kuat s’en souviendra.

En tant que Consul du gouvernement révolutionnaire et transitoire, je me tiens prêt à rencontrer toute autorité étrangère concernée par la situation insurrectionnelle sur notre système au sein de notre station spatiale principale. En attendant, nous continuerons la guerre, jusqu’à notre triomphe.

Pour que vive le peuple.

_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 30/05/2018 19:09:04    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

CONSPIRATIONS

« Pendant ce temps, à Vera Cruz »
La Cité de la Peur



- Vos défaites reflètent votre incompétence, Sind de Knylenn. Déjà, votre Maison a osé envoyer un chef mâle diriger des troupes, je lui ai fait confiance, exceptionnellement, parce que j’admire beaucoup votre mère… et voilà le désastre devant lequel nous devons faire face ! Vous faites honte à votre famille...

Sind baissait la tête, déjà prostré devant le trône surélevé de la Kuat de Kuat, Marianne, de la maison mère. Il subissait la colère de la cheffe des Dix, dirigeante de l’État, patronne toute puissante des CNK et ne ressentait qu’une humiliation profonde alors que les représentants de toutes les maisons étaient réunis dans la salle du trône à cet instant.

- Je suis déso…
- CELA SUFFIT !

Un frisson parcourut le jeune homme le long de sa colonne vertébrale. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son front tandis qu’il déglutissait lentement.

- Je ne veux pas entendre une seule seconde de vos excuses lamentables… Vous comprenez ? Voyez notre situation ! Nous n’avons plus de communications, il est impossible de transmettre au-delà de notre système depuis la surface sans la station spatiale principale… Un chantier est entre les mains de ces barbares, un autre est hors d’état de fonctionner : nous n’avons qu’Andrim qui produit à moitié parce que paralysé par la peur et motivé par le désir de rejoindre ce mouvement abject ; la station militaire est sur le point de céder sous les pressions des « révolutionnaires » ; et enfin leur représentant a pu faire un discours à la Galaxie toute entière pendant que nous sommes muselés ici avec certes de beaux palais et de beaux jardins. L’inutilité de ces jardins en temps de guerre est comparable à la votre dans cette affaire. Vous avez perdu deux batailles majeures qui ont abouti à la prise de deux points absolument stratégiques.
- Nous avons…
- SILENCE ! Hurla Marianne. Taisez-vous ! Vous allez me parler de ces usines ? Ah bravo ! Prendre des usines rebelles alors qu’elles sont en plein milieu de nos territoires, quel exploit ! Vous êtes lamentable Sind de Knylenn.

Le jeune homme releva la tête, le regard sombre, puis redressa son buste. Un murmure parcourut l’assemblée.

- Baissez les yeux… Ceci est un ordre, reprit Marianne Kuat sur un ton glacial.
- C’est à moi de parler, répliqua Sind avec autorité.
- Comment osez-vous… répondit-elle indignée, le déshonneur que vous infligez à votre Maison ne vous suffit donc pas ?
- Je gagnerai des batailles.
- Prouvez-le… Et vous pourrez dignement me regarder dans les yeux à ce moment-là. D’ici là, je ne veux ni vous voir, ni vous entendre. Tâchez de faire vos preuves… Il en sera de même pour les généraux qui vous supervisaient et qui ont également failli à leur devoir. Partez ! Hors de ma vue !

Sind se leva lentement et fit demi tour, traversant la longue salle du trône au coeur du Palais de la Maison Kuat. Sa marche fut longue et douloureuse… Tandis que les clans rivaux se moquaient ouvertement de lui, et donc de sa famille, cette-dernière le prenait en pitié. Sa mère le scruta, se pinçant les lèvres, les larmes aux yeux ; ses sœurs n’osaient guère poser leur regard sur lui, ne se sentaient pas à leur place. Le silence absolu régnait dans la pièce, seuls les bruits de pas du cadet Knylenn étaient audibles. Arrivé à l’extrémité de la salle, deux gardes du palais lui ouvrirent la gigantesque double porte d’entrée. Il quitta le lieu en laissant son honneur dans les mains de Marianne Jeanne Kuat.

Ce néant sonore pesant… L’Aristocratie toute entière ou presque se trouvait dans la salle du trône, scrutant la Kuat de Kuat. Quel titre ronflant, pompeux… Il matérialisait finalement un pouvoir uniquement axé sur cette seule famille ; et leur mégalomanie les avait même mené à nommer ce système de leur propre nom.

- Chers amis, reprit Marianne en scrutant l’assemblée de nobles brisant ainsi le silence qui avait enveloppé la salle du trône, c’est notre Civilisation toute entière qui est menacée. Elle laissa un temps, se leva ensuite puis traversa l’allée formée par les aristocrates en les regardant presque un à un. Menacée par la barbarie, l’inculture… Entendez ce que ce dénommé Lazarus nous dit… Ce n’est qu’un imbécile. Pour détenir le pouvoir et pour gouverner, il faut en être capable. Les principes ne triomphent jamais du pragmatisme. Alors non, la triste réalité est que des ouvriers, des gestionnaires, encore moins des… esclaves… (la foule ricane en même temps que Marianne)… ne peuvent exercer le pouvoir : ils ne sont ni cultivés, ni éduqués pour cela, ne sont formés que pour produire. Voyons, nous avons un héritage culturel, civilisationnel, un savoir hérité de l’Histoire. L’Aristocratie a toujours été garante de la pérennité de Kuat. Toujours nous avons su gouverner, mener la CNK, la faire prospérer. Nous avons fait de notre système et de sa corporation phare ce qu’ils sont aujourd’hui : un Empire industriel rarement égalé, et inégalable dans le domaine de la production interstellaire. C’est comme cela que le « peuple » nous remercie ? Quelle indignité ! Nous leur donnons un toit, un travail… un salaire pour la plupart, nous les nourrissons, et mieux, l’Anneau leur offre des endroits de divertissements ! Ces prétendus défenseurs de la liberté sont ingrats. Regardez, feu Victoria Kuat leur a tendu la main… Et ils l’ont lâchement assassiné !

La foule murmurait. Parmi les visages, l’on voyait à la fois l’inquiétude et le désir de la vengeance, celui de punir ces agitateurs professionnels qui démantelaient ce qu’ils n’ont jamais contribué à construire. Il y en avait d’autres pourtant, qui semblaient en désaccord avec ce discours, et ils avaient l’air nombreux. Leurs pensées s’accordaient avec la nécessité d’une réforme de l’ordre millénaire kuati : comment gouverner après cet évènement ? Les revendications étaient réelles et le pouvoir n’effacerait pas l’esprit rebelle comme cela. Le mouvement était allé bien trop loin pour ne pas l’écouter au moins un minimum. Ils n’étaient pas dupes non plus : les promesses de Kuat, du vent, que du vent. Marianne ne savait pas qu’à ce moment là, parmi la foule de nobles, on conspirait contre sa Maison. Aucune intrigue n’avait pu les mettre à mal jusqu’à aujourd’hui, mais… Il ne restait que trois héritières légitimes en vie : Marianne, Elizabeth et Septima… la jeune exilée sur Rothana. Cette fois, l’éternelle Maison semblait plus fragile que jamais. Se ranger derrière elle ou la renverser pour mener les négociations ? Telle était la question.

- Ces assassins, cette assemblée dissidente, leurs leaders, doivent subir le même sort que notre bien aimée Victoria. Croyez vous qu’ils vous épargneront lorsqu’ils débarqueront dans vos palais, lorsqu’ils vous spolieront vos biens ? Je nous vois déjà la gorge tranchée, baignant dans une marre de sang, femmes, hommes, enfants, peu importe, cela au nom de la « liberté », de la « justice », de l’ « égalité ». Tout cela pour remplacer un système de domination par un autre… Quelle hypocrisie. Nous devons nous engager de toutes nos forces contre eux. Je vous demande, à vous et à vos familles, de vous investir corps et âme dans la lutte contre l’obscurantisme qu’ils incarnent. Aujourd’hui il n’y a plus de place pour la négociation. Ils veulent la guerre ? Nous les détruirons comme eux veulent nous détruire.



Cargo ravitaillant Kuat City depuis les jardins du Palais de la Maison Kuat


Sind rageait dans les vastes jardins du palais où un cargo à l’allure de limace (qui a eu l’idée du design…?) déposait le ravitaillement de la capitale. Il repensait à cette défaite absolument extraordinaire sur la station spatiale résidentielle de l’anneau orbital. Quel enfer… Il avait eu devant lui les pires rebelles, ceux animés par l’énergie du désespoir et finalement, ils triomphèrent des forces loyalistes. Le jeune noble de la maison Knylenn se mettait à douter. Ne valait-il mieux pas fuir que de s’opiniâtrer à la reconquête de cet anneau maudit ? Et puis la réplique devait être destructrice pour pouvoir gagner la guerre, sur quoi les Dix allaient-ils régner, un tas de ruines… ?

Le jeune homme s’asseyait sur un banc de bois, dos à une haie verte taillée à la perfection. Son regard se tourna vers un homme et une femme de la noblesse kuatie., ils montaient tranquillement l’escalier menant au salon d’été du palais. Tous deux portaient les vêtements traditionnels de la noblesse locale. Sind détestait cet accoutrement. Et le pire c’est qu’ils riaient. Sa tendance paranoïaque prit un peu le dessus sur son esprit belliqueux – ce qui n’est pas contradictoire chez lui loin de là. Il se mit à imaginer les raisons de leur franche rigolade. Se remémoraient-ils l’humiliation qu’il avait subi devant toute cette espèce de Cour réunie aux pieds de la Kuat de Kuat ? Peut-être plaisantaient-ils sur… Peu importe en fait ! Comment pouvaient ils rire ? La situation était tout sauf drôle ! La planète et son anneau plongés dans une véritable guerre civile, un chaos absolu… et beaucoup ne semblent pas se soucier de la gravité des évènements. Ils ne savaient pas qu’ils risquaient de mourir dans un futur proche. A la place, ils… riaient. Certains semblaient totalement déconnectés de la réalité. Personne n’était légitime à rire alors que la guerre comptait ses victimes par dizaines de milliers voire par centaines.

D’un seul coup, son visage changea du tout au tout. L’indignation fit place à la colère. Se retourner contre les Kuat était une solution de facilité. Non… Faire perdurer l’ordre aristocratique ne pouvait passer par la division. La victoire passera par l’unité, il devait gagner ces foutus batailles ! Sind se leva brusquement de son banc pour se diriger vers le centre stratégique, les rebelles allaient voir ce qu’ils allaient voir…



Dans un couloir du palais, isolé de la foule de la Cour, trois femmes en tenue nobiliaire murmuraient. Elles étaient seules dans cette allée mal éclairée, illuminée ci et là par quelques faisceaux traversant les fenêtres en hauteur.

- Votre plan est en train de prendre l’eau Ereen, nous attendons toujours les exploits de votre fils…
- Qui s’est fait salement humilier par Marianne…
- Chères amies, ces défaites peuvent bien nous apparaître bénéfiques, finalement… Sind ne l’a peut être pas fait exprès mais en attendant….
- Les défaites militaires, bénéfiques ?
- Ne voyez-vous donc pas ? La Maison Kuat est plus faible que jamais. Septima est exilée sur Rothana, Marianne suit la ligne autoritaire de Victoria de même qu’Elizabeth !
- Il reste Marie…
- Elle a mystérieusement disparu.
- Peut-être prépare t-elle elle aussi quelque chose !
- Nous n’en savons rien… Il est donc nécessaire d’être patientes. La gestion de la crise par la Maison Kuat est une catastrophe. Encore quelques temps et elle tombera. Nous l’aiderons à tomber cela va de soi.
- J’espère que vous avez raison…
_________________________
Revenir en haut
Leto Lazarus
Indépendants

Hors ligne

Inscrit le: 15 Aoû 2017
Messages: 82
Niveau: 0

MessagePosté le: 03/06/2018 00:08:56    Sujet du message: Une Révolution Répondre en citant

FACTIONS

« La volonté générale du peuple, manifestée aussi solennellement que son adhésion à la Constitution, sera toujours ma loi suprême. J'ai consacre ma vie tout entière à ce peuple qu'on n'attaquera plus, qu'on ne trahira plus impunément, et qui purgera bientôt la terre de tous les tyrans, s'ils ne renoncent pas à la ligue qu'ils ont formée contre lui. »
Georges Jacques Danton


Récapitulons les institutions révolutionnaires qui jusqu’ici ont vu le jour depuis les dernières victoires de la rébellion sur l’Aristocratie. Une assemblée chargée de décrire les principaux objectifs de la révolution ainsi que ses propres prérogatives avaient été formée sur Deponn. En fut issue une déclaration de principe décrivant l’abolition de l’ordre basé sur les castes ainsi que l’abolition de l’esclavage, mais surtout la promesse de donner à Kuat un nouveau régime, républicain, basé sur le principe de l’élection. On donnait à cette assemblée plusieurs nom : l’on parlait de Concile Général, de Conseil Central, d’Assemblée révolutionnaire. Aucune règle constitutionnelle explicite n’ayant vu le jour, on ignorait tout à fait son nom officiel bien qu’une large majorité s’accordait sur son rôle.

Du fait de la distance des zones occupées par les révolutionnaires avec cette fameuse assemblée, les citoyens de certaines possessions rebelles profitèrent du flou juridique permanent pour établir leurs propres conseils locaux : les Conciles Plébéiens, chargés de délibérer sur les propositions de l’assemblée révolutionnaires. Si l’on dénombrait suffisamment de Conciles en faveur d’une proposition, c’est à dire une majorité plus un, peu importe la résolution en question, cette dernière serait alors adoptée et appliquée partout sur le territoire rebelle. Si l’assemblée avait été élue, les citoyens des conciles plébéiens étaient eux tirés au sort.

La convocation d’un Congrès extraordinaire composé de ces Conciles et de l’Assemblée révolutionnaire avait abouti sur la création d’un pouvoir exécutif : le Triumvirat composé d’un Consul, d’un Questeur et d’un Préteur dont les rôles avaient été définis par le congrès. Il s’en suivit la fin de la séance, après que le discours de Leto : l’Assemblée reprit ses prérogatives, les Conciles en firent de même. Nous en étions donc là. Et tous les jours tous deux se réunissaient durant de longues séances qui n’en finissaient plus : établir et débattre de la Charte, des futures institutions du régime, du Droit Nouveau… Mais surtout, débattre du sort qui allait être réservé aux Aristocrates…


Leto marchait dans un couloir éclairé d’une lumière bleutée agréable. A sa droite, un jeune homme manipulait un datapad frénétiquement tandis qu’à sa gauche, une jeune femme discutait de la séance à venir. En tant que Consul, le leader de la Révolution siégeait à l’assemblée élue non sans obstacles par les citoyens des zones occupées par les rebelles. La présidence des séances tournait tous les jours, cependant cet aspect réglementaire n’allait malheureusement guère survivre à la future Grande Charte. Au loin, on entendait un brouhaha filtré par l’épaisseur des murs en métal de la station spatiale principale. Il semblait qu’une certaine foule se cloîtrait dans une salle, comme si elle attendait que quelqu’un vienne rétablir l’ordre. Leto avançait vers l’arc d’une porte ouverte, plus il marchait vers elle, plus le bruit de la masse se faisait fort. Il pénétra dans la salle. Elle était circulaire et vaste, très vaste, au sol mais aussi en hauteur. Des bancs suivaient le tracé circulaire de la pièce, ils étaient disposés sur plusieurs niveaux à la façon d’un ancien théâtre bien que ses pentes apparaissaient bien plus raides. Au centre trônait un bureau vide ; ses annexes, un peu plus basses, étaient occupés par de jeunes gens manipulant des documents holographiques. Les rangées de bancs étaient séparées par des allées qui bien qu’étroites permettaient aux occupants de se déplacer sans difficulté. De même, à intervalle régulier, des marches coupaient le cercle formé par l’assemblée, tous convergeaient vers l’espace central occupé en contrebas et au milieu de la salle par le fameux bureau et ses annexes. Enfin, la forme circulaire de l’assemblée n’était rompue que par le couloir en face du bureau qui menait vers sa sortie principale. Contre le mur, encerclant les bancs, une galerie faisait le tour de la pièce, ponctuée ci et là de quelques portes vers lesquelles les marches menaient.


L’agitation au sein de l’assemblée était palpable. Leto gagna sa place, sur un des bancs du premier rang à côté de ses homologues féminines du Triumvirat en scrutant les élus. L’immense majorité était des anciens moyennants qui avaient su parler au peuple pour siéger là où ils siégeaient. Sa mâchoire se serra un peu. Ce constat, celui d’une assemblée qui ne représentait pas totalement le peuple le chagrinait… Mais les Conciles étaient là pour équilibrer la balance, eux étaient véritablement représentatifs : quoi de mieux que le sort et les grands nombres pour cela.

Un homme entra dans la vaste salle circulaire puis s’installa au bureau central en s’éclaircissant la voix. Le silence se fit peu à peu.

- Mesdames et Messieurs les Représentants, la Séance de l’Assemblée Révolutionnaire est ouverte. A l’ordre du jour : la matinée sera consacrée à l’épineuse question du destin réservé aux ennemis de la Révolution ; l’après-midi aux modes futurs de gouvernance des CNK. Je vous rappelle que vous n’avez pas de limite de temps de parole pour que chacun, en ces heures dédiés à l’élaboration des règles de la nouvelle ère, puisse exposer exhaustivement son point de vue. Je compte cependant sur vous pour ne pas vous perdre en palabres inutiles, en interventions sauvages et à alimenter le débat sur le fond…. Quelques murmures se firent entendre dans l’Assemblée. Si vous le voulez bien, commençons les débats... La première intervenante est Madame Lyz Queldor. Il le regarda en lui faisant un signe de la tête. Je vous en prie, la parole est à vous.

L’ancienne moyennante se leva puis se dirigea vers le centre de la pièce. Comme à son habitude, elle était vêtue d’un blanc immaculé, ses longs cheveux lui donnaient un air séduisant. Elle avait l’air jeune, mais sans doute allait elle affirmer avec force les convictions qui étaient les siennes.

- Merci Monsieur le Président, fit-elle déjà tournée vers les bancs de ses collègues, comptez sur moi aujourd’hui pour défendre une position modérée quant au sort des femmes, des hommes et des enfants de l’Aristocratie… Nous avons nommé un gouvernement transitoire pour nous mener vers le salut public, c’est à dire vers la formation d’un régime fondé sur le droit, la justice, la liberté et l’égalité. Son rôle n’est cependant pas d’agir en bourreau... Les premiers commentaires se propageaient en un murmure inaudible au sein de l’assemblée. Le discours du Consul Lazarus était certes celui d’un homme passionné, voire lyrique par moment, j’ai pourtant regretté à l’instant même où il a ouvert la bouche qu’il ait été nommé à ce poste. Les mots qu’il a prononcé devant le Congrès - certes celui-ci assume sa radicalité, difficile en cette période de ne pas l’être – furent aussi ceux que la Galaxie toute entière a pu ouïr. Allons bon ! Pour quoi allons-nous passer auprès de la communauté galactique ? Des bêtes sauvages ? Des personnes avides du sang de nos « ennemis » ?

Leto avait le visage fermé. Il scrutait Lyz Queldor avec attention, le regard sévère. La main droite postée sur le menton il se frottait lentement la barbe ; sa main gauche se cramponnait à son avant-bras opposé. Il fit un discret signe de la main au président de l’Assemblée censé attribuer les droits de réponse afin justement de pouvoir répliquer au discours de Queldor qui s’annonçait être au vitriol.

- Consul Lazarus, continua-t-elle avec une certaine force, votre « justice inflexible et sévère », votre ardent désir de voir « l’aristocratie mourir »… « d’épouvanter l’ennemi », de le « réduire à néant »… Elle laissa une pause bien choisie amplifiant la teneur des propos qu’elle avait voulu citer. Je suis bien curieuse de la signification de tout ceci. Comptez-vous ne pas juger vos oppresseurs ? Comptez-vous laisser l’arbitraire que vous condamnez viscéralement conduire votre action ? Je pose cette question à l’Assemblée ici présente : devons-nous utiliser les méthodes qui ont conduit à cette Révolution ? Déjà, nous n’avons guère d’institutions judiciaire, c’est donc à nous tous que revient le pouvoir de décider du sort de l’Aristocratie, pas à la Préteure ici présente et encore moins au Consul qui outrepasse clairement ses prérogatives. Mais au-delà de la simple question de la compétence… Je ne suis pas ici pour me venger purement et simplement de la noblesse. Je représente un peuple qui souhaite construire, non pas détruire. Je représente un peuple magnanime qui ne fonde pas ses futures institutions constitutionnelles sur le chaos, la mort, la peur et la vengeance. Sur quel genre de régime le meurtre et la terreur peuvent bien déboucher ? Je vous le demande, Consul, avec la plus grande inquiétude et en réitérant ma profonde indignation vis-à-vis du discours que vous avez tenu devant le Congrès et la Galaxie tout entière…

La main gauche de Leto se crispa sur son biceps à mesure que Lyz Queldor s’avançait dans son discours. Sa respiration s’accéléra légèrement, de même que son rythme cardiaque. Son regard restait extrêmement sévère et sombre, il ne la lâchait pas des yeux.

- La future démocratie, républicaine et juste, que nous appelons tous de nos vœux, ne peut se fonder sur la condamnation arbitraire. La justice aveugle n’est pas la justice. Comment pouvons nous construire un tel régime si ses fondements et sa construction entrent en totale contradiction avec nos pratiques ? La Charte que nous avons le devoir d’écrire en sera tout à fait illégitime, et le sera toujours plus à mesure qu'on la tâchera du sang de nos « ennemis » qui au passage ne le sont peut-être pas tous d’ailleurs. Chers amis de la Révolution, ne soyons pas absolus ! Respectons les principes qui fonderont notre démocratie. Celle-ci en sera d’autant plus stable et légitime. Son socle, nous le construisons maintenant ! Ne gâchons pas notre initiative en l’enfonçant dans un esprit vindicatif et délétère.

Des applaudissements retentirent dans l’Assemblée. Leto lui ne bougeait toujours pas, sans doute était-il déjà en train de réfléchir à ce qu’il allait pouvoir répliquer. Les arguments de Lyz Queldor pouvait tout à fait s’entendre, mais le Consul se situait sur une ligne totalement opposée à celle de la jeune femme. Globalement, on pouvait dire que les anciens moyennants, les plus aisés dirons-nous, s’accordaient avec son raisonnement tandis que les autres, anciens ouvriers et exclus, moyennants socialement inférieurs rejoignaient la position plus radicale de Leto. Il allait devoir la justifier devant l’Assemblée.

- Monsieur le Consul, fit le Président par dessus les applaudissements adressés à Queldor alors qu’elle regagnait sa place, vous disposez d’un droit de réponse. Vous avez la parole.

Leto se leva lentement dans un silence de l’assemblée revenu quelques secondes auparavant. Il se dirigea calmement vers le centre de la pièce circulaire, remercia la président d’un signe de tête puis se tourna vers ses collègues révolutionnaires. Quelques secondes d'attente, puis:

- Je me vois là contraint d’énoncer un principe, avec lequel je l’espère, l’ensemble des représentants ici présents tomberont en accord. Leto fit une légère pause en s’éclaircissant la gorge avant de continuer calmement. Tout d’abord, les vertus du peuple et celle de ses élus ici présents, conduiront nécessairement l’Assemblée à inscrire dans la Charte qu’elle a vocation à rédiger, le traitement humain des coupables. La sagesse nous commande en effet d’abolir la peine de mort car elle ne peut être justice. La mort n’est évidemment pas réparable si elle a été infligée par erreur, d’autant plus que l’intime conviction même motivée par la preuve est faillible ; le jugement l’est par conséquent tout autant. Et dès lors qu’une telle sanction est irréversible, elle ne peut donc être qu’injuste. Et, outre la simple question disons… « technique », j’invite chacun à réfléchir sur sa portée philosophique : qui sommes-nous pour juger de la mort de quelqu’un ? Justice implique mesure, et Humanité implique que nous devons agir en humains. Personne, quelle qu’elle soit, ne peut être légitime à décider d’ôter la vie d’autrui.

Leto dirigea son regard vers Lyz Queldor qui les bras croisés le scrutait en retour. La mine du trentenaire était si stricte, si sévère… Son inflexibilité semblait physique. Il fronça légèrement les sourcils.

- Mais sur Kuat, Madame, la Justice n’existe pas. Pas encore tout du moins. Nous sommes ici pour la fonder en même temps que la République. Construire un ordre nouveau, c’est bien cela qui fait révolution ! Et c’est une fois fondée que nous nous devons d’appliquer nos principes constitutionnels, humanistes, promouvant liberté, justice, mesure, égalité et vertu. Comment pouvons nous atteindre cet objectif si le mal que nous combattons demeure ? Je vous le demande. L’essence de l’Aristocratie réside dans sa tyrannie millénaire, dans son accumulation d’un pouvoir sans limite. Elle est donc l’obstacle fondamental à l’instauration de la Justice et plus encore, à celle de la République.

Le Consul opta pour une légère pause emphatique. Le coeur de l’argumentation avait été évoqué deux jours auparavant dans ce long monologue adressé au peuple et aux représentants galactique. Mais enseigner, n’était-ce pas répéter ?

- Vous quémandez la clémence ? Reprit Leto. Me reprochez-vous vraiment de vouloir réduire l’Aristocratie à néant ? Je ne le répéterai jamais assez, en révolution il n’y a guère de justice constitutionnelle - celle que vous décrivez au final – tout simplement car la République n’est pas. Nous avons justement vocation à l’enfanter. Pardonnez-moi si j’insiste, mais j’ai bien fait attention dans mon discours au Congrès de mentionner un point qui, pour moi, est tout à fait fondamental : la Révolution ne se fait par essence que contre un coupable ; il n’a guère été désigné comme tel par la justice, tout simplement parce qu’il l’est par nature. Il n’y a donc pas besoin de procès pour un coupable tout désigné par le peuple entier. S’il n’y avait de coupable naturel, alors contre qui ferions nous notre Révolution ? Voilà qui au passage évacue l’inutile question de la compétence. Madame, il n’y aura pas de procès contre l’Aristocratie et ses membres parce que celui-ci serait absurde, et pire encore, contre-révolutionnaire.

Des applaudissements retentirent après la démonstration de Leto. Ils furent d’ailleurs assez nourris, ce qui travailla positivement le moral du Consul après une attaque acerbe de la Représentante Queldor. Il enchaîna sur une autre partie de son monologue alors que les applaudissements ne s’étaient pas tout à fait évanouis.

- Nous avons cependant la même conception vertueuse du peuple que nous construisons. Que craignez-vous alors ? Le règne de l’injustice parce que nous nous insurgeons totalement contre nos oppresseurs ? Sachez qu’en République, nous obéirons par définition à la Loi fondamentale ; que nous réprimerons la vengeance, véritable menace pour l’ordre public ; que nous bannirons la mort de nos sentences. En attendant, il ne s’agit pas de rendre Kuat au peuple, parce qu’elle ne l’a jamais été, il s’agit de la lui donner. Pour cela, tout est bon pour arriver à cet objectif d’intérêt général. La suppression de nos ennemis les plus terribles en premier, la purgation totale de la noblesse pour que notre ordre nouveau puisse enfin voir le jour. Représentants ! La liberté se conquiert par les armes. Puis le temps républicain se substituera à notre guerre révolutionnaire. Viendra alors l’ordre et la justice.

La moitié de l’Assemblée se leva et salua le discours de Leto, une partie restait assise à la conspuer, une autre se rassurait dans sa neutralité. Soudainement, un homme de la faction de Queldor se mit debout en pointant du doigt le Consul d’un air menaçant. Il hurla pour couvrir le bruit des applaudissements.

- Votre gouvernement est celui du meurtre ! Lui seul sera coupable des exactions qu’il commettra ! Vous osez les justifier en les masquant derrière le voile de la vertu publique, de l’intérêt général… Répondre à la barbarie par la vengeance ? Vous êtes tout aussi tyrannique que ceux que vous appelez à la mort !

Leto haussa le ton en coupant presque l’exclamation de son détracteur.

- La Révolution, elle, garantie la liberté publique, elle la protège de l’ennemi qui par tous les moyens fera tout pour conserver la moindre part de sa domination sur le peuple. La clémence qui compose avec la tyrannie aristocrate, la votre donc, c’est elle qui est barbare ! Et jamais vous ne me verrez clément envers les égorgeurs du peuple, ni envers ceux qui pardonnent aux despotes… comme vous.

L’homme, indigné, hurla d’autant plus en crachant presque ses phrases. Leto le scruta assez impassible alors qu’il bouillonnait intérieurement. Discrètement il se craqua les doigts en serrant son poing droit.

- Je ne pardonne rien aux Aristocrates ! Je n’accepte simplement pas le meurtre "légitime" ! Je ne vous ai pas nommé pour cela !

- Oh personne ne les empêche de s’exiler, cela nous faciliterait considérablement la tâche, répondit Leto d’un sourire un peu insolent. Mais quand elle résiste au peuple, l’Aristocratie s’érige en rebelle contre lui. Leto fit une brève pause pour séparer les deux pans de son argumentation. Par ailleurs, Monsieur, le Triumvirat dans l’esprit révolutionnaire est appelé à être renouvelé tous les mois… De ce fait, je me soumettrai bien volontiers au suffrage de l’Assemblée et constaterai à ce moment là si elle me renouvelle sa confiance. Ce délai démocratique mensuel, qui s’accorde avec le temps de l’urgence, me semble tout à fait raisonnable. Et je serai prétendant au consulat tant que la majorité de cette assemblée se place derrière moi, que vous soyez content ou non. A vous de convaincre mes soutiens : tâchez de leur démontrer que je suis un monstre, chose qui je le conviens, est assez difficile à faire admettre.



La matinée passa, agitée, alimentée par la controverse. Le temps d’une heure, la séance fut interrompue, officiellement pour laisser aux débatteurs le temps de se rassasier, officieusement pour refroidir les esprit chauffés à blanc. D’ordinaire, Leto aurait déjeuné avec son frère d’armes mort au combat. Castiel n’était plus là et son meurtre, quand bien même celui-ci eut été provoqué par la pression de l’instant, laissait un véritable vide chez le désormais Consul. Maia vînt s’asseoir en face de lui, le sourire aux lèvres, extrayant Leto de ses pensées.

- Excuse-moi, je ne t’ai pas salué ce matin, fit Leto d’un ton calme.
- C’est pas bien grave. Elle attaqua le repas qu’elle avait posé sur la table. En tout cas, laisse-moi te dire que tu t’es bien défendu ce matin, et ne te vexe pas si je te dis que pour un ancien ouvrier, tu es plutôt éloquent.
- Disons que j’ai eu le temps d’apprendre, et que la contrebande de mon père m’a plutôt bien aidé, répondit Leto d’un sourire.
- L’illégalité a du bon à ce que je vois, répliqua Maia en riant.
- Des actes illégaux peuvent parfois être légitimes, ils peuvent surtout être acceptables moralement, c’est le cas de la volonté de s’éduquer. Et cela n’est plus illégal désormais, du moins sur notre territoire.

Tous deux discutèrent l'heure durant. De tout et de rien, de la Révolution, du quotidien, de ses relations amicales. Le temps passa à une vitesse folle, à peine avaient-ils fini leur déjeuner qu’il fallait retourner dans l’arène. Maia et Leto se levèrent et se rendirent ensemble dans l’enceinte de l’Assemblée. Elle était déjà bondée et on y retrouvait ce brouhaha qui lui était si caractéristique. Autour de Lyz Queldor se rassemblait la faction qu’elle avait contribué à former suite à son discours accusateur contre le Consul. Leto les scruta d’un air un peu méfiant avant de retrouver la place qu’il avait quitté une heure plus tôt. Il en était convaincu : tous ici s’accordaient avec le mouvement révolutionnaire, mais certains n’acceptaient pas entièrement ses effets.

Le Président de la séance était déjà assis derrière son bureau et ses assesseurs ne semblaient pas avoir eu le temps de finir leur repas, trop occupés à retranscrire les débats. Il attendit quelques secondes que tout le monde prenne place avant de prendre la parole.

- Mesdames et Messieurs les Représentants, nous sommes prêt à reprendre la séance. Le deuxième débat est relatif à la gouvernance des CNK et de l’empire industriel de Kuat. Monsieur le Consul Lazarus il me semble que vous souhaitez défendre une motion rédigée avec la Questeure Varakin. Vous avez la parole.

Leto se leva, prit position dans l’espace central de l’assemblée circulaire. Il tenait dans ses mains un document holographique détaillant les propositions auxquelles il avait réfléchi avec Solphia.

- Bien, il examina brièvement son document, en guise d'introduction à notre motion, défendue par Solphia Varakin et moi-même, il convient de définir ce que doit être la propriété. (petite pause). D’emblée, je dirais qu’il s’agit du droit de chaque citoyen à jouir et à disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi. De ce fait, nous pensons que la loi a pour objet de borner la propriété et que le droit qui lui est lié ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence – entendez moi bien sur ce point – ni à la propriété de nos semblables. Leto marqua un léger temps d'arrêt. Nous proposons donc de garantir une propriété privée sur les biens et les produits, mais une fois les subsistances des citoyens elles mêmes assurées : c’est à dire tout ce qui garantie la vie. La première loi sociale de notre régime devra être celle-ci, celle qui garantira à tous les moyens d’exister.

Une partie de l’Assemblée applaudissait tandis que Leto continuait son discours.

- Ce petit prologue achevé, venons-en à l’objet principal de notre motion : les Chantiers Naval de Kuat. Cet empire industriel est notre ressource principale, il est à l’origine de la fortune démesurée des Dix. Il faut savoir que les CNK ne comprennent pas uniquement les trois chantiers de notre anneau que sont Deponn, Andrim et Maw, loin de là, mais l’anneau tout entier, ses industries, ses usines, ses ateliers ; il comprend également une série de filiales toutes aussi diverses et qui font sa puissance : Ingénierie Lourde de Rothana produisant des véhicules terrestres a vocation militaire ; les Industries Ubrikkian productrices de droïdes, de véhicules, de transports militaires et civils ; les chantiers navals d’Allenteen Six ; la Chempat que nous possédons conjointement avec Corellia ; et tant d’autres complexes industriels sur Balmorra, Xa Fel, Belderone et j’en passe… Un murmure impressionné s’empara de l’assemblée, notamment du côté des anciens ouvriers. Cet arsenal industriel ne doit pas servir les intérêts d’une caste, il doit servir les intérêts du peuple. De ce fait nous proposons que la compagnie CNK et l’ensemble de ses filiales soit considérées contre les premiers de nos biens communs matériels. Cela implique sa nationalisation immédiate à l’avènement de notre régime. Les murmures s’amplifièrent. En conséquence, la CNK appartiendra à tous, elle sera propriété des citoyens de Kuat, ce qui implique que chacun devra en recevoir les bénéfices. Il en va de notre intérêt vital. La richesse produite par nous doit être redistribuée comme il se doit, et elle doit également servir à faire prospérer notre empire industriel et le faire rayonner toujours plus à l’échelle galactique. Nous nous emploierons à le faire.

Le brouhaha de l’assemblée s’intensifia. Certains s’imaginaient déjà les retombées des profits des CNK sur ceux qui y travaillaient. Un groupe de représentants semblaient se concerter tandis qu’un homme assez grisonnant se leva et posa une question sans même que le président ne lui accorda la parole.

- Et pouvez vous nous dire qui gérera cet empire ?

- Ce sera le rôle du Questeur d’assurer la présidence d’un organisme public chargé de planifier ses investissements et sa politique industrielle, rétorqua Leto. Celui-ci portera le nom de « Fédération Industrielle de Kuat » et séparera un certain nombre de filiales actuelles des CNK pour en faire des compagnies mères supervisées par la la Fédération. L’administration de ces entreprises ainsi que leur direction sera composée d’agents de l’État. Nous proposons qu’un mécanisme démocratique interne à chacune de ces entreprises nationales permette de désigner leur propre direction.

- Quel en sera la conséquence sur les systèmes où nous sommes présents ? Ajouta son interlocteur.

- Le statut de nos filiales extra-planétaires sera public, nous verserons évidemment les contributions nécessaires que demandent les gouvernements locaux, tout en poursuivant nos activités. Rothana par exemple, bien que politiquement indépendante de nous, compte énormément sur nos chantiers et sites de production qui font vivre sa population. J'insiste sur le fait que toutes nos filiales conserveront leur statut public : elles appartiennent à l’État kuati, obéiront à notre mode de gestion tout en respectant les législations locales en termes d’exploitations minières, de normes fiscales ou de sécurité au travail. En tout cas pour conclure, nous mettrons ce soir notre motion au vote de l’Assemblée en espérant que celle-ci vote en faveur de notre définition de la libre propriété dès lors les subsistances vitales assurées pour tous et de notre vision socialement responsable et économiquement vitale de ce que doit être l’empire industriel de Kuat.

Malgré les applaudissements, l’interlocuteur de Leto continua le dialogue en haussant le ton pour se faire entendre.

- Si la première partie risque de faire débat car elle peut être conçue comme une entrave aux libertés individuelles, la nationalisation des CNK fera sans doute l’unanimité auprès de nous au regard de son poids économique sur Kuat. Il est évident qu’il en va de notre intérêt général ; remettre la compagnie entre les mains d’acteurs privés serait absolument contre-révolutionnaire : la production de ces chantiers ne doit en aucune manière avoir pour but d’enrichir une poignée d’individus.

Leto rejoignit son banc aux côté de Solphia qui lui avait laissé le privilège d’exposer leur motion devant la chambre des représentants réunie sur la station spatiale principale. L’on débattait dans les rangs du discours qu’il venait de prononcer. Le Consul s’appuya contre son dossier en croisant les bras, il scruta un peu les visages qui pour beaucoup le regardaient lui. Puis son regard fut plus fuyant, cherchant l’assurance du côté du Président de la séance qui jetait un coup d’œil sur ses documents holographiques. Un assesseur se leva de son bureau pour lui murmurer quelque chose à l’oreille Il acquiesça, releva la tête et reprit la parole.

- Madame la représentant Ondine Gyyre, vous avez demandé un droit de réponse au Consul suite à l’exposé sur la motion qu’il soumettra au vote ce soir. Vous avez la parole.

Une jeune femme se leva de l’autre côté de la salle, d’un banc du fond. Elle était d’une blondeur assez exceptionnelle, possédait un visage fin et une tenue élégante. Elle entama son discours.

- Monsieur le Consul, Madame la Questeure, commença-t-elle, je vous le demande le plus sérieusement du monde : quel est l’objet de notre Révolution ? Est-il de fonder un nouvel ordre sur Kuat fidèle à votre idéologie ? D’abord l’élimination pure et simple de l’Aristocratie – même si vos arguments sont entendables – puis maintenant la limitation extrême du droit de propriété, entre autres… Où se situe la liberté là dedans ? Où se situe-t-elle ? La Révolution se base sur la destruction des castes et sur les fondations d’un nouveau régime créé par nous. A la place, vous lui conférez un pouvoir absolu sur la définition de ce que doivent être nos vies. Clairement, nous ne voulons pas de cette révolution totalisante. Notre faction, que nous construisons avec la Représentante Lyz Queldor, se prononce pour l’égalité des droits et l’avènement d’une liberté que vous bornez déjà alors que nous ne l’avons jamais connue… Elle rejette vos propositions indécentes, bien que nous vous rejoignons sur la nécessité de nationaliser les CNK au moins de façon temporaire.

Elle fit une pause, alors acclamée par ses soutiens. Ondine Gyyre posa son regard sur ses notes, toussota un peu avant de reprendre.

- La propriété est un droit naturel antérieur à la société ; la société n’a donc aucun droit dessus…. Cette-dernière est née pour garantir ce droit et son caractère absolument sacré. C’est grâce à lui que nous pouvons se constituer en société. La propriété est aussi un fondement de la Liberté ! Le pacte social que nous construisons dans cette assemblée et que nous soumettrons au Peuple ne peut guère franchir la limite de nos droits naturels, il doit au contraire les garantir. Nous nous positionnerons contre votre motion relative à la limitation du droit de propriété au moment du vote. Nous vous soutiendrons en revanche sur les CNK car nous ne pouvons pour le moment vendre indécemment notre outil économique fondamental à des puissances étrangères, ni même à des personnes privées : il ne s’agit pas ici de fonder un outil industriel puisqu’il existe de longue date, mais de le reprendre au moins temporairement pour assurer la transition entre la possession monopolistique aristocrate et la fin brutale de celle-ci. Pour le reste, nous ne voterons pas vos propositions dangereuses, et surtout liberticides...Je vous remercie.

La frange opposée aux propositions de Leto depuis le début de la journée se leva pour acclamer son oratrice. Mais il enclencha lui aussi le mouvement soudainement. Solphia et quelques uns de ses partisans le jaugèrent d’un regard interrogatif, puis le Consul parla en haussant le ton pour bien se faire entendre de l’assemblée toute entière.

- Sur la propriété, je ne vous répondrai qu’en quelques mots : d’abord que les aliments nécessaires à la vie sont tout aussi sacrés que la vie elle même ! Tout ce qui lui est indispensable est une propriété commune du peuple. Ensuite, et ceci je l’affirmerai haut et fort et je me battrai pour cela : seul l’excédent peut se voir être l’objet de la propriété individuelle, seul l’excédent peut faire l’objet du commerce. Entendez-moi bien : toute spéculation mercantile qu'un citoyen fais aux dépens de la vie de ses semblables n’est pas un trafic, c’est un fratricide ! Notre faction s'opposera à la votre sur cette question et nous donnerons de notre énergie pour convaincre les plus sceptiques. Mais pendant que vous ne faites que spéculer sur l'articulation entre société et propriété, nous, nous proposons une motion visant à éradiquer la faim, la soif, toute forme de pauvreté, et qui au contraire permettra la vie, partout, car c'est bien là le premier rôle du gouvernement envers le peuple qui le nomme!

L’Assemblée s’emballa. Les invectives en tout genre fusaient d’une faction à une autre pendant que l’une d’elle applaudissait Leto en même temps. Le chaos régna dura de longues minutes et le Président ne parvenait à rétablir un ordre décent pour poursuivre les débats. D’une voix puissante il s’écria :

- Cela suffit! Je lève la séance !

Il n’y avait plus qu’à attendre les votes du soir...
_________________________
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 25/06/2018 08:52:35    Sujet du message: Une Révolution

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Star Wars RPG Index du Forum -> Galaxie principale -> Reste de la Galaxie -> Mondes du Noyau -> Kuat Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Created by MOONCLAW/MAËVAH(EU-Sinstralis/EU-Illidan) phpBB template "WarMoonclaw01"
forked end designed by Knarf, Kyopé, Rylen, Mufus, Lyash, Lyzs & Gelmir
Traduction par : phpBB-fr.com