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Chimères et souvenirs

 
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Ansikt
CSI

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MessagePosté le: 10/01/2018 01:03:03    Sujet du message: Chimères et souvenirs Répondre en citant

Un hurlement prodigieux. Mes yeux s’ouvrent en grand et je retiens un hoquet. La personne à côté de moi se tourne dans ma direction, surprise.

— Et bien ! Un soucis, ma chère ?

J’analyse mes alentours. Beaucoup de lumière, un bâtiment richement décoré, une foule importante dans un hall respirant l’opulence, répartie en petits groupes, dans lesquels les discussions vont bon train.
Je dévisage mon interlocuteur. Un visage que j’ai déjà beaucoup vu, mais dont la vue me surprend. Avinash, mon père adoptif. Mais nous ne sommes pas seuls. Avec nous, des couples : des aristocrates, des commerçants, des nobles, surpris par mon comportement. Très vite, je leur réponds, d’une voix fluette et claire :


— Aucunement. Je vous prie de m’excuser si je vous ai importuné.

Une dame humaine, vêtue d’une robe longue blanche, qu’elle arrivait à rendre élégante malgré sa quarantaine avancée, continua :

— Nullement, ne vous inquiétez pas. C’était simplement inattendu !

Ces paroles passées, la discussion reprit, comme si rien ne l’avait interrompue. Une discussion sur la politique Républicaine, jugée trop laxiste contre “ceux qui profitent du système”. Je me permets de ne pas la suivre assidûment, et jauge mon environnement.
Le hall, oui. Hall de l’opéra de Chandrila. J’y suis déjà venu. La dernière représentation d’une pièce à succès, et Avinash a été invité. Oui, je me souviens ce que je dois faire.



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Je suis là pour faire bonne figure. Être la maîtresse d’Avinash. Sa concubine. La pimbêche qu’il est censé impressionner pour la ramener dans son lit, avant de la jeter quand elle sera trop vieille. Mais, contrairement à une jeune femme face à moi, accompagnant un ami d’Avinash, je ne suis pas réellement cela. Je ne suis qu’une illusion. L’image d’une image. Un faux trophée.

Ce hurlement. D’où venait-il ? Personne ici ne serait assez fou pour faire cela : ce serait une mort sociale. Il perdrait toute son influence. Alors, où ? Trop proche pour venir de l’extérieur : j’avais l’impression qu’on vrillait mes tympans à la main. J’en entendrais presque encore les échos…
Je reprends une mine joviale, réintégrant figurativement la conversation avec des sourires et des hochements de tête affirmatif. Pour donner l’impression d’être autre chose qu’un automate, j’essaie d’avoir de petits gestes qui devraient être naturels pour une femme de ce genre : je vérifie que mon chignon est bien en place, réajuste discrètement ma robe, vérifie que mes gants sont aussi longs sur mes deux bras. Tout défaut dans mon apparence pourrait retomber indirectement sur Avinash, qui serait jugé sur ses goûts. Je dois être impeccable.

Les minutes passent, longues. La discussion a dérivé vers les investissements intéressants du moment. Pendant que les hommes discutent, les compagnes ne participant pas au débat s’observent, les unes décortiquant les micro-expressions des autres, essayant, par le biais du “maillon faible”, de voir les incertitudes des rivaux. Volontairement, je jette parfois des regards surpris, ou mord ma lèvre inférieure par rapport à certaines répliques d’Avinash. Le but est de faire croire que je suis inexpérimentée, puisqu’ils ne m’ont jamais vue, et de donner de faux indices, et leur faire croire qu’elles sont plus malignes que moi. Elles pensent me lire comme un livre ouvert, que je fais tout de travers, mais le silence télépathique d’Avinash m’indique que tout va bien. Un champ de bataille absurde, donnant plus l’impression d’un théâtre de marionnettes qu’autre chose. Ironique, dans un opéra.

Finalement, les portes s’ouvrent en grande pompe, invitant chacun et chacune présent à trouver sa place pour assister à la représentation du jour.


A toi.

— Je me vois dans l’obligation de m’absenter quelques instants… Je suis sincèrement navrée...

— Ne vous chagrinez pas pour si peu. Je suis sûr que vous nous reviendrez dès que possible.

Il accompagne la parole d’un baiser, visiblement passionné, un peu trop sincère à mon goût. Une fois nos lèvres séparées, je réponds d’un simple sourire, avec une touche de peine, et m’écarte de la foule, m’enfonçant dans la bâtiment, en direction des toilettes. Sortir aurait été suspect. Mieux vaut déjà se faire oublier.
Sur mon chemin, je croise plusieurs employés. D’abord surpris que je ne me dirige pas vers la salle principale, ils se ravisent quand j’avance d’un pas soutenu, même à leur vue. Curieusement, aucun ne me demande où je vais. Ont-ils peur que je prenne cela comme une insulte, et que j’utilise ma prétendue influence pour rabaisser tout le complexe ? Ils représentent une image de marque, après tout. Et s’il y a un accroc, tout peut leur retomber dessus.

Grand mal leur en fasse. Je continue ma route, et arrive dans l’endroit recherché. Tout est lumineux, noble. Beau, même. Le contraste entre le but de cette pièce et son habillage est frappant. Mais je n’ai pas le temps de m’extasier à analyser chaque recoin de carrelage. J’ai une mission. J’entre dans un des toilettes, et attends.
La pièce commence. On l’entend même d’ici, par éclats, marquant les envolées lyriques de la comédienne principale. Mais je ne suis pas là pour elle. Enfin, si, mais pas pour profiter de son talent.

Une autre personne entre dans les toilettes. Je ne la vois pas, mais je l’entends. Son odeur arrive ensuite, un parfum de fleur de Nlorna. La costumière. Elle s’absente toujours pendant le premier acte, surtout pendant les premières. Malgré son talent indéniable dans le domain de la couture, elle a toujours du mal à gérer la pression, et a systématiquement besoin de se rafraîchir avant de retourner travailler. Il faut l’excuser : elle est encore jeune, et ne s’attendait peut-être pas à opérer avec des troupes d’une telle envergure si vite. Mais elle devient ainsi une faille de sécurité, exploitable.

A pas de velours, je sors de ma cachette et m’approche dans son dos. Le mouvement est gêné par la robe, mais c’est pour ça que je me suis déjà entraîné à me mouvoir en la portant. Je me suis tout de même déchaussé, afin d’éviter le bruit des talons sur le carrelage. J’approche doucement, furtif, et fond sur elle. Mes mains gantées agrippent son visage et le maintiennent en place, tout en coupant les arrivées d’air. Je dois lui faire perdre conscience, si possible sans faire de dégâts irréversibles. Ca serait dommage de gâcher son don, mais ce n’est pas la priorité.

Surprise, ma victime se débat, rue, essaie de se défendre, mais je tiens bon les premiers instants. Je couvre sa bouche pour mettre à mal ses tentatives de cris et gêner sa mâchoire. Ma première prise étant assurée, je frappe l’arrière de ses genoux avec les miens, la forçant à les plier, l’emmenant au sol afin de pouvoir m’aider de mes jambes pour la maintenir en place. Elle est tout de même puis forte que prévue, mais j’arrive à contrebalancer cela en augmentant mes muscles. Je ne fais pas attention aux caméras : mon vieil homme a fait jouer son réseau officieux pour qu’elles ne montrent qu’une boucle vide, et pour que le garde en poste affirme que rien ne se passera cette soirée.

Après plusieurs minutes assez inconfortables, où ses forces l’ont progressivement quitté, ma première cible se lâche dans mes bras, inconsciente. Je vérifie que ce n’est pas une ruse, puis m’extirpe d’en dessous de son corps. C’était plus long que prévu. Je me demande s’il n’y a pas un agent chimique qui pourrait faciliter le processus. Quoique, ça ferait une piste de plus à remonter. Ca ne vaut peut-être pas le risque encouru, finalement.
Fouillant ses affaires, je récupère une clé, que j’utilise pour fermer la porte. Je ne peux pas me permettre une visite impromptue.

M’étant assuré que “nous” ne seront pas dérangés, je me mets au travail. Je déshabille la couturière méthodiquement, mettant ses affaires de côté, lui laissant le minimum pour couvrir sa dignité. On pourrait le croire sans vie, ainsi. Comme une poupée organique. Mais, non, elle respire. J’enlève également ma robe, mes gants, défais mon chignon, et entreprends de copier son apparence. Je m’applique, essaie d’être précis dans les détails, observant mon modèle sous ses moindres coutures.
C’est toujours un peu étrange, de rester dans la même espèce, mais de changer de traits. Différent d’une transformation interespèce, en tout cas. Pas de refonte morphologique globale. Enfin, si, parfois, mais rien d’aussi radical que faire pousser un autre membre, par exemple. Juste, un fourmillement global, le corps parcouru par différents frissons, qui marquent le changement que subit mon corps. Mais, cette sensation n’est pas désagréable. Elle en serait presque le contraire. Comme une ivresse, apportée par toutes ces possibilités, ce pouvoir par rapport à beaucoup d’autres espèces.

Une fois mon oeuvre terminée, je me revêt de ses habits, et vérifie que tout est en ordre dans le miroir. Remettre en ordre les cheveux, donner l’illusion du maquillage… Ah, voilà. Une copie carbone. Ses vêtements sont un peu serrés, surtout au niveau de la poitrine et des épaules, mais je ne peux pas faire de changement de dernière minute pour mon propre confort. Elle les portait ainsi, alors ainsi je les porterai.
Je dissimule mes affaires dans un défaut du mur, préparé par un technicien de surface cherchant à arrondir ses fins de mois, et cache le corps inconscient de la couturière dans un toilette, et endommage la serrure. J’espère qu’elle n’est pas claustrophobe : elle va rester là un long moment.

Je sors enfin, adoptant ses mimiques, et “retournant” en coulisses. Une pensée me traverse : n’est-ce pas un peu irresponsable de la laisser ainsi vulnérable et seule, là bas ? Je balaye l’idée de mon esprit. Il faudrait des efforts pour rentrer sans les outils nécessaires, vu le sabotage que j’ai effectué sur la serrure, et je ne peux pas m'embarrasser d’états d’âme. J’ai une mission à accomplir.
Je traverse les couloirs à bonne allure, ignorant les employés sur le chemin. J’ai déjà perdu du temps, et il ne faut pas que “mon” absence s’éternise. Encore une fois, les personnes dans le hall ne posent pas de question. Se font-ils toujours aussi discret, ou alors se sont-ils tous fait graisser la patte, sans que j’en sois informé ? La première option est invraisemblable, mais l’autre me semble être un gâchis de moyens assez important. A ce compte là, autant directement demander à un employé de faire ce qui m’a été demandé. On minimiserait les risques. Quoique, il pourrait parler. Ou alors, il y a autre chose ?

Je rentre sans difficultés dans les coulisses. Personne ne questionne mon absence, trop occupés de leurs côté. Des assistants s’agitent dans tous les sens, à moitié excité, à moitié affolés par des imprévus de dernière minute. Je n’y fais pas attention et me dirige vers les costumes de la star. C’est “mon” travail, après tout.
Je feuillette à travers les pièces de couture, chacune plus travaillée que la précédente. Elles sont magnifiques, mais je ne peux pas me permettre d’en voler une. Dommage, ça aurait pu apporter du cachet à ma penderie.
Je trouve enfin ce qui m’intéresse. Une robe vermeille, innocente en apparence, à part peut-être son épaisseur. Le génie est dans sa conception. En pressant certains points, elle dévoile un costume sous-jacent de créature ailée. Dans la pièce, c’est cohérent, marque une renaissance suite à une mort métaphorique. Dans les faits, je me demande toujours comment la transition se fait de manière si fluide.

Mais assez d’émerveillement. Je prends la robe, et m’attelle dessus, comme cherchant à faire un dernier ajustement pour que toi soit parfait. En réalité, c’est plus un sabotage qu’autre chose. Je prends une aiguille préparée à l’avance, et l’insère dans un des points à presser pour la “transformation”. Je réalise l’opération avec une infinie précaution : l’aiguille est trempée dans un poison puissant, qui pourrait me plonger dans un long sommeil, au vu de la dose. Normalement pas fatal, mais je doute qu’un coma passager, accompagné de plusieurs années de soins intensifs ensuite soit plus enviable.

A peine mon travail terminé, la comédienne arrive. J’aurais dû avoir un temps de battement, mais ce n’est pas grave. J’avais prévu cette éventualité. Elle arrive à mon niveau, et commence à enlever son costume, les gestes mécaniques, habitués. Elle est essouflée, mais reste radiante. Je dois me forcer à rester dans mon rôle et à l’aider à enfiler la robe sabotée. Mes gestes ne sont peut-être pas aussi rapides que la vraie, mais on peut excuser cela par une envie de bien faire de la part de “la couturière”, plutôt que l’incompétence d’un ersatz. Je ne regrette qu’Avinash m’ait forcé à m’entraîner autant, finalement, même si ça ne me sera peut-être plus jamais utile. Quoique, j’ai seize ans, après tout. Tout peut arriver. La star reste le plus immobile possible, toujours très professionnelle.

Me voyant nerveuse, elle brise le silence.


— C’est une bonne soirée, le public est enchanté. Je ne pense pas qu’il y ait meilleure manière de finir cette tournée.

Un peu surpris, je la regarde, et ne peut formuler qu’un hochement de tête affirmatif, préférant me concentrer sur ce que mes mains font pour ne pas la blesser prématurément.

— Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais je tenais à vous remercier. Vous, et tous les autres en coulisses. C’est grâce à vous que tout fonctionne, et j’ai l’impression qu’on ne le sait pas assez. Alors, merci.

— Je… Je ne fais que mon travail.

Elle laisse échapper un petit rire, sincère.

— Mais vous faites tous un excellent travail. Surtout vous.

Sur ces mots, je m’écarte. La robe lui va parfaitement. J’en serais presque triste. Ruiner deux carrières si prometteuses ainsi. Si seulement elle n’avait pas été la maîtresse particulièrement prisée d’un rival important de mon paternel…
Elle me quitte, pour aller se faire maquiller, en préparation du prochain acte. Tout se passe plus ou moins comme prévu. Je patiente un peu, fait semblant de travailler, puis mime une autre crise de panique, qui, évidemment, me force à me rafraîchir encore. Un assistant remarque mon départ, mais ne fait pas de remarque. Est-ce si commun qu’elle quitte les coulisses pendant la pièce ?

Je retrouve la situation dans les toilettes telle que je l’avais laissée. Rien de visible pour celui qui ne saurait où chercher. Je verrouille la porte et me met à l’oeuvre, rhabillant la véritable couturière avec ses propres vêtements, légèrement ouverts pour indiquer qu’elle se sentait mal avant son malencontreux malaise.
Je reprends mes affaires et mon apparence plus “noble”. Je remets mes cheveux en place, assure que ma robe n’est pas de travers, et ressort.

Cependant, chose étrange, alors que je m’apprêtais à rejoindre Avinash, je ne vois personne. Plus personne à l’acceuil, plus personne pour garder les portes, personne dans les halls. Il n’y avait personne quand je suis revenu non plus. Etrange…
Des cris choqués s’élèvent, suivis par des hurlements. Je vois que l’artifice a fait effet. Je rentre dans la salle, montrant un visage affolé tout ce capharnaüm, mais ce qui se révèle à mes yeux n’est pas ce qui était prévu.

Sur scène, le corps de la comédienne convulse, à un bon mètre au dessus du sol. Tous sont choqués, même son comparse sur scène, mais personne n’ose bouger, tétanisés par ce qui se déroule sous nos yeux. La chair de la diva s’assombrit, son corps grandit. Son corps se recouvre de veines, agitées par des pulsations irrégulières, et des protubérances lui poussent sur le crâne. Mais le plus choquant reste son visage : à place de nez, bouche, sourcils se trouvait un oeil unique, monstrueux.

Comme frappée par la foudre, la créature tombe au sol, et s’anime. Elle se tourne le public, et se jette sur eux par un bond prodigieux. Mais elle se s’arrête pas là. Bondissant sur les sièges, arrachant têtes et membres à chaque impulsion, elle progresse jusque sa cible : moi.
Paniqué, je me retourne, mais les portes se sont renfermées derrière moi. Des obstacles infranchissables, immuables à mes coups plaintifs. Je me retourne, dans le but de jauger la distance nous séparant pour trouver une trajectoire de fuite, mais elle est déjà là, sa pupille à quelques centimètres de mon visage. La croix s’élargit, englobe tout, et je me sens disparaître en son sein, me décomposant comme un tas de cendres dispersé par une tempête.

_________________________
Double compte d'Aikin

Identité du métamorphe
Antre du métamorphe

Grand merci à Blad pour l'avatar ! o/
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MessagePosté le: 10/01/2018 01:03:03    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 14/01/2018 22:26:45    Sujet du message: Chimères et souvenirs Répondre en citant

Le contact de mon visage sur le sol. J’essaie de bouger, mais n’arrive qu’à formuler un grognement sourd. Du sable. Je contracte mes muscles, essaie de me décoller du sol, mais je suis transi de courbatures. Ma mémoire directe s’active. L’opéra. Avinash. C’était quoi ? Un rêve ? Un cauchemar ? Nan… Un peu plus… Un souvenir ? Mais pourquoi ça serait un souvenir ? Et… Est-ce que ça s’est vraiment fini comme ça ? Est-ce que je l’ai vraiment fait ? Ou y a-t-il autre chose, dont je devrais me souvenir ?

Je pousse sur mes bras, et arrive à me retourner, non sans me couvrir de sable. Ca me rappelle Géonosis. En un peu plus calme, et frais. Je regarde au dessus de moi : un toit de pierre. Difficilement identifiable dans l’état, mais j’ai pas vraiment l’impression d’être sur Cato Neimoidia.

Cato Neimoidia. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? J’ai sauvé ma peau… On est sortis… On a rencontré des Neimoidiens… On s’est avancé dans la forêt… On est arrivés jusqu’au pont… et…
Une douleur aussi courte qu’intense frappe mon crâne. Impossible de savoir. Trop diffus. On est retombés sur le… truc ? Le truc qui a bouffé Alduin ?
Alduin…

Je devrais être triste, mais je n’arrive pas à verser une larme. Oui, il est parti. Oui, il a été une partie importante de ma vie pour l’instant. Mais… Un sentiment me pousse à penser qu’il n’était pas la version idéalisée que je pensais de lui. En sa compagnie, j’avais l’impression d’être puissant, mais… je n’ai vécu que de chaos et de violence. Je n’ai jamais rien construit, jusque très récemment. Azel…

Comme mû par une force nouvelle, j’arrive à m’appuyer sur le sol, puis un tabouret proche pour me lever. Pourquoi il y a un tabouret ici ? Rah, tu y penseras plus tard ! Lève toi ! J’essuie avec mollesse le sable autour de mes paupières, crache maladroitement les grains rentrés dans la bouche, et observe autour de moi. Une petite pièce, circulaire, en pierre. Un tabouret, une coiffeuse étrangement familière, et deux fenêtres ressemblant un peu à des meurtrières. Pas âme qui vive en vue. Je me dirige vers les ouverture, et regarde au loin. De l’eau. Un océan, jusque l’horizon, et certainement plus loin encore.

@£*!&%, je suis où ?

Une autre planète ? Comment j’y suis arrivé ? Pourquoi je suis tout seul ? Curieux, je risque un appel.

— Iroey ? Blad ? Azel ? AZEL ?

Pas de réponse. Je recommence, entrecoupé de pauses, plus fort. Toujours rien, à part un faible écho de mes paroles. Insatisfait, je m’écarte de l’ouverture. Un courant d’air me fait frissonner. Je me regarde. Non, je suis habillé… Attends, habillé ?
Je me regarde dans le miroir de la coiffeuse, et ne suis accueilli que par le visage surpris de Billy. J’empoigne le tabouret, et m’observe. C’est… moi ? Ces traits fatigués, ces cheveux mal coiffés, ce regard vide ?

Je passe mes mains sèches sur mes joues, mon front, dégageant les grains de sable les plus récalcitrants. Oui, tel que je l’avais imaginé. Une image, une apparence. Quelque chose de standard, de passe partout. Et c’est ce visage qui m’a servi pendant plusieurs mois à la CSI. Mais… Est-ce que c’est moi ?

Je fouille mes souvenirs. L’opéra. Je change mes traits, juste le visage, pour l’accorder à mes souvenirs. Sans rien pour les tenir, mes cheveux désormais roux descendent en cascade sur mes épaules. Mes mains de Billy, pourtant plutôt fines, contrastent un peu avec la peau de pêche de cette apparence, rendue plus mignonne par une illusion de maquillage pour mettre en valeur mes joues roses. Et ça… Est-ce que c’est moi ? Est-ce que c’est plus moi que Billy ? Ce que je pense… Non, ce que j’ai fait sous cette forme ? Est-ce que c’est plus représentatif de ce que je suis, que ce que j’ai fait en étant Billy ?

Je change de visage, encore. Un Umbaran. Un Zabrak. Une Kaleesh. Une Zeltronne. Un Chiss. Une humaine. Un Gand. Un Wookiee. Une tête de félin. Gurlanin.

Et ça, est-ce que c’est moi ? Où est-ce que j’ai cru que j’étais, et je me suis persuadé de ce mensonge ? Ca ne serait pas la première fois.

Je fouille ma mémoire, comme remontant un film en accéléré, prenant chaque visage important à la suite. C’est étrange, d’abord, de voir la tête cybernétique d’Iroey sur mon corps organique. J’y porte ma main. Non, ce n’est pas de l’acier, ni un quelconque matériau artificiel. Juste une copie. Une contrefaçon.

Blad. Le visage dur. Ses traits semblent moins bourrus, ainsi, à la lumière. Pas de cache oeil, pas d’oeil cybernétique. Enfin, juste une apparence, imparfaite en plus. Je ne l’ai pas assez vu pour me faire une idée précise.

Azel. Pas en train de crier, de fulminer, de s’agiter, de manger, de se bagarrer, de râler ou autre. Juste… le calme. C’en est presque inconfortable, quand on la connait un peu. Remarque… Est-ce que je la connais ? On a passé des moments ensemble, on a discuté… On a même risqués nos vies dans le même foutu contexte. Mais est-ce que je la connais ? A quel moment je peux dire que je la connais ?

Je l’observe, et j’ai l’impression qu’elle m’observe en retour. Elle serait presque belle, si elle n’était pas aussi balafrée. Quoique, on peut dire que c’est cohérent avec son caractère. Je me demande ce qu’elle pense en me voyant…

Mais, non. Personne ne me regarde. Je suis seul.

Je détourne la tête, change de visage. Le professeur, sur Géonosis. Ses cours étaient intéressants. J’aimais bien discuter avec lui, malgré mon manque de connaissance évident dans ses domaines d’expertise.

Le Major Fawchester. Je… je ne sais pas. La première rencontre n’a pas été des plus… agréables ? Mais, après quelques semaines à la base… Comment dire… Il savait être ferme, mais parfois il avait des airs de bonhomie. Comme une figure paternelle. Enfin, plutôt proche du grand-père, vu ses cheveux et sa barbe, aux poils grisonnants. Mais la comparaison tient.
Les visages défilent plus vite. Mes différents employeurs, parfois sympathiques, parfois stupides, parfois zélés. Je ne me suis pas attaché. Pas quand ils pouvaient devenir de la nourriture pour Derriphan.

Des individus. Des visages. Des connaissances ? Des repas ? Je ne me souviens plus. Soudain, je m’arrête. Une tête poilue, le visage joufflu d’un Hoojib. Pas de doute, c’est Archibald.
Archibald… Etait quelqu’un de bien. Enfin, aussi bien qu’un Jedi Noir ayant connu la rédemption puisse être. Il m’avait pris sous son aile, m’avait… canalisé. Calmé. Autant moi que la boule de destruction et de côté Obscur dont j’étais devenu l’esclave. L’esclave ? Tiens, c’est drôle que je ne l’ai pas comparé à un frère…

Il a fait tellement pour moi, et je n’ai jamais vraiment pu le remercier comme il se doit, vu qu’il est… Je n’ai pas envie de me rappeler ça. Mais il a été un mentor quand j’en avais le plus besoin. Peut-être même un père. Je me demande ce qu’il penserait de moi, s’il me voyait maintenant. Content que j’ai pris une vie à peu près normal ? Déçu que je n’ai pas fait plus ?
Préférant ne pas m'appesantir sur le sujet, je continue. Beaucoup de visages. Des miséreux à qui j’ai extorqué de quoi vivre, des minables que j’ai manipulé… Des femmes, aussi. Humains, Twi’Lek... Je devrais peut-être me sentir triste, empli de remords, mais il n’y a qu’un vide. Ils ne sont pas importants. Et je n’arrive pas à m'apitoyer sur leur sort. Est-ce que c’est parce que je n’arrive pas à me souvenir des actes en eux-même, ou est-ce que c’est parce que je suis devenu apathique à ce point ?

Je continue, et après quelques minutes m’arrête sur un visage féminine. Une Lorrdienne. La domestique d’Avinash. Une grande soeur, à l’époque, presque. Elle était jeune… Quel âge devrait-elle avoir, maintenant ? 37 ? 38 ? Elle était partie quand j’avais une dizaine d’années… Pourquoi était-elle partie ? C’était une bonne pédagogue… J’ai de bons souvenirs avec elle… J’allais la voir quand j’avais des cauchemars. Ah… Ah…
Je regarde le miroir. Je vois son visage triste. Est-ce que je l’avais déjà vu triste ?

Je continue, et m’arrête sur un message qui je ne pouvais pas passer. Avinash. Enfin, sa forme humaine. Son visage fait peine à voir, quand je le porte. Il rayonnait de confiance, de son vivant. Enfin, il en donnait l’impression. Vers la fin, tout n’était pas si rose…
Il m’a sauvé, m’a offert une vie, l’opportunité d’être quelqu’un . Et pourtant… Là, tout de suite, je n’arrive pas à me forcer à l’aimer sans conditions. Oui, il m’a offert un toit, m’a appris beaucoup de choses… Sans lui, je ne serais rien… Et pourtant, plus j’y pense, et plus j’ai l’impression d’avoir été son pion plutôt que son fils… Un pion docile, aveuglé par le luxe dans lequel il vivait. Et tout ça… Cela me fait douter. Qu’est-ce que je suis, à part ce qu’il m’a fait devenir ? Est-ce que je peux vraiment parler de “moi”, ou ne suis-je toujours qu’une extension de sa volonté, même des années après sa mort ?
Avec lui, je devais cacher ma nature, faire semblant, toujours faire semblant. Ca m’était normal… Je ne l’ai jamais questionné… Mais ces dernières semaines me font douter. J’ai rencontré Azel… J’ai fait des liens avec des personnes. Il y avait des hauts et des bas, mais la simplicité était relativement plaisante…
Mais… est-ce que je veux me cantonner à ça ? Un soldat de la CSI, avec des compagnons d’arme ? Après tout ça ? Retomber dans la banalité ? Cette question m’effraie, mais pas car elle me fait me questionner sur le contenu de mon avenir. Elle me fait peur car je me rends compte, ici, dans cette pièce, que je n’aurai peut-être pas d’avenir.

Je fuis. Je change de visage. Des nobles. Des aristocrates. Des artistes d’opéra, de cinéma, de théâtre. Deux fois, je ferme les yeux. Je continue, et arrive à la fin. Ou au début ? Un visage juvénile, creusé par la faim, tâché de crasse. Moi, esclave, tout petit. Pourquoi cette apparence ? Pourquoi, déjà à l’époque, je ressemblais à un petit garçon humain ? Mais, évidemment, cette partie de moi n’est plus là. C’est déjà bien que je m’en souvienne encore. Mais pas moyen qu’elle me livre ses secrets…

Comme pour accompagner ma pensée, je porte ma main vers le visage en face du mien, espérant toucher le miroir, mais ma main le traverse comme une gelée transparente. Surpris, je ne peux pas m’empêcher de continuer, jusqu’à toucher la chair du reflet. Comment peut-il être là ? Je… je délire ? C’est ça ? Je deviens fou ? Ou alors je l’ai toujours été ?

Comme pour répondre, l’enfant pose ses deux bras sur ma main, et tire. Je me vois entraîné contre mon gré, surpris par le fait qu’une chose de ce genre puisse avoir de la force, et m’enfonce tête la première de l’autre côté, traversant la paroi comme un liquide réfléchissant tout.







Cliquez sur l'image pour l'agrandir, pour essayer de la déchiffrer.
Sinon, le message normal est là
Je m'attends à avoir le souffle coupé, à suffoquer, mais il n'en est rien. Ce monde... Est comme l'autre. Le tabouret est juste de l'autre côté. C'est... étrange. Et l'enfant est là. Il me regarde, presque jovial, puis se met à courir vers le mur en face de la coiffeuse. Mais… Qu’espère-t-il faire ?

Et, quand je regarde, je me rends compte. Ici, à la place d’un mur, il y a un couloir. De la pierre, toujours. Du sable, par terre, encore. Des trous dans les murs, un peu plus larges que les meurtrières , agrémentés de genres de rideaux blancs.

Sérieusement. On est où ? Comment tout cela est possible ?

Malheureusement pour moi, l’enfant est avare en réponses. L’enfant… C’est bizarre de me dire que, c’est moi, à quatre ans. Ou une image de moi, quand j’avais quatre ans. Il continue de fuir, et je m’efforce de le suivre. Des couloirs. Des pièces vides. Et du sable, partout. Pourquoi autant ? Comment est-il arrivé là ? Est-ce qu’il a une signification ? Il me rappelle quelque chose… Mon réveil, oui, mais quelque chose de plus...

Nous continuons d’avancer, en silence, jusqu’à arriver dans une salle gigantesque, trop grande par rapport aux salles précédentes, remplie de miroirs de différentes tailles, accrochés aux mur, posés sur le sol, ou pendant dans les aires par des cordes précaires. L’enfant ralentit, et je fais de même. Il regarde tout autour de nous, dans cette pièce de pierre, très éclairée par différentes meurtrières, et me dit :

— Je cherche un miroir. Le plus grand miroir. Comme ça, je pourrai voir qui je suis réellement.

J’acquiesce en silence. J’observe mes alentours. Il y a de grands miroirs, mais les plus grands sont tous brisés. Après quelques minutes à chercher, je trouve tout de même un miroir viable, et plutôt grand. Je ne me sens pas de tous les passer au peigne fin. Je me regarde. Mon visage… Est redevenu celui de Billy, en accord avec le corps. Bon, ça fera l’affaire pour l’instant.

— Celui là, tu penses ?

Pour accompagner ma parole, je touche le miroir en question. Mais au lieu de sentir du solide, voire même du liquide, comme précédemment, j’entends un bruit aigu. Je regarde : le miroir s’est brisé, là où je l’ai touché, et les fragments se projettent sur moi à vive allure. J’ai à peine le temps de lever les bras, pour me projeter, que mon corps est transpercé des morceaux, comme des lames acérées. Je laisse échapper un cri de surprise, mais la douleur ne vient pas. Les morceaux restent fichés, inertes. L’enfant me rejoins, et laisse échapper un soupir, exaspéré. Il m’approche, et arrache le verre, ne se préoccupant pas des morceaux de chair qu’il déchire par la même occassion. Mais je n’ai pas mal. Je saigne, mais je ne sens pas mes forces me quitter. Qu’est-ce que…

— Les plus grands miroirs ici ont déjà été utilisés... Pas dans cette pièce...

Je m’écarte avec prudence, évitant les autres miroirs, et revient à l’entrée de la pièce. Devant moi, je peux encore continuer : des couloirs s’étendent, toujours aussi lumineux et ensablés.

— Tu penses qu’il y en a un, plus loin ?

Il hausse les épaules, et va sort un tabouret de derrière un miroir, pour s’asseoir. Bon, très bien.
Je décide donc de continuer. Malgré les trous dans la peau de mon buste, je n’ai pas de mal à me mouvoir. Le sang coule toujours, laissant derrière moi une trace écarlate. Bon, au moins, s’il me cherche, il saura où me trouver…
Des couloirs, des couloirs… Encore des couloirs ! Toujours des meurtrières, du sable à mes pieds, et ces rideaux soulevés par le vent. Les minutes passent, et j’aperçois enfin une pièce. J’y entre, et découvre… la coiffeuse et le tabouret. Je suis revenu à mon point de départ ? Que, quoi ?

Je regarde dehors. Là où avant il n’y avait que l’océan se dresse maintenant une forteresse, circulaire. A l’intérieur du cercle, de l’eau. Je me rue de l’autre côté. A l’extérieur… l’océan, encore. Pas de civilisation, pas d’issue… Juste… moi. Et moi.

Je regarde vers l’intérieur du cercle. Les parois de pierre grise sont lisses, rien à grimper, pas de nid d’oiseau, rien qui pourrait m’indiquer une autre forme de vie. Je pourrais m’envoler, mais je ne pense pas avoir l’endurance pour m’échapper. Et je ne sais même pas si je risque de trouver quelque chose, là-dehors.
A mon exact opposé, je reconnais la pièce gigantesque. L’enfant va jusque la meurtrière, me fait un salut blasé, et disparait de nouveau. Bon, très bien.
Je me retourne. La coiffeuse. C’est un miroir. Pas assez grand selon les instructions cryptiques de l’enfant, mais… Celui là est spécial, non ? Je suis passé à travers. Peut-être que je peux réessayer ?

Je m’approche, regarde. Rien de l’autre côté. Juste la pièce. Même pas le couloir derrière moi. Je tends ma main et… elle traverse la paroi ! Mais je me rends très vite compte que c’est une très mauvaise idée quand cette dernière se met à me brûler comme si je l’avais plongée dans de la lave en fusion. Hâtivement, je retire mon membre. Rien de visible. Mais la douleur est toujours là, intense. Merde.
Déçu et passablement agacé, je retourne dans la salle aux miroirs, n’ayant rien gagné d'autre qu'une main aussi douloureuse que si ma chair à vif avait été plongée dans de l’acide à action rapide.

L’enfant est encore là, blasé, faisant tourner ses cheveux dans ses minuscules doigts. Pas une grande aide, donc. Dépité, je m’affale sur le bord de la fenêtre, regarde l’eau, en bas. Contrairement à celle de l’océan, celle-ci est claire, pure même. Malgré la hauteur, j’arrive à voir mon reflet dans l’eau. Attends… Mon reflet ? Mais !
Au moment de la révélation, je sens quelque chose me pousser. J’ai à peine le temps de me retourner pour voir le petit, amusé, les bras tendus. Très vite, la gravité reprend ses droits, et je me sens chuter, mais tout semble se dérouler au ralenti. Alors que je perds de vue la salle aux miroirs, je remarque une ombre derrière l’espiègle. Et soudain, un appendice le transperce, semblable à une griffe. Choqué, j’essaie d’affiner ma vision, et cherche à identifier la figure sombre. Je ne réussis pas, mais cette dernière se juche sur le rebord de la fenêtre, comme à la recherche de sa proie suivant. C’est l’Aberration du laboratoire.


Mon corps s’enfonce dans l’eau glacée. Sa clarté finit corrompue par mon sang, et je ne vois plus ce qu’il se passe. Quelques instants passent, et je me sens remonter à la surface. Cependant, cela est trop rapide pour que ça soit naturel, et je lève les bras pour me protéger, me préparant au pire.
Une fois à la surface, je me retrouve projeter devant moi, dans un couloir austère et à peine éclairé par la faible lueur de quelques bougies. Après quelques roulades, je m’arrête enfin. Le sol est sec. Je suis sec. Comment ?
Je me relève, toujours un peu désorientés, et regarde derrière moi. Un tableau, représentant l’océan jusque l’horizon, animé par des vagues régulières. Je m’approche, touche la toile. Malgré ses propriétés étranges, ce tableau n’est pas une porte.

J’observe le long couloir qui se déroule devant mes yeux. Long, très long. Suffisamment, en tout cas, pour que je ne puisse pas en voir le bout. Cependant, en complément des bougies, je perçois une lumière, plus intense, au fond, qui me pousse à avancer. Je m’exécute alors, toujours méfiant.
Les minutes passent, mais toujours rien. Pas un imprévu, pas la nécessité de courir. C’est louche. Tout est trop silencieux, ici.
Alors que je m’approche, le couloir s’élargit, mais pour accueillir en ses côtés des squelettes. Des morphologies différentes, des animaux sauvages… Simple décorations, ou malheureux ayant perdu la vie ? Je ne veux pas savoir. Je me force à continuer.
Et si un danger rôdait ? Je suis sans défenses. Je presse le pas.

Après une marche des plus insupportables, rendue encore plus longue par ma méfiance, j’approche de mon but. Ca semble trop simple. Ou peut-être que je suis simplement paranoïaque ?
Un… mur ? Ou, on dirait un mur. Légèrement translucide. Non, pas exactement un mur. Il y a un trou, dedans. Quelques centimètres de profondeur, à peine une dizaine de centimètres de diamètres. Comme si on en avait retiré une coupole. J’y porte ma main, touche la paroi. C’est… du cristal. Non… pas n’importe quel cristal. Du diamant. Que… Qu’est-ce que ça signifie ?
Je m’écarte du trou, et regarde le reste du mur. Sur les bords, surtout au niveau des pieds, j’arrive à distinguer des marques, allant du rouge au brun. Certaines sont incompréhensibles. D’autres, effacées. Mais j’arrive à en déchiffrer quelques unes.

« Frappe »
« Détruis »
« Casse »
« Brise »


Confus, je regarde le mur devant moi. Le diamant… S’étend sur plusieurs mètres. Combien ? Je ne sais pas. Mais vu à quel point l’image est déformée, l’épaisseur est importante.
Et je suis censée briser ça ? A mains nues ?
Je retourne au trou que j’avais vu précédemment. C’est trop irrégulier pour avoir été fait avec un outil spécialisé. A mains nues, il me faudrait des années pour arriver à un tel résultat…
Mais… Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Je regarde autour de moi. Les corps. Et je comprends enfin. D’autres voyageurs ont cherché ce trésor, et sont arrivés trop tôt pour espérer l’obtenir, comme moi. Et ils ont décidé d’utiliser le reste de leur vie pour aider le suivant.

J’aurais pu hurler, pleurer, geindre, mais quelque chose me poussa à faire autre chose. Un hurlement infâme, derrière moi. Je le reconnais. C’est cette créature impie. Je la vois au loin, comme une luciole incandescente, avalant la distance avec une assurance que je ne possédais pas à mon arriver. Alors, en désespoir de cause, je me retourne vers l’édifice de diamant.
Pris d’une rage nouvelle, couplée à l’urgence de la situation, mes muscles se décuplent, ma peau se garnit d’écailles, et je prends la forme grossière d’un Rancor. Ce n’est pas grave. Je ne cherche pas à être réaliste. Je cherche sa force.

Mes griffes s'abattent sur la paroi, mais cette dernière reste immuable, inamovible. Je ne me décourage pas, continue autour du trou, saccageant du mieux que je puisse le cristal, essayant d’en retirer le plus possible.

Je continue, encore et encore. Les piétinements de la créature se font de plus en plus proches, inlassablement, inévitables. Mes mains ne me font plus mal. J’ai passé ce stade. Elles sont en sang, la peau s’enlève, mais je continue, retirant poussière après poussière.

Au fur et à mesure que la créature s’approche, mes capacités transformatives diminuent, et je me retrouve sous forme animale. Je me jette sur le trou, crocs et griffes dehors, dans un baroud d’honneur, mais me rend compte avec horreur que cela n’a presque rien changé. Pas de différence visible. Au même moment, l’Abomination derrière moi m’attrape et me transperce d’une de ses griffes. Elle retire ensuite son appendice, ne laissant qu’un trou béant dans mon ventre, et disparaît dans la foulée, me laissant pour mort.
Baignant dans mon propre sang, une sensation de brûlure se met à gagner les alentours de la blessure, se propageant à bonne allure. La même que pour ma main, tout à l’heure. Alors déjà là, c’était… ?

Penser devient difficile, mais une dernière volonté m’anime. Dans un effort surhumain, je rampe vers la roche. Un mètre… Allez ! Une patte après l’autre… Mes jambes ne répondent plus… je n’ai pas la force de les regarder… Allez… Une… patte… après…
J’y arrive enfin, et essaie de porter ma main ensanglantée sur le diamant, mais m’épuise trop tôt, et tombe, finalement. Un dernier échec, représentatif d’une vie gâchée. Il ne reste que la brûlure, consommant la chair et la conscience, ne laissant qu’un squelette à moitié brisé derrière elle.

*****


Le contact de mon visage sur le sol. J’essaie de bouger, mais n’arrive qu’à formuler un grognement sourd. Du sable. Je contracte mes muscles, essaie de me décoller du sol, mais je suis transi de courbatures. Ma mémoire directe s’active.
L’opéra. Avinash. C’était quoi ? Un rêve ? Un cauchemar ? Nan… Un peu plus… Un souvenir ? Mais pourquoi ça serait un souvenir ? Et… Est-ce que ça s’est vraiment fini comme ça ? Est-ce que je l’ai vraiment fait ? Ou y a-t-il autre chose, dont je devrais me souvenir ?
_________________________
Double compte d'Aikin

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Antre du métamorphe

Grand merci à Blad pour l'avatar ! o/
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MessagePosté le: 19/01/2018 04:45:38    Sujet du message: Chimères et souvenirs

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