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L'éclat des moments passés [Solo]

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Star Wars RPG Index du Forum -> Galaxie principale -> Reste de la Galaxie -> Bordure Extérieure -> Endor
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Auteur Message
Emiko Areku
Ordre Jedi

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MessagePosté le: 19/03/2017 00:26:12    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo] Répondre en citant

Son esprit n'était pas au même endroit que son corps. Pelotonnée contre le dossier capitonné du siège de pilotage d'un chasseur de l'Ordre Jedi la jeune femme s'était laissée emporter par le sommeil et ses rêves vraisemblablement agités. Le cuir synthétique laissait une empreinte marbrée sur sa joue et une mèche de cheveux blonds nuancés de rose frémissait devant sa bouche entrouverte à chaque inspiration. Vêtue de l'uniforme que portaient les soldats de l'Imperium en-dessous de leurs armures, Emiko dormait dans l'habitacle à l'abri du soleil d'Endor... mais ses pensées ensommeillées, elles, se trouvaient sur Eriadu.


*

« Voilà l'alien ! »

Le cri s'était élevé dans la cour de l'école, pétri de moquerie et de dédain. Je n'avais pas à y prêter attention : j'avais treize ans, après tout. Contrairement à ces garçons, j'avais un cerveau et il avait mieux à faire que leur donner la réplique.

« Vous croyez qu'un jour elle va développer des tentacules ? Sur la tête ? »
« Va savoir ! Si ça se trouve elle en cache déjà sous ses cheveux ! »
« Ce sont des lekku ! »

Incapable de me retenir, j'avais fait volte-face pour foudroyer ces deux idiots d'un regard éminemment mauvais. Le ricanement qu'ils échangèrent devant ma réaction me confirma que j'avais eu tort de leur accorder la moindre attention. Je me mordais déjà la lèvre inférieure lorsque le plus petit des deux - il faisait ma taille, même si j'en savais assez au sujet des garçons pour deviner qu'il me dépasserait rapidement dans le courant des années à venir - poussa son coude entre les côtes de son voisin avec une expression roublarde.

« Elle parle leur langue en plus, t'as vu ? Elle est pas humaine. »
« Je me tue à dire que c'est un alien ! »

Mes poings se serrèrent lorsque la sonnerie retentit. Le nez plissé par la colère, les yeux brillants, je rejoignis les rangs qui se formaient déjà.

*

Dans le cockpit de l'appareil, Emiko s'était un peu plus ramassée sur son siège. Ses genoux remontés contre sa poitrine, la pommette posée par-dessus, elle donnait l'impression de vouloir disparaître dans l'un des innombrables terriers criblant l'humus des sous-bois d'Endor. Ses doigts tremblaient légèrement dans son sommeil et, chose qui l'aurait surprise, le phénomène concernait autant sa main humaine que sa main cybernétique.

*

« Laisse, va, ce sont deux crétins. »

Le sourire chaleureux d'Akim mit un peu de baume sur mon cœur meurtri. Il était dans la même classe que moi et je ne pouvais que m'en féliciter intérieurement : il était non seulement le garçon le plus sympathique de l'école mais aussi le plus séduisant. Il était gymnaste et l'activité physique avait admirablement étoffé son corps délié à la peau mate, sur lequel je risquais de temps à autres une œillade coupable qui me faisait monter le rouge aux joues. Ses cheveux mi-longs, incroyablement épais, étaient noués en nattes que je trouvais des plus viriles. Je l'imaginais sans mal comme le héros de quelque aventure dessinée, celui qui trouvait dans son âme la sauvagerie nécessaire à survivre face à un monde hostile mais aussi assez de bonté pour la contenir aux moments propices.

« Deux crétins beaucoup trop bruyants » grimaçai-je tout en m'appliquant à résoudre le problème mathématique que le professeur avait fait s'afficher sur nos écrans.

Comme pour m'approuver, des rires caquetants s'élevèrent du fond de la salle. Je fronçais les sourcils, gagnée par l'irrépressible envie d'aller leur en coller une.

« Tu as eu ta ration de viande fraîche ce midi, dis-moi ? »
« Hein ? » soufflai-je à mon beau voisin, perplexe. Je me détachais de mes équations pour le regarder : sa risette s'était encore accrue, dévoilant ses dents blanches presque parfaitement alignées.
« Je ne sais pas à quoi tu pensais à l'instant, mais tu ressemblais à un bébé Rancor. Ils pèsent au moins six quintaux, tu te rends compte ? »

Je luttais contre l'amusement que sa remarque suscita et poursuivit dans un chuchotement, sentant le regard du professeur sur moi :

« Six quintaux, vraiment. Tu sais vraiment parler aux filles, espèce de crustacé débile. »
« Chef, oui chef ! »

Je gloussai bêtement, rassérénée par son indéfectible camaraderie, et replongeai dans mes calculs.

*

« Emi ? Tu es sûre que tout va bien ? »
« Oui m'man, tout va bien ! » haussai-je la voix pour me faire entendre par-delà le battant coulissant de la porte de la salle de bains.

Je m'y étais enfermée depuis à peine quarante-cinq minutes et c'était déjà la deuxième fois qu'elle venait ! Franchement, c'était abusé.

« Emiko ? Qu'est-ce qui se passe, ma chérie ? »

Ma deuxième maman était aussi papa poule qu'on pouvait l'être. Elle était aussi géniale, drôle, extraordinairement intuitive... mais papa poule.

« Mais ! Tout va bien je vous dis ! »
« Alors pourquoi restes-tu enfermée dans la salle de bains ? »
« Je fais des trucs de fille ! »

Cette réponse m'avait toujours parue très pratique. Elle amenait généralement mes interlocuteurs à me ficher une paix royale.

« Tu sais qu'on est des filles aussi » releva avec une pointe d'amusement ma première maman.

U'we. Elle était si élancée et fine que sa silhouette dégageait une impression de fragilité, que son élégance habituelle ne faisait encore que renforcer. Pourtant, dans le monde des affaires où elle faisait fortune, il aurait fallu la comparer à quelque mégalodon fabuleux. Un mégalodon à la peau couleur corail.

« Je ne suis pas absolument certaine que le lui faire remarquer de cette façon était la chose la plus judicieuse à faire » me parvint l'écho chuchoté de sa compagne. Puis, plus haut : « Tu ne veux vraiment pas nous dire ce que tu fabriques ? On s'inquiète, tu sais. »

Tsi'giya, ma deuxième maman, était par bien des aspects le parfait opposé de la première. Et son parfait complément.

Aussi athlétique que la première était mince, la chair quasiment mate tant son coloris d'encre de nuit d'été était sombre, elle était toujours celle qui s'angoissait le plus vite - tout en le cachant mieux. Leur seul point commun ? Un sens du commerce impitoyable qui les faisait rouler sur les crédits.
Et leur ADN Twi'lek, bien sûr.

« Je vais faire mieux que vous dire, je vais vous montrer ! »

Je m'admirais un instant dans la glace, lèvres pincées, le regard critique - à la recherche de la plus petite imperfection.

Ma teinture était loin d'être parfaite, bien sûr. Mais je n'avais que treize ans, on me le pardonnerait aisément. Pour une première ce n'était pas mal du tout !
J'abandonnais le miroir pour aller me camper devant la porte, que je déverrouillais dans un cliquetis caractéristique. Elle s'ouvrit aussitôt, révélant mes deux mères qui, à en juger par le léger mouvement vers l'avant qu'elles eurent au moment où le panneau s'effaça, étaient manifestement prêtes à investir la pièce par la force.

Leurs yeux se posèrent sur moi, s'arrondirent un instant. Je leur offris un sourire conquérant, les mains sur les hanches, très fière de moi et du rose éclatant qui barbouillait désormais ma crinière.
Le rire qui leur arracha des larmes d'hilarité effaça bien vite mon expression.

« Bah quoi ? »
« Oh mais rien, mon ange, rien du tout » souffla U'we, contenant péniblement son éclat.

Tsi'giya ne se donna même pas la peine de réfréner son humeur et se contenta d'effleurer mes mèches de sa main, non sans délicatesse.

« Mais... pourquoi cette teinture ? C'est si soudain. »

Je déportai mon regard sur le côté, hésitant quelques secondes avant de répondre. Lorsque je me résolus enfin à le faire, c'était en les dévorant de mes iris céladon, avec l'admiration que seule une fille pour ses mères pouvait avoir.

« Vous êtes tellement colorées. Tellement belles. » J'avais toujours regretté que ma peau soit si... commune. Si banale, là où celles qui m'avaient adoptée resplendissaient avec tant de force. La profondeur de leur teint, sa pureté et sa vitalité n'avaient cessé de me faire regretter, de plus en plus vivement, mon appartenance à la race humaine. Sans que ce fut jamais leur intention, elles avaient fait naître en moi le vœu enfantin d'être née Twi'lek. « Je ne peux pas me peindre la peau mais je peux teindre mes cheveux. Comme ça on est assorties ! »

Leur gaieté s'estompa, le cédant lentement à un attendrissement qui fit rater un battement à mon cœur. Comme une seule personne, sans se concerter, elles me prirent dans leurs bras.

« Tu es la plus adorable... »
« ...des petites filles. »

*

Emiko avait cessé de frissonner, malgré la chaleur moite qui régnait désormais à l'intérieur du vaisseau. Lovée dans une position qui n'était pas sans rappeler celle d'un animal roulé en boule, elle semblait inconsciente de la fine traînée scintillante qui avait dévalé sa joue. Sa course continuait par-delà la plaque militaire pendue à son cou, frappée de son matricule de Stormtrooper, et s'achevait contre le tissu synthétique de son tee-shirt. Ses mèches rebelles à la teinture tenace l'accompagnaient, aussi indisciplinées qu'à l'accoutumée.
Un soupir discret lui échappa lorsqu'elle se réveilla, ignorant l'engourdissement ayant gagné sa nuque, ses épaules et sa hanche en contact avec le siège. Elle resta là un long moment, le regard perdu dans la végétation florissante de la sylve sauvage. Pour ceux qui étaient sensibles à la Force, elle n'émettait en cet instant qu'une incroyable sérénité.

_________________________


« Il y a assez d'étoiles en cet univers pour que chacun y trouve un foyer ; alors pourquoi est-ce que je ne me sens à ma place que dans l'espace, naviguant parmi les nébuleuses de gaz pourpre et les amas de néon bleu ? »

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MessagePosté le: 19/03/2017 00:26:12    Sujet du message: Publicité

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Emiko Areku
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MessagePosté le: 22/03/2017 21:03:20    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo] Répondre en citant

Elle ne dormait plus. Elle faisait semblant pour qu'on lui fiche la paix.

La nuit était tombée sur Endor, rabattant une couverture d'obscurité sur la planète. La forêt infinie lui avait d'abord parue silencieuse ; et puis, en tendant l'oreille, Emiko avait réalisé combien le sommeil de la sylve pouvait être agité. Ses capteurs audios percevaient la cacophonie étonnamment harmonieuse provenant des bois, le chant des oiseaux nocturnes, le craquement des fourrés, le balancement au léger bruissement des branches enténébrées. Les frondaisons étaient si épaisses et denses que la chiche lumière des étoiles se voyait interdite d'atteindre l'humus âcre, ne parvenant qu'à grand-peine à étendre quelques ombres ici ou là.

En une autre occasion elle aurait pu apprécier le calme lancinant de la nuit. Mais pas cette fois-là : sa sérénité s'était envolée.


*
Deux ans plus tôt

« Arrête Emiko ! Arrête ! Écoute-moi ! Merde, elle ne m'entend pas... »

Je l'entendais. Bien sûr que je l'entendais. Contrairement à ce que Miller croyait, je n'étais pas prise de frénésie. Il était trop inexpérimenté, trop jeune, pour remarquer la précision avec laquelle j'assénais mes coups de couteau. Il ne pouvait pas voir que la lame suivait un schéma méthodique. Presque mathématique.
Ce n'était pas une rage aveugle qui me faisait ignorer la brûlure dans les muscles de mon bras tandis que, inlassablement, je levais et abattais ma lame. Vous saviez qu'au-delà de la dixième lacération environ, le coude menaçait de se bloquer ?

« Mais arrête ! »

La main de Miller se posa sur mon épaule. La pression qu'il exerça puait la panique.

À genoux dans le sable, les cheveux agités par le vent porteur de chaleur et de poussières, je poursuivis mon dépeçage. C'était une tâche exigeante. Physiquement, j'entendais. Je...

Mon poignet se retrouva retenu à mi-hauteur. Le sang qui dégoulinait du tranchant sur ma manche rendait glissante la prise de mon camarade. Je tournais la tête dans sa direction, croisant le regard du Stormtrooper décoiffé. Des larmes, de rage ou d'horreur je n'aurais su le dire, envahissaient ses yeux en amande. Il avait les traits creusés, l'expression crispée. Lentement, je ramenais mon attention sur le corps étendu devant moi.

C'était une jeune autochtone. Elle devait avoir... Entre quinze et vingt ans. C'était difficile pour moi d'en être sûre. J'avais mobilisé toute ma concentration afin de mieux cerner la façon dont sa peau tenait à sa cage thoracique, à ses épaules, à ses muscles. C'était la troisième depuis que j'avais été envoyée sur cette opération. La troisième en quatre mois.
La torsion que Miller exerça alors me fit finalement lâcher mon arme, qui tomba dans le sable presque noir de ces étendues désertiques. Je m'étais vite habituée à la voracité avec laquelle il absorbait le sang, ne laissant presque aucune trace de nos boucheries.

« C'est... la mission... »

Ne cherchant pas à combattre son étau, je tendis maladroitement ma main cybernétique vers la langue d'acier poisseuse de fluides vitaux. Il m'attira brutalement contre lui pour m'en dissuader.

« Ta gueule, Emiko. Ferme juste ta gueule. »

Ses mots étaient implorants plus qu'ils n'étaient autoritaires. Ainsi proche de lui, je réalisais seulement qu'il tremblait de tous ses membres. Poussant un léger soupir je me redressais sur mes genoux pour attirer son visage contre mon plastron. Le soldat retint un hoquet qui le secoua avant d'éclater en sanglots.
Je ne dis rien. Les ordres avaient été d'une absolue clarté : il fallait briser la guérilla que ces pirates menaient face à l'Impérium dans ce coin de la Bordure extérieure. Nos chefs de régiment nous avaient ordonné de dépecer les corps, surtout ceux des femmes et des petits. Cela, nous avait-on assuré, anéantirait le moral ennemi.

Dans les premiers temps, cela n'avait fait qu'enrager nos opposants. Mais, au fil des semaines, ils avaient compris combien leur résistance leur coûtait cher. Un prix qu'ils n'avaient jamais prévu de payer, un prix pire encore que la mort.
C'était toutefois pareil pour nous. Notre service avait un coût. Un coût pire encore que la mort.

Au sein de notre unité personne n'avait voulu se charger de la sale besogne - évidemment. Mais moi j'étais la cyborg. La fille de non-humains. Je n'étais pas comme les autres, je n'avais pas de cœur. Je pouvais bien m'en occuper, pas vrai ?
Oh, ils avaient tous compati - à leur façon. Par la culpabilité, par leurs silences pesants lorsque je revenais au camp et allais aussitôt aux sanitaires. Une fois, j'avais récuré mes avants-bras si fort que j'en avais saigné pendant plusieurs heures. Je m'étais légèrement écorchée.

Pas autant que mes victimes, toutefois.

« Okay, je... je crois que c'est bon » lâcha Miller en s'écartant de moi.

Il n'y avait eu que lui pour me témoigner son soutien. Un soutien qui le faisait vomir parfois. Ou pleurer, comme là.

« D'accord. »

Je ne trouvais rien d'autre à dire. Un peu désemparée quoique le visage impavide, je le fixais malgré la gêne que mon examen semblait lui infliger. Avec répugnance il ramassa mon couteau et me le tendit, après l'avoir essuyé avec une éponge normalement réservée aux hémorragies. Il restait des traînées rubescentes dessus.
Je le rangeai dans son étui sans y accorder d'importance.

« Viens, on rentre. »

*

L'impériale porta la main entre ses reins, là où il n'y avait pas si longtemps sa ceinture d'équipement supportait le fourreau de son poignard tactique. Ses doigts se refermèrent sur le vide mais la mémoire de ce geste était si vive et nette qu'elle pouvait presque sentir le manche contre sa paume. Ses paupières se crispèrent un instant.

Elle se contenta de murmurer quelques mots que les bruits de la nuit emportèrent, ne laissant que ses remords.


« C'était... la mission... »
_________________________


« Il y a assez d'étoiles en cet univers pour que chacun y trouve un foyer ; alors pourquoi est-ce que je ne me sens à ma place que dans l'espace, naviguant parmi les nébuleuses de gaz pourpre et les amas de néon bleu ? »

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Emiko Areku
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MessagePosté le: 25/03/2017 09:11:03    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo] Répondre en citant

Neuf ans plus tôt

«  Vous me demandez de... » commençai-je d'une voix que j'aurais voulue plus ferme.

Le regard de l'officier se détacha finalement du datapad qu'il avait compulsé d'une expression impénétrable pendant toute la durée de l'entretien. Je n'y lus rien d'autre qu'une froide et infinie assurance.

«  Je ne vous demande rien, première classe. Je vous informe que vous êtes sélectionnée pour faire partie du peloton d'exécution Bêta-12. La condamnation sera appliquée demain matin à neuf heures précises. Horaire local. Une remarque à formuler ? »

Je connaissais suffisamment le lieutenant pour savoir que cette question n'en était pas une. Bravant le danger, je claquai malgré tout des talons et, fixant un point imaginaire devant moi, repris la parole.

«  Je souhaiterais décliner cet honneur, mon lieutenant.  »
«  Pour quelle raison ?  »

De détachée, sa voix était devenue polaire. Je réalisai alors, avec brutalité, que cet homme me méprisait. D'un dédain dégoûté, poignant, viscéral. Cette prise de conscience, au lieu de m'intimider, fit naître une boule de rage qui me réchauffa le ventre.

«  Ouvrir le feu sur un camarade de mon régiment est une tâche pénible.  »

J'étais cette fois parvenue à maîtriser totalement mes propos. J'en éprouvais, malgré la gravité de la situation dans laquelle je me trouvais, un éclat de fierté.

«  Que cela vous console de savoir que vous servirez d'exemple. Il me semble que vous étiez assez... proche... du soldat Kosta. Votre discipline inspirera vos frères d'armes. Quel bel esprit que de reconnaître vous-même les torts de votre ancien camarade et presser la détente !  »

Il marqua sa provocation d'un sourire détestable. Un sourire qui me fouailla le ventre. Je compris qu'il était vain d'attendre la moindre once de commisération de sa part et saluai sèchement avant de sortir de son bureau. J'en refermai doucement la porte, traversai d'une démarche égale tout l'état-major, regagnai les baraquements et finalement mes propres quartiers.
Ce n'est qu'une fois dans ma chambre que je poussai un hurlement de haine et envoyai cogner mon poing serré dans le mur. Une fois, deux fois. Encore. Et encore, ponctuant chaque martèlement d'un cri aussi rauque que furieux.

*

J'avais les yeux encore rouges et la main en piteux état lorsque je me présentai à la levée des couleurs, mon fusil-blaster chargé me donnant l'impression de peser une tonne contre mon épaule. J'avais passé toute la nuit à pleurer, le visage enfoui dans un oreiller que je n'avais pas tardé à mordre pour tenter d'étouffer mes plaintes. Au bout d'un moment, toujours secouée d'irrépressibles sanglots, j'avais allumé mon terminal et avais fouillé l'holonet avec l'obstination maussade d'un zombie. Avec pour seuls mots-clés peloton d'exécution. J'avais lu un article selon lequel, dans certaines sociétés, ces escouades de bourreaux se voyaient remettre des armes déchargées à l'exception d'une seule. Ainsi nul ne savait qui avait porté le coup mortel au condamné, soulageant partiellement la conscience des assassins.

La chose était bien évidemment exclue avec nos fusils crachant la mort sous la forme de faisceaux lasers.

David Kosta. Les mains liées dans le dos, grand et large d'épaules, nous faisant face. Sa peau mate m'avait évoqué Akim, ami d'enfance de toujours ; le visage dur, les mâchoires proéminentes, le nez volontaire. D'épaisses arcades. Un grand humour, un cœur d'or mal caché derrière un caractère bourru. Je l'avais appelé Rico dès le premier jour parce qu'il me faisait penser à un chorégraphe du même nom ; en retour il m'avait surnommée Lola, une façon de se moquer de mon goût pour les teintures fantaisistes et les musiques mièvres.
Rico et Lola.

Il avait été mon tout premier homme.
Et aujourd'hui je devais le tuer.

*

Nous avions bu plus que de raison mais, hé ! c'était soir de fête. Nous commémorions la victoire écrasante d'on-ne-savait-plus quel commandant de flotte, ayant remporté la bataille face à telle horde d'ennemis et tout le tintouin... En bref, nous avions quartier-libre et comme n'importe quel régiment bénéficiant d'une telle faveur, nous avions foncé vers les boui-bouis de la ville.
Ç’avait été une nuit de folie. Une nuit où les alcools de toute la galaxie avaient coulé à flots. Une nuit où nous avions hurlé de rire, chanté, dansé dans les rues. Une nuit où les passants nous avaient regardé avec surprise, parfois avec amusement, parfois avec bienveillance, parfois avec indignation. Une nuit où, pour une @£*!&% de fois, nous avions troqué nos uniformes pour nos tenues civiles. Une nuit où nous n'étions plus des Stormtroopers mais de jeunes gens soudés que la rudesse de leur quotidien avait rapprochés au-delà de toutes les barrières sociales.

Un instant j'étais là à lui débiter une sornette quelconque à laquelle il riait de bon cœur et celui d'après, j'étais en train de l'embrasser fiévreusement sans trop savoir comment le geste s'était amorcé. Il avait répondu au baiser avec force.

Se plaquer contre un mur.
Ignorer les autres qui s'éloignaient en gouaillant.
Tirer ses cheveux.
Me retrouver soudain contre un lit.
Tituber.
Tomber.
Délices.
Morsures.
Caresses.
Et des cris à n'en plus finir.

*

« Présentez... armes ! » aboya le lieutenant.

Je me sentis raffermir la prise sur mon fusil. Comme dans un rêve. Un rêve, un cauchemar. Je croisais son regard sans qu'aucun échappatoire ne me soulage. Oui, j'étais lâche : j'aurais voulu fuir ses yeux mais ils m'emprisonnaient, me retenaient. Dans une dernière étreinte.

« En joue ! »

Le blaster se leva tout seul, comme doué de sa propre volonté. Je savais que le canon était pointé sur sa poitrine, là où battait son cœur immense. Je croyais n'avoir plus de larmes à verser ; je me trompais. Elles brouillèrent ma vision. Une souffrance horrible labourait ma poitrine et pourtant, je savais que le pire était à venir. J'aurais voulu rugir, vociférer, tempêter. Seul un gémissement misérable s'échappa de mes lèvres et je me haïs pour cela.

« Feu ! »

Les armes claquèrent dans l'air froid du matin. Il y eu l'atroce bruit de l'énergie calcinant la chair.

*

Propos défaitistes. Incitation à la désertion. Caractère séditieux.

Voilà pourquoi il avait été tué. Parce qu'un jour il avait eu le malheur de me demander, un peu trop fort, si je ne voulais pas abandonner l'armée et m'en aller avec lui.
Parce que ce garçon avait été sincèrement amoureux de moi.
Tout ça à cause de moi.

Celui qui pour la première fois m'avait aimée, comme un homme aime une femme.

J'étais restée sur les lieux de l'exécution, mon blaster tremblant entre mes mains. La seule émotion qui me faisait ainsi frissonner était la colère. Une colère sourde. Enflée comme une plaie suppurante. Douloureuse et démente.
L'idée pas si folle que ça de monter dans les appartements de mon lieutenant et vider mon chargeur sur sa gueule tordue m'avait longtemps déchirée. Mais, déjà à cette époque, le conditionnement était bien implanté en moi. Je l'ignorais encore mais il ne s'élimerait que bien des années plus tard, après une montagne de cadavres.

Rico n'avait été que le premier d'une trop longue liste. Une liste dont le deuxième nom était Lola.

*

Emiko regardait en silence la paume de sa main comme si elle pouvait y découvrir quelque vérité jusque là cachée. Une aurore timide tendait ses doigts de rose sur l'horizon, froissant et chassant la couverture sombre de la nuit. La jeune Stormtrooper leva un regard limpide à travers la baie translucide du cockpit. Elle avait bien changé depuis l'époque de ces réminiscences ; tout à la fois plus forte et plus fragile. Résolue et brisée. Elle ne savait pas vraiment où elle en était - peut-être trouverait-elle une réponse parmi les Jedis. Ou peut-être pas.

Elle s'en fichait pas mal ou du moins, elle essayait de s'en convaincre.

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Emiko Areku
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MessagePosté le: 02/04/2017 02:49:27    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo] Répondre en citant

Emiko faisait la sieste au fond du cockpit, une fois n'étant pas coutume. Son repos fut paisible pendant presque une heure, une heure pendant laquelle toute trace de tension déserta son visage ordinairement fermé. Le changement fut progressif ; sa respiration devint un tantinet plus sifflante, ses paupières frémirent. Et puis soudain sa poitrine se figea ; s'éleva de nouveau et s'arrêta encore. Le manège dura moins d'une minute avant que l'ancienne Stormtrooper n'ouvrit subitement des yeux affolés et inspira l'air réchauffé de l'habitacle à pleins poumons, aussi bruyante que si elle avait manqué se noyer. Une couche de transpiration due à la peur recouvrit sa nuque et elle continua de haleter longtemps après avoir eu son content d'oxygène.

Après quoi elle crispa les poings en se laissant retomber contre le dossier capitonné du fauteuil de pilotage, une expression de profonde colère gravée sur les traits.


*

Huit ans plus tôt

« Areku ! T'es déjà passée par la portière ? »
« Non mon lieutenant ! »

Des rires s'élèvent. Sarcastiques, narquois. Les casques de mes camarades les parent d'un vague écho étouffé.

« Regardez-moi ça les gars, c'est une pucelle, une vraie de vraie ! Et bah tu vas apprendre, première classe ! T'as pas envie de finir écrasée par terre, pas vrai ? »

Je m'autorise une pénible déglutition avant de répondre, affermissant ma voix autant que faire se peut. Une appréhension terrible me tord les entrailles.

« Non mon lieutenant ! »
« Alors, pauvre conne » rugit-il en indiquant un immense bâtiment s'élevant sur une dizaine d'étages, « direction l'enfer des simulations ! »

J'ai cru que je n'en reviendrai jamais. Ce soir-là je suis allée me coucher sans même passer par le mess. De toute façon mon estomac était si noué que je n'aurais rien avalé que je n’eusse vomi une heure plus tard ; roulée en boule sur ma couchette, je fixe le mur de ma chambre en tentant de réprimer mes tremblements et décrisper ma mâchoire.

J'ai l'impression qu'une colonie de fourmis a élu domicile dans mon ventre et se répand un peu partout parmi mes viscères - la seule idée de remettre le couvert le lendemain suffit à me rendre nauséeuse. Tout en sachant que le pire ne viendrait qu'après la fin des simulations.

*

Ça aura duré à peine deux semaines. Deux semaines d'entraînement, d'épreuves, d'échecs. Deux semaines qui me semblèrent alors durer des mois entiers. Deux semaines avant que l'on ne m'emmène, me traîne presque, jusqu'au coucou qui devait nous emmener loin dans les terres intérieures.
Derrière les lignes de front.

Les ordres étaient d'une clarté enfantine : se parachuter dans le dos de l'ennemi, se fondre dans les villages du désert, se cacher parmi certaines communautés dont on nous avait fourni au préalable les coordonnées. Et puis... frapper. Par tous les moyens possibles, sur toutes les cibles à portée. Les convois des séditieux ? Il fallait les détourner. Leurs refuges ? Les piéger. Leurs familles ? Les exécuter.
Il fallait que le type qui avait les tripes de monter face aux Stormtroopers se mette à craindre pour ceux qu'il avait laissés à l'arrière.

Je suis montée dans l'aéronef branlant dont toute la carlingue vibrait avant même le décollage, comme si l'appareil trépignait d'impatience. Je me suis assise contre ses parois avec dix-neuf autres soldats de choc. Le flot des habituelles moqueries s'était tari : s'il y a une chose que j'ai apprise sur le fait de passer par la portière, c'est que dans ces moments-là tout le monde ferme sa gueule. Tout le monde perd son panache, son cran. Les silences relatifs des vols précédant les sauts sont plus expressifs que de longs discours.
La soute du vaisseau puait la trouille.

Nous baignions dans l'obscurité depuis plusieurs heures quand d'un seul coup, les voyants rougeâtres s'allumèrent.

« La sieste est finie ! » brailla le lieutenant en se redressant d'un bond et en se mettant à déambuler parmi nous, tirant les plus lents de leur prostration d'un coup de pied bien senti.

Il vérifiait nos harnais, tirait sur les attaches, démêlait une sangle. Après quoi il nous attachait l'un après l'autre à un rail traversant notre transport - j'avais alors éprouvé la pénible sensation d'être une pièce de viande qu'on n'allait pas tarder à suspendre à un crochet.

« Première classe Areku, c'est ton premier passage. Alors tu seras aussi la première à sauter... »

Il n'y avait qu'un plaisir mauvais dans ses paroles tandis qu'il me saisissait par l'épaule et me tirait au-devant de la porte coulissante gardant le flanc de notre vaisseau. Les lumières virèrent brièvement au vert avant qu'il ne la déverrouille d'un mouvement expert ; le panneau de métal glissa aussitôt et la clarté aveuglante du jour m'agressa les yeux.

« Allez, allez, allez ! » vociféra-t-il en me vrillant les oreilles. Une claque qui aurait suffit à rompre l'échine d'un cheval retentit entre mes omoplates et je fus proprement éjectée à quatre cent mètres de hauteur. L'adrénaline qui me traversa de part en part m'empêcha de hurler ma terreur, tandis que je braquais mon regard vers un sol lointain qui, pourtant, se rapprochait à une vitesse insensée.

C'était la première fois que je passais par la portière. Il devait y en avoir d'autres par la suite ; beaucoup trop à mon goût.

*

Des cailloux. Des gros, des petits, des sphériques, des anguleux. Anthracite ou cendrés, ocre, noirs.
Du sable. Épais, lourd, irritant. Sombre et délavé.

Des cailloux et du sable, voilà ce qu'était mon quotidien depuis deux mois. Le souvenir de mon saut était pourtant encore bien vivace et me faisait frissonner certaines nuits, au point de chasser mes rêves comme mes cauchemars. J'avais rapidement trouvé l'un des villages qu'on nous avait indiqué comme point de ralliement, où je n'avais pas tardé à être rejointe par deux de mes équipiers. Nous nous étions abrités chez un habitant que nous payions depuis plus d'un an en prévision de cette opération : c'était un homme seul au faciès avenant mais aux manières fuyantes, le teint bruni par la vie dans le désert.

Et il commençait à en avoir assez.

« Combien de temps allez-vous encore rester ? » relança-t-il pour la énième fois de la soirée tandis que nous nous étions emmurés dans un mutisme morose.

Depuis que nous étions ici, nous avions mis à mal quatre caravanes et brûlé une cache de la résistance. Pour autant, le front - et les nôtres - ne semblait pas pressé de se rapprocher de nous. Il y avait quelque chose d'éminemment stressant à opérer ainsi en territoire ennemi, quand bien même un traître nous donnait l'asile tout relatif de sa demeure.

« Le temps qu'il faudra. »

La réponse avait été laconique. Assise à la fenêtre, me dissimulant derrière un fin rideau à la dentelle grossière, j'observais le crépuscule tombant de ces étendues désertiques. La communauté de locaux n'était qu'un point dans l'immensité et ne parvenait même pas à en troubler le paysage.

« Ils vont vous trouver, ils finiront par vous trouver... »

Il se tordait les mains en nous observant. Sa panique me portait sur les nerfs - elle était contagieuse.

« Ils ne nous trouveront pas si vous la fermez. Et il n'y a pas de raison que vous ouvriez la bouche, hein ? Vous savez que vous y passeriez aussi. »

C'était la vérité mais mon but était surtout de le choquer et qu'il nous fiche la paix. J'obtins l'effet escompté : ses lèvres s'agitèrent, s'ouvrirent, se fermèrent et s'ouvrirent encore avant qu'il ne finisse par soupirer et s'éloigner en se rongeant les ongles, regagnant la pièce qui lui servait à la fois de bureau et de chambre à coucher.

« Tu sais t'y prendre avec les autochtones » observa finement l'un de mes camarades.

Je lui renvoyai un regard maussade.

« M'ouais, je sais. »

*

Non, je ne savais pas. Je m'étais plantée en beauté. Sur toute la ligne.

Jared - c'était son nom. La peur peut vous pousser à accomplir des actes stupides et irraisonnés. Persuadés que ses voisins finiraient par découvrir qu'il cachait trois soldats impériaux, il avait fini par vendre la mèche en essayant probablement de se donner le rôle d'une victime. Il l'avait eu, son rôle, probablement au-delà de ses espérances.
Lorsque la clameur sauvage de la foule en rage s'était élevée à la fenêtre, j'avais risqué un œil prudent dans la rue en contrebas ; j'avais eu le temps de reconnaître les habits de notre hôte, vêtant une forme étonnamment ratatinée que traînaient dans la poussière deux solides gaillards au visage fermé. Je ne m'étais pas interrogée longtemps sur les angles peu naturels de ses membres et la couleur bien trop sombre de sa silhouette, m'élançant déjà au pas de course pour me sauver via le balcon arrière de la maisonnée. Mes équipiers avaient trop tardé à réagir et leurs suppliques, leurs : « Arrêtez, arrêtez ! » ne me poursuivirent qu'une minute avant que je ne me fusse suffisamment éloignée pour ne plus les entendre.

J'avais quitté le village en usant de toutes les astuces que je connaissais pour me fondre dans le désert, craignant une battue. Ils n'en firent rien et je ne tardais pas à laisser mes automatismes prendre le relais : activer mon signal d'évacuation et filer vers le point d'extraction convenu. Le protocole indiquait qu'une navette devait m'y récupérer deux jours plus tard. Tout ce que j'avais à faire, c'était me planquer à proximité et attendre.

C'est ce que je fis, dénichant une crevasse dans la pierre couleur saumon ; suffisamment grande pour que je m'y glisse, peu profonde, elle me rendrait invisible aux recherches de n'importe quel guetteur.
N'importe quel guetteur, mais pas n'importe quel pauvre type égaré.

Je ne su jamais pourquoi il était là. Je ne su jamais son histoire. Tout ce que je sais c'est qu'au matin où les miens devaient venir me chercher un homme s'est soudain dressé devant moi.
Il était sale, couvert de sable et de fin gravier qui dégoulinait de ses amples vêtements élimés. Il fut probablement aussi stupéfait que moi lorsque nous nous retrouvâmes nez-à-nez, mais il fut plus prompt à réagir ; son poing s'envola vers mon visage et des lueurs blanches dansèrent devant mes yeux. Il frappa encore et je sentis ma lèvre se fendre sous l'impact. Je n'y voyais rien, sonnée et désorientée - il voulut cogner encore mais cette fois il ne fit que me repousser maladroitement.
Je ne sais pas trop comment je me suis retrouvée sur lui. Je crois que mon pied l'a atteint à l'entrejambe mais je n'en suis pas certaine : c'est comme s'il était là à m'agresser et que l'instant d'après, j'étais juchée à califourchon sur son torse en enserrant mes doigts minces sur son cou.

Ç’a été très progressif. D'abord il chercha à rentrer le menton mais le dos de mes mains l'en empêchait. Sa barbe de trois jours ripait sur ma peau, la faisant rougir dans ses efforts pour se protéger. Il a essayé de me mordre mais une étrange lucidité s'était emparée de moi et je me plaçais correctement pour que ça n'arrive pas. Les veines de sa figure ont enflé, ses yeux aussi ; sa peau a viré au cramoisi et j'ai serré encore, percevant les nervures du conduit en cartilage sous la chair.
Il a cessé de bouger mais j'ai deviné qu'il jouait la comédie. Il a vite changé de tactique, ruant autant qu'il le pouvait, désespéré, affolé. Sa bouche s'est tordue en laissant échapper un borborygme atroce et puis... il s'est recroquevillé. Comme une araignée.

Et n'a plus bougé.

Lorsque la navette m'a retrouvée j'étais toujours sur le cadavre, les doigts noués sous son larynx. Les Stormtroopers ont dû me faire mal aux mains pour que je le lâche. En montant dans l'aéronef, je me suis contentée de m'asseoir dans un recoin et fourrer la tête entre mes genoux.
Pendant plusieurs semaines après ça, j'ai été sujette à de sévères apnées du sommeil dont je me réveillais en avalant goulûment l'air. Bien des années plus tard, il arrivait encore qu'elles me tourmentent.
_________________________


« Il y a assez d'étoiles en cet univers pour que chacun y trouve un foyer ; alors pourquoi est-ce que je ne me sens à ma place que dans l'espace, naviguant parmi les nébuleuses de gaz pourpre et les amas de néon bleu ? »

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Emiko Areku
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MessagePosté le: 09/04/2017 22:03:41    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo] Répondre en citant

Un an plus tôt

Je levais les yeux vers les vives lumières de l'édifice. La nuit tombait sur la ville, avec son agitation civile, ses senteurs de carburant brûlé et ses innombrables échos de conversations. Je resserrais sur mes épaules les pans de mon manteau, velours noir brodé de vert. Rentrant imperceptiblement la tête dans les épaules, je suivis Jared dans l'embrasure ornementée du restaurant.
J'étais en permission. Une permission de pas moins d'un mois et je n'avais pas tenu une semaine avant de tourner en rond dans mon appartement comme un fauve en cage. Un fauve désœuvré, perturbé par la tranquillité des lieux. Je m'étais plongée dans l'holonet et avais parcouru, presque fébrilement, les sites de rencontre pour humains.

Jared était ressorti du lot. Qu'est-ce qui pouvait bien faire ressortir du lot un trentenaire aux mèches auburn et aux iris bruns, aux traits à mon instar vaguement asiatiques ? C'était un ancien militaire. Son profil n'avait pas renseigné son parcours exact mais quelle importance ç'avait pu avoir ?
J'avais besoin de quelqu'un. De quelqu'un qui puisse un tant soit peu me comprendre.

Et aucun civil ne le pouvait. Même avec toute la bonne volonté du monde.

« L'Excelsior » commenta sobrement Jared en levant un index vers l'époustouflante enseigne lumineuse du restaurant.

Il était plutôt séduisant, avec ses épaules larges et ses grandes mains. Ses traits marqués, tout en méplats anguleux, semblaient lui prêter une forte personnalité. Je lui emboîtais le pas sans rien dire, intimidée par la foule bruyante qui, à l'intérieur, s'était appropriée les nombreuses tables superbement dressées. Les murs de marbre renvoyaient les lumières tamisées du sol avec la grâce d'un temple antique et de diligents serveurs naviguaient d'un convive à l'autre en faisant défiler belles assiettes et coûteuses bouteilles. Il régnait dans l'atmosphère une sorte de doux abandon, alimenté par la quiétude des lieux et les odeurs appétissantes.

« Madame permettez-moi de... »

Déjà une paire de mains se posait avec légèreté sur mes épaules et m'ôtait mon manteau.

Je m'écartai vivement et me retournai en frappant avec autant de violence que de panique. Une fois, deux fois. Seul l'instinct de survie, me soufflant de fuir, m'empêcha d'en rajouter. Un bond en arrière, les mains levées et les yeux cherchant une échappatoire. L'employé était déjà parti à la renverse, un filet de sang s'écoulant de son nez brisé.

*

« Je comprends tu sais. »
« C'est vrai ? »

Je me sentais lamentable. Minable. Et sûrement pas féminine.

Nous n'étions pas restés, évidemment. L'esclandre aurait pu tourner encore plus mal si Jared n'était pas intervenu avec une diplomatie que je ne lui aurais pas soupçonnée - et heureusement qu'il avait des trésors de persuasion à déployer, après la scène que j'avais faite. Mais... était-ce vraiment ma faute ?

« Ce n'est pas ma faute... » murmurai-je en évitant son regard.
« Je sais » répéta-t-il en retour. « Je sais. »

Il conduisait la voiture, présentement vrombissant doucement à un feu rouge situé à trente mètres de hauteur. À ses côtés sur le siège passager, je m'appliquais à serrer mes mains l'une contre l'autre pour faire cesser leur tremblement nerveux. En désespoir de cause je finis même par les glisser entre mes cuisses.
Au moment où l'homme avait pris mon manteau sans que je ne l'eusse vu venir, ç'avait été comme... Comme un coup de tonnerre débilitant dans mes pensées. Le conditionnement avait repris le dessus.

Vous savez ce que ça fait d'être esclave de réflexes dont on ne veut pas ? C'est... une trahison. Quelque chose qui vous rend infirme. Inadaptée.

« Allez, ce n'est pas si grave. »
« Comment tu fais, toi ? »

Nos regards se croisèrent enfin. Pendant une seconde, j'y lu quelque chose d'inavoué, un non-dit qui le démangeait. Et puis une minuscule secousse ébranla le véhicule comme le conducteur derrière nous freinait un peu trop tard.
La même suée froide, électrisante. Le même raté dans mes battements de coeur, auquel succéda une chamade débridée. Je me recroquevillai contre mon siège, passant la tête sous l'habitacle et me dissimulant à la vue de tous.

J'aurais plongé à mes pieds si la ceinture ne m'avait pas retenue.

Il me fallut plusieurs secondes pour reprendre mes esprits. Et comprendre que je n'étais qu'une poupée cassée.

*

Tout allait bien, pour une fois. Oui, tout allait bien. Je me sentais au chaud, en sécurité. Somnolente, mes alarmes mentales mises en veilleuse. Pelotonnée. À l'abri, oui, à l'abri...
Un poids sur ma poitrine. Un bruit. Un son de trop. J'ai roulé sur le flanc et frappé dans le vide mais ce n'était pas le vide ; c'était un corps. Dangereusement proche. Beaucoup trop proche. J'ai heurté un tibia, une côte flottante, trouvé le visage. Alors j'ai crié et frappé encore, m'acharnant au niveau de la tête. La couverture a volé.

Il n'a pas pu m'arrêter. Ce n'est que lorsque la terreur a cessé de m'étouffer que je suis partie à la renverse, m'éloignant du lit presque à quatre pattes pour venir me coller contre le mur de la chambre. Ma poitrine me donnait l'impression qu'elle allait exploser.

« Emiko... »
« Pardon... je te demande pardon... »

Secouée de sanglots, dégoûtée de la chose qu'ils avaient fait de moi, je me suis laissée tomber sur le sol en émettant le vœu silencieux de mourir.

*

« Je ne peux pas. »
« Je ferai des efforts, je te le promets. J'irai voir un... un docteur. Ils m'aideront. Ils doivent m'aider ! »

Jared secoua la tête. Son visage tuméfié me mortifiait. À la porte de mon appartement, il était venu me faire ses adieux.

« Tu es... tu es ce que tu es. »
« Je peux changer. Je te jure que je peux changer ! »
« Peut-être. Dans un an. Ou dans cinq. Avec de l'aide, beaucoup d'aide. Et moi je ne peux pas supporter ça. »

Évidemment. Il ne voulait pas s'investir dans une relation avec une pauvre timbrée. Je pouvais comprendre ça mais... c'était un échec de plus que je ne pouvais supporter. Je me mordis la lèvre, et en désespoir de cause :

« Je t'en supplie. Laisse-moi une chance... »

Ce n'était pas que j'éprouvais de l'amour pour lui - il n'en était pas là non plus à mon sujet. C'était que... j'avais besoin de cette preuve. Cette preuve que je pouvais encore avoir une relation aussi essentielle que l'était la relation intime.
Il m'arracha cette illusion.

« Adieu, Emiko. »

*

Seule. J'étais définitivement, désespérément seule.

Il y a différents stades de solitude. Différentes perceptions de l'abandon. Mais y en a-t-il une qui soit plus pénible, plus dégueulasse, que la certitude inaltérable que vous êtes devenu... non-conforme... non-désiré... par tous ceux que vous pourriez être amené à fréquenter ?
Qui pourrait aimer une pauvre cinglée qui, presque à chaque journée d'une vie quotidienne, se couvre de honte et passe pour une déséquilibrée au su de tous ? Qui pourrait... prendre la peine... d'apprendre à la connaître ?

Personne.
Prétendre le contraire serait mentir.
Et l'écho des pas de Jared, tandis qu'il descendait lentement les escaliers, avait les accents de la sincérité.
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MessagePosté le: 12/12/2017 05:44:00    Sujet du message: L'éclat des moments passés [Solo]

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