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Tericarax
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MessagePosté le: 04/02/2017 14:50:43    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Brûlant était le soleil sur Utapau. On était au milieu de journée. Les rues des niveaux supérieurs étaient bondées, emplies de Pau'an à l'air noble et suffisant, droits et dressés de pourpre, engoncés dans des robes noires pour les autres. Comme des princes trop bons pour leur propre monde, ils avançaient d'un pas lent - comme prenant part à une cérémonie dont ils étaient les seuls à avoir conscience. Autour d'eux, tels une eau qui venait se séparer sur des rochers trop hauts, les petits Utais, plus craintifs et natifs des grottes souterraines, progressaient en sautillant, courbés et frêles, à la peau chauve et basanée. Mais à la population native se mêlaient aussi de ces droïdes protocolaires – certains piteux, rabibochés avec des pièces clairement pillées dans une casse quelconque – et même des étrangers. Des humains, rares, et les brutes à la mâchoire large et aux bras multiples qu'on nommait Besalisk. Sous la chaleur accablante et les rues bondées – et bruyantes – on se massait donc, chacun vers ses occupations. On échangeait en riant dans une langue incompréhensible ici. Là, un gros Trandoshan tapait sur la tête d'un droïde pousse-pousse pour lui être rentré dedans par accident.

Nathrin avançait au milieu de l'afflux, perdu dans ses pensées. Abrité sous l'ombre de son chapeau à larges bords il ne ressentait que l'air terriblement sec et chargé de poussière et point le soleil ; ponctuellement il toussait, agacé par la sécheresse. Il était arrivé au début de journée. Depuis, il n'avait fait qu'arpenter les rues, allant de cantina en cantina, discutant avec ceux qui voulaient bien échanger à cette heure – et dont il arrivait à saisir le dialecte, aussi. Jusqu'ici, pas de chance. Personne n'avait pu lui répondre. Il quitta la route principale et y abandonna avec la bruyante foule. Une route terreuse l'amena jusqu'à flanc de gouffre, après cinq minutes de marche. Là, un dôme de pierre orangée se dressait, guère plus haut que trois mètres. Une demi-sphère rocheuse, sans doute taillée à partir des montagnes elles-mêmes. En guise de porte, une ouverture rectangulaire large avait été creusée. Sur l'entièreté de son contour on avait gravé des symboles tribaux qui n'avaient aucun sens pour notre homme ; sans doute un dialecte Utapaun qu'il ne connaissait pas – encore un, et qui avait une valeur spirituelle ou religieuse quelconque. Deux Twi'lek sortirent en riant de l'endroit, lui adressant un bref regard, mais lui ne les regardait pas. Ses pensées étaient ailleurs. Il entra presque machinalement à l'intérieur de la cantina.

À l'intérieur les lumières étaient éparses, rares au milieu d'un air chargé de fumées – drogues en tout genre dansaient dans l'air comme les esclaves sur les cuisses de leurs maîtres. Sur la gauche, un groupe de rodiens maniait avec une dextérité surprenante la corne koo, en un Jatz effréné et énergique. Froid était l'air, loin de l'ardent soleil.

Nathrin se laissa envelopper par la mélodie et les vapeurs, mais aucun sourire n'apparut sur son visage. Il balaya des yeux la pièce. Son expérience de contrebandier lui avait appris comment trier d'un regard ceux qui ne savaient rien, venant à la cantina en quête de distraction et de plaisir, et ceux qui savaient tout et étaient là pour parler affaire loin des oreilles indiscrètes, cachés par la douce musique et camouflés derrière les effluves capiteuses de fumées. C'était la dernière cantina qu'il n'avait pas écumée. Toutes les autres ne lui avaient apporté aucune piste. C'était l'ultime lieu où il pouvait tenter d'éclaircir le sort de Tericarax. « Eclaircir » était un bien grand mot, car il n'y avait que peu de choses à élucider, vraiment. Il s'agissait de régler les derniers détails...Ces derniers détails, et il pourrait tourner la page.

Notre homme avait passé les derniers jours chez une amie de longue date, Irina Durlant. Il avait promis à celle-ci en partant (ou plutôt elle l'y avait contraint) : il ne prendrait pas de risques inutiles; il voulait juste en avoir le cœur net. La façon exacte dont Tericarax avait été abattu n'était relatée nulle part et Nathrin n'était pas satisfait avec juste des mots. Il voulait – il devait en savoir plus. Il avait vu avec inquiétude les messages de la Confédération à l'intention de la République. Nathrin savait pertinemment que la Confédération chercherait très bientôt qui avait bien pu laisser la générale passer entre les mailles du filet. Si la jeune femme était maintenant en sûreté dans le fief républicain, le contrebandier était au contraire en danger mortel. Mais quel choix avait-il ? Il devait apprendre la vérité sur la mort de son supérieur. Cette ignorance serait un fardeau qui le tourmenterait pour le restant de ses jours, il en avait bien conscience.
S'il avait choisi de plonger au milieu de la gueule du loup – qui n'avait pas encore commencé la traque de sa proie – c'est bien parce qu'il savait qu'il n'avait que peu de temps pour agir et espérer s'en tirer vivant.

Il plissa les yeux. Autour des tables, on s'affairait, on discutait bruyamment sous la couverture musicale continue. Là, on renversait son verre en riant, ici on faisait un magnifique jet aux dés qui faisait hurler les voisins, d'euphorie comme de rage, là on séduisait une Bith en tenue de soirée – vision des plus déplaisantes pour Nathrin. Des droïdes apportaient les cocktails, et même un gros B2 était dans un coin de la cantina – probablement pour assurer la sécurité. Un Gand sirotait tranquillement un cocktail, par une paille fantaisie loufoque qui tranchait avec son air sérieux. Lui. Il savait sans doute quelque chose, songea le contrebandier. La grosse mouche en scaphandre avait des airs de chasseur de prime, le genre qui répondait à l'argent et ne parlait que le langage des crédits. Ces gens se spécialisaient dans l'étude minutieuse du terrain et des événements récents. À défaut d'être capable de tout éclaircir lui même, il aurait sans doute une piste que pourrait remonter Nathrin. Il s'approcha d'un pas lent et maîtrisé de sa table ; on ne se jetait pas directement vers un interlocuteur potentiel, non, il fallait l'approcher doucement, voir ses réactions. Le Gand le remarqua sans trop de peine. Un Utai passa – deux fois plus petit que Nathrin – cocktails disposés sur un plateau, le forçant à s'arrêter. La mouche avait à présent son scaphandre vissé dans sa direction. Au moins, il l'avait remarqué, c'était toujours ça.

Le personnage était attablé seul. Adossé sur un banc rembourré, le dos appuyé contre un mur de pierre taillée où on avait grossièrement accroché des tentures colorées, il sirotait son breuvage, un verre où s'agitait un liquide bulleux et vert, dissimulé sous son armure couleur cuivre. Nathrin ne s'y trompa pas. Appuyé au pied de la table, à portée de main de l'autre, il avait bien vu le lourd fusil d'assaut. Un geste et il aurait pu l'attraper, massacrant quiconque le contrariait en une petite seconde à peine. Il sentait distinctement peser sur lui l'attention de la grosse mouche. Sur sa table, deux assiettes étaient en désordre, des os y baignaient dans un reste de sauce, accompagnés par les couverts qui trempaient négligemment dans les restes mal finis. Nathrin reprit sa marche, et en quelques enjambées il était devant la table. Le Gand ne broncha pas. Il ne broncha pas plus quand l'humain s'assit pour lui faire face.


- Bonjour, entama l'ancien contrebandier à voix basse. On ne voit pas souvent de votre espèce par ici. Qu'est-ce qui vous amène sur Utapau ?

Son interlocuteur en scaphandre continua à tirer sur sa paille. Son expression, son regard, tout était caché derrière les visières opaques et grossières de son casque insectoïde. Il ne semblait nullement prêter attention au fait que sa paille ressemblât à un manège à sensations miniatures, car elle était contorsionnée en des boucles loufoques et fantaisistes. Mais, songea Nathrin, c'était quelque chose qui rendait le Gand plus inquiétant encore. Il n'appréciait pas le scaphandre face à lui ; il ne pouvait quasiment rien discerner de ce que pouvait penser son interlocuteur. Il pouvait très bien être en train de songer à comment le tuer, et Nathrin n'aurait rien pu en savoir.

- On ne voit pas beaucoup d'humains non plus, répondit subitement le Gand en basic. Son accent était étrange ! Il s'exprimait en basic, mais on aurait dit que plusieurs voix étaient superposées alors qu'il s'exprimait. Une information contre une autre ; qu'est-ce que vous faites ici ?

- Je...J'ai vu sur le Shadownet les attentats. Je n'y croyais pas moi-même. Des Sith ? Des républicains ? Je voulais en avoir le cœur net.

- N'oubliez pas l'officier qui a trahi les confédérés et qui s'est fait tirer dans le lard à la fin, ajouta le Gand.

Nathrin, brusqué par ce détail, s'assombrit mais fit de son mieux pour le dissimuler. Il fallait feindre l'ignorance pour que toute son histoire tienne la route, aussi dur cela fut-il.

- C'est vrai alors ? Que quelqu'un aurait trahi la CSI et assassiné un dirigeant de Utapau ?

- Pas qu'un, rétorqua le Gand avec assurance de sa voix bichromatique. L'officier est mort, ça oui. Mais quelqu'un d'autre a trahi. La républicaine là...Quelqu'un l'a aidée à fuir.

Nathrin frissonna sous son manteau. Il se sentit soudainement épié, comme si la cantina entière l'observait subitement. Le Gand, lui, reprenait une gorgée de son breuvage. Peut-être était-il en train de sourire sous son scaphandre bruni, satisfait d'avoir piégé sa proie si vite ? Notre homme choisit d'ignorer le soudain malaise et le poids au creux de son ventre.

- Qui ?

L'autre arrêta de boire. Nathrin avait-il posé la question de trop ? Le Gand se pencha en avant. Notre contrebandier banda tous ses muscles, prêt à bondir de sa chaise et fuir.

- Si je le savais, je serais déjà loin de ce trou, dit la mouche (et le contrebandier se détendit à ces mots).

L'homme sourit. Mais ce n'était pas par satisfaction, non ; un poids venait de se lever de ses épaules en entendant parler son interlocuteur. On ne le soupçonnait donc pas encore. Peut-être même qu'on attraperait un autre à sa place ?

- Mais cet...Officier. C'était un droïde. Il aurait pu...Reprogrammer quelque chose pour aider la républicaine à fuir ?

- Un cyborg, corrigea à nouveau le Gand, ignorant qu'il n'apprenait absolument rien à l'autre et qu'il se faisait mener par le bout du nez. J'ai demandé à Jay Utal pour en être certain.

- Jay Utal ? Interrogea Nathrin.

- Vous n'êtes vraiment pas du coin hein ? C'est un petit expert local en droïdes en tout genre. Le genre qui vous répare un datapad avec trois soudures et un coup de vibrotournevis.

Notre contrebandier sourit. C'était enfin une information utile, non, plusieurs qu'il venait d'entendre. Il déposa sur la table une poignée de crédits. C'était bien le minimum pour tout ce qu'il avait appris.

- Merci de votre temps.

Le gros chasseur saisit dans son gant droit l'argent et commença à le compter. Alors que Nathrin se levait de sa chaise, il entendit à nouveau la voix dissonante du personnage s'élever.

- Intéressé par une petite astuce ?

Une astuce ? Etait-ce le paiement qui avait mis en de meilleures dispositions le chasseur pour qu'il offre ainsi gratuitement des informations supplémentaires ? D'un hochement de tête, il l'invita à poursuivre.

- Dans ces terres désertiques, la curiosité sera votre glas. Soyez prudent étranger. Un pas de travers pourrait bien être votre dernier dans ces landes inhospitalières.

Nathrin ne répondit pas. Il ne s'attendait pas à des menaces. L'autre, comme s'il avait simplement décliné des mondanités, continuait tranquillement à compter l'argent offert quelques instants auparavant pour le bavardage. Etait-il en train de fixer notre homme, sous son scaphandre figé et inexpressif ? L'ancien contrebandier n'aurait su le dire. Ce qu'il savait en revanche, c'est qu'il avait maintenant une piste là. Il abandonna là l'étrange mercenaire. Il était temps de rendre une petite visite à ce Jay Utal.
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MessagePosté le: 04/02/2017 14:50:43    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 06/03/2017 02:45:08    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin avait dû s'y reprendre à plusieurs fois pour trouver la boutique de Jay Utal. Les rues étaient sinueuses sitôt qu'on quittait les niveaux supérieurs, entremêlées les unes dans les autres. Rares étaient les indications - et aucune n'était dans la langue commune. Pour un parfait étranger comme l'homme, s'y retrouver avait été un calvaire. Ce n'était qu'en interrogeant les badauds sur son chemin (en prononçant simplement "Jay Utal" jusqu'à ce qu'ils comprennent) qu'il avait fini par obtenir des directions, d'un Utai aux yeux d'encre qui semblait n'avoir qu'une envie, se débarrasser du voyageur aussi vite que possible.
Ses pas et les indications du petit bipède à la peau rosée l'amenèrent enfin devant une échoppe miteuse. Elle était enfoncée dans une bâtisse de fer ronde, qu'on avait peinte à une loitaine époque dans des teintes beige sans doute par soucis esthétique. Mais le manque d'entretien et les intempéries avaient fait leur oeuvre; la peinture s'était depuis de nombreuses années écailles, révélant des lézardes de fer, mais lui aussi avait fini par ternir et rouiller sous l'effet du temps. Il n'y avait que deux vitres dans cette...Maison, si l'on pouvait la nommer ainsi. Mais leur verre était couvert de crasse et diaphane. Un petit panneau carré était vissé au-dessus d'une ouverture rectangulaire qui faisait office de porte; des bouts d'acier aux textures et couleurs hétéroclites avaient été soudés entre eux sur cette pancarte, épelant les lettres "Jay Utal". Cet endroit miteux était...?
Mais à en croire le Gand, c'était un expert local. Non, c'était l'expert local en droïdes. Il devait en avoir le coeur net. Sans plus d'hésitations, il pénétra dans la boutique.


L'intérieur ressemblait à l'entrepôt d'un inventeur. Sitôt la porte passée, on débouchait dans une large salle.Si Nathrin s'était attendu à un endroit mal éclairé, il n'en était rien. Le plafond était directement ouvert, laissant librement entrer le Soleil et le sable. Les rayons nets et affûtés du début d'après-midi révélaient sans pitié toute la saleté du lieu. C'était un innommable bazar, un ramassis de détritus retapés qui mouraient chacun dans leur petit coin de pièce, drapés de poussière, plongés dans l'oubli. Les murs étaient dissimulés par de hautes étagères grillagées, verrouillées par des cadenas. Autour du trou aménagé pour qu'entre le jour, une véritable toile de fils gainés et épais avait été tissée, désordonnée et touffue, s'étendant comme un monstre tentaculaire dont les bras rampaient jusqu'à chaque mur.
Dans tous les coins de la pièce se trouvaient des piles d'objets insolites; au-dessus d'un établi massif était suspendue une grue magnétique. Elle tournait, solitaire, accompagnée d'un "bzzzzz" à chacun de ses mouvements, triant des tas de boulons autour d'elle et les rangeant méthodiquement dans une boîte compartimentée au-dessus de l'établi. Malheureusement, la boîte était percée. Les boulons avaient tôt fait de rouler à nouveau sur le bois brut. La grue rangeait à nouveau les perturbateurs, mais son effort ne s'achèverait clairement jamais.
Sur une autre table, au milieu de carcasses désossées et méconnaissables d'appareils industriels, on distinguait des bras articulés, et des jambes, et des plaques de blindage.
Sur une autre encore, trois petits droïdes roulaient sur la table, et c'étaient des droïdes souris! Ils se poursuivaient, glissant gaiement les uns après les autres entre des monticules d'objets - parcours improvisé visiblement très distrayant.

Nathrin détacha son regard du petit trio vrombissant. À côté de la grue mécanique, il y avait une porte. Plusieurs bras de fils du plafond s'y engouffraient. Il s'approcha de l'encadrement; une cage d'escalier en colimaçon plongeait plus en profondeur. Le plafond était bas, et le seul éclairage était celui de tubes luminescents sur les côtés du corridor. Nathrin s'engagea dans les marches, obligé de se courber pour ne pas se cogner contre les gros fils. Ce plafond était vraiment bas. Il distinguait, grâce à l'éclairage du hall central, une porte tout au bas de sa descente, cloutée et en fer. Le son de ses pas fut bientôt dominé par un autre bruit, en provenance de son objectif. Il arriva devant la porte et tendit l'oreille, car cela semblait être une discussion. Il distinguait une voix...Oui, il y avait bien une voix...Et elle parlait en basic!

Nathrin se rendit soudain compte qu'il était entré dans la nouvelle pièce quasiment malgré lui. En entendant les paroles dans la langue commune, il avait poussé sans réfléchir la porte - qui par chance était ouverte. Ici, il n'y avait que quelques rares sources de lumière. La première était une sorte de générateur bleu dont on devinait seulement les contours; c'était un disque luminescent et palpitant, qui alimentait quelque chose, au centre de la pièce, comme une énorme cuve dont s'extirpaient des tentacules gainés titanesques, plongeant dans le sol ensuite. Les fils du plafond venaient se greffer à la grosse forme cylindrique, ou peut-être qu'ils en partaient? Cela était peut-être une sorte de réacteur, alimentant toutes les inventions atypiques de la boutique? Nathrin n'aurait su le dire.

La deuxième source de lumière était un écran holographique, actuellement actif; un homme était en train de s'exprimer, visiblement sur un sujet où il y avait beaucoup à dire. Autour de lui, l'hologramme avait (non sans mal) capturé la plupart des meubles. Le personnage lui-même était assis tranquillement dans un large et profond fauteuil, et il portait un uniforme orné de multiples médailles. C'était un gradé. Et le symbole sur son épaule droite ne trompait pas; c'était un militaire séparatiste.
Il venait d'achever une phrase dont Nathrin n'avait rien pu saisir. En dessous, des sous-titres dans une langue étrangère (probablement le dialecte Utapaun local) assuraient à ceux qui ne parlaient pas le basic une compréhension parfaite de ce qui se disait. L'homme s'humecta les lèvres, sous une moustache touffue.


- Ce qui est le plus tragique dans cette affaire, c'est que nous avons perdu cette nuit là un héros, dévoué corps et âme à la cause confédérée. Nous avons tous vu l'enregistrement du garde magna. Mais si je suis ici ce soir, c'est pour expliquer à l'opinion ce que les dernières enquêtes ont dévoilées. Vous avez déjà dressé un portrait très fidèle du feu lieutenant, mais ce que vous n'avez pas dit, c'est qu'il n'est pas mort en trahissant la Confédération. Il est mort en la protégeant.

Le visage du militaire disparut un moment, pour repasser des images que Nathrin avait déjà vu trop de fois ces derniers jours; celles de Tericarax affrontant les gardes IG-100. Néanmoins, il s'était approché, sa curiosité piquée au vif. La C.S.I l'avait abattu pour trahison...La générale Yvanol elle-même lui avait dit que Tericarax était mort en cherchant trop loin au sujet de Sharkaran...Mort en héros? Pour protéger la C.S.I? Derrière, la voix d'un commentateur résumait brièvement les événements relatifs à Utapau; l'attaque des Sith sur plusieurs mondes séparatistes isolés et dépourvus de garde conséquente, la mobilisation du cyborg pour les stopper sur la planète désertique. Le militaire reprit bientôt le rôle de narrateur du récit, accompagné des sous-titres alors que l'image revenait sur son visage. Ses joues étaient enflées en un petit sourire tandis qu'il contait son histoire.

- ...La garde, appelée pour renouer des liens durables avec la Confédération. Imaginez un peu, le tumulte dans l'état major! Des républicains, en terre séparatiste! Et pour une opération militaire, de surcroît. Comme si la C.S.I avait besoin d'aide et n'était pas apte à régler ses problèmes seule. Mais l'état major sait qu'il peut gérer les terroristes par lui-même. Son objectif n'est pas de garantir le succès d'une opération qu'il sait déjà gagnée. Il veut forger des relations entre son armée et l'élite fédérale, parce que ses tentatives avec le chancellier républicain, M. Nocturna, ont été infructueuses. Alors ils chargent le lieutenant de contacter la République pour demander de l'aide.

- Et le Sénat accepte d'envoyer des troupes? Demanda le reporter de l'autre côté de la caméra.

- Le Sénat accepte. Pas immédiatement, bien sûr, une telle décision prend du temps, ce n'est pas à prendre à la légère. Mais ils finissent par accepter, oui, et envoient leur générale, Lyzs Yvanol, ainsi que la crème de la crème de leurs membres sur place, droit pour rencontrer Tericarax. La garde se divise en deux. Une partie se rend sur Félucia, elle aussi attaquée, et une toute petite portion de l'effectif - une infime portion ! accompagne Tericarax pour agir sur Utapau. Mais cette portion, c'est rien de moins que la générale Yvanol elle-même et ses meilleurs soldats. Nous sommes quasiment sur un instant historique entre République et C.S.I. .

Le visage du militaire resta quelques instants figé sur sa dernière phrase, pour lui conférer plus d'impact. Nathrin se souvenait de ce moment. Il l'avait vécu. Il avait accueilli lui même la générale, l'avait mené à une salle de réunion pour y attendre Tericarax. Il avait vu les échanges et discussions entre les deux protagonistes de ses yeux. Le futur semblait si brillant. À cet instant, il pensait son supérieur cyborg invincible. Il ne l'aurait jamais imaginé disparaître...Surtout pas quelques heures plus tard. Tout cela semblait si lointain...Et pourtant, il était de nouveau sur cette planète. Le reportage répétait encore des informations sur le passé de chercheur réputé du personnage, la façon dont il avait été transformé en créature mi-droïde mi-biologique pour survivre. L'image revint à nouveau sur le militaire.

- ...Une fois les troupes coordonnées pour mettre à mal les Sith, le lieutenant décide qu'il faut discuter avec le seul survivant des attentats, l'administrateur du port Tarun Blaum. Il demande à la générale de l'accompagner, car elle est sensitive. Il veut utiliser ses pouvoirs pour apaiser M. Blaum, et peut-être apprendre un élément décisif pour retrouver les fugitifs. Mais, lorsqu'ils arrivent devant l'administrateur, la générale utilise la Force pour faire tomber Tericarax sous son emprise. Le lieutenant est alors obligé de faire selon sa volonté. Il abat, contre son gré, l'administrateur du port. L'holo-vidéo qui circule sur tous les réseaux Shadownet actuellement est la réaction des gardes IG-100 face à la mort de leur maître.

- Donc il a bien trahi la C.S.I, n'est-ce pas?

- Absolument, mais là où son génie et son dévouement se révèlent, c'est juste après. Sitôt son oeuvre accomplie, Tericarax s'isole dans le bureau de Tarun Blaum. Il y livre une communication, une seule:
(sa voix changea alors; on diffusait à la place un enregistrement d'une voix grave et métallique qui n'appartenait clairement pas à l'homme. Saturée, à cause de la mauvaise qualité des transmissions, elle fit néanmoins tressaillir Nathrin: c'était la voix de Tericarax!) "À toutes les droïdes d'Utapau, ici le lieutenant Tericarax. Abattez moi. Ceci n'est pas un exercice. Abattez moi." Donc que font les troupes, reprit le militaire. Elles exécutent l'ordre qui leur est donné. Notez comme le lieutenant a bien pris soin d'ordonner uniquement les droïdes et pas les hommes "organiques" comme on les appelle dans le jargon.

- Pourquoi seulement les droïdes? Et comment a-t-il pu donner cet ordre, s'il était sous la volonté de la générale Yvanol?

- Tericarax était un officier très intelligent. Il savait très bien que si d'autres hommes venaient face à lui, ils prenaient le risque de tomber également, ensorcelés par la républicaine. Les droïdes ne sont pas sujets à ces soucis. Nous pensons que Tericarax a réussi temporairement à se libérer de l'influence de la générale, grâce à sa part machine; un bug, si vous préférez, qui lui a permis de s'échapper pendant un court instant, pour donner son ultime ordre. Imaginez donc l'effort inhumain que cela représentait! Et pour ordonner sa propre mort, de surcroit. Il arrive même à guider la générale au coeur des troupes. Voyez-vous, il a monté lui-même le blocus pour traquer les Sith. Il sait où les troupes sont mobilisées. Au lieu d'emmener directement la générale face à des gardes et se faire abattre sur le champ, il se rebelle contre son contrôle autant qu'il le peut, et l'amène sans qu'elle le sache au milieu de tous ses droïdes. Non pas pour que la générale tombe, mais pour que lui soit certain de périr. À cet instant, Tericarax sait pertinemment que si la générale meurt, tout retombera sur le dos de la Confédération et que les espoirs de négociation seront perdus. Les dernières traces de son libre-arbitre décident qu'il doit se libérer de l'emprise de Lyzs Yvanol. Et pour ça, il choisit la mort.

Le visage du militaire resta suspendu sur ses derniers mots. Une musique accompagna une transition vers des images de droïdes B1 marchant au pas, gardant des habitations, aidant à déblayer un quartier fracturé par une catastrophe. Le narrateur annonça alors la suite: "Le lieutenant, après des heures de lutte contre la Force et la volonté de la générale, trouve la mort et sa libération, frappé par un tir dans le torse. Il chute alors de plusieurs centaines de mètres de haut, droit dans la mer de Pau-city. Son corps coule si profond qu'aucune équipe de recherche n'arrivera à retrouver sa dépouille". Le reportage s'arrêta là-dessus.

Nathrin fit plusieurs pas en arrière. Il n'y comprenait plus rien. Tout semblait...Tout semblait si vrai. C'était donc ça qui s'était passé...? Mais alors, la générale...La générale lui aurait menti...? Est-ce qu'elle lui avait menti après avoir tué Tericarax, pour qu'il l'aide à fuir? Il sentit la force déserter ses jambes, et dut se maintenir à un établi, dissimulé dans l'ombre, pour ne pas tomber à genoux. Qu'est-ce qui était vrai, et qu'est-ce qui était faux? La générale Yvanol avait parlé d'un Sharkaran...Mais Nathrin n'avait jamais entendu ce nom. Et la version du reportage était si douce...Tericarax, mort en héros, plutôt qu'en traître...Un héros, cela semblait bien plus approprié. N'était-ce pas lui qui avait sauvé Irina? N'était-ce pas lui qui l'avait sauvée de la mort sur Myrkr...? N'était-ce pas le cyborg qui l'avait sauvé lui d'une vie d'esclave ? Il...Il avait sauvé la C.S.I en se sacrifiant...Nathrin voulait croire en cette version...
Il se retourna, et son bras heurta quelque chose sur l'établi où il s'appuyait.


- Aïe! fit une voix monocorde.

Notre homme se figea. Dans les tas de détritus, quelque chose venait de parler. Il se baissa, mais le manque de lumière l'empêchait de voir quoi que ce soit. Il tâtonna, jusqu'à tomber sur...Une tête. C'était une tête de droïde protocolaire, mais elle n'était rattachée à aucun corps; des fils sortaient de sa nuque et disparaissaient dans la pièce. Les deux yeux du droïde palpitèrent d'une douce lumière et se fixèrent immédiatement sur Nathrin quand celui-ci trouva la tête.


- Ah! Eh bien, en voilà une façon de traiter les droïdes! annonça le cybernétique (ou plutôt le quart de cybernétique) de son ton unichromatique.

Nathrin, à la fois choqué et soudainement honteux, s'excusa platement.

- Ah, pas grave! dit le droïde. Alors étranger, qu'est-ce que vous venez faire chez Jay Utal?

- Je...Je cherche...Cherchais des réponses.

Un Utai jaillit de l'ombre. D'où donc sortait-il? L'homme sursauta, mais le bipède nain réagit simplement en lui arrachant la tête de droïde des mains. Il grommela dans sa langue natale, avant de reposer la tête sur son établi, droite et fière. Alors, il se flanqua là, dans la pénombre.

- Peut-être bien que nous les avons, dit le protocolaire. Je suis J-A-I3023, mais tout le monde m'appelle Jay. Et voici Utal.

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MessagePosté le: 08/05/2017 01:51:13    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin détourna les yeux. Le petit Utai l’observait avec un air maussade, grognon jusque dans la forme même de son visage. Le droïde, lui, sans doute à cause de son faciès figé, exprimait une curiosité véritable. Les deux formaient le duo connu sous le nom de Jay Utal, mais notre homme n’était plus d’humeur à poser des questions. Il avait appris la vérité de l’enregistrement, de l’holo-vidéo confédérée. Ainsi son ancien supérieur était mort en héros...C’était digne de lui. Il ne pouvait en être autrement...Tericarax n’aurait jamais trahi la Confédération, il était...Il était…
L’ancien contrebandier se revit à nouveau enfant. Apeuré, meurtri, esseulé au fond d’une cage. Le visage reptilien qui, après avoir abattu ses geôliers, l’avait fixé avec des pupilles si perçantes...Plus perçantes que celles de Svahl et Moddn. Il avait eu l’impression que la machine n’avait pas qu’observé son corps. Elle avait également sondé jusqu’à son âme. C’était étrange, quand on y pensait. Le Kaleesh ne ressentait pas les émotions. Pourquoi avait-il été le premier à comprendre le garçon ? Il n’était pas humain, il était si monstrueux, si cauchemardesque...La mort personnifiée. Pourquoi cette aberration avait-elle été à même de libérer le garçon...Des siens ? Pourquoi son propre genre l’avait-il réduit en esclavage, pour qu’une ombre des étoiles défasse ses chaînes ?
Parfois Nathrin se demandait si Tericarax ne l’avait pas tué, ce jour là. Son passé d’esclave, mis à mort par un héraut du décès, qui l’avait ensuite accompagné dans les limbes. Il l’avait mené à une vie nouvelle...L’humain n’avait jamais voyagé étant jeune, mais le cyborg l’avait entraîné dans son sillage, de monde en monde. Il l’avait finalement remis à un Eden idyllique et radieux, il l’avait remis aux Corelliens. « Jeune humain sans famille. Il s’accroche à moi, mais il ne survivrait pas là où je me rends. Probablement arraché à ses parents très jeune. Retrouvez son foyer. », avait-il commandé de sa voix grondante de fer aux diplomates à qui il avait remis Nathrin, encore enfant. Face au généreux paiement et aux griffes menaçantes du cyborg, le quatuor n’avait pas su refuser. Mais les recherches ne donnèrent rien. Ses parents étaient ou bien sur un monde désolé et inconnu, ou bien ils avaient été tués par les guerres, ou des pirates, ou qui savait quel autre fléau de la galaxie. Les diplomates s’étaient résolus à adopter l’enfant, pour qui ils s’étaient pris d’affection. Mais il avait toujours depuis été tourné vers les étoiles. Pendant qu’il apprenait l’histoire galactique, et prenait pour la première fois de sa vie des bains d’eau chaude, il ne cessait de rêver des voyages et des espèces qu’il avait vu, en compagnie du monstrueux cyborg qui avait abattu son passé pour lui offrir son futur. C’était pour cette raison, pour cette négociation, qu’il avait toujours été reconnaissant au Kaleesh. C’était un monstre, sans moral, sans émotions, qui abattait à mains nues sans sourciller ceux qui le contrariaient...Mais c’était aussi le premier à l’avoir aidé. Et maintenant...Et maintenant…

« - Eh bien ? » Trancha d’un ton enjoué une voix cybernétique à travers son raisonnement. Nathrin cligna des yeux, tiré de ses sombres rêveries. C’était Jayl, le droïde protocolaire, qui venait de parler. Les deux disques blancs et lumineux qui lui servaient d’yeux prirent une expression telle qu’on aurait cru qu’il haussait un sourcil. « - Vous semblez soucieux étranger. Vous cherchez des réponses, oui ou non ? »

« - Je...C’est que... » Le contrebandier ne savait plus vraiment. Il avait ses réponses, oui...Mais pas totalement, en un sens. Il lui manquait toujours quelque chose. Une pièce au puzzle, qui avait échappé à tout le monde visiblement. Mais l’ancien contrebandier ne savait pas vraiment comment formuler ses pensées. Et s’ils le soupçonnaient d’être de mèche avec Tericarax ? S’ils devinaient que c’était lui qui avait aidé à s’échapper la générale ? Il inspira profondément puis se jeta à l’eau.

« - Je cherche un IG-100. Celui-ci est particulier, il devrait porter un manteau blanc, avec des symboles noirs dessus et le symbole séparatiste. »

Le droïde émit un « Hmm » pensif, puis tourna ses deux iris lumineux et artificiels vers son compère, ce bipède nain à la peau épaisse et aux yeux ronds et noirs. Celui-ci avait grimpé sur un tabouret assez haut pour l’amener à hauteur de son établi, et portait à présent une torche à plasma dans une main, un masque de soudure sur la tête. La tête protocolaire l’interpella dans une langue étrangère, un dialecte local. L’autochtone tripota sa précieuse torche, y faisant naître une douce flamme de plusieurs centimètres, précise et aux contours nets. Alors qu’il plaquait son masque contre ses yeux, il grommela une réponse dans sa propre langue, puis il entama une soudure sur une pièce de bronzium – ou un autre matériau métallique que le contrebandier ne sut reconnaître dans la pénombre.

« - Bon, on va pouvoir faire affaire alors. Les IG, ça court les rues depuis les dernières semaines. Des petits bijoux coûteux, sacré pièce d’électronique. Mais des gardes avec un manteau comme le vôtre, plus rares, bien plus rares. (Son ton se fit plus grave) Vous cherchez une piste dangereuse, étranger. »

Nathrin resta silencieux. Le droïde savait quelque chose, c’était certain. Et cet avertissement...Comme le Gand avant lui dans la cantina. Un étrange secret était tissé autour de toute cette histoire. Il rajusta instinctivement son chapeau sur sa tête, fermant un œil pour s’autoriser l’instant de la réflexion. L’affaire semblait plus étrange et complexe que ne semblait vouloir l’avouer la C.S.I. Ici, sur Utapau, les habitants avaient connaissance d’un secret qui devait être caché du reste de la galaxie. Pourquoi ? Il fouilla d’une main dans sa poche, et en tira un rectangle doré bordé de vert ; une plaquette de crédits, frappé de la monnaie séparatiste. Il les déposa droit devant le visage du robot, qui loucha devant. Affichant une satisfaction manifeste, il poursuivit, toujours d’une voix sombre.

« - Jay Utal n’est pas omniscient sur Utapau, mais il prête une oreille attentive quand des droïdes coûteux sont en jeu. Celui que vous recherchez était au service du cyborg qui est tombé dans le gouffre. Un modèle farouche et silencieux. Il a déjà attiré plusieurs regards. D’autres, désireux de mettre fin à sa fuite, avant qu’il ne tente de venger son maître défunt. Personne ne souhaite voir d’autres vauriens saisir l’opportunité pour encore blesser la CSI. Il baissa le ton, jusqu’à un chuchotement, comme si les murs avaient des oreilles. Les maîtres noirs ont déjà fait tant de mal...Un IG-100 de ce calibre, et armé de désirs de vengeances pourrait causer la Force sait quels dommages... »

« - Savez-vous où il pourrait être maintenant ? » s’enquit Nathrin d’une voix plus profonde qu’il ne le voulait. Le ton de son interlocuteur l’avait fait plonger dans une humeur circonspecte de raisonnement, effaçant sa morosité. Seul le doux crépitement de la flamme sur l’acier venait tapisser l’atmosphère, tant d’une odeur forte que d’un ronronnement continu.

« - L’endroit exact où se trouve en ce moment ce dangereux soldat...échappe à Jay Utal lui-même, avoua J-A-l3023 toujours dans un murmure synthétique. Mais il y a des rumeurs. Les droïdes indépendants sont rares...Mais leur programmation si permissive reste possible à déchiffrer. A comprendre. Il y a un vieil entrepôt dans la ville basse, rectangulaire, étranger à nos architectes mêmes. Un domaine où sont entreposés les ratés des chaînes de production...Au plus bas niveau de la ville, avant l’océan, au milieu des bas-fonds. Mal famé, vil. S’il est encore en un morceau il tentera de s’y rendre. »

« - Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans cet entrepôt ? »

Brusquement, un son fit sursauter Nathrin ! L’Utai grommela et pesta vers le sol, où une boîte d’écrous renversée gisait. Refusant d’abandonner sa précieuse soudure, il jeta encore plusieurs phrases dans sa langue obscure, des interjections qui étaient tout sauf douces à leur intonation. L’ancien contrebandier tourna à nouveau son regard sur J-A-l3023.


« - Un public, compléta-t-il mystérieusement. »


Il n’y avait guère plus d’informations à tirer du binôme, de cela Nathrin était certain. Il prit néanmoins soin de se renseigner plus avant sur les bas-fonds, mais le duo de cybernéticiens ne lui fournit que des évidences. La nuit était bien évidemment le moment le plus dangereux, il fallait surveiller ses poches, les étrangers étaient les plus exposés...Le discours habituel pour n’importe quelle planète civilisée de la galaxie. Puisque la nuit était l’heure la plus dangereuse, c’est tout naturellement aux dernières lueurs du jour que notre contrebandier s’aventura enfin vers les bas-fonds. Pour descendre des niveaux plus hauts, il avait loué un speeder simple mais robuste. Le ronronnement du moteur et l’air sur son visage alimentaient sa réflexion.

L’IG-100 de Tericarax était traqué. On voulait le désactiver, parce qu’on craignait qu’il soit un danger, qu’il lance une rébellion ou des actions contre la Confédération afin de venger son ancien propriétaire...Mais qui cherchait ce droïde ? Nathrin savait bien que, même avec une somme plus conséquente, les deux artisans n’auraient pas donné de noms – pas à un étranger comme lui. La C.S.I. peut-être ? Non, ça n’était pas leur façon de faire...Il n’y avait pas d’affiches dans les rues. Pas de mandat de recherche officielle. Le militaire n’avait pas même daigné mentionner l’IG-100 dans son interview sur les réseaux ShadowNet.

Les phares du speeder projetaient un halo diffus sur la route. Le chemin était terreux, et les ombres s’étiraient avec la venue d’un crépuscule aussi gris que bref. Le relief semblait empli tantôt de bosses, tantôt de creux, qui n’étaient que des formes jetées, écartées par la lumière du véhicule. Le chapeau de notre homme, fermement ancré sur sa tête grâce à une lanière de cuir, tremblait furieusement ; son poncho claquait vigoureusement au gré de la vitesse, des accélérations et décélérations.

Il ne pouvait s’empêcher de repenser au Gand. S’il y avait bien une personne qui ne lui avait pas plu depuis qu’il avait posé le pied sur Utapau, c’était lui. A l’idée que le fidèle garde magna de Tericarax ne finisse entre les mains de ce mercenaire, l’humain fit inconsciemment accélérer son speeder. Si une crapule comme lui mettait la main sur l’IG-100...Qui savait ce qu’il pourrait bien en faire ? Rien que cette pensée faisait bouillir son sang. Il devait trouver ce droïde le premier. Pour la mémoire du défunt Kaleesh, pour que le cyborg puisse reposer en paix il n’y avait aucune alternative.

La nuit naissante transformait les collines en montagne, et les fossés en ravins. Les ombres étaient denses, malgré l’éclairage des neuf lunes dans le ciel lointain. Car les niveaux les plus bas la lumière nocturne n’atteignait jamais ; seul l’éclat distant d’un océan menaçant et noir confirmait l’obscure clarté du ciel. Nathrin et son véhicule plongèrent à nouveau le long d’une vague terreuse. Les habitations élégantes et rondelettes des niveaux supérieurs avaient disparues au profit de maisons plus modestes, délabrées et décrépies. Elles se supportaient, affalées les unes contre les autres, comme prêtes à céder d’un commun effort si une seule d’entre elles chutait. Pour peu, elles auraient semblé de paille et de terre.

De rares lumières vacillantes indiquaient les foyers encore levés. Le chant du speeder filant dans les rues désertes de ce bidonville alien était une ode solitaire. Enfin, l’humain l’aperçut ; c’était une forme sombre plus haute que les autres, aux contours assurément plus rigides et austères. Le doute n’était pas permis, il s’agissait très certainement de l’entrepôt décrit par Jay Utal. L’anticipation se mit à lui ronger le torse. Et si l’IG-100 y était vraiment ? Et s’il ne venait pas ? Et si… ?...Du calme Nathrin...Du calme. L’enfant inexpérimenté qu’il avait été résidait dans le passé. Il avait à présent du savoir-faire. Il savait comment aborder ce genre d’endroit mal fréquenté.

Suivant ce qu’il avait déduit des paroles du droïde Jay, Nathrin gara son speeder à une distance raisonnable de son objectif. S’il n’était pas seul, il fallait éviter d’attirer directement l’attention sur lui. Il prit soin de poser une bâche sur son véhicule, dans l’espoir que la nuit formerait un camouflage discret sur celui-ci, gardant au loin les yeux inquisiteurs de potentiels pillards. Alors, il se dirigea vers le bâtiment. A sa cuisse droite, son fidèle blaster. Sur son crâne, son chapeau – superflu dans l’obscurité, mais un contact habituel et rassurant. Dans sa poitrine, une chamade sombre et toxique, un frisson de crainte comme d’a priori.
Il jetait des regards discrets mais fréquents autour de lui, profitant de l’ombre de son propre couvre-chef. Qui savait qui pouvait bien l’observer, dans l’anonymat de la nuit ? Il fallait être méfiant. Tous les avertissements qu’il avait reçu ne laissaient planer qu’une certitude indiscutable : un faux pas pouvait très bien coûter la vie au contrebandier. Il ramena machinalement son chapeau plus avant sur son visage en se raclant la gorge. Ce n’était pas une perspective rassurante. Nathrin n’avait certainement pas l’intention de mourir ce soir.

Accompagné du seul son de ses pas sur un sol au sable grossier, il arriva face aux portes de l’entrepôt. Les environs étaient désertes. Pas un tooka dans les rues. Il se racla à nouveau la gorge. Les portes face à lui étaient tenues fermées par une chaîne qui enserrait les poignées de fer des deux battants – eux aussi d’acier. Il se tourna, circonspect, et inspecta les rues derrière lui. La monotone obscurité et les grondements lointains de l’océan furent les seuls réponses à son doute silencieux. Guère rassuré, mais à défaut certain de disposer d’un peu de temps, il sortit un petit cutter laser, sectionnant l’acier en silence. Avec un soin renouvelé, il ôta les chaînes, maintenant les maillons silencieux avec le talent des meilleurs voleurs.

Avec un soupçon presque douloureux dans le torse – et un tremblement manifeste de ses mains – il ouvrit enfin les portes de l’entrepôt.

Noir. Il y régnait une obscurité plus épaisse encore qu’au dehors. Nathrin, sur ce constat, sortit une petite lampe, et commença à éclairer promptement l’endroit. Le hall d’entrée était désert. Une épaisse couche de poussière couvrait le sol, la place était abandonnée depuis des semaines voire même des ann-...Notre homme aperçut au sol, au milieu de la poussière, des traces plus récentes. Il s’avança jusqu’à leur niveau, s’accroupit. Elles étaient allongées. Sans semelle ni crampon. Des empreintes laissées ou bien par un animal que le contrebandier ne connaissait pas...Ou bien par un droïde. Il traça la suite des pas – qu’il espérait d’origine robotique – à l’aide de sa torche. Ils partaient d’une pièce sur la gauche, traversaient le hall, puis allaient à la droite. C’était certainement…

Il sentit brusquement un contact dur à l’arrière de son dos.


« - Pas un geste, pas un bruit, murmura une voix aigu. N’ajoutons pas le meurtre à l’entrée par effraction. »
_________________________

Casier d'un Kaleesh

Histoire d'un séparatiste

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Tericarax
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MessagePosté le: 16/07/2017 19:16:22    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin pouvait sentir le contact froid dans son dos aussi sûrement que le frisson de sueur qui y coulait actuellement. Il avait levé ses deux mains, bien en évidence. La droite était vide, mais la gauche tenait toujours fermement sa lampe qui projetait un halo de neige au milieu de la noirceur nocturne. S'agissait-il de gardes de la C.S.I. ? Il n'y avait guère quoi que ce soit à déduire. Face à notre homme ne s'étendait que l'obscurité, éclairée d'un disque pâle qui révélait le sol désert depuis des semaines voire des années. Le disque tremblait ; c'était la main elle-même de Nathrin qui tremblait avec, d'instinct comme de fatigue, tant musculaire que mentale. Avec le poids d'une galaxie sur les épaules, il inspira. Son blaster était dans son holster, à sa cuisse. Peut-être que s'il tentait une diversion pour l'attraper, il pourrait...
Il chassa cette idée. Le temps que sa main ne rejoigne sa jambe, il aurait déjà cessé de respirer. Nathrin avait beau être un excellent tireur, il n'existait personne dans la galaxie qui pouvait bouger plus vite que la fureur incarnée d'un blaster. L'idée de se retrouver la chair percée par un plasma énergétique n'était pas une perspective particulièrement réjouissante pour l'homme...Il s'humecta les lèvres. Le passage en force n'était pas une option.


« - Eh bien ? Réclama la voix aiguë avec insistance. Des explications ? »

Il devait en apprendre plus. Peut-être que s'il arrivait à négocier avec son interlocuteur il arriverait à s'en tirer ? Au moins, la voix parlait en basic, c'était déjà un plus. Des gardes Pau'an auraient été une vraie malédiction pour l'homme. Il inspira. Il devait rester calme. Il pouvait encore tourner la discussion à son avantage. Il devrait composer avec le stress, mais c'était son seul échappatoire.

« - Des explications à un confrère qui voudrait s'accaparer mon travail ? Vous avez du culot ! » entama-t-il.

« - Un confrère ? Vous allez finir le reste de votre vie au fond d'une cellule si vous continuez comme ça. »

Nathrin s'était-il trompé ? Il sentit la honte s'instiller par chaque pore de sa peau ; une ondée lourde et toxique emplit tout son être, mais il la repoussa, se bornant à un sourire que son interlocuteur ne voyait pas, mais qui l'aidait à maintenir son calme.

« - Un agent de police, qui parle le basic courtois à un étranger attrapé en pleine infraction ? À d'autres. Et ce blaster dans mon dos... »

L'homme gigota un peu, pour que le baril de l'arme s'enfonce plus profondément dans son dos. Il n'arrivait pas exactement à déterminer le diamètre enfoncé contre sa chair, mais il arrivait à sentir une sensation familière. On avait rarement réussi à tenir Nathrin en joue de la sorte. Les quelques fois où les gardes avaient été assez performants – ou notre homme assez naïf – étaient assez rares pour qu'il puisse les compter sur les doigts de la main.

« - C'est un calibre respectable...Léger...Un S-5 ?... »

Il sentit dans son dos que la pression exercée par l'arme diminuer légèrement. Il avait visiblement tapé juste. Il enchaîna, toujours sur le même ton :

« - C'est une arme Naboo, rien à voir avec le E-5 confédéré utilisé ici...Une infraction de propriété et de l'usurpation d'identité. Nous formons un duo presque complémentaire, vous ne trouvez pas, étranger ? En fait...(Il commença à ralentir le ton, jusqu'à quasiment épeler ses mots tout en les murmurant)...je dirais même que votre arme... »

Brusquement il fit volte-face ! Sa main gauche écarta violemment le blaster, tandis que la droite saisit son arme bien à lui et la tirait hors de son holster, droit sur l'inconnu. La fin de sa phrase devait être annoncée triomphalement à l'alien qui l'avait tenu en respect ainsi à ses dépends : « N'est pas chargée vu son poids » devait-il lancer, car un blaster pesait significativement plus lourd avec ses munitions que sans, et l'homme était certain que l'autre avait bluffé quant au danger de son arme. Mais ce qui devait être un monument triomphal, l'annonce fière et certaine jetée au visage vert d'une étrange et quelconque créature d'une planète reculée s'effondra, tel un château de carte, ainsi que les certitudes de Nathrin. Dans la lumière de sa torche se tenait une...Femme ?
Avec le mouvement brusque et le vif éclairage, elle avait reculé, aveuglée, et se protégeait les yeux d'une main. Elle avait de longs cheveux de jais. Sa peau était sombre, même sous la lumière blanche vive.

Le contrebandier s'attendait à tout. Sauf à ça. Il avait devant lui un lapin pris dans les phares d'un speeder. Un lapin qui avait tenté de le menacer en se faisant passer pour les forces de l'ordre, mais quand même...


« - Vous...Euh... »

Il ne savait pas vraiment comment réagir. Il baissa sa torche, se rendant compte qu'il n'était probablement pas très civique de tenir ainsi en respect une interlocutrice. Alors qu'il s'apprêtait à s'excuser, la brune lui bondit dessus ! Avec une vivacité insoupçonnée, elle l'attrapa au niveau du bassin et le fit basculer avec un mugissement enragé. Mais elle était complètement folle !
Nathrin ne put faire qu'une chose, livré ainsi à la gravité : il tomba. De tout son corps et sa hauteur, il s'écrasa contre le sol rude du couloir, tandis que les rumeurs de sa chute et du râle de son ennemie allaient s'épandre dans toutes les pièces. Chaque ombre devait maintenant être informée de la présence de deux intrus. Tout se brouilla une seconde dans la vue de notre contrebandier alors qu'il heurtait le parterre. Son blaster lui échappa des mains. Il battit des cils, tout redevint net.

L'inconnue lui avait sauté dessus. Maintenant à cheval sur son ventre, elle levait son poing ! Il se protégea de la première frappe, qui heurta son poignet. Un second vint de la gauche, puis de face. Elle n'en avait pas l'air à la regarder, mais elle tapait drôlement fort ! Ce n'étaient pas des coups d'amatrice : elle savait ce qu'elle faisait. Le contrebandier ne pouvait que se défendre et sentit un coup le frapper au torse, lui coupant le souffle. Ses mains tentaient de se protéger des enchaînements de coups. Le silence de la nuit était troublé par les cris rageurs de l'inconnue, et les réponses endolories de Nathrin qui subissait ses assauts tout en s'en protégeant tant bien que mal. Un son approprié et courant dans les domaines les plus bas de la ville, dans les quartiers sauvages et primitifs, peuplés de bêtes plus que d'humains.

L'homme était marqué par la confusion autant que les articulations métacarpo-phalangiennes de son ennemie. Visage féminin rageur. Poing. Esquive sur le côté. Souffle court. Coup au ventre. Douleur. Main sur ses cheveux qui tirait fort, trop fort. Tenant autant à sa vie qu'à son cuir chevelu, Nathrin riposta à son tour d'un coup, et les deux paires de bras des deux combattants s'emmêlèrent à nouveau. Le duo furieux roula sur le sol poussiéreux, et soudain Nathrin était celui au-dessus, tenant l'inconnue par les deux mains. Il tenait chacun de ses poignets. Malgré toute sa colère, la femme ne pouvait pas espérer lui tenir tête : il avait plus de force, plus de muscle. Le contrebandier décida que la meilleure solution était de la faire abandonner. Ensuite il l'interrogerait pour savoir exactement ce qui elle était, ce qu'elle faisait ici...Il exerça sa force, commençant à écarter les bras de son ennemie de son corps. Il valait mieux la mettre en posture inoffensive avant de pouvoir parler ou bien...
Les deux yeux océan de la brune en face se zébrèrent de colère comme un ciel en plein orage, et Nathrin sentit brusquement un tambour carillonner dans son crâne. Le monde tourna, alors qu'il tombait en arrière, sonné. Sa tête le lançait douloureusement.
Elle...Elle lui avait mis...Il avait du mal à retrouver ses esprits. Elle lui avait mis...Un coup de boule... ? Il prit son crâne endolori à deux mains, tentant vainement de chasser la douleur – ou tout du moins le tournis vomitif. Nathrin essayait d'avaler l'idée. Elle lui avait mis un coup de boule...Mais cette femme était une malade ! Il lorgna avec difficulté dans sa direction, incapable de se relever. Elle-même n'en menait pas large : elle tentait de se relever, mais titubait pour inéluctablement perdre l'équilibre et retomber en position assise.
Le duo se releva piteusement au même instant. Ils se fixèrent avec l'éloquence de bovins dans un séminaire d'astrophysique, puis firent un pas dans la direction de l'autre, tremblant et instable. Un second, puis un troisième, avalant la distance aussi difficilement que l'oxygène.
Appelant à une vocation qu'il aurait peut être suivi dans une autre vie, Nathrin se mit en garde de boxe – ou du moins l'estimait-elle comme telle. Il espérait profondément que son Lui alternatif avait remporté assez de concours dans les cantinas pour pouvoir tenir tête à la femme qui s'avançait face à lui. Avec un « Hmmpph ! » étouffé et peu convainquant, il tenta un crochet du gauche ; son Lui alternatif devait être pâtissier tout au plus, car il perdit l'équilibre sans toucher sa cible. Elle avait évité un coup qui la manquait de toute façon – sa vocation alternative devait sans doute aussi être dans la restauration après tout – et ils tombèrent piteusement au sol, côte à côte, couverts d'hématomes, de sueur, de poussière, baignés dans l'obscurité nocturne et noyés par la fatigue.

Le contrebandier, le souffle court, fixait maintenant le plafond au-dessus de lui.


« - Et...Et si...On discutait...Plutôt... ? » articula-t-il.

La femme fit un mouvement dans la pénombre, qu'il interpréta comme un hochement de tête affirmatif. Notre homme regarda à nouveau le plafond et avala sa salive. Il avait la gorge sèche, mais sa gourde était accrochée à sa cuisse : dans son état, elle aurait aussi bien pu être sur une lune de Tatooine.


« - Je suis Nathrin » cracha l'humain avec difficulté.

« - Varykino » répondit d'une voix asséchée la femme. Le contrebandier se répéta le nom plusieurs fois mentalement pour se forcer à l'imprimer dans sa mémoire et le retenir.

« - Tu n'es pas des autorités...Pas vrai? » La question était rhétorique. Il était maintenant certain qu'elle aussi était une étrangère. La seule question vraiment importante était de savoir pourquoi elle avait tenté de le doubler de la sorte...Il se souvint de l'avertissement du Gand. ''Dans ces terres désertiques, la curiosité sera votre glas''. Peut-être qu'elle travaillait pour l'impitoyable personnage en scaphandre ? Il réfléchit quelques secondes, quand il se rendit compte que l'autre ne lui avait pas répondu.

« - Donc...Pourquoi tu m'as menacé... ? » insista-t-il, tentant de relancer une réaction chez elle. Pour seule réponse elle s'agita, bougeant piteusement jusqu'à lui tourner le dos, toujours allongée. Nathrin resta hébété. Il savait bien que les gens ne parlaient pas aussi facilement et rapidement que dans les holofilms, mais là...Il soupira, exaspéré. Sa tête le lançait encore, il sentait la douleur courir dans chacun de ses membres ainsi que son ventre, mais il n'avait pas de temps à perdre. Il devait explorer l'endroit et trouver ce que l'IG-100 de son ancien employeur pouvait bien venir y trouver...
Il se mit sur son séant avec un râle endolori, ses muscles exprimaient un mécontentement général à l'idée de se mettre debout, mais il n'avait pas le loisir d'attendre.
Il inspira puis expira pour tromper sa migraine et faire passer sa nausée. Allez Nathrin, debout ! Il se dressa enfin, victorieux contre ses bleus ! Maintenant il devait récupérer son blaster...Il ramassa en premier lieu son chapeau, l'épousseta du revers de sa main puis le remis sur sa tête.


« - C'est pour rentrer chez moi... » confessa Varykino. Il se figea. Rentrer...Chez elle ? Il lui adressa un regard. Elle était toujours allongée, mais à présent elle le regardait directement. La seule source lumineuse de la pièce était la petite lampe apportée par Nathrin, ainsi que les reflets lointains du ciel nocturne sur l'océan ; dans cette pénombre où les ombres et les lumières tranchaient les reliefs, son interlocutrice avait le visage tranché en deux, entre noir et clarté. Elle portait une tenue qui aurait été de commando, mais elle ne semblait pas exactement à sa taille. Sur un blouson tactique typique d'une mercenaire quoi que trop serré, elle revêtait une veste fine, probablement en coton, complètement hors de propos avec le reste de son accoutrement ; elle portait un short taille haute qui lui arrivait jusqu'à mi-cuisses, puis des bottes noires, probablement l'usuelle paire tout-terrain tant prisée par ceux qui devaient marcher si bien au milieu de bois que de marais ou de pentes rocailleuses. Si l'on exceptait la veste de coton, on aurait eu un accoutrement parfait pour une chasseuse de prime. Elle portait également à la cuisse droite le holster du blaster avec lequel elle avait menacé Nathrin.

Mais l'homme ne détailla pas plus la veste de coton ; son attention avait été happée par le visage de cette Varykino. Dans l'obscurité, ses cheveux formaient une nappe plus sombre encore, qui encadrait son visage en un suaire de jais qui se fondait dans la nuit et qu'on devinait à peine. La moitié éclairée de son visage renvoyait la même fatigue que celle dont Nathrin était victime. Ses iris d'eau profonde trahissaient une autre émotion, mais il ne parvint pas à la déchiffrer.

« - Rentrer...Chez toi ? » répéta-t-il. Il ne comprenait pas ce que voulait dire l'inconnue. Peut-être que...Elle était bloquée sur la planète, pour une raison ou pour une autre ? Le voyage interstellaire était coûteux pour ceux aux revenus modestes...Et même si elle avait été assez forte pour le mettre au sol, une professionnelle aurait pressé la gâchette bien plus tôt...Et cette veste de coton...Ca n'était pas l'habit d'une mercenaire...Varykino...Il mâcha le nom dans son esprit...

« - Naboo... ? » risqua Nathrin. Il vit la jeune fille face à lui hocher positivement de la tête. Maintenant il comprenait. Naboo était une planète républicaine ; avec la tension récente de la C.S.I. et les attentats, les contrôles dans les astroports confédérés devaient être excessifs pour les transports civils. En plus de ça les voyages interstellaires étaient onéreux pour le citoyen lambda ; Varykino avait peut-être perdu tout argent ou moyen de confirmer son identité. Elle aurait été attrapée par les autorités séparatistes en tentant de rentrer chez elle, si tant est qu'elle possédait seulement les crédits nécessaires pour un tel voyage...L'ancien contrebandier soupira.

« - Mercenariat pour payer ton voyage, je veux bien comprendre...Mais ça n'explique toujours pas pourquoi moi ? »

« - C'est ce que Zackrygg voulait...En échange je pouvais repartir libre chez moi... »

« - Un Gand ? »

À nouveau elle confirma sa question d'un mouvement du menton. Cela ne pouvait être que celui de la cantina. Heh, un bel avertissement, songea Nathrin, un sourire railleur aux lèvres. Tout en le prévenant du danger, il envoyait lui même le danger à sa rencontre...Visiblement, il ne voulait pas de concurrence dans la traque...Ou savait-il que Nathrin était l'homme ayant aidé la générale Yvanol à s'enfuir... ? Non, c'était improbable, sinon il l'aurait déjà attrapé dans la cantina, au lieu de siroter son sirop. Qu'il ne l'ait pas fait était une indication importante quant à ce qu'il savait et ce qu'il soupçonnait. Il ne savait pas que le contrebandier était celui qu'il traquait, mais il soupçonnait que sa présence gênerait ses affaires. Maintenant, la question était de savoir comment Varykino avait pu tracer si efficacement Nathrin. Engagée de force ou pas, elle avait des compétences certaines en matière de filature aussi bien qu'en discrétion. Puisqu'elle venait de Naboo, cela ne pouvait que signifier que...

« - Est-ce que...Est-ce que tu vas me tuer ? » osa-t-elle timidement, tranchant à travers les pensées de notre homme. La tuer... ? L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. Pourquoi aurait-il voulu éliminer une pure inconnue, au milieu d'un hangar abandonné, dans les bas fonds d'une planète méconnue de la galaxie ? Elle l'avait menacé, oui...Mais elle était perdue, plus même que lui. Et puis,
elle l'avait menacé avec un blaster non chargé. Elle n'était pas prête à supprimer une autre vie pour ses intérêts. Rien que pour ça, elle méritait la merci et pas le courroux.


« - Je ne suis pas un mercenaire, et encore moins un meurtrier. » répondit Nathrin dans un soupir dépité. Il fouilla dans ses poches, jusqu'à sentir son porte-feuille. Grâce à tous les contrats accomplis à la solde du défunt Tericarax, il avait un compte en banque assez fourni pour se permettre d'offrir à cette Varykino un aller simple vers Naboo. La question était principalement celle des faux papiers...Mais il avait aussi des contacts dans le domaine de la contrebande. Il y avait bien Zeîun, un Besalisk et faux monnayeur de première qualité qui l'aiderait, pour une somme appropriée et à l'évocation du nom de Nathrin.

Il tendit à la femme plusieurs plaquettes de crédits et la carte de visite de Zeïun. Avec ça, elle aurait


« - Une moitié pour ton voyage de retour. L'autre pour te forger une identité provisoire et passer les filets confédérés. »

« - Tu...M'aides ? Mais...Pourquoi... ? »

Nathrin sourit. Il avait son passé. Ceux qui n'avaient pas le moyen de retourner à leurs racines finissaient bien souvent récupérés en esclaves, un sort qu'il ne souhaitait à personne. Sa contrebande avait toujours été dans cette optique : sauver ceux qui pouvaient l'être de l'affreux marché aux esclaves. Il conclut toutefois que ça n'était pas tout à fait la meilleure chose à dire à l'heure actuelle. L'atmosphère était trop lourde, trop sérieuse à son goût, il fallait corriger ça. C'était en réalité un besoin inconscient de se rassurer lui-même, pour affronter ce qui était à venir.

« - J'ai une faiblesse pour les jolies femmes » clama-t-il avec un facétieux clin d'oeil.


Les quelques minutes qui suivirent se composèrent principalement de Varykino, méfiante, qui inspectait avec circonspection l'offre de Nathrin tout en se relevant. Elle finit par s'épandre en excuses alors que chacun récupérait son équipement respectif – ce qui ne fut pas sans mettre mal à l'aise l'homme d'ailleurs. Lorsqu'il lui expliqua qu'il cherchait le même droïde que le Gand qui l'avait embobinée, la femme n'eut qu'une parole et l'hésitation en était absente :

« - Je veux aider. »


Ce furent sur ces mots qu'ils se trouvèrent à repartir sur les traces précédemment repérées par Nathrin. La piste n'était pas fondamentalement difficile à suivre, mais l'ancien contrebandier devait avouer que le faire accompagné d'une autre personne était bien moins oppressant pour les nerfs que seul. Ils passèrent une heure à tourner dans les pièces du grand hangar désaffecté. Des vieilles machines, abandonnées depuis longtemps, projetaient des ombres larges à la lumière de la lampe, des formes imaginaires monstrueuses et surréalistes. Ils finirent par arriver face à une porte piteuse ; elle ne tenait que par un gond sur son axe, déformée comme si des poings surhumains l'avaient martelée de coups sans discontinuer, ou qu'un gigantesque forgeron avait bosselé sur sa forge de titan l'innocente porte. La force supplémentaire apportée par Varykino ne fut pas de trop pour libérer la voie. Derrière, on débouchait sur un balcon dont le sol était grillagé, un échafaud donnant vers l'étage intérieur ; là, la lumière lunaire descendait directement du toit, effondré. Des bras de pierre s'accoudaient depuis les murs dans la pièce, comme une bête gigantesque et minérale assoupie, dont seuls les deux coudées étaient visibles, formant un cercle naturel, analogue à une cour de justice. Le rayon lunaire descendait directement sur une forme ; elle se tenait droite, de dos, patientant pour le jugement de la nuit ; le verdict des étoiles était silencieux, c'était la paix qu'apportait l'obscurité, le calme que promulguaient les lointaines galaxies. Le personnage bipède était de dos. On devinait des pieds rectangulaires et durs, le reste du corps était caché sous un manteau, nacré sous le linceul lunaire. Nathrin s'était figé.

L'être, à la façon d'un chevalier, avait un crâne couvert d'acier, et posait à présent un genou à terre, comme pris dans un serment connu de lui seul. Son attention n'était que sur sa tâche, quelle qu'elle fut. Peut-être...L'idée parut presque séduisante à Nathrin...Peut-être que celui au centre de la salle était en train de prier à la Force... ? Car quelle divinité plus adorée et respectée dans la galaxie... ? N'était-ce pas la meilleure déesse à implorer, pour le croisé au centre de la pièce ? Mais l'objet de sa supplication demeurait inconnu. La lune jouait sur les arêtes d'acier du champion, plongeant notre homme dans un silence contemplatif. Le paladin muet sortit alors entre ses mains cloutées de fer un petit objet ; de cette distance, il était impossible à distinguer, si ce n'était une forme relativement sphérique. Tenu au creux des mains du varlet, il était porté aux nues, et les lunes venaient taquiner à présent ce nouvel objet, y déposant leur clarté opaline aussi bien qu'une bénédiction silencieuse.


« - C'est lui » murmura Nathrin. Sa simple voix semblait le ravir à l'étrange beauté de cette scène. « C'est le garde que je recherche. »
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Tericarax
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MessagePosté le: 02/08/2017 23:49:36    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Le garde se tint agenouillé pendant de longues secondes. Nathrin ne savait trop comment l'aborder. Il avait l'intuition que s'il parlait haut et fort immédiatement, l'IG fuirait la scène pour ne plus jamais se montrer. Une sensation ridicule et infondée, mais il ne pouvait s'en détacher. Animé par la crainte de voir celui qui avait un jour été l'ombre la plus fidèle de Tericarax disparaître dans les ténèbres, il conserva sagement le silence et commença à se mouvoir vers les marches. Une foule de questions se pressaient dans son esprit, mais nulle ne franchit ses lèvres. Il connaîtrait la vérité. L'IG-100 était sans doute celui qui valait le mieux. Entre la générale et la Confédération, Nathrin ne savait qui croire. Mais le droïde, lui, était un cerveau inviolé. Si son feu maître cyborg avait été aussi méthodique qu'à son habitude, l'intelligence du garde lui avait entièrement été laissée, dénuée de l'empreinte industrielle séparatiste ; une indépendance pure, bienvenue pour éclairer toute l'affaire. Les pas de l'homme le firent avancer le long d'une rambarde de fer, puis une volée de marches grillagées. L'être de fer au centre de la pièce se baignait toujours dans le clair de lune, agenouillé. Nathrin s'interrogea. Tericarax avait-il réclamé qu'on programme des émotions et une personnalité dans son serviteur ? Pour peu, il aurait pu jurer que c'était de la joie qu'il voyait...

Il se tétanisa.

Sous son pied droit, le temps avait rongé le grillage, formant un trou béant. Seules quelques arêtes blanches de lumière trahissaient le piège. Tout en inspirant pour se forcer à garder le silence, l'homme enjamba le gouffre sombre et poursuivit sa descente. Autour de lui, la salle était vaste. Surtout et à mesure qu'il s'approchait, il comprenait mieux ce que voulait dire Jay Utal. Sous les décombres du plafond effondré se trouvaient des corps. Point organiques, non, des corps de métal, des cadavres de fer : des carcasses de droïdes. Toutes n'étaient pas coincées sous de lourds blocs de roche. Il y avait également dans la pénombre plusieurs modèles mutilés, assis patiemment, aussi immobiles que des marionnettes attendant derrière la scène le début du spectacle. Un public, avait dit le droïde. L'éclat bienveillant de la nuit formait un disque argenté autour du garde. Nathrin entra dans le cercle et s'y stoppa. Pour une raison étrange et inexplicable, il se surprit lui même à ôter son chapeau, comme on se découvre en entrant dans une église. Il ne venait pas auprès d'un confident, mais l'heure solennelle et son humeur grave lui avaient dicté ce comportement. Pressant les fibres de cuir du bout des doigts, il inspira. Il avait une foule de questions, mais surtout, il cherchait une phrase correcte pour engager la conversation, pour signaler sa présence, pour se faire connaître, pour dire qu'il était là. Son esprit lui sembla soudain une feuille de papier vierge.

Il ne pouvait penser à aucune phrase.

Si ! Une seule.

Il fronça les sourcils à cette pensée. Quel était le rapport avec la situation actuelle... ? Mais, à y réfléchir, il était vrai que...Jay Utal avait parlé d'un public auquel l'IG-100 aurait pu s'adresser, comme pour créer une révolution. Mais ce n'étaient là que des cadavres inanimés...Comment un expert en cybernétique aurait pu commettre une si grossière erreur d'appréciation... ? Le garde magna, qui avait gardé un genou au sol, tourna subitement ses yeux vers Nathrin. C'était un visage de plaques, de sillons et de gravures, sans bouche ni nez, mais doté de deux yeux qui étincelaient de rouge. Le droïde se mit debout avec une grâce étrange, à laquelle se mêlait une surprenante souplesse. Les vérins de tout son corps et le cliquetis de ses articulations semblait presque interrogatif ; mais ce n'était pas à l'homme qu'était adressée la question. De multiples sons répondirent, de tous les coins de la pièce : d'entre les débris, une armée se levait. Ici, un droïde sans bras se dressait. Là, un homme de fer au visage à moitié fondu lorgnait Nathrin de son seul œil valide. Ici encore, un automate qui autrefois avait sans doute possédé un torse se tenait, maintenu par une frêle colonne vertébrale de fer, et dont émanaient des étincelles crépitantes à chaque seconde.

Aucun ne portait d'arme, mais notre homme avait pourtant la sensation que toute intention amicale avait déserté la pièce. Il sentit un contact derrière lui et sursauta. Ses yeux rencontrèrent ceux de Varykino. Autour, le groupe d'automates s'était mis à avancé, s'extrayant de la moindre roche éboulée, de la moindre poutre effondrée, une véritable armée des morts, un régiment en exil, la compagnie des oubliés ! Et le garde magna, prince d'acier entouré de ses loyaux sujets, se tenait droit comme fer, muet comme une tombe. Nathrin revint sur les traits assurément plus agréables de Varykino, qui observait avec inquiétude l'avancée des robots, circonspection l'IG-100 face à elle. Son regard était équivoque ; si l'homme ne parlait pas, les deux finiraient en tartare pour Sarlacc. Il se sentit la gorge sèche, mais cela n'avait aucune importance. Ce qui importait était sa survie – leur survie.


« - Pourquoi est-il mort ? »

Un silence pesant se fit subitement. La voix de Nathrin alla se heurter aux murs. La poussière frémit. Un mutisme s'abattit sur les vérins et les servomoteurs, et la compagnie se stoppa. Seul le battement de cœur du contrebandier vint résonner à ses oreilles, et la respiration légère, juste derrière lui, de Varykino. Le garde face à lui, avec un mouvement qui semblait presque indolent, rangea la petite sphère sous un plis de son habit, le magnétisant à sa ceinture. Il observa longuement l'homme, puis la femme, comme tentant d'en percer la nature par son regard artificiel. Puis il observa la porte par laquelle le binôme était entré. Notre homme aurait juré que l'IG réfléchissait. Peut-être se maudissait-il d'avoir laissé entrer deux visiteurs avec une telle négligence ? Non...Le contrebandier le pensait, il en était persuadé, l'ancien garde de Tericarax l'avait reconnu. Comme aurait-il pu l'oublier ? Depuis sa sortie des chaînes de production spécialisées jusqu'aux derniers moments du cyborg, Nathrin avait si souvent été présent, acceptant les différents contrats du Kaleesh avec délice et excitation, relayant les progrès et les informations...Si Tericarax avait bel et bien programmé une personnalité à cet être de fer, la mémoire était probablement la première qualité dont il l'avait doté.

L'IG-100 pointa le duo du doigt sans un mot. Subitement, tous les droïdes se remirent en marche. Mais ils ne clopinaient plus cette fois, non ; ils bondirent comme autant de fauves sur les deux humains, sous les deux prunelles lumineuses et sans pupille du garde magna.

Nathrin n'avait jamais vraiment été un combattant. Il était un tireur précis quand il le voulait, mais l'action ? Les subites attaques de droïdes ? Cela dépassait largement le cadre de ses compétences. Il avait, en outre, toujours mal suite à sa bagarre avec Varykino. Plus que tout, l'action du garde l'avait complètement pris de court. Il aurait certes aimé pouvoir se vanter. Clamer haut et fort qu'il avait combattu comme un lion, abattant chaque automate assez fou pour venir assez près de lui. Que la jeune femme à son côté, suivant son exemple, l'avait assisté pour décimer le groupe de carcasses animées, et que tous deux, dos à dos, ils avaient formé une force suffisante pour qu'aucun n'en réchappe. Qu'enfin, victorieux, ils tournent leur attention vers le garde, qui enfin aurait livré ses secrets. C'aurait été une histoire formidable à raconter, d'héroïsme et d'aventure, un épique digne des meilleurs héros d'holofilm.

Malheureusement Nathrin n'était pas un héros, et il vivait dans un monde bien réel. Une main froide de nickel tenue devant sa bouche, voilà quelle était sa réalité. Pris par surprise par l'action inattendue du garde magna, il n'avait pas même eu le temps de dégainer son arme. Varykino, elle, s'était débattue plus férocement, mais ni elle ni lui n'avaient la force suffisante pour tenir tête à des droïdes. À présent, ils étaient maintenus sous la plate-forme de grillage, dans la pénombre. On tenait leurs bras, leurs jambes, mais également leur bouche ; des mains fermes les empêchaient de parler ou de bouger les mâchoires. Le garde magna, lui, n'avait pas quitté son endroit ; toujours fièrement droit, il fixait notre duo en silence. Ses serviteurs avaient regagné les ombres. La scène était telle que Nathrin l'avait trouvée à son arrivée, à part la position de l'IG-100.

Mais pourquoi ? Le contrebandier tenta de protester, mais sa force était bien insuffisante. Son cri de consternation s'étouffa au cœur de ses poumons. Pourquoi l'IG-100 faisait-il tout ça ? Il n'avait aucune raison...L'homme n'était pas son ennemi...Il voulait juste connaître la vérité ! Il tenta de protester à nouveau, quand il sentit l'étreinte autour de sa bouche se resserrer ; l'attention de l'IG-100 venait de bouger du duo vers le haut de la plate-forme. Nathrin entendit distinctement un son. Le son de bottes lourdes. Les pas avancèrent jusqu'au niveau des marches, puis se stoppèrent ; une voix s'éleva alors. L'homme écarquilla les yeux. Le timbre semblait être la superposition de plusieurs voix dans des tonalités et des hauteurs différentes, certaines en accord mais d'autres dissonantes. C'était la voix du Gand, de Zackrygg.


« - Ah. Le fameux garde. On dirait que tu t'es déjà occupé des deux humains... »

Les pas reprirent et descendirent les marches. Le contrebandier tentait de donner un sens aux mots du nouvel arrivant. Occupé des deux humains ? Le garde de Tericarax travaillait-il de concert avec Zackrygg... ? Non, c'était impossible...Il était loyal à son ancien maître...Il ne l'aurait jamais trahi...Cela n'était pas possible...Les bottes venaient d'arriver en bas des marches. Le Gand était toujours hors de vue, caché par la descente des escaliers.

« - Tu as la moindre idée du nombre d'hommes que j'ai envoyés à ta recherche... ? De bons hommes...Fiables et efficaces...Avec une famille et des rêves. Enfin, ça ne compte plus vraiment que je t'ai en face de moi. On va régler ça une bonne fois pour toute. Seuls à seuls. »


Le garde tira de son dos l'arme fétiche de son genre ; c'était un long bâton dont chaque extrémité était plus épaisse, constituée de deux cylindres spéciaux. Les deux formes s'irisèrent subitement ; de la foudre y hurla, des éclairs violacés vinrent pourlécher la surface de l'arme. Faisant tourner son arme d'une main, l'IG se mit en posture martiale. Nathrin entendit un rire. C'était la voix du Gand qui s'esclaffait de ses tons démultipliés.


« - Je me doutais bien que tu ne te rendrais pas. Ne me déçois pas. »

Alors, il passa dans le champ de vision du contrebandier ; le chasseur alien en scaphandre tenait à deux mains son lourd fusil d'assaut, pointé droit vers l'IG-100. Mais alors...Cela signifiait...Frappé soudain de clarté, notre humain comprit tout : le regard du droïde vers les portes qu'il avait interprété pour de la réflexion, le choix de les emprisonner...Il n'avait pas voulu les enfermer et leur nuire, non. Il avait entendu l'approche du Gand et avait choisi de protéger le binôme, quitte à s'exposer lui-même... ! Le contrebandier tenta de protester, mais les mains de fer autour de lui l'empêchaient de bouger.

Zackrygg commença à mitrailler la pièce. Son fusil projeta des colonnes de laser aveuglantes, telles des fusées lumineuses, qui partirent heurter le sol, les murs, éclatant la roche avec autant d'aisance que s'il s'était agi de meringue. Le garde IG, lui, avait quitté son arène lunaire. Il se jetait entre les tirs de laser avec justesse, plongeant sur le côté, profitant des angles du décor qu'il connaissait si bien. Sous ses pieds, le sol explosait. Dans son dos, les murs volaient en éclat. Le chasseur de primes face à lui tirait avec application ; ce n'était pas simplement pour le priver de couvert, mais surtout pour refermer le décor autour de lui et l'acculer par les chutes de roche. S'il avait voulu toucher directement le garde, Zackrygg aurait depuis longtemps pu tenter un tir direct, mais il ne voulait pas le détruire : il voulait le capturer. C'était cela son objectif, mais Nathrin ne pouvait pas juste le laisser tomber entre ses mains...Il devait agir !

Le garde, slalomant entre les tirs comme un maître d'escrime entre les coups d'estoc, s'approcha du Gand, avalant la distance qui les séparait. S'il arrivait au contact, le bâton aurait raison du chasseur en scaphandre en un rien de temps, c'était certain. L'alien tenta un dernier tir ; son adversaire droïde plongea sur la gauche. La munition éclata le sol en un bouillon incandescent. Le bourdonnement du bâton électrique devait être si proche qu'il devait en être assourdissant pour Zackrygg. Pour seule réponse, il se pencha un peu en arrière. Soudainement ses pieds quittèrent le sol, ainsi que tout son être, à une vitesse folle. Il laissa derrière lui une traînée de fumée et de lumière. Un jetpack ! Il se rattrapa à un renfoncement dans le relief du bâtiment, plusieurs mètres plus haut. Il était venu préparé pour faire face au danger du corps à corps avec les gardes magna. Nathrin serra les dents. L'ennemi rechargea son arme puis la pointa dans la direction du soldat de fer. L'assaut reprit de plus belle. Les tirs tombaient en pluie à présent, laissant des mares incandescentes là où ils frappaient. Le sol était parsemé de flaques lumineuses, mais l'IG, infatigable, évitait savamment les tirs, tandis que des colonnes de roche s'effondraient, tandis que la structure de la salle cédait. Le pan face au Gand fut le premier à chuter, scellant la fuite par le fond. Puis ce fut celui à sa droite. Ensuite vint celui à sa gauche ; sa cible était bornée à éviter ses assauts aussi bien que le monde chutant autour d'elle. C'étaient des tirs exécutés avec brio ; très peu de personnes dans la galaxie auraient pu placer avec cette précision des lasers, encore moins pour fragiliser une structure déjà usée et la faire tomber. Un savoir-faire prodigieux, voilà ce dont étaient témoins Nathrin et Varykino. Mais, insensible à cette démonstration incroyable de capacités, l'IG-100 esquivait en finesse le moindre éboulis ; ce que ses jambes ne pouvaient faire, ses bras et son arme l'accomplissaient ; le bâton électrique déviait la roche à défaut des lasers bien trop puissants.
À plusieurs reprises, le Gand changea de perchoir, profitant d'un angle de tir plus profitable depuis un autre coin de la salle, tandis que l'IG plongeait à couvert.


« - Se cacher ne te sauvera pas » tonnait alors l'alien, bondissant à travers toute la salle grâce à son jetpack.

Pourquoi le garde IG n'avait-il pas impliqué ses compagnons droïdes dans cette bataille ? Notre homme connaissait la réponse ; parce qu'il savait qu'ils n'avaient aucune chance et qu'ils auraient été détruits inutilement. Malgré son apparence austère et froide, il avait bel et bien une notion de pitié, quelque part dans son cerveau artificiel de calculs et d'algorithmes. Cette idée attrista le contrebandier.

L'ex garde personnel de Tericarax esquiva une nouvelle salve de tirs. Son dos se heurta à une pile de décombres ; il plongea sur la droite juste à temps pour éviter une décharge énergétique qui lui aurait arraché la jambe sinon. La destruction causée par son adversaire avait laissé des murs béants, dont pendaient ici et là des fils de branchement. De vieilles canalisations éventrées déchargeaient à l'arrière de la pièce de la vapeur – non pas que la vapeur puisse déranger le droïde, qui n'avait aucun poumon. L'étau commençait à se resserrer. Le Gand avançait une à une ses pièces. Un tir vint soudain frapper l'un des droïdes tenait son bras en plein torse. Par réflexe ses compagnons s'écartèrent. Nathrin, maintenant libre, bondit en avant, droit dans la gueule du loup et dans l'enfer des lasers. Varykino, elle aussi libre, observait avec effarement la désolation semée par Zackrygg.


« - Je..Je dois l'aider... » entama notre contrebandier. « - Je ne peux juste pas... ». La fille le fit taire d'un doigt sur la bouche.

« - Les fils. Zackrygg s'appuie dessus. Suis moi ! »

Là-dessus elle s'élança, devant l'homme. Il ne trouva rien à lui répondre, ne sachant que faire sinon la suivre. Son histoire n'était pas celle d'un héros. Elle n'était pas héroïque, mais peut-être valait-elle après tout d'être contée.


Le garde magna évitait les tirs plus difficilement mais il avait repéré le duo ; qu'il ait saisi la stratégie ou non, il fit tout pour attirer l'attention du Gand, dont les tirs se resserraient inéluctablement. Nathrin en était convaincu, toute autre personne dans la galaxie aurait déjà été terrassée par les lasers. Mais le droïde n'appréhendait pas les décharges comme telles : il était en position de combat rapproché, garde levée, comme évitant des assauts de rapière. C'était la formation de son ancien maître qui le maintenait toujours vivant. Il anticipait les tirs selon la position du fusil, probablement. Pour le reste, ses réflexes et son entraînement parlaient à la place de toute réflexion. L'humain le quitta des yeux. Juste devant lui, la brune l'amenait droit sous la position de leur adversaire tout en longeant le mur. Puisque l'IG qui était la cible des assauts était proche du mur opposé, l'attention de l'ennemi était portée ailleurs. Avec le boucan infernal de ses tirs surpuissants, la course du duo était largement couverte.

Tandis que les lasers continuaient de zébrer la nuit comme des fusées éclairantes de mort, Varykino s'arrêta face à une grande forme noire qui descendait du mur comme un serpent ; c'était un fil épais, vestige sans doute d'une alimentation énergétique quelconque. Elle le contourna, le prit à deux mains. Nathrin n'eut pas à se faire prier et l'imita.

« - À trois », souffla-t-elle. Un tir fit trembler le sol.

« - Un. » Le garde se jeta sur sa gauche tandis qu'une haute cheminée de poussière peinte de lumière verte éclatait à sa position précédente.

« - Deux. » L'IG se rattrapa. Son pied gauche glissa sur le sol, manquant de peu de marcher dans une flaque incandescente. Il se mit alors non plus à esquiver sur les côtés, mais à courir ; courir droit vers les deux humains. Notre contrebandier banda tous ses muscles.

« - Trois. »

Nathrin tira d'un commun effort avec sa compagne ; il sentit une forte résistance. Sans doute le poids de Zackrygg, qui se tenait sur le fil. Et soudain, il entendit un cri. Il leva les yeux : droit sur eux tombait une forme humanoïde. Ils avaient bien réussi à faire tomber le Gand, mais le contrebandier n'avait pas considéré quoi faire après, une fois que le chasseur de primes tomberait sur lui ! Il sentit un brusque poids sur son épaule gauche, qui le fit tomber vers le bas : le pied d'un IG-100 y prit appui pour se propulser vers le haut. Ce qui venait de se produire était la simplicité même ; le droïde avait foncé droit vers le Gand, son adversaire. À cette fin, Nathrin lui avait servi ni plus ni moins que de tremplin. Le chasseur de primes, surpris, n'avait pas eu le temps d'activer son jetpack dans sa chute. Si l'interception magistrale du droïde l'avait certainement sauvé de la mort (ainsi que Nathrin et Varykino), le choc l'avait néanmoins fait tomber dans l'inconscience.

À présent, il était allongé au sol. L'IG-100 avait rangé à nouveau son arme électrique, observant la suite dans son mutisme habituel ; c'était aux deux humains de donner le verdict visiblement. Ils étaient certains que le chasseur n'était pas mort. Il représentait pour la jeune femme une réelle menace...Il avait tenté de lui nuire. Il avait également tenté de nuire au garde magna.


« - On en fait quoi... ? » demanda la femme. Son compère se frotta pensivement la barbe. Il n'avait nullement envie d'avoir un meurtre sur la conscience ; il était bien des choses mais pas un assassin. À l'heure actuelle il était surtout fatigué et endolori. Si le Gand était laissé à son sort ici, il mourrait probablement. C'était quasiment une certitude. Le hangar (ou ce qu'il en restait du moins) n'était clairement pas un lieu approprié pour discuter. Il prit la seule option qui lui semblait envisageable :

« - Appelons un droïde urgentiste pour notre ''ami'' et trouvons-nous une chambre », dit-il à l'intention de Varykino et de l'IG-100.

« - Normalement on m'invite à dîner avant. » sourit la fille.

« - Les lasers me coupent l'appétit. »
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MessagePosté le: 08/08/2017 01:41:34    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Les autorités ne tardèrent pas à se montrer. Le garde IG demeura soigneusement caché à la vue des patrouilles, car des B1 accompagnaient soigneusement les Pau'an en uniforme – une mesure de sécurité à la suite des attentats pour protéger plus efficacement la population. Les sons de fusillade avaient attiré l'attention, une aubaine bienvenue pour le duo ; ils livrèrent Zackrygg comme responsable de l'assaut. Leur version était simple ; ils avaient entendu du bruit dans un hangar et, s'étant rués à l'intérieur pour voir de quoi il en retournait, ils y avaient découvert le personnage en train de tout saccager. Dans un élan patriotique pour le territoire confédéré, ils avaient fait leur devoir d'intervenir : Utapau avait assez souffert des terroristes.
Les autorités ne crurent probablement pas complètement leur version, mais les dégâts matériels causés étaient dans un hangar abandonné des bas-fonds ; un lieu sans valeur aucune. En outre, la destruction était attribuée uniquement au Gand et à son arme d'assaut. Le duo s'en sortit donc avec un simple blâme des Pau'an. Les B1 et les officiers s'éloignèrent bien vite, emportant avec eux Zackrygg. Lorsque les piaillements répétitifs des droïdes (qui lançaient des « Bien reçu ! Bien reçu ! » à chaque indication d'un officier pour la résolution de l'affaire) furent suffisamment éloignés, le garde IG ressortit de sa cachette. Nathrin guida alors le trio vers l'endroit où il avait dissimulé son speeder. Par chance, personne n'avait volé de pièces en son absence, ce qui relevait certainement du miracle. Mais pour lui, le miracle était purement et simplement dans le garde magna lui-même. Il réalisait peu à peu qu'il avait face à lui l'objet de ses recherches, mais demeurait pourtant incrédule. Il l'avait ! Le droïde de son maître orphelin était juste à côté de lui, tandis qu'il commençait à démarrer sa moto rétropropulsée.
Varykino se mit juste derrière Nathrin, et le garde encore derrière. Le speeder n'était pas prévu de base pour accueillir trois personnes, mais le contrebandier était prêt à pousser l'engin jusqu'aux limites de son moteur ce soir. Il plaça ses deux mains sur le guidon. Les poignées étaient enrobées de cuir animal écailleux. Le tableau de bord se situait juste à la base du guidon ; dessus se trouvait un indicateur lumineux des tours moteurs, mais également de la portance, la vitesse et le réservoir restant. Plusieurs boutons différents étaient baissés. Après avoir mis le contact, notre homme releva plusieurs d'entre eux.


« - Attachez vos ceintures. » dit-il, avant de lancer l'appareil. Les moteurs gravitationnels se mirent à hurler, tandis que le véhicule vibrait intensément. Il souleva du sol d'épais nuages de poussières, qui partirent se perdre dans la noirceur nocturne ; avec un équilibre hésitant – sans doute à cause du poids de ses passagers – le speeder commença à s'élever au-dessus du sol. Les phares s'allumèrent en tremblotant, projetant des disques jaunes face à eux : dans leur lumière se révélait un sol accidenté et torturé. Autour d'eux, les quelques bâtiments des bas fonds étaient silencieux. Notre homme pressa sur le guidon et le speeder se mit à pivoter lentement sur son axe, jusqu'à un demi tour complet dans la rue. Ils devaient remonter vers les niveaux supérieurs pour pouvoir se reposer. Il jeta un ultime regard aux lunes de la planète, et leur reflet sur la mer souterraine, titanesque masse sombre au loin. C'était là-dedans que Tericarax avait trouvé sa fin. Nathrin observa une seconde les vagues. Il n'entendait pas le chant de l'océan, écrasé par les hurlements des moteurs. L'espoir irrationnel de voir le cyborg jaillir des flots le subjugua un instant. Le clair de lune jouait sur les rouleaux gaiement, bondissant d'écume en écume. Le regard de l'homme tentait de percer dans la noirceur des creux, sous les frémissements de la surface d'ébène liquide et ondulant. Le contact de Varykino dans son dos le ramena à la réalité. Cet...Espoir du fou n'avait pas lieu d'être. Il devait trouver un endroit où ils puissent tous se reposer, et écouter ce que l'IG avait à raconter. Loin des oreilles indiscrètes. Il lança les gaz. Le speeder bondit en avant, et le trio disparut bientôt vers les niveaux supérieurs.


Comme convenu, ils louèrent une chambre. Le tourisme n'était pas vraiment la notion la plus développée sur Utapau – comme beaucoup de planètes de la Bordure Extérieure à vrai dire. Cependant ils finirent par trouver un rare hospice qui acceptait d'accueillir les étrangers, sorte de maison d'hôte. Le gérant, un Pau'an silencieux, accueilli le trio en plissant les yeux, l'air acariâtre. L'air nocturne était toujours écrasant, mais la résidence de l'hôtelier était fraîche, construite dans une roche froide. Les couloirs étaient larges, et de nombreuses cavités dans les murs donnaient directement sur le gouffre, d'où remontait la fraîcheur de la mer souterrain et dont venait le souffle glacé des vents de la Surface. Les chambres à même le gouffre étaient pour cette raison plus onéreuses ; le climat plus agréable dont elles bénéficiaient était l'argument rêvé pour faire exploser les prix. Par chance, le propriétaire avait été raisonnable. Si la somme demandée était élevée, elle n'était pas abusive. En outre, il y avait un système de douches, ce qui était tout à fait appréciable. Nathrin et Varykino étaient tous deux plus couverts de crasse que des esclaves dans une mine d'épice. Ankylosés aussi, grâce à l'agressivité d'une certaine jeune femme. Après s'être sommairement lavés, ils s'échouèrent dans le salon, abattus par la fatigue. La pièce hexagonale était haute de plafond, décorée sommairement ; au centre se trouvait un tapis ovale tressé d'orange, rouge, gris aux fibres épaisses. Des pilastres rondelets s'extrayaient des murs, soulignant les fenêtres ouvertes sur la nuit chaude. L'attraction principale de la pièce était un large canapé rond. Le duo s'y enfonça sans hésitation, les jambes en compote. Le garde magna, lui, était toujours debout, infatigable. Ses deux yeux lorgnaient chaque coin de la pièce avec une curiosité tacite qu'il n'exprimait pas. Nathrin, les cheveux encore légèrement humides, souffla. Il portait actuellement une tenue de bain de Pau'an ; une sorte de peignoir rubis, trop grand pour lui. Il avait la sensation d'être un enfant essayant le manteau d'un parent. Seule consolation : Varykino était dans la même situation. Qu'à cela ne tienne il y avait plus important : il y avait le garde magna.


« - Tu me reconnais... ? » entama Nathrin à son intention. Le droïde tourna immédiatement son attention vers lui. Il hocha positivement de la tête, mais n'émit aucun son. Peut-être n'était-il pas capable de parler le basic ? Cette pensée fugitive se plaça soudain comme une évidence pour l'homme. Évidemment. Il n'avait jamais vu le garde s'exprimer, depuis tout le temps qu'il côtoyait Tericarax ; il l'avait interprété comme le tempérament du droïde, mais il n'en était rien. Son maître cyborg lui avait donné la faculté de comprendre le basic mais pas de répondre dans le dialecte lui-même. Peut-être était-ce une précaution prise par le Kaleesh d'ailleurs, s'assurant que s'il venait à lui arriver quelque chose, on ne pourrait rien tirer de son serviteur ? Non, ça ne tenait pas debout. Quoi que pragmatique, le scientifique n'avait jamais été paranoïaque. L'IG devait forcément avoir une façon de s'exprimer, un moyen de communiquer, quelque chose.
L'homme fouilla dans la veste de son manteau, un peu plus loin, rajustant au passage la ceinture de son peignoir. Il en tira une petite console, qu'il tendit au droïde. C'était un datapad. Si le magna ne parlait pas le basic, il devait certainement parler le binaire. L'être électronique observa la main de Nathrin et l'objet entre ses doigts pendant quelques secondes. C'était une grosse boîte de plastofer, rongée aux arêtes par le temps. Elle possédait un clavier mécanique en basic, et un écran rectangulaire où grésillait un affichage vert. Sur le revers de l'appareil, une prise universelle permettant à n'importe quel droïde de se brancher, pour peu qu'il possède un adaptateur approprié. Celui face à notre homme s'empara du datapad d'une main ; celle gardée libre se porta vers la capuche qui couvrait son crâne de duracier. Les doigts mécaniques disparurent sous le tissus beige qui dissimulait le robot comme une toge. Sur les épaules, le tissus était marqué de symboles nets et noirs : des signes Kaleesh, signes de la culture de son maître ainsi que de son appartenance.

Les doigts du droïde tirèrent hors de la capuche une veine électrique : le vaisseau sanguin de tout être mécanique, un câble adaptateur. Voilà ce qu'il tirait, hors de ses plastrons blindés, jusqu'à la prise du datapad. Le geste semblait purement innocent, mais Nathrin savait qu'il n'en était rien : en déconnectant ce simple câble, le garde magna avait sans doute perdu la Force savait combien de fonctions ; peut-être était-ce la marche, peut-être était-ce la vue, peut-être était-il complètement paralysé. Plus que la volonté de communication avec Nathrin, c'était un gage d'extrême confiance ; une confiance que l'homme n'avait pas l'intention de trahir. Avec un son à peine perceptible, le câble se connecta. L'image à l'écran – actuellement le panneau d'accueil – clignota, puis disparut.
Le plastoverre demeura en veille pendant plusieurs secondes. Notre homme inspira, se préparant à ce qui pourrait bien s'y dévoiler, d'une seconde à l'autre. Varykino, curieuse, s'était également approchée, guettant d'un œil inquisiteur la suite. L'écran s'illumina de nouveau. Un seul symbole, en lettres vertes, y était inscrit. « 0 ». Nathrin fronça les sourcils. Un autre zéro apparut juste à côté. Suivi d'un autre, puis encore d'un autre. Et enfin, un « 1 ». Les chiffres se mirent à défiler à toute vitesse, emplissant bientôt l'entièreté de l'écran. Bientôt, les lettres se mirent à changer de teinte ; certaines devenaient plus claires, d'autres plus foncées. L'homme écarquilla les yeux. Devant lui, l'écran formait maintenant une vidéo monochrome, certes en piètre résolution, mais où l'ensemble était reconnaissable. Ce que montrait le garde magna à présent était un intérieur ; une pièce. Des meubles aux formes rigides – probablement industriels – emplissaient l'espace, mais surtout, c'était une tête droïde qui était le centre d'attention. Une tête sans corps, d'automate protocolaire. Jay, celui qui avait orienté le contrebandier vers les bas fonds d'Utapau. Le datapad se mit alors à cracher un son saturé de parasites, désagréable à l'oreille, à cause de son âge et de sa mauvaise qualité :


« - Il nous faut une nouvelle pièce, pour la pompe d'évacuation. Elle est tombée en panne. »

Le regard se porta sur le reste de la pièce. Le petit Utal était en train de se déplacer dans la pièce, disparaissant derrière un grand cylindre opaque. L'homme avait déjà vu cette forme ; c'était dans cette pièce que lui-même avait discuté avec le duo. Le cylindre était à son sommet hérissé de tuyaux et de fils en tous genres. C'était probablement le réacteur central qui servait à alimenter toutes les inventions abracadabrantes du duo de roboticiens qu'étaient le droïde et l'Utai.

« - Tu m'écoutes ? Reprit la voix de Jay, saturée à l'extrême par la carte son du datapad. On pourrait en commander une nouvelle, mais elle prendrait des semaines à arriver avec l'état d'alerte. En plus, ça coûte une petite fortune. Même en vendant tes jolis bras sur le marché noir on aurait pas de quoi la payer. Ce que tu vas faire, c'est que tu vas descendre aux plus bas niveaux. Il y a un vieux hangar, plein de droïdes en piteux état. Des modèles civils, que personne ne veut recycler. Jay Utal s'occupe de les réparer un à un, mais la tâche est longue. Ceux qui attendent toujours nos soins sont dans ce hangar. Trouve un droïde astromécano modèle R2. C'est une relique de la grande guerre, un modèle non séparatiste. Il a été mis en panne depuis tout ce temps. Si tu as de la chance, son cerveau artificiel, un modèle Intellex IV, sera toujours opérationnel. Apporte nous cette pièce, et nous pourrons réparer la pompe. Il faut que le cerveau artificiel soit intact, tu comprends ? Assure toi bien qu'il ne soit pas endommagé, sinon il sera inutile. En cas de doute, met le cerveau sous une lumière claire. C'est un objet translucide. Si tu y vois une impureté noire quelque part, c'est qu'un composant a fuité. Sinon, il est bon et utilisable. On peut se débrouiller sans la pompe pour la journée, on va juste travailler sans lumière en redirigeant l'alimentation vers les modules appropriés, mais tu dois absolument nous l'apporter d'ici demain matin maximum, c'est clair ? Sinon tout est cuit et bon à jeter ! »

L'image s'interrompit, pour un changement brutal de décor. Nous étions dans une pièce étroite. Le mur s'était complètement effondré, transformant l'endroit en un éboulis complet. Le sol était de décombres, le lieu était un cul de sac. Les mains robotiques du garde magna écartaient actuellement un lourd rocher. Le bloc tomba lourdement sur le côté. Les graviers en dessous crissèrent, accompagnés du sifflement caractéristique de la poussière glissant contre le sol. Une carcasse ovale s'était trouvée sous la pierre écartée à l'instant ; c'était une carrure cylindrique. Autrefois, des haubans avaient maintenu deux roues, permettant au cylindre d'avancer, un peu à la façon d'un tricycle étrange. Mais ceux-ci gisaient à présent, tordus et écrasés, inutilisables et définitivement détruits. Le cylindre lui-même comportait de nombreux compartiments rectangulaires, ou bien horizontaux ou bien verticaux , également cabossés et endommagés. À l'extrémité supérieure, le cylindre s'achevait en un demi-disque doté de deux optiques distinctes ; c'était la tête de l'astromécano, tandis que le cylindre constituait son corps. Les mains de l'IG passèrent dans sa vision. Avec un geste méticuleux, elles arrachèrent le demi disque, révélant la structure interne du R2 en panne. Entre des mailles de fils et de circuits intégrés – que l'IG écarta avec précaution – se trouvait une petite forme rondouillette. Les doigts inquisiteurs plongèrent entre les neurones de fil cuivrés et les cerveaux de barrettes mémoires pour attraper avec une précision chirurgicale cet objet innocent. Enserré dans un écrin délicat de connectiques, le trésor n'opposa pas la moindre résistance, tandis que le droïde détachait un à un toutes les prises qui l'arrimaient à son ancien propriétaire. C'était donc cela, le cerveau Intellex IV. Il fallut de précieuses secondes pour ôter délicatement l'organe droïde à son corps maintenant inutilisable.

L'IG fit volte-face pour sortir du cul-de-sac, vers une autre pièce. C'était un hall immense ; face au droïde se trouvait une plate-forme grillagée de fer, donnait vers une autre porte. Sur la droite, le plafond comme le mur étaient écroulés, laissant entrer les rayons lunaires. Vingt robots attendaient notre propre androïde ici. Ils étaient difformes, blessés. Pas un dans la pièce ne se tenait parfaitement debout, chacun souffrait d'un vice ; il manquait une pièce, ou bien elle était abîmée, ou encore le bonhomme de fer était monté à l'envers...Tous étaient défectueux. Mais à présent, Nathrin savait : ils étaient des vétérans. Des vétérans blessés, d'une guerre lointaine. Cela faisait plus de douze ans que la grande guerre s'était terminée. Eux attendaient à présent dans un hangar miteux, sur une planète isolée, de renaître des mains artisanes de Jay Utal. Et ces vétérans là, fixaient à présent l'IG, en état parfait. Ce n'était pas de l'hostilité, dans leur comportement, non. Leurs visages n'avaient certes pas d'expression, mais le contrebandier voyait bien à leur attitude qu'ils n'étaient pas hostiles : ils étaient anxieux. Le garde magna leva alors à la vue de tous sa main, et son contenu entre ses doigts ; la petite sphère diaphane, d'une rondeur parfaite, marquée par les connectiques.
Les droïdes s'élancèrent dans un vif élan de joie ! Certains se serraient la main – ou ce qu'il en restait, d'autres faisaient tourner à trois cent soixante degrés leur tête en signe festif ! Ce qui devait avoir été à une époque un assassin s'approcha de l'IG ; il n'avait qu'une seule jambe, et avançait littéralement à cloche pied. Néanmoins, il lui posa une main sur l'épaule, et alla même jusqu'à le taper dans le dos. Il parla d'une voix aiguë en une langue qui n'était pas du basic ; Nathrin comprit qu'il s'agissait de binaire.


« - Ils...Ils semblent si...Humains. » murmura avec étonnement Varykino à côté de lui. L'ex contrebandier conserva le silence. Était-ce pour ça que Tericarax n'avait pas permis à son serviteur de s'exprimer en basic ? Pour le forcer à s'ouvrir à ses camarades droïdes, plutôt qu'aux êtres de chair et d'os ? La scène se poursuivit néanmoins ; à présent, l'IG, après avoir remercié d'un geste celui qui était venu vers lui, s'approchait de la lumière lunaire. Les autres l'encourageaient en levant le poing dans l'air, mais sans produire le moindre son ; la symbolique du geste semblait suffisante à leurs yeux. C'était une scène que l'on ne voyait que rarement. Il n'était pas un modèle similaire d'automate entre tous dans ce hangar. Certains étaient républicains, d'autres étaient séparatistes. Il y avait des reliques civiles, il y avait des reliques militaires. Mais tous, sans considérer leur allégeance passée, vivaient côte à côte et encourageaient un étranger du présent, eux, vestiges d'un passé révolu. Quelque part, le contrebandier souhaita que les dirigeants actuels puissent voir cette scène. Peut-être auraient-ils réfléchi à deux fois avant d'annoncer les guerres et de lancer les conflits...Le garde posa un genou à terre, alors qu'il portait à deux mains l'Intellex IV vers la lumière lunaire. Tout ce comportement solennel...C'était étrange, mais à la fois cela correspondait avec l'enthousiasme des droïdes autour de l'IG. Entre les doigts du droïde, le ciel semblait lointain, si lointain ; mais sa bénédiction lumineuse perçait malgré tout à travers le cerveau translucide. Il était pur de toute tache noire ; il était encore utilisable, comme l'avait espéré Jay Utal. Le garde resta à contempler l'objet pendant quelques secondes, le déplaçant entre ses doigts subtilement, tout en le maintenant dans la lumière ; un son vif vint sur sa gauche, mais il n'y réagit point, trop obnubilé par l'objet. Des pas vinrent, en s'approchant. Lorsqu'ils furent assez près, l'androïde tourna le regard vers leur cause. C'était un homme qui allait sur sa trentaine. Il était habillé d'un épais poncho de laine. Sous celui-ci, une chemise accompagnait un pantalon bouffant et de larges bottes de cuir. Il arborait une barbe fournie, et ses cheveux lui descendaient presque jusqu'aux épaules ; il portait entre ses mains un chapeau, comme un enfant timide que le maître d'école venait d'inviter au tableau devant toute la classe. Nathrin retint un hoquet de surprise. C'était...C'était lui ? La scène s'arrêta sur son visage. Puis les 0 et les 1 disparurent de l'écran du datapad. Le garde magna avait terminé l'exposition de sa scène, semblait-il. Sa main tâtonna, jusqu'à trouver le câble qu'il avait branché à la petite console. Il l'en ôta, pour aller le replacer là où aurait été la jugulaire chez l'humain. Nathrin le voyait sous un jour nouveau. Il n'aurait exactement su l'expliquer en mots, mais il avait gagné un respect pour l'IG. Il l'avait toujours vu comme une machine froide, distante, qui ne faisait qu'accomplir les ordres...Mais sa réaction, ses camarades droïdes...Cette facette émotionnelle, qu'il avait toujours occultée avait fait naître la considération dans le cœur de Nathrin à l'égard de ce droïde. Le magna resta immobile quelques secondes, laissant le temps aux deux humains de pleinement comprendre ce qu'ils venaient de voir. Ensuite, il pointa son poignet, comme pour indiquer l'heure. Jay Utal avait dit qu'ils avaient jusqu'au matin, se souvint l'homme. Le garde ne voulait sans doute pas tarder plus !

« - Enfilons quelque chose et mettons fin à cette affaire. Qu'en dis-tu, Varykino ? »

Nathrin tourna les yeux là où sa camarade devait se trouver ; mais elle n'y était plus. Un « Hm ? » interrogatif lui répondit de derrière le canapé ; la femme sortit sa tête de derrière le meuble, alors qu'elle finissait d'ajuster son soutien-gorge, puis enfilait immédiatement un pull.


« - Tu n'es pas encore prêt ? On part dans cinq minutes, vite ! » railla-t-elle. Nathrin lui rendit son sourire sarcastique.

« - À vos ordres madame. »


Ils s'éclipsèrent à pas de loup de leur chambre ; l'heure étant avancée dans la nuit, ils ne voulaient aucunement éveiller le propriétaire ou d'autres résidents et perdre plus de temps à discuter et parlementer autour des raisons de leur sortie à un moment aussi tardif. La route vers Jay Utal ne fut pas particulièrement difficile. Nathrin comme l'IG l'avaient déjà empruntée, et avec le speeder ce fut une question de minutes tout au plus. Le contrebandier ne comprenait pas encore l'intérêt qu'avait le magna à aider le cybernéticien. Il ne comprenait pas non plus pourquoi Jay Utal avait feint l'ignorance à son sujet, quand Nathrin l'avait interrogé à son sujet. Il avait ceci dit la sensation que toutes ses questions auraient leur réponses, dès cette petite...course auprès du duo Utapaun achevée. Ils arrivèrent enfin face au magasin. Tandis que le garde bondissait du speeder, notre personnage se contentait de stopper le véhicule. Lorsque les moteurs cessèrent de crier, il posa enfin le pied à terre. Un grillage de fer indiquait que la boutique était fermée, mais l'IG semblait s'en moquer, tambourinant de son poing contre la grille à qui voulait bien l'entendre. Un petit droïde souris jaillit d'entre les mailles ; le garde magna se pencha jusqu'à son niveau. Alors, l'autre repartir avec son petit « vrzzzzz » caractéristique le long du sol ; quelques secondes plus tard, la grille commença à se soulever. Sans attendre qu'elle soit complètement levée, l'IG s'engouffra à l'intérieur. Son pas était vif, si vif ! Nathrin et Varykino durent le suivre au trot, tandis qu'il s'engageait dans l'échoppe déserte. La salle initiale d'entrée, pleine de bric à brac, était aussi déserte que la première fois où l'ex contrebandier était venu. Le magna n'y prêta aucune attention ; il s'engagea directement sur le couloir qui menait vers l'étage inférieur et à la salle où lui comme Nathrin avaient rencontré le duo d'experts en cybernétique. Avec une hâte presque contagieuse, il dévala les marches quatre à quatre, les deux humains sur ses talons.

Ils débouchèrent dans la salle. Un être minuscule qui devait faire la taille d'un enfant à peine, à la peau lisse et aux yeux globuleux et avancés les accueillit ; c'était un Utai, celui qui se faisait appeler (sans guère d'imagination, nota mentalement Nathrin) Utal. Il accueillit du regard le droïde IG-100, accordant à peine son attention aux deux humains derrière lui. Le garde magna déposa entre les mains du petit alien le cerveau Intellex IV ; l'artisan disparut alors dans la pièce dont l'éclairage était absent. Mais ce n'était pas à lui que Nathrin voulait s'adresser : c'était à Jay. Il traversa l'espace qui le séparait des tables, qu'il savait situées de l'autre côté du cylindre énergétique central. Les écrans baignaient toujours de leur désagréable halo artificiel une petite portion de cet endroit de travail mal ordonné. C'est précisément près des écrans qu'il trouva Jay, toujours dans son bric-à-brac de câbles.


« - Vous avez trouvé votre droïde, bravo ! » entonna le protocolaire sur un air enjoué.

« - Pourquoi ? Interrogea directement l'homme. Pourquoi ne rien m'avoir dit ? »

« - Je vous ai dit qu'il serait dans un hangar abandonné des bas fonds. Il y était bien, non ? »

« - Je ne parle pas de ça ! Pourquoi m'avoir menti ? Pourquoi... »

La lumière revint soudain dans toute la pièce. Jay poussa une exclamation de satisfaction, tandis que Nathrin s'abritait les yeux.

« - Aaaah ! Enfin un peu de lumière ! L'éclairage des écrans devenait lassant, même avec des optiques artificielles. Debout docteur ! Voyons, docteur, réveillez-vous ! ».

Jay s'adressait à un autre personnage dans la pièce ; maintenant que notre homme y voyait plus clair, la pièce prenait une allure toute différente. Sur les murs, de nombreux outils différents étaient accrochés ; outre les habituelles torches à plasma et fers, on trouvait des outils plus évolués, pour le travail de précision, des bras mécaniques de type exosquelette aussi, des pinces de force et bien d'autres qu'il aurait bien été incapable de nommer. Le cylindre central tranchait avec le reste ; il n'avait pas du tout la même couleur, comme un ajout récent. Contre celui-ci, assoupi sous une couverture, dormait actuellement un humain. Il devait tirer vers la soixantaine, ses cheveux tirant au poivre sel. La peau pâle, le visage mal rasé, il était plongé dans un sommeil paisible ; sa tête était appuyée contre un oreiller qu'il avait probablement apporté lui-même. Il était appuyé même contre un autre droïde. Le contrebandier n'arrivait plus à situer le modèle. Il savait que c'était le genre utilisé dans les hôpitaux principalement. Était-ce un chirurgien, ou juste une aide médicale ? Au fond, ça importait peu ; cela aurait pu être n'importe quoi entre les mains de Jay Utal. Cependant, Nathrin ne put s'empêcher de remarquer que le personnage endormi arborait également et surtout ce qui semblait être une chemise blanche (encore que, sous la couverture, c'était difficile à déterminer). Un savant, peut-être ? Mais ils n'arboraient pas vraiment ce genre de tenue officielle...Jay tourna son attention vers le droïde IG.


« - Tu peux le réveiller avec douceur ? Qu'on puisse tous finir le travail et se mettre au lit...Enfin, Utal surtout, moi je m'en fiche, hahahahah !...Bon. Monsieur l'humain... »

Nathrin mit une seconde à réaliser que le protocolaire s'adressait de nouveau à lui. Pendant ce temps, le garde magna se dirigeait vers l'homme assoupi.

« - Vous avez vu les nouvelles. Vous savez que ce droïde appartient à un séparatiste qui a été pourchassé pour trahison, n'est-ce pas ? Et peu importe les raisons de la trahison : que ce soit volontaire ou héroïque, l'idée finale est toujours la même. Le cyborg, acculé par les troupes juste au-dessus du gouffre et qui, encaissant le coup fatal, chute dans l'abîme ! À tel point que les troupes, en le cherchant le lendemain et les jours suivants, et les semaines suivantes même, ne trouvent pas son corps. La chute est vertigineuse, la mer l'a englouti. Une telle chute est mortelle, même pour le meilleur des droïdes ! Mais les confédérés sont obstinés. On engage donc de nouveaux bras pour chercher, chercher, chercher. Un chasseur de prime vient demander des informations à Jay Utal, sur un droïde qui aurait survécu et qui servait le lieutenant avant sa disparition. Alors on donne une information floue ; les bas fonds. Puis vient un autre personnage. Il semble plus fiable et sincère. Sa réaction face aux vidéos traitant du lieutenant disparu sont sincères, mais peut-on lui faire confiance ? Alors, Jay Utal lui donne une information plus précise, mais avec un petit mensonge, pour tester son honnêteté. Et maintenant, le personnage revient, accompagné de notre cher garde magna fugitif comme s'il s'agissait d'un vieil ami. Vous êtes digne de confiance : c'est bien pour ça que vous êtes là. »

Dans son dos, il entendit l'homme qui s'éveillait. Il se détacha un instant de Jay, ne sachant trop quoi répondre ; le docteur se relevait actuellement tout en se frottant les yeux. Nathrin ne savait pas où il avait déjà vu son visage...Il avait la sensation de connaître ce scientifique, mais d'où ? Celui-ci, du reste, observa le contrebandier. Sous des sourcils fins qui tournaient au gris, deux yeux bleus décolorés s'allumèrent avec un air sagace et calme.

« - Je ne pense pas que nous nous connaissions, dit-il en s'étirant et en se grattant les cheveux pour leur donner un semblant d'ordre après le passage du sommeil. Je suis le docteur Matt Sting, enchanté. »

« - Nathrin, répondit notre personnage, Nathrin tout court. »

Ce nom lui disait quelque chose. Il ne savait pas d'où, mais ce nom lui était familier. Sting...Où l'avait-il entendu... ? Un vrombissement commença à s'échapper du cylindre central. C'était sans doute l'évacuation qui fonctionnait à nouveau. Le droïde contre lequel le docteur s'était assoupi s'en alla de l'autre côté, ainsi que l'IG.


« - Docteur, il faudrait vous y remettre. Juste quelques petits réglages en plus, et ça devrait être bon. »

L'homme s'apprêtait à partir, mais Nathrin n'en avait pas fini avec lui. Il l'interrompit dans son mouvement poliment.


« - Pardonnez moi...Mais je suis certain d'avoir déjà entendu votre nom quelque part. Vous n'êtes pas déjà passé sur le Shadownet ou quelque chose du genre ? »

« - Moi... ? Oh, non, rien de tout cela, rit le docteur, gêné. Non, je ne suis qu'un modeste médecin. Je suis chef de service dans l'hôpital central de Taris, voyez-vous. »

L'ancien contrebandier resta muet, choqué. Avait-il entendu correctement ? Non, ça ne pouvait pas être...Le docteur, avec un sourire, s'éclipsa de l'autre côté du cylindre pour les procédures techniques indiquées par Jay. Taris...C'était donc pour ça qu'il connaissait son nom. Tericarax était intervenu, il y avait de cela plus de deux ans maintenant. Il avait été mobilisé par la Confédération sur la planète Taris, alors instable et attaquée par un réseau terroriste, pour protéger l'hôpital central et aider à le remettre sur pied tandis que le reste des forces démantelait le réseau. Mais que faisait-il... ? Son monde était quasiment à l'autre bout de la galaxie...


« - Vous savez, j'ai vu pas mal de gadgets depuis qu'on s'est lancé, avec Utal, dans la conception. Des lance-flammes intégrés, des jetpacks, des bottes rétropropulsées, des appareils respiratoires de poche...Mais y'a un gadget qui m'a toujours fasciné. Le grappin ! Oui, pour être utile, il faut tirer correctement, sans quoi vous n'irez jamais là où vous voulez. Et il faut avoir un endroit où l'accrocher pour pas que votre bras lâche, et ça demande de la prouesse physique, oui, c'est sûr. Et puis il faut stocker le filin quelque part. Mais si vous ratez votre tir, le filin peut toujours s'accrocher quelque part...Comme à une grue par exemple, sur laquelle vous étiez monté pour avoir un meilleur angle de visée. Oui, ça peut être mortel, ou vous arracher le bras si vous n'êtes pas composé d'acier. Mais si vous avez quelqu'un pour venir vous détacher après, quelqu'un de rapide, silencieux, efficace...Un simple grappin peut vous faire passer pour mort, tout en vous sauvant la peau. »

Nathrin tourna les yeux vers le droïde protocolaire. Son cœur s'était soudainement mis à battre plus fort dans sa poitrine. Qu'est-ce que...qu'est-ce qu'il... ? Il leva les yeux à l'opposé de la pièce. Varykino, à côté du docteur Sting, observait le cylindre. Le médecin achevait tout juste de bidouiller une combinaison de commandes sur une console de l'immense appareil.


« - Oh, ça n'a pas été facile, continua Jay. Envoyer le fidèle IG à la recherche de tous les matériaux pour construire une cuve, acheter avec les dernières économies possédées par le droïde le bacta hors de prix et faire venir un spécialiste de l'autre bout de la galaxie...Une affaire hors de prix en effet... »

Nathrin contourna la cuve. Son cœur battait maintenant à tout rompre. Matt Sting acheva son ultime combinaison ; alors, le cylindre émit un souffle vaporeux. Les panneaux se mirent à coulisser le long de celui-ci. L'ancien contrebandier se figea sur place, la bouche béante.
Au sein de la grande cuve à bacta flottait un corps squelettique gigantesque. Ses bras étaient maintenus par des filins métalliques vers le haut, mais plusieurs tuyaux plongeaient vers son thorax ; le duranium, un matériau capable de supporter même un coup de sabre laser, avait été abîmé et détruit. Un masque respiratoire venait sur le visage effilé et artificiel du personnage. Une nuée de bulles jaillit de celui-ci. Le docteur Sting sourit.


« - Bon retour parmi nous, lieutenant. »

Le personnage ouvrit deux yeux d'or, cerclés d'une chair flamboyante.





Tericarax tousse.

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Tericarax
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MessagePosté le: 15/10/2017 13:28:44    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nuances de gris et de noir. Tout n’est que tableau brumeux, aux contours imprécis dans un crépuscule abscons. Un océan total, sombre - glacé. Chaque vague déforme le monde, trouble l’image. Le cadre du tableau ondule sous les inflexions d’un courant montant. Au milieu de celui-ci, des visages figés fixent vers les eaux troubles, hors de l’oeuvre d’art. Leurs bords fondent les uns dans les autres ; pareils à une brume, ils ne font qu’un. À la vérité seuls leurs yeux et leurs bouches se distinguent de cette chair uniforme ; les premiers plus lumineux, les seconds plus sombres. Leurs lèvres s’agitent doucement, pas un son ne les franchit. Ils observent à travers les vagues...Mais quoi donc ? Un banc de bulles argentées envahit l’espace. Elles luisent comme du plomb, certaines éclatent en des spécimens plus petits et rapides. Quand le groupe achève sa nage vers la surface, une scène similaire à la précédente se dévoile, mais un seul visage observe hors du tableau. Ses traits sont anguleux, point de bouche pour parler, point de chair à fondre, seulement un acier qui se confond dans le crépuscule d’une conscience à peine éveillée - et ses yeux émettent un vif gris au milieu du noir. Son dessin est basé sur des successions de rectangles, qui tracent son visage mais échouent à lui conférer une expression déterminée. Ses traits s’étirent et se courbent ; nouvelle nuée de bulles argentées. Sous la surface de plomb et d’étain de la mer, une flamme consume sa victime, patiente, appliquée. Sa proie est un papier dans une cheminée ; elle s’écorne, ses bouts s’enflamment. Son centre semi conscient frémit, impuissant à empêcher la propagation du mal aussi bien que s’y préparer. Les langues incandescentes de la douleur pourlèchent la proie en ronflant, colorent le monde d’un rouge vif. Nuée de bulles argentées. L’horizon perd sa lumière et ses couleurs. Au loin s’expriment des voix, dans une langue inconnue. Leurs intonations sont discernables, mais le reste ne l’est pas. Pareil à un un entretien secret derrière des murs clos qu’on épierait de la rue, l’on ne distingue que des confidences sans les saisir. Les murmures viennent, mais point le sens. L’entretien se poursuit, sans images, puis c’est un son de verre qui éclate. Les murmures s’intensifient, en protestation à l’objet brisé. Puis ils s’évanouissent, noyés dans la mer glacée.

Frisson et murmures. Une parole unique remonte à la surface, d’une voix au timbre universel. Cette voix de souvenir, à laquelle l’esprit accorde la sonorité qu’il lui plaît, pouvant la parer de tous les accents du monde comme aucun à sa convenance, pouvant la rendre féminine ou masculine à son gré, sans en altérer sa nature mais pouvant en changer la portée. Je viens vous proposer un marché qui pourrait vous rendre plus parfait que vous n’osez l’imaginer. Psshhhhh font les bouches d’évacuation. Sur un souffle non moins doux les verrous s’ouvrent ; une porte se débloque et glisse sur le côté. Brusque retour de conscience.


Le dormeur cligne des yeux. Sa vision peine à s’adapter à la luminosité. Pendant de longues minutes, son regard erre, sous un faux jour d’un gris trop intense pour ses iris. Il cherche son souffle, tousse. Le flou s’estompe. Autour de lui, des contours se dessinent, progressivement. Il prend une large inspiration. Un air froid vient alléger sa peine, calme ses difficultés respiratoires. L’esprit tente d’assembler les images entre elles, de lier les derniers souvenirs et la situation actuelle ; sans succès. Des visages viennent, mais les traits faciaux sont absents : seuls demeurent ceux externes. Le cerveau les analyse, un à un, dans un déluge de sensations de douleur qui ferait chavirer un esprit bien formé dans la folie. Humain, mâle. Humaine, femelle. Muun, mâle. Droïde, asexué. Humaine, femelle. Cyborg, asexué dans les données. Humain, mâle. Les portraits disparaissent de la mémoire. Leurs noms ne rejaillissent pas à la surface, pas plus que leurs traits, leurs expressions ou leur rôle. Mais le monde se précise.

Le dormeur, maintenant éveillé, prend conscience d’où il se trouve : un cylindre. Il est pendu par les bras, ses pieds ne touchent pas le sol. Quatre tuyaux descendent autour des menottes magnétiques qui lient ses bras ; ils s’enroulent autour de ses poignets, avant de plonger droit vers son torse. Mais leurs embouts, démagnétisés, pendent à présent mollement. Certains lâchent encore quelques gouttes futiles de liquide, qui vont s’écraser quelques deux mètres plus bas, au fond du cylindre. Cette étrange cage est de verre. Celui-ci est encore sensiblement humide, une substance collante s’y attarde. Or, face au dormeur, une ouverture dans le cylindre lui permet d’apercevoir le monde dans toute sa netteté, tandis que ses yeux s’habituent enfin à l’obscurité. Cette ouverture est une porte lui souffle son esprit. Il est dans une cuve, lui indique sa connaissance. Ce n’est pas une cage, mais un lieu de cure. Il observe ses bras. Ils n’ont aucune peau, point d’écailles ni de poils. Entièrement constitués d’acier, ils ressemblent à des os, un squelette incarné. Endosquelette, corrige une part de la conscience...Bien sûr...Il se souvient...L’acier est sa chair, l’électricité son sang. Il est droïde...Il est machine...Ses yeux se baissent vers son torse. Là où devraient se trouver les pectoraux et le sternum, les pièces sont brisées. Elles dévoilent un bac rond, empli d’une masse liquide. Dans le bain, deux grands poumons s’enflent et se vident régulièrement, ainsi qu’une autre forme, plus ronde, de la taille d’un poing ; elle tremble, par impulsions se contracte et se rétracte. Toum-toum. Toum-toum. C’est...un cœur. Non, cela n’est pas...Pas tout à fait correct. C’est son cœur…
Il étudie pendant de longues secondes ses organes, ainsi dévoilés à sa vue. Les voyant ainsi fonctionner, il prend conscience de l’étrange rythme de son corps. Son rythme cardiaque et pulmonaire deviennent presque obsessions. Il imagine chaque veine dans les restes de son visage, pulsant en même temps que son propre cœur. L’imagination se fait réalité. Il sent les capillaires sous ce qu’il lui reste de peau, s’enflant à mesure que le sang y transite. Il ne ressent rien de similaire dans ses bras ni ses jambes...Mais le doute n’existe pas. Il n’est pas droïde, non.

Il est cyborg. Son nom lui revient. Teh Ree Stal’Rax. Mais le reste demeure plongé dans le néant. Ses yeux se portent à l’extérieur. Une grosse console illumine la pièce. Plusieurs écrans y relèvent des mesures. Ici, un électro-cardiogramme relève un rythme – son rythme cardiaque. Là, il lui semble que c’est une tomographie de cerveau. Le sien, probablement. Plusieurs implants électroniques remplacent les zones du sommeil et de l’émotion. Il a l’intuition qu’il s’agit bel et bien du sien. Sa réflexion cesse. Il ne perçoit aucune couleur. Impossible...Il porte à nouveau ses yeux vers son torse. Ses poumons et son coeur sont gris. Aurait-il perdu la capacité à voir les couleurs ? A-t-il seulement possédé un jour cette faculté ? Il plisse les yeux, pensif. Oui, il a déjà vu en couleurs car il ne pourrait sinon constater un manque. Son regard s’abîme dans le vide, s’égare sur l’écran indiquant son propre rythme cardiaque sans le voir, plongé dans ses pensées. Il n’a aucun souvenir de lorsqu’il a pu perdre sa capacité à voir la couleur. Il ne voyait pas toujours en gris, de cela il est certain. Il tente de remonter les événements avant son réveil.

Sans succès. Aucun élément ne lui revient. Il ne se souvient que de vagues images...Des images de sa cuve...Des sons aussi, mais guère de sensations physiques. Cela n’est que purement logique, argumente-t-il dans son propre esprit : sans peau pour sentir, quelles autres sensations pourrait-il espérer retenir ? Il ne peut après tout que retenir par ce qu’il lui reste : les yeux et les oreilles, à défaut du sens de toucher artificiel que lui offre son corps. Il inspire et tousse. Pendu par les bras comme un crucifié, chaque quinte empire son état ; il sent que ses poumons forcent pour tenter d’expulser un ennemi invisible. Son œsophage le démange, mais sa toux futile ne saurait cesser cette sensation. Son cœur bat plus violemment dans son poitrail, alors que le torse tout entier s’enflamme. Il tousse, à nouveau, s’étrangle presque à s’en tuer, tandis qu’un asthme infernal lui enserre la gorge !

Et la crise cesse. Le cyborg, haletant, demeure là, pendu par les bras...Il est...à bout de souffle...Il sent sa tête...Tourner...Il tombe à nouveau dans le noir.


Il cligne des yeux, passant quelques longues secondes à réaliser où il se trouve. Oui...La cuve...Bien sûr, évidemment...Il est toujours pendu par les bras. Il tente de se décrocher en forçant sur ses articulations, mais rien n’y fait. Le magnétisme à ses poignets est simplement trop fort. Il débat ses jambes. L’effort tire sur ses articulations. Les griffes qui lui servent de pieds éraflent le verre de sa « chambre d’hôpital », mais rien à faire pour se libérer…Hors de son champ de vision, le cyborg entend le son d’une porte qui s’active : quelqu’un entre dans la pièce. Le nouvel arrivant émet un vrombissement en guise de pas. La mémoire cybernétique souffle la réponse à l’esprit convalescent : c’est un droïde qui approche. Sans questionner l’origine de ce savoir, Teh Ree Stal’Rax songe à l’attitude à adopter avec son hôte. En premier lieu, est-il pertinent de révéler son réveil ? S’il n’est pas bienveillant, probablement pas. Or, sa cuve de soins n’est-elle pas vide ? Le cyborg a l’intime conviction que pareille cuve ne peut-être vide, pour que le traitement soit optimal. L’hypothèse la plus probable : hostilité. Il ferme les yeux, comptant entièrement sur son ouïe. Le son des répulseurs s’approche, pareil à un gros bourdon agacé. Plusieurs sons aigus puis graves finissent par s’échapper du nouvel arrivant : et les consoles émettent bientôt des sons similaires. Teh Ree Stal’Rax ouvre un œil. Le droïde lui tourne le dos. Il s’agit d’une sphère noire, élevée un mètre au-dessus du sol. Véritable araignée de fer, elle possède huit bras, qui s’actionnent en séquences ordonnées pour manipuler les consoles. Un instant, elle s’arrête. Après une série de bruits graves, elle se dirige vers la gauche, sans prêter attention au cyborg, murmurant pour elle-même des choses que son hôte faussement endormi ne parvient pas à comprendre. Elle disparaît dans un coin de la pièce, à nouveau hors de vision de Teh Ree Stal’Rax. Il réfléchit. Il n’a aucun souvenir de ce droïde, il en est certain. Dans d’autres conditions, il aurait peut-être pu l’identifier, mais le problème n’est pas là.

Un tableau de visages flous lui revient en mémoire. Un instant, il voit les yeux qui le fixent, les bouches qui déblatèrent des mots qu’il n’entend pas. Il plisse le regard, alors que le souvenir s’estompe. Il n’a véritablement pas la moindre idée de ce qui se passe.

Le vrombissement de l’automate revient dans sa direction. Teh Ree Stal’Rax ferme de nouveau les yeux, ne les ré-ouvrant que lorsque l’autre reprend ses interactions avec les consoles. Il y a un dialogue entre les ordinateurs et le droïde. La nature exacte de la discussion échappe complètement au cyborg mais il déduit, de part l’échange et sa véhémence, que les consoles sont en désaccord avec quelque chose que la sphère a dit. Cette dernière émet de nouveaux sons, graves. Les ordinateurs demeurent muets, plongeant la pièce dans un silence quasi total. Seuls le grésillement des écrans et les signaux des appareils – ainsi que la lourde respiration du cyborg – apportent un semblant de vie. Et quelle vie. Morne, artificielle. Teh Ree Stal’Rax lève les yeux vers ses liens magnétiques puis les abaisse vers le sol. La chute est certes haute, mais son corps artificiel pourrait la supporter. Il faut cela dit qu’il arrive à se délier les poings avant tout chose. Voilà l’étape bloquante. Il lui faudrait un moyen de paralyser l’alimentation en énergie de la cuve. Avec les consoles peut-être ? Il estime la distance… Elles se trouvent à cinq mètres de sa prison. Trop loin. De nouveaux bipements s’élèvent : ce sont les ordinateurs qui répondent enfin à la sphère ébène. Il y a un claquement discret, quelque part dans le plafond, pareil à une valve qui se ferme.

Le cyborg se sent brusquement chuter. Il sent ses organes bondir vers le haut dans son torse, tandis que le reste de son corps tombe. Le sol le réceptionne lourdement ; il s’écrase sur le ventre. Le cyborg n’a pas eu le temps de se préparer à sa brusque chute, car ne la soupçonnant pas. Il retient une quinte de toux. Il cligne des yeux. La sphère noire s’approche de lui en bourdonnant. Derrière, les écrans s’affolent pendant quelques secondes : l’électro-cardiogramme n’affiche plus aucune pulsation, les autres affichent des suites de symboles qui clignotent avec acharnement, mais dont le sens exact échappe à Teh Ree Stal’Rax. Les ordinateurs émettent un hurlement strident, pareil à une sirène. Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii. Le cyborg, encore dans un état de conscience imparfaite, papillonne lourdement des paupières. Le choc a rendu le monde de nouveau flou. Il distingue avec difficulté la sonde araignée, qui s’approche lentement de lui. Le crissement insupportable des appareils devient une mélodie obsessive qui s’immisce dans chaque coin de son esprit. Il secoue la tête, commande à ses bras de le porter : car la sonde s’approche. Ses pattes multiples s’agitent, des outils s’y déploient et se mettent à leur tour à hurler. Sont-ce des scies ? Des perceuses ? Des torches? Les images sont trop floues. Le monde chavire. Le cyborg s’effondre sur le côté. Il ne parvient pas à trouver...De solution. Ses bras nus battent l’air. Il se met sur son flanc, songe à une façon stopper l’approche de la machine infernale mais rien n’y fait. Les hurlements des autres appareils donnent l’impression de violons brisés qui délient des harmoniques horripilantes. Le cyborg avance sa main droite vers l’ennemi pour le tenir à distance. La boule noire le fixe derrière une lentille unique. Ses multiples bras se referment sur le poignet de Teh Ree Stal’Rax. Un énième son strident s’élève dans l’air. Les sens du cyborg sont trop perturbés pour qu’il agisse. Une source lumineuse vive emplit son champ de vision...Que se passe-t-il ? Interroge l’esprit. Il cligne à nouveau des yeux, tentant de chasser le flou. Sa main droite...Sa main droite a disparu. Ce constat ne s’accompagne d’aucune souffrance : seul un signal mental discret lui confirme qu’il a bel et bien perdu son gant de fer. Mais le poignet est tranché net.


Comment ?


Il observe son poignet. Sa main est à nouveau présente. Elle tient par la gorge un être qui se débat mollement en l’air. Ses deux bras se heurtent à la poigne de fer sans succès ; son visage est plongé dans un brouillard qui confond tous ses traits. Autour, des corps sont entassés. Tous sont humains, tous sans visage.

Sa main est à nouveau absente. Des bulles incandescentes se forment sur son poignet, mais la sphère n’a pas patienté ! Elle se tient à présent sur son visage. Ses multiples bras enserrent le masque. Une torche s’embrase à l’un de ses appendices libres. Teh Ree Stal’Rax ouvre les yeux, épuisé. Son regard s’abîme dans l’unique lentille de la sonde tortionnaire, plonge dans l’abysse opaque et sans fond. Il ne ressent aucune peur. C’est tout à fait singulier, ne devrait-il pas être effrayé face à sa perte… ?

Non, indique un coin de sa conscience. Les émotions n’ont plus de portée ou d’influence ici.

Ah, évidemment…

La sonde entame son travail, approche sa torche jusqu’au masque qui sert de visage au cyborg, déterminée à trancher la tête aussi sûrement que le bras. Il n’arrive pas à se débattre, il ne cherche même pas à se débattre. Sa perte ne l’inquiète pas, au contraire, il la contemple avec distance. Son esprit est occupé ailleurs, par des problématiques plus importantes, dictées par son état de semi-conscience : il ne réalise pas le danger, trop engourdi, trop assoupi, trop blessé...Une onde, à la surface de son subconscient, un réflexe lointain prend le dessus. Sans vraiment le considérer, Teh Ree Stal’Rax donne un brusque coup de poing vers le haut de sa main tranchée. La sphère se fige. Et pour cause : le bras incandescent du cyborg traverse de part en part son adversaire, par le dessous. Les multiples pattes de l’automate se figent, tétanisés par le choc, puis se mettent à s’agiter en tout sens, comme un essaim de guêpes furieuses. Soudainement, un éclair vif saute hors de la carlingue de la machine. Ses bras tombent mollement sur le côté, elle cesse de bouger.

Le cyborg conserve son regard droit dans la lentille opaque. Le verre lui renvoie son reflet, lointain et minuscule. Oui...Il est cette créature...Il se dévisage à travers ce bien piètre miroir. Oui...Il est ce visage mortuaire. Cela ne fait aucun doute. Une machine incomplète. Pas tout à fait droïde, mais plus vraiment vivant non plus...Oui, les émotions n’ont plus de portée...Cela est logique. Laissant tomber le cadavre de son adversaire au sol, en extirpant son reste de bras, il se remet sur pied, s’appuyant de sa main gauche sur la paroi de la cuve pour en sortir. Une démangeaison naît dans son œsophage. Il tousse lourdement, tousse à nouveau, tousse encore pendant de longues secondes, tousse à s’en donner mal au crâne. Teh Ree Stal’Rax porte sa main encore valide sur son front. Un bien futile effort, guidé par de vieux réflexes d’un passé révolu, mais sa mémoire s’y accroche malgré tout. Après quelques secondes de respiration difficile, le mal finit par se dissiper. La douleur demeure un souvenir vivace, qui s’accroche au haut du front du cyborg, rampe derrière ses yeux, couve dans son torse...Mais elle est supportable. Il peut réfléchir, il peut avancer. Maintenant qu’il est – littéralement – remis sur pied, Teh Ree Stal’Rax ébauche mentalement la situation. Il s’est réveillé dans ce qui semble être une cuve de soins. Il jauge cette dernière de l’extérieur pour valider cette hypothèse. Le cylindre est surmonté de multiples capteurs et dispositifs. Sur sa droite se trouve également un module avec un clavier, probablement pour y effectuer tous les réglages directement...Hn, il doit en effet s’agir d’un de ces fameux « aquarium » de traitement. Cela signifie qu’il a été blessé. Et les ordinateurs ? Ils devaient sans doute être chargés de donner les instructions exactes à la cuve pour maintenir en conditions optimales le cyborg. Plusieurs détails entrent en contradiction directe avec cette hypothèse, cependant.

Teh Ree Stal’Rax s’approche à nouveau de l’intérieur, effleure le verre et le sol de ses doigts squelettiques. Une substance visqueuse demeure encore par-terre, dans le fond du bocal. La cuve était ouverte, mais également vide. Cependant, la « purge » devait être récente, pour qu’il reste encore du liquide non seulement au fond, mais surtout sur les bords. Son regard se porte sur la sphère noire, à présent inerte. Son objectif était clairement l’élimination du cyborg. Les ordinateurs l’ont permis. Pour quelle raison ? Ou leur désaccord portait-il sur ce point précis ? L’être cybernétique est incapable de le déterminer actuellement. Tout ceci devra patienter, conclut-il. Jusqu’au moment où il aura plus d’éléments à sa portée.

En fouillant la pièce, le cyborg ne parvient pas à trouver la moindre information intéressante. La maigre récompense de ses recherches tient en un bocal empli d’un liquide, visqueux et épais mais dont il n’arrive toujours pas à déterminer la couleur, toujours piégé dans un monde monochrome de gris. Il a également trouvé des tissus, posés en pile ordonnée. Probablement destinés à de la literie, mais leur usage sera assurément détourné par le cyborg : il s’en fait un baluchon improvisé, y embaume la sonde tortionnaire – ou recycleuse, mais bourreau tout du moins, ainsi que le bocal. Ces objets précieux doivent être conservés : des ressources potentielles ne doivent pas être gaspillées. Où que se trouve actuellement le cyborg, il n’a pas l’intention de se déplacer sans matériel. Le manque de préparation est le fléau du voyageur, lui souffle un recoin de sa mémoire. Alors qu’il ramasse sa main sectionnée pour l’adjoindre à ses nouvelles possessions, un détail frappe son esprit : les ordinateurs sont silencieux, parfaitement silencieux.

Il cherche dans sa mémoire. Au début de l’altercation avec la sonde, ils faisaient un boucan infernal, au point que Teh Ree Stal’Rax ne pouvait plus penser...Quand donc se sont-ils calmés ? Un doute s’immisce dans son esprit. Ont-ils réellement fait du bruit à un moment ? Le cyborg porte ses yeux dans la pièce, à la recherche d’explications temporelles, mais la seule qui lui apparaisse logique et satisfaisante à la fois est d’une tragique simplicité : ou bien il a rêvé ce détail, ou bien il a perdu conscience au moment où le son s’est interrompu. Il n’aurait donc pas remarqué son absence à son réveil, préoccupé par d’autres problématiques...Il se met à la recherche de la porte donnant sur l’extérieur. Ce n’est pas illogique, bien au contraire cette hypothèse se tient parfaitement. Mais dans quelle mesure est-il actuellement conscient, dans ce cas ? Comment peut-il clairement distinguer ce qui appartient aux songes de ce qui est réel ? Sa main gauche s’arrête sur une grande porte. Cette dernière se déverrouille et disparaît immédiatement dans le plafond. Le cyborg sort de la pièce et la porte se ferme derrière lui avec l’empressement d’une guillotine un jour d’exécution. Teh Ree Stal’Rax se tourne autour de lui, comme pour s’assurer qu’il est bien sorti d’une pièce et non entré dans une autre. Haut dans le ciel, une étrange lumière brille. Elle n’est pas aussi nette qu’une...Une…Lune lui souffle sa mémoire...Oui, elle n’est pas aussi nette qu’une lune. Ce n’est pas non plus une étoile, mais est-elle pour autant artificielle ?

L’éclat glacé et blanc dévoile une large étendue. Des formes immobiles et gigantesques se distinguent au milieu de cette...Place, à défaut d’un terme plus approprié. Sur les bords de cette place, que Teh Ree Stal’Rax estime rectangulaire, des hauts reliefs, pareils à des montagnes, grimpent jusqu’au ciel sans couleur. Problème : le cyborg ne voit absolument rien dans l’obscurité de ce faux jour. Il lui faut quelque chose pour s’éclairer. Il pose au sol son baluchon et en extirpe les restes de la sonde, pensif. Son unique main se met bientôt à fouiller dans les entrailles de l’automate, extirpe les fils, cherche les composants puis les amène sous le regard du cyborg. Il n’en reconnaît pas la plupart, aucun d’eux n’évoque quoi que ce soit dans son esprit. Mais...Là. Oui, il connaît ce composant. Le nom lui échappe, mais il sait au fond de lui ce qu’il peut en faire. Il suffit uniquement de le connecter en sens inverse pour qu’il…

La sonde se met à émettre une douce lumière par les trous faits dans sa carcasse, pareille à une lanterne sinistre de fer...Jaune...Cette lumière est jaune, pense le cyborg. Remettant son baluchon sur son dos, le personnage de fer s’empare de sa luciole improvisée, la soulevant par deux de ses pattes – à présent désarticulées. Sans un regard en arrière, il s’avance, droit vers l’étrange vallée face à lui.

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MessagePosté le: 21/10/2017 20:52:30    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Teh Ree Stal’rax se tient actuellement à côté d’une rivière. Dix mètres de large, telle est l’étendue de son lit. Malgré plusieurs minutes d’évaluation, sa profondeur est impossible à déterminer, particulièrement dans l’obscurité – à moins de ne vouloir mourir noyé. Bien que le cyborg ait la certitude d’avoir connu des jours meilleurs, il n’a pas le désir de se jeter à l’eau si promptement. Il est bien des mystères à élucider et ce qui l’attend après la mort n’est assurément pas sur la liste. Son esprit s’interrompt une seconde. Est-il réellement vivant, conscient ? Quelle preuve a-t-il que tout ceci n’est pas une simple...Construction de son propre esprit, aux ultimes moments avant sa fin ? Il est absolument envisageable que ceci ne soit guère qu’une simple...Réminiscence, alors que son corps véritable est déjà froid. Assez de réflexions futiles, infléchit son esprit. Il est bien des mystères à élucider. Autour de lui, le monde est en pente douce, descendant vers les grandes formes aperçues en sortant de son...Hospitalisation intensive. Elles sont encore à un certain temps de marche, et quoi qu’elles l’intriguent grandement, il s’est arrêté non sans but auprès de cette rivière : car l’éclat jaune - parfois tremblant - de sa lanterne dévoile à sa surface une couche d’un matériau rigide, diaphane, gris quoi que parcouru de veines blanches irrégulières, luisant aussi. Il s’agit de glace. L’être de fer pose avec précaution sa seule source – fiable – de lumière à ses pieds. Il conserve son regard sur l’ex droïde sonde, s’assurant qu’il ne va pas brusquement s’éteindre...Non. La lumière demeure stable. Fort bien. Il aurait été très ennuyeux de progresser dans l’obscurité. Désireux de confirmer son observation visuelle, il fait quelques pas vers le bord de l’eau, sortant presque de la portée de la lumière ; son corps jette une ombre gigantesque, qui se perd dans la nuit. Il songe à la salle dont il s’est extirpé après son retour à la conscience. Il n’y avait vu qu’en nuances grises, mais à présent il perçoit au minimum le jaune. De ceci, deux hypothèses envisageables : la première est que le choc initial de l’inconscience avait affecté ses sens...Un effet secondaire de son coma, donc, qui s’est atténué rapidement, pareil à la fatigue que certains éprouvent au réveil. La seconde est simplement que les sources lumineuses de la pièce ne contenaient aucune composante colorée en leur sein...La première semble plus probable.

Il ne faut que quelques enjambées pour enfin arriver au niveau de l’eau. D’un geste précautionneux, le cyborg se penche, approche ses doigts griffus de la surface et...Touche celle-ci...L’eau est solide comme un roc. Teh Ree Stal’rax plisse les yeux. Il promène sa main à la surface ; les griffes crissent sur la glace, laissant une éraflure blanche indélébile. Soit, la nature solide est indiscutable. Se relevant, il observe la noirceur autour de lui ; dans son dos, la carcasse de la sonde, les pattes recroquevillées, représente la seule source de lumière visible. Il ne distingue aucune végétation dans les environs immédiats. Pensif, le cyborg trace mentalement les implications de ce constat. Ses yeux flottent sur le manteau de givre dont se pare le fleuve. Glacé. L’air doit probablement être glacé. Si l’eau a pu geler, c’est qu’une température favorable – c’est à dire suffisamment basse – l’aura permis. La faible luminosité implique généralement une baisse de la température ; de fait, la présence de glace et l’avancement de la nuit corroborent l’idée de l’air glacé. Cela, bien entendu, suppose qu’il s’agit d’une eau et non d’un autre composé transparent. Il est parfaitement envisageable qu’il existe dans la galaxie des matériaux pareils à la glace, mais existants à l’état solide par des températures plus élevées. Sans peau pour sentir, sans membrane exposée, le cyborg n’a aucun moyen de confirmer le froid…

Une quinte de toux vient l’interrompre momentanément. Il exhorte son mal dans le silence d’une nuit figée. Lorsque enfin sa respiration s’apaise, Teh Ree Stal’rax constate sa stupidité. Bien sûr qu’il peut confirmer le froid. Quelle trivialité affligeante – plus affligeant encore de ne pas y avoir pensé avant. Sa main valide se porte à sa gorge. Sans cérémonie, elle débranche un fil, le garde entre ses doigts. Quelle évidence, vraiment...Pour les besoins de son hospitalisation, ses systèmes artificiels ont été dotés dotés d’un système de filtrage de l’air. C’est une procédure classique : un respirateur artificiel qui contrôle l’humidité, la composition...La température. En principe le respirateur est retiré quand le patient est prêt à quitter l’hôpital...Mais il n’a pas vraiment quitté son hospitalisation de la manière la plus classique qui soit. Seul auprès de la rivière – masse sombre éclairée de son unique compagne, cette lanterne araignée basée sur la carcasse d’un droïde désossé et inerte, le titan d’acier observe le petit câble entre ses mains, blanches comme os et tout aussi effilées que leur alter-ego de tissus conjonctifs solidifiés. À présent débranché, le système de filtrage ne devrait plus être actif, où qu’il soit logé dans son propre corps artificiel. Il compte quelques secondes dans sa tête, le temps que les noyaux opérationnels s’éteignent, puis inspire profondément ; immédiatement, un air neuf – pur – se précipite dans sa gorge. Il l’entaille avec la délicatesse et la précision d’un chirurgien, descend la trachée, passe par les bronches où il rappelle les inflammations passées mais les apaise aussitôt, pour s’engouffrer dans la cage thoracique – artificielle – où baignent les poumons pour y laisser une morsure glacée.

Hypothèse confirmée.

Un air froid, une rivière gelée...Ce monde n’est pas le sien. Le cyborg retourne vers sa lanterne improvisée, pensif. Il arrive certes à voir le monde. Peut-être s’agit-il d’un avantage de son nouveau corps, ou peut-être de ses yeux eux-mêmes, mais il arrive à voir même dans cette obscurité relative jusqu’à une certaine distance. Cependant, ce n’est pas une vision fort utile : thermique est-elle, de ceci il est certain, mais le monde froid semble ne présenter aucune source de chaleur. Ainsi, il a besoin de la lanterne : car l’obscurité est aussi totale que le froid et tous deux le rendent aveugle. Tout en la reprenant pour se guider, il essaie mentalement de tracer une hypothèse. Rien. Son esprit arrive à se souvenir de bien des concepts techniques, mais il ne lui vient aucune connaissance géographique. Il ne sait pas où il était avant d’être dans la cuve. Alors que ses jambes le mènent mécaniquement vers l’avant, il lève le regard vers le ciel, où luit - frigide et lointain – cet unique point de lumière. Cet éclat est plus faible qu’une lune, bien plus distant...Mais si toutes les étoiles avaient disparues du ciel excepté une seule, apparaîtrait-elle si brillante ? Les deux yeux du cyborg demeurent fixés vers ce seul halo de vie dans la morosité noire du ciel. Soudain, il sent une vive douleur au front. L’éclat maigre du « soleil » nocturne s’intensifie radicalement : du bleu, il passe au blanc, gagne en intensité. Un sifflement strident l’accompagne. Iiiiiiiiiiiiiiiiii bourdonnent ses tympans. Le duo chaotique, aveuglant et assourdissant devient insupportable, jusqu’à envahir complètement sa vision et son ouïe. Il ferme les yeux, ne pouvant supporter plus de lumière, mais ses oreilles sont toujours agressées.


Silence.


Quand Teh Ree Stal’rax ouvre les yeux, la luminosité est revenue à un seuil tolérable. Il cligne des paupières un moment. Autour de lui, il n’est plus de vallée : au contraire, il est de retour face à des consoles. La pièce où il se trouve semble être une salle de contrôle. Au plafond, une tuyauterie traverse de part en part, allant vers les autres pièces de l’installation. Face à lui, des blocs d’écrans. Ils sont contrôlés par des claviers, encore que rustiques : des boutons colorés grossiers servent à manipuler les appareils. Les écrans sont minuscules, leurs couleurs grésillantes et de mauvaise qualité, les images ne sont pas même holographiques. On y distingue plusieurs pièces, cependant. Salle de sécurité donc, plutôt que salle de contrôle. Il baisse les yeux. Il porte un tablier épais, taché de sang. Dans une poche, située sur la hanche gauche repose un scalpel. Il porte de gros gants caoutchouteux, d’un vert délavé. Et chacune de ses mains présente quatre doigts, dont deux pouces opposables, à chaque extrémité. Il voit, il voit non pas en couleurs strictes, mais en dégradés de violet, de bleu, de rouge ; il voit en température, sa vision est thermique.

Il sent. Ses sens perçoivent le monde autour de lui, les odeurs, multiples, innombrables, avec une précision méticuleuse, le poids des habits sur son corps, la pulsation de son sang à travers ses veines, son mouvement dans ses tissus. Il perçoit sa propre chair. Sur son crâne, deux oreilles s’agitent, s’ajustent aux sons environnants : le grésillement bruyant des écrans, le souffle sourd d’un système de ventilation au-dessus de lui...Tout est si net. Ses yeux se posent sur ses bras ; seules les mains sont protégées. La peau est au-delà exposée jusqu’aux épaules : pourpre, d’écailles fines et sans motifs qui parfois forment des taches virant au brun sombre, luisant d’une chaleur vive et claire.


Kaleesh.



Teh Ree Stal’rax secoue son crâne, alors qu’une inflexion de douleur l’aveugle un moment. Sa chair n’est plus. Son bras est à nouveau cet ossement d’acier au bout duquel pend un sinistre arachnide lumineux guère plus chitineux que la main qui le tient n’est écailleuse. La salle de sécurité, les écrans, les sensations...Tout est parti. Il observe un instant autour de lui...Il n’est plus à côté de la rivière. Il se tient face à l’une des gigantesques formes, aperçues en milieu de vallée. Curieux...Il n’a pas le souvenir d’avoir marché jusque là. Choisissant de ne pas s’attarder sur cet événement étrange, il lève sa lanterne pour mieux éclairer la structure. Haute de facilement dix mètres, elle se dresse comme une énorme dent, solennelle et millénaire. À sa base s’amasse une brume qui vient par langues avides lécher les jambes du cyborg. Autour, disséminées irrégulièrement, des silhouettes similaires, quoi que trois fois moins grandes, elles aussi baignées dans un tapis nuageux. Lorsque la lanterne s’approche, la grande forme renvoie un faible reflet bleu : sa surface est transparente. Les rayons plongent jusqu’au cœur de l’édifice, gorgent de lumière des veines vives – irrégulières, pareilles à une toile minérale, un réseau capillaire d’un bleu figé et régulier. Là où la lumière ne peut irriguer, le matériau devient immédiatement d’un océan opaque qui vire ensuite au noir. Ce n’est pas de la roche, songe le cyborg. C’est un cristal. Un gigantesque cristal…Ce sont tous des cristaux. Fascinant...Purement fascinant. Quel processus pourrait engendrer un phénocristal de cette taille… ? Non, le terme de phénocristal n’est plus même approprié. S’agit-il d’un cristal unique ou du conglomérat de plusieurs ?

Un cliquetis.

Teh Ree Stal’rax tourne les yeux vers la source du bruit ; l’un des autres cristaux. La brume est toujours agitée : quelque chose a bel et bien bougé. Le cyborg n’est pas seul. D’un pas lent, alerte, il bouge vers la source du son. Il la contourne par la gauche. Doucement...Doucement...Second cliquetis, dans son dos. Il fait volte-face. Une longue patte, similaire à celle d’un insecte, disparaît derrière un cristal. Faisant de nouveaux pas sur le côté de façon à garder la gemme gigantesque face à lui, l’être de fer lève plus haut encore sa lanterne. Grise, la patte était grise. Cela signifie qu’elle n’émet aucune chaleur. Une bête à sang froid, souffle la logique. Doucement...Il ne faut pas faire de mouvement brusque. Elle est nécessairement quelque part...Étrange, il n’a pas le souvenir d’un animal vivant à proximité de gemmes brutes. Serait-ce une nouvelle pièce manquante à sa mémoire mutilée… ?

Une étrange intuition le pousse à se tourner vers le plus grand des cristaux. Ses yeux rencontrent, pendant une seconde, une image nette : à la surface de l’imposant roc précieux se tient une forme comme le cyborg n’en a jamais vu. C’est un cylindre, doté de quatre pattes insectoïdes. Sur le haut du cylindre, un ovale allongé sert de tête, où luisent trois diodes en guise d’yeux. Le cylindre s’élargit en deux épaules grossières, où s’articulent par des boules quatre pattes pareilles à celles d’insectes - et l’exosquelette renvoie la lumière de la lanterne comme seul peut le faire l’acier. Droïde. Avant que Teh Ree Stal’rax puisse réagir, l’automate alien est parcouru d’un clignotement, son apparence est soumise à une interférence étrange. Il disparaît. Le cyborg plisse les yeux. Une autre hallucination… ? Il est encore en convalescence infléchit son esprit. Qui sait la magnitude du choc qu’il a pu encaisser avant, pour être plongé dans l’inconscience ? Il secoue la tête, tousse. Le fait est qu’il est perdu. Les cristaux, si précieux soient-ils, n’ont aucune valeur à part en guise de repère. Hmm...Peut-être la rivière. En suivant le torrent gelé, il arrivera peut-être à une civilisation...En supposant qu’il existe quelque chose de semblable dans ce purgatoire d’obscurité froide. Teh Reeh Stal’rax lève les yeux à nouveau vers l’unique étoile. Il lui semble qu’elle est familière...Sans l’avoir déjà vue, il a la sensation de détenir une information cruciale sur sa nature...Mais laquelle ?


Son crâne s’enflamme subitement. Tout devient flou, les reliefs se mélangent, leurs contours se mêlent.


Il est en pleine nuit, sous une pluie battante, chaude et tropicale. De sa main droite, il tient une torche qui projette un halo lumineux sur des bosquets de fougères épais sur lesquels s’écrase à grosse gouttes la pluie. Un éclair zèbre le ciel ; les nuages craquent, le grondement monstrueux et grave de l’air plonge la forêt dans une lumière cadavérique. Puis la semi-noirceur de l’orage revient, et le bruissement du vent dans les grands palmiers répond par murmures aux roulements du tonnerre. Dans sa main gauche, il tient un blaster rudimentaire ; la lunette de visée originale manque, remplacée par une seconde empruntée d’un autre autre modèle, le canon aussi a été modifié et la crosse est couverte de bandages. La main qui tient l’arme possède quatre doigts, terminés par des griffes. Teh Ree Stal’rax porte son regard autour de lui. Une branche, malmenée par le vent chaud, gêne sa progression ; il l’écarte de son bras droit.

Il est entre les cristaux. Le cyborg, figé, a levé son bras droit, amputé, en l’air. Qu’est-ce que…

À nouveau, il progresse entre les arbres. Autour de lui, les plantes susurrent, mais ce n’est pas la végétation qu’il recherche, non. Sa vision thermique le guide, les plantes apparaissent en nuances violacées. Un son sur sa gauche attire son attention. Il pointe vivement sa lumière et son arme à son flanc. Les cristaux répondent à l’éclairage, renvoient la lueur de la lanterne. Le cyborg cligne des yeux. Que...Un son dans son dos le fait se tourner. Ses yeux tentent de percer le secret des arbres, en murs épais de feuillages et de troncs. Soudain, les feuilles se dérobent, un fauve bondit droit sur lui.

Par réflexe, le cyborg amène son seul bras valide devant lui. La machine le percute aux épaules, il tombe en arrière, au sol, sur le dos dans un son lourd. Toutes les articulations de son squelette artificiel crissent. Une...Une machine ? Il s’agit d’un grand cylindre, aux pattes insectoïdes ; et haut sur une tête ovale luisent trois yeux. Il se dresse sur son torse, mesurant deux mètres de haut. Deux de ses pattes se tiennent là où aurait été l’abdomen du cyborg s’il avait encore de la chair, les autres sont épinglées à ses épaules. Le droïde émet des inflexions graves, incompréhensibles. Incapable de parler cette langue si c’en est une, notre personnage tente de se débattre ; la tâche est rude, avec un seul bras valide. L’agresseur le cloue de toute sa force.

Un hurlement de turbine perce la nuit. Entre les pattes de la machinerie infernale, Teh Ree Stal’rax aperçoit une forme en spirale qui descend en tournant sur elle-même à une vitesse excessivement élevée...Une foreuse. Elle descend droit vers son thorax et la cuve où dorment tranquillement ses organes. Le cyborg lâche sa lanterne improvisée, qui s’en va rouler sur le côté. À court d’options, il martèle de sa main gauche une des pattes de son affreux ennemi, qui ne lâche pas l’affaire. Il tape contre la patte qui s’est fichée dans une des failles de son épaule, mais sans succès : impossible de la tordre de cet angle, il lui faudrait prendre plus de recul. Il lui faut un point faible, il lui faut une articulation. Vrrzzzzzz fait le foret, qui n’est plus qu’à une vingtaine de centimètres du verre blindé, en dessous duquel bat, insouciant, le cœur de Teh Ree Stal’rax. La patte droite de son ennemie. Elle est attachée au corps par un genou mécanique, il peut le déloger – il doit le déloger. Attention à l’erreur de calcul, souffle la logique. L’adversaire déséquilibré tombe au mieux vers l’avant : son foret ne prend pas une meilleure trajectoire, au contraire. Dix centimètres. Les doigts griffus du personnage se ferment autour du genou articulé. Ils forcent, tournent, tirent. La force magnétique qui retient la cohésion de l’articulation lutte avec la sienne. Cinq centimètres. La traction énergétique du droïde cède contre celle du cyborg. Le foret est à la brisure du verre. La vibration infâme se répercute dans tout le torse de Teh Ree Stal’rax. Avec un râle d’effort asthmatique, il arrache la patte. Immédiatement, il pousse de ses deux jambes l’infernale monstre métallique. Celui-ci, projeté en arrière, perd l’équilibre. Sa foreuse reprend une distance raisonnable. Notre géant de fer se relève d’un bond, s’appuyant sur son unique main valide ; sans laisser le temps à son ennemi de se relever, il s’assoit sur celui-ci, à cheval sur le cylindre. Deux yeux vitreux, empilés l’un au-dessus de l’autre, l’étudient tandis que le reste du corps se démène. Le verdict est aussi clair que pour la sonde. Teh Ree Stal’rax lève son bras droit – amputé. D’un geste vif et brutal, il empale de part en part le droïde, droit à travers l’un de ses yeux. Des étincelles bondissent en crépitant hors de la cavité optique percée, viennent lécher le bras, y rebondir gaiement avant de mourir dans la nuit. La machine, mortellement blessée, se débat vainement pendant de longs instants, agitant ses longues pattes articulées dans le vide et gigotant au sol. Enfin, elle se fige.

Les yeux fixés sur la cuve où nagent – sains et saufs – ses organes, Teh Ree Stal’rax observe deux réflexions simultanées. La première, sa perte de conscience et ses...Visions. Il a la certitude que ce qu’il voyait était bien lui, car la façon dont il percevait le monde entre en correspondance directe avec sa vision thermique et -plus important – en explique l’origine...Oui, il est cela : un Kaleesh. Un être autrefois reptilien, à présent dans un corps d’acier. Duranium, corrige un pan de mémoire. Un corps de duranium...Oui...Cela est rigoureusement correct. La seconde se porte sur le droïde agresseur. En l’espace de quelques heures, c’est la deuxième fois qu’une machine tente de l’abattre...Ou un fauve ? Il ne saurait dire. Est-il bien au milieu d’une vallée glacée et cristalline, ou dans une forêt humide et tropicale ? Il touche le droïde. Une étincelle résiduelle bondit sur sa carlingue. La carcasse est agitée d’une perturbation et disparaît. Le Kaleesh se relève, son regard se fixe partout autour de lui à la recherche de réponses. Le droïde était-il lui aussi une vision… ? Quelle certitude peut-il accorder à ses perceptions ? Aucune. Absolument aucune...En quête d’une méthode pour avancer dans un monde où ses sens le trompent, le regard du cyborg erre sans but sur la brume, les cristaux monolithiques, enfin vers l’unique et pâle étoile du ciel. Le cosmos, paisible et lointain, ne lui livre aucune réponse. Son regard revient au sol.

Le droïde s’y trouve, à nouveau inerte. Son corps se trouble, clignote un instant, puis redevient stable. Teh Ree Stal’rax cligne des yeux. Ce n’est pas un delirium de son esprit...La machine est réelle. Sa main gauche s’arrête sur un petit dispositif, proche de la foreuse avec laquelle le corps inanimé avait tenté de l’abattre. C’est...C’est...L’esprit cherche le mot. C’est un projecteur holographique, articule la sphère des connaissances. Les yeux du cyborg s’agrandissent. Un dispositif de camouflage...Bien évidemment. La disparition du droïde n’était pas de son fait, mais bien réelle. En-dessous de celui-ci, un symbole est gravé dans la fonte qui sert de corps : c’est un disque. Une barre verticale part du centre et remonte jusqu’en haut de celui-ci. Sous le disque, trois lettres sont tracées. H. I. J. Curieux...Le i est notoirement plus court que les deux autres lettres...Ce symbole lui semble familier, mais il n’arrive pas à remettre le doigt sur son origine, ni sa signification. Qu’à cela ne tienne. Sa griffe tord le projecteur, s’immisce dans les interstices...Et enfin l’arrache. Plusieurs fils viennent avec lui, son écrin de fer proteste, mais le cyborg n’en a cure. Un dispositif de camouflage est bien trop précieux dans son état actuel pour être abandonné là…


Il lui faut de longs moments pour tenter de raccorder le petit engin à la lanterne araignée. À l’abri derrière un des grands cristaux, le Kaleesh essaie, branchements infructueux sur branchements infructueux. Suite à un énième branchement la lampe plonge dans l’obscurité. Teh Ree Stal’rax, cependant, se fige : la lanterne a disparu, d’une part. Plus important : il entend un bourdonnement qui vient en s’approchant. Risquant un regard hors de sa cachette, il identifie la source du bruit. Deux sondes, similaires en tout point à celle qui l’a agressé et amputé de sa main droite, s’approchent des cristaux avec le grondement de gros frelons. Elles se stoppent, au niveau du droïde à la foreuse et commencent à échanger entre elles, par inflexions de sons et de bruits. Après quelques minutes d’examen vraisemblablement approfondi du cadavre, elles font volte-face et repartent. À tâtons, il localise sa lanterne, invisible mais point intangible et se remet sur pieds. Il s’agit de la seule piste du cyborg...Il ne faut pas la laisser filer.

_________________________

Casier d'un Kaleesh

Histoire d'un séparatiste

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MessagePosté le: 28/12/2017 23:35:25    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Brrzzz font les sondes. Teh Ree Stal'rax ignore depuis combien de temps il suit le sinistre duo. L'obscurité autour de lui est complète. Point de source de chaleur, point de vie, nul repère, nulle nuance à laquelle puissent s'accrocher ses pupilles. Les yeux du Kaleesh cherchent le décor morne en quête d'un point où se fixer et se concentrer. Autour, tout n'est que plaines mornes, désertes et froides. Au loin se diluent les gigantesques monts dans la nuit sombre, illuminée de son astre solitaire. Ah, songe le cyborg. Combien de fois a-t-il pu observer la lune, sur son monde natal ? Ce disque parfait, blanc et glacé, aux contours parés d'un linceul topaze dans son écrin de nuit ? Il cligne du regard.


Le Kaleesh est assis, les yeux rivés vers le ciel ; les étoiles sont basses, scintillantes et multicolores. Par moirés s'étendent le cuivre et l'or, et sous les ondées d'un rubis changeant vient un saphir pâle, au milieu d'une mer de cobalt. Et sous ce drap mouvant et sans limites luisent les étoiles, dans un silence où n'ose parler que la lune : gigantesque joyau nacré, coruscant une éternelle majesté et la paix la plus pure, celle qui ne craint pas la mort, pas la guerre, qui ne redoute ni le temps ni les astres. Baignant dans la bienveillance de son astre nocturne, un océan d'arbres ondule sous l'impulsion d'un vent discret et chaud.


« - Par les mille marches de Shrupak...Tu avais raison...C'est si...paisible... »

La voix féminine qui vient de prononcer ces paroles appartient à une personne, à quelques mètres de Teh Ree Stal'rax. Assise en tailleur, tout comme lui, elle est jeune, tout comme lui. N'ayant pas plus de quinze ans, elle est toutefois de deux ans son aînée. Le duo est assis sur une butte surélevée. Ils ont profité d'une nuit exceptionnellement chaude et d'un ciel non moins exceptionnellement dégagé pour s'éloigner du camp principal de la tribu ; c'est Lui qui a ouvert le chemin, pour guider Elle à ce lieu isolé. Loin du brouhaha du clan, loin de toute source lumineuse, la galaxie se dévoile, nébuleuse de perles dans un coffret sans bords. Elle arbore le nom de Abenusmii jai Veelar. Ses deux pupilles observent le ciel empli de diamants avec un léger sourire. Sa peau est sombre dans l'obscurité. Deux épaisses tresses couleur rouille s'écoulent en cascades jusqu'à ses épaules et encadrent son visage aux traits inhabituellement fins.

« - L'infini, à portée de regard. L'une des plus belles visions de Kalee. » commente son interlocuteur à mi-voix, comme craignant de briser la paix née du silence. Il porte ses yeux sur la lune. Son regard finit par retomber sur la forêt, en embrassant l'immensité. Les arbres vont jusqu'à l'horizon, où les reliefs des monts les avalent dans leurs statures imposantes.

« - Parce qu'il y a d'autres belles choses à voir par ici ? » demande avec amusement Abenusmii. Il pose son regard sur sa camarade ; elle l'observe en souriant. Il a entendu parler de serpents de lumière dans les régions froides qui apparaissent subitement, verts, violets, rouges, nagent dans le ciel, ondulent avant de disparaître. Des Nsaathqon, des spectres serpents. Mystiques apparitions qui marquent la nuit et enflamment l'imagination des clans du nord, des divinités aussi révérées que craintes, mais qu'on n'a jamais vues dans le sud.

« - Tu m'en reparleras quand on ira voir les Nsaathqon, Abe'. »

La mine de la jeune Kaleesh se fait presque attendrie.

« - Tu penses encore à ces histoires ? Tu devrais commencer par tuer ton Mumuu avant de vouloir voyager, ajoute-t-elle, espiègle. »

« - C'est un coup bas ça, dit le jeune, blessé dans sa fierté. »

Abenusmii rit avec légèreté.

« - Fais pas la tête ! Tout le monde connaît ton talent à l'épée Lig dans la tribu...Ce n'est qu'une question de temps. Et puis... »

Elle ramasse à sa droite un objet qu'elle avait déposé au sol ; il s'agit d'un masque d'os. Des motifs rouges complexes sont tracés à sa surface. Avec un sourire qui lui monte jusqu'aux oreilles, la Kaleesh aux cheveux de flamme dépose le trophée sur son visage.

« -...Je n'aurais pas mon joli masque Mumuu sans tes précieux conseils à l'épée ! »

Enorgueilli par le compliment, Lui sent une bouffée de chaleur envahir sa poitrine. Il tente de dissimuler tant bien que mal son sourire.

« - Tu t'es débrouillée comme une Khan ce jour-là. Je n'y étais pour rien. »

« - J'ai appris du meilleur, bien sûr que tu y étais pour quelque chose. Lorsque tu auras enfin ton Mumuu, on te donnera une épée ou une lance et tu te débrouilleras comme un Khagan !  »

Le Khagan est le plus haut rang qu'un Kaleesh puisse espérer atteindre ; c'est un chef suprême, qui commande à des généraux directs, ses Khan, seigneurs de guerre respectés et adorés. C'est l'équivalent d'un demi dieu dans la culture Kaleesh, il n'est guère de plus grand compliment. Flatté par les propos de son amie, il se doit cependant de faire preuve d'une certaine modestie.

« - Par contre avec un fusil Czerka... »

« - Abesmi ! Tu manquerais un mur de brique à deux mètres. Je donne pas cher de ta peau ! »

Les deux éclatent d'un rire mutuel. Si doué soit-il avec une lame, il ne doit pas exister pire tireur que lui dans toute la galaxie. Plusieurs reptiles volants nocturnes, dérangés par le bruit, déploient leurs ailes de membrane et s'envolent dans la nuit, en quête d'un terrain de chasse plus propice.
Après quelques minutes de rire, le binôme s'essouffle. Lui tombe dans un silence pensif. Vaincre un Mumuu lui permettra de discuter avec les shamans ; de quoi enfin pouvoir voyager, découvrir le monde qui l'entoure, contempler la beauté des dieux et la comprendre. Mais surtout, il pourra avec acquérir un nom. Seul rescapé du fléau Folook, alors trop petit pour pouvoir parler, il n'a jamais été nommé. Telle est la coutume de la région ; les orphelins accueillis au sein d'une tribu ne trouvent leur nom qu'à travers leurs exploits. Lui a été adopté dans la tribu jai Veelar, point en tant que membre véritable, non. Il ne portera jamais le nom jai Veelar, mais bien le sien, tracé de sa main. Cependant...Il porte les yeux sur Abenusmii...Quel mal y aurait-il à voyager avec une jai Veelar ?


« - Tu sais ce qu'il manque à ce ciel ? » interroge la Kaleesh abruptement. Sans lui laisser le temps de répondre, elle s'approche de lui, toujours en tailleur, et vient se coller contre son épaule. Bien que la nuit soit chaude, le contact de sa camarade est plus ardent encore ; son sang est à l'image de sa chevelure : de braise. Conservant ses deux iris perdus dans l'horizon, elle pointe alors, droit vers la voûte céleste.

« - Deux étoiles plus brillantes que toutes les autres. Je pense que je nous mettrai...Là ! » dit-elle en montrant une nappe colorée ; elle semble une tache d'encre bleue veinée d'or, perdue dans un coin de la galaxie.

« - C'est une...Une nébuleuse. C'est là où naissent les étoiles, Abe'...C'est de la poussière cosmique, et de la... »
Elle l'interrompt d'un doigt sur les lèvres.

« - Hmm... ? On a pas besoin de voyager si loin en fait. Kalee est peut-être une nébuleuse plus modeste...Qu'en dis-tu, ''poussière cosmique'' ? Partant pour devenir une légende ? »

Une comète traverse la nuit. Les étoiles sont basses, scintillantes et multicolores.


Teh Ree Stal'rax cligne du regard. Où...
Il tourne la tête. Autour de lui, point d'arbres. Point d'étoiles. Ses jambes se sont arrêtées à quelques mètres d'un rebord. Quelque trois pas plus loin, le sol de roches noires se dérobe en une falaise à pic. Les ombres plongent avec le relief, le gouffre est insondable. Mais, au milieu du puits d'obscurité, deux formes descendent, flottent dans les airs ; distantes d'une bonne centaine de mètres à présent, ce sont les sondes. Le cyborg porte une main à son crâne. Un nouveau moment d'absence...Abenusmii...Cela fait si...Longtemps. Il a l'impression qu'on lui enfonce un clou dans le crâne. Il tend la main, fait quelques pas en arrière, inspire profondément, comme si une bouffée d'air pouvait le délivrer de sa souffrance. Au-dessus de lui, l'air est de feu ; des flammèches s'élèvent et crépitent dans la nuit, des brasiers dévorent les nuages, enflamment les branches. L'air est saturé et irrespirable. Teh Ree Stal'rax est tétanisé. Autour de lui, le monde est empli de langues de flammes. De lourdes plaques de fer se sont effondrées sur ses jambes. Elles...Elles sont écrasées. Il sent une douleur intense, contre-nature, jusqu'à son bassin. Son regard observe autour de lui. Tout...Tout s'est effondré... Il sent la douleur remonter jusqu'à son cerveau. Son regard se porte sur son ventre. Une grande poutre rougie en sort. Cela...Cela ne devait pas...L'air est lourd, irrespirable, saturé de fumée. Les flammes rugissent autour de lui, grondent en grandissant. Il doit...Il doit s'échapper. Sans réfléchir, il pose ses deux mains sur le mât d'acier incandescent. Ses doigts brûlent ; la chaleur fait bouillir sa peau, mais il...Il doit...Survivre... ! Avec un cri de souffrance, il tente de se soustraire à son pieu. Son laboratoire ne sera pas son bûcher...Il doit...Survivre ! Ses mains s'enflamment. Sa peau se dessèche et fond. Vaincu, il tombe vainement sur le dos. Entre les volutes de fumée noire qui s'élèvent vers le ciel, les étoiles brillent, lointaines et glacées. Est-ce...Est-ce une navette qu'il voit approcher... ?

Retour à l'obscurité. Le cyborg est toujours dans la grotte. Il plisse les yeux...Scientifique. Il était un scientifique. Oui, sinon comment aurait-il pu avoir un laboratoire ? Il tente d'assembler les pièces dans l'ordre, mais son esprit peine à se remettre de cette nouvelle balafre. Ces bribes de mémoire - s'il s'agit bien de souvenirs pèsent grandement sur ses facultés de réflexion. Il a l'impression que sur ses épaules s'abat le poids de plusieurs siècles. Tout ça pour revivre des instants de son passé. Mais pourquoi ? A-t-il subi un choc traumatique d'une telle ampleur que sa mémoire est en pleine restructuration ? Passé...Quelle importance ? Ce sont des histoires à l'encre déjà sèche...Mais des histoires qui définissent qui il est. Le Kaleesh inspire un moment, sifflant à travers son asthme. Il tousse, secoue la tête. Pareil à l'assoiffé qui après des jours d'errance sous un soleil de plomb découvre une gourde et la porte avec appréhension à ses lèvres, il attend un instant. Que la douleur qui frappe à la porte de son esprit se calme. Il porte les yeux au ciel, à cette parodie de lune, puis observe à nouveau le précipice face à lui.


« - Teh Ree Stal'rax... »

Sa voix est un lourd tonnerre de fer. Elle roule comme un tambour d'airain, dure comme l'acier mais avec un semblant de mélodie, les relents du Kaleesh au cœur de la machine. C'est son nom véritable, oui. Étrange...Pourquoi le prononcer de la sorte, à voix haute, lui donne l'impression d'avoir retrouvé une part supplémentaire de son être ? Le cyborg se sent comme plus...Complet. Un déclic se fait dans son esprit. Il baisse le regard vers sa seule main valide. Comme il cherchait à parler, il cherche à présent quelle gymnastique mentale peut lui permettre d'activer ses muscles cybernétiques. Ses doigts squelettiques et griffus s'agitent dans l'air, son poignet se contorsionne. Clac. Sa main se scinde. Son bras se sépare en deux appendices distincts, qui palpent l'air, indépendants. Ils se démènent, mais les contrôler n'est guère si évident ; comme prenant conscience d'un nouveau muscle qu'il n'avait pas utilisé jusque là, le cyborg constate le dédoublement de son bras. Ses yeux se fixent à nouveau sur les sondes, qui ne sont plus que deux points mouvants à présent, filant vers les profondeurs du gouffre. Il ne faut pas se laisser distancer. Où qu'elles aillent, Teh Ree Stal'rax doit les y suivre. Sans un mot de plus, il accroche sa lanterne improvisée à sa hanche. De ses deux bras valides, il entame sa descente, suspendu par la seule force de son corps artificiel au-dessus du vide, battu par le sifflement d'un vent glacial.
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Tericarax
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MessagePosté le: 05/02/2018 22:17:53    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Le vent hurle, tourmentant avec véhémence le bord de falaise. La roche est glacée, lisse par endroits, rendue plus précaire encore par une fine pellicule qui est sans doute due au givre. Le corps du cyborg ne souffre pas du froid ; l’air ne trouve nulle peau à frigorifier, aucune chair à congeler, et le kaleesh devenu machine ne projette pas même de nuage qui aurait trahi pour beaucoup d’espèces dans la galaxie sa nature vivante ; ses inspirations ne produisent pas ces petits moutons de vapeur blanche à chaque expiration. À la place un asthme sourd et rauque, dur comme la roche à laquelle il s’accroche difficilement, unique signe de son héritage biologique – seul symbole de sa mortalité. Parfois, les griffes du cyborg se ferment sur une poignée de terre, solidifiée par le froid, friable ; plusieurs fois il manque de perdre l’équilibre, car dans l’obscurité il n’existe pas de différence à ses yeux entre un revers de terre et une prise de pierre. Cette décision n’a pas été la plus éclairée de son existence. Le cyborg sait fort bien que ce n’est pas le meilleur choix que de descendre à pic, mais c’est le seul dont il disposait : il doit poursuivre les deux sondes sans pour autant être repéré, mais il n’a guère d’aile pour franchir le gouffre, et chercher un chemin en pente douce dans l’obscurité n’aurait guère que servi à le retarder plus encore. Peut-être cependant, un autre chemin eût-il été plus rapide.

Peut-être.

Mais ce n’est pas une hypothèse qu’il aurait eu le loisir de tester pour en vérifier la justesse : le temps est son ennemi, il ne peut se permettre de le gaspiller - quitte à agir dans la hâte. Une brutale bourrasque de vent souffle, remonte le long de la falaise avec un sifflement strident. Woooooosh. Le cyborg sent son corps vaciller. I...Illogique. Son corps pèse plus d’une centaine de kilos, il ne devrait pas...Il se sent soulevé. Ses pieds quittent leur appui un instant, comme s’il était en apesanteur. La bourrasque l’arrache à la gravité ! Il tente de s’accrocher, ses pieds cherchent un appui contre la roche, ses deux mains encore valident fouillent aveuglément une prise quelconque. Il doit se maintenir en position, résister au vent. Une chute serait inéluctablement fatale de cette hauteur. Ses doigts squelettiques raclent contre la pierre, sans effet. Il sent la terre qui s’effrite sous son contact, il la voit qui se craquelle, se soulève, emportée par l’immonde rafale. Ses griffes glissent contre la pierre gelée. Son pied gauche dérape. Si seulement...Si seulement il avait quelque chose pour s’accrocher ! Son regard tombe sur une aspérité, moins d’un mètre plus haut. Là ! Il doit la saisir. Le vent le projette violemment vers le haut, avec une force insoupçonnée. Ses deux mains valides se tendent vers le relief. S’il s’y accroche, il pourra se soustraire aux effets du vent. Ses doigts ne sont plus qu’à quelques centimètres...

Le vent s’interrompt.

Les yeux du cyborg s’agrandissent, alors qu’il réalise ce qui se passe : le vent s’est arrêté. Le sifflement et la force qui le poussait vers le haut se sont arrêtés. Son ascension s’est arrêtée – non, ce n’est pas tout à fait ça. Il tombe. Teh Ree Stal’rax est en chute libre. C’est l’évidence même, songe-t-il. Une rafale ne peut durer indéfiniment. Même si elle avait la puissance pour soulever son corps, si lourd soit-il, sur plusieurs mètres...Il aurait dû savoir qu’elle finirait inévitablement par cesser. Le haut de la falaise s’éloigne à une vitesse ahurissante. Le cyborg chute, dos vers le sol, regard vers le ciel. Le vent terrible forme une gangue autour de lui qui l’empêche de se mouvoir. Son corps est tétanisé, mais point par la peur, non : par l’air et la vitesse qui tissent une prison que nul effort ne saurait briser. Il sent ses bras qui se mettent à vibrer, alors qu’il gagne encore en vitesse. Problématique. Visiblement la gravité de ce monde semble être d’au moins un monde standard. S’il poursuit sa chute, il va acquérir une vélocité terminale qui lui sera fatale. Ses yeux tombent sur la falaise, dont les reliefs, pareils à des murailles de dents, défilent à toute vitesse. Il serait impensable de s’en rapprocher en chute libre pour tenter de freiner sa chute. Même s’il utilisait ses deux bras tranchés pour se ralentir, il finirait disloqué par le choc initial, très probablement. Même s’il trouvait le moyen d’accrocher une corde, il lui faudrait d’abord ralentir sa chute. Pour ça, il lui faudrait un réacteur, comme ceux utilisés dans les speeders, un quelconque moyen de lutter contre la gravité. Le Kaleesh tente d’inspirer. L’air tente de s’échapper de ses poumons, lui arrachant une quinte de toux. Il doit lutter contre la gravité, mais il n’a pas de tel dispositif sous la main. Il n’a guère que les circuits de camouflage holographique arrachés au droïde assassin et sa lanterne sonde qui…Son esprit émet une pause.

Sa lanterne sonde… ?

Les sondes sont capables de voler. Même si à basse altitude, elles en sont capables : le fait qu’elles aient passé si aisément le gouffre où le cyborg chute en est la preuve. Le modèle qu’il a converti en lanterne était aussi apte à flotter...Son ultime espoir est que la délicate électronique chargée de faire léviter la sonde qu’il a terrassée n’ait pas été détruite. S’il arrive à la faire fonctionner...Mais y arriverait-il, en pleine chute, sous les tourments du vent, sans connaître l’architecture de l’appareil ? Il n’a pas le choix. L’échec signifierait sa mort. Son regard se porte à sa ceinture, où l’objet se trouve. La forme arachnéenne est nimbée de flammes. Elle...Brûle ? Malgré sa perte imminente, l’attention du cyborg est toute entière captée par le phénomène. Impossible. Avec une telle vitesse n’importe quelle flamme aurait déjà été soufflée et éteinte par le vent. Et ceci, en considérant le froid ambiant, plus le fait qu’il ne transporte aucun produit inflammable sur lui...Ce n’est proprement pas possible. Quand a-t-elle pu… ? La terre de la falaise serait-elle une forme de glaise hautement inflammable… ? Les langues oranges crépitent, éclatent, craquent. La hanche du cyborg s’embrase à son tour. Impensable...Se pourrait-il que la glaise permette d’enflammer tout ce qu’elle touche ? Quant bien même...Ce n’est pas…Les langues de braise se répandent sur tout le corps de Teh Ree Stal’rax. Il ne ressent pas de douleur. Il ne ressent pas de chaleur. Mais l’air devient irrespirable. Il sent les craquements et crépitements de la fournaise qui le dévore et le nimbe en un manteau aveuglant. Sa main gauche est un brandon, un os embrasé qui se consume aussi sûrement que le reste de son corps. Ah, oui...Le kaleesh a déjà vu des illustrations de ce genre. Un squelette à sa crémation. Un spectre à son enfer d’oriflammes. Il porte le regard vers le haut de la falaise, mais il ne voit guère que des braises qui fuient, mélancoliques, vers l’astre bleu – solitaire dans son ciel glacé. Quel tableau approprié...Une étoile de glace, dans un cadre de flammes…Approprié en effet pour une descente aux enfers. Les flammes englobent tout, puis deviennent un abîme d’obscurité. Est-ce...Est-ce un vaisseau, qu’il voit s’extirper du noir ?

Ah...Oui...



C’est son vaisseau qui fuit Utapau.





Noir complet, absolu. Une seule conception : cage...Il est en cage. C’est une pièce, de sa propre conception, une salle sans porte ni fenêtre. Le plafond est nu, dépourvu de lumière. Point de chandelier, point de soleil, point d’étoiles. Le noir est complet, total, mais pourtant il a conscience des murs, si proches qu’il pourrait les toucher en tendant seulement la main. Un néon se met à grésiller, quelque part, au loin, hors de la pièce, mais le son est cependant audible - proche. Le bruissement agaçant et régulier tapisse le silence. À mesure, comme encouragés par le premier bruit de l’ampoule défaillante, d’autres sons s’élèvent. D’abord, un martellement profond, qui semble venir du sol. Tum. Tum. Tum tum. Tum. Tum…Ensuite une aspiration – régulière - pareille à une rivière glacée plongeant sur un magma brûlant qui s’évapore immédiatement. Pschhhhhhhhhh…Le choeur déclame son texte de bruits. Ses artificiels choristes profanent le paix de l’oubli et de l’inconscience, téméraires, livrent une histoire de machines, une histoire qui n’a pas de sens pour le vivant, une histoire inerte et sans saveur. Quelque part, un oiseau de fer, soliste, se met à déclamer des notes aiguës et cuivrées. Singulier virtuose à la voix grinçante et rouillée, il étire son texte par de singuliers trilles qui paraissent des cliquetis d’une chaîne grossière. Le choeur reprend son tapis profond et obsessif. Au fond d’un couloir invisible résonne la lourde porte d’un abattoir. L’orchestre vocal se tait.

Un nuage de bulles argentées s’élève en tremblant vers la surface, infiniment plus haut. La procession frissonnante se hâte vers le haut. Autour c’est un océan de plomb. Et au-delà...Le dormeur bat lourdement des yeux. Frissons et murmures. Une parole unique remonte à la surface, d’une voix au timbre universel, cette voix de souvenir à laquelle l’esprit accorde la sonorité qu’il lui plaît, pouvant la parer de tous les accents du monde comme aucun à sa convenance, pouvant la rendre féminine ou masculine à son gré, sans en altérer la nature mais pouvant en changer la portée. Voyez colonel, ce que dans un vieux atelier j’ai pu trouver. Pschhhhhh font les bouches d’évacuation. Sur un souffle non moins doux les verrous s’ouvrent ; une porte se dégage et glisse sur le côté. Brusque retour de conscience.


Le Kaleesh ouvre les yeux. Il est suspendu. Chaque bras est enserré d’une menotte magnétique qui le maintient fermement en l’air. Ses pieds ne touchent point le sol, car il est soulevé à plus un mètre de hauteur. Quatre tuyaux descendent autour de ses entraves, s’enroulent autour de ses poignets avant de plonger vers son torse, mais les embouts à présent battent mollement l’air, déconnectés. Les tuyaux proviennent d’un couvercle circulaire. Le cyborg est dans une cuve. Curieux...Que cette situation est...Familière...Un instant il réfléchit, tandis que son regard erre en quête de réponses. Ne s’était-il point éveillé dans un lieu similaire, avant sa chute ? Le propriétaire des lieux l’y aurait-il ramené après l’avoir sauvé de sa mort incendiaire ? Non, songe-t-il, ça n’aurait pas de sens. Si ledit propriétaire avait envoyé à la base une sonde pour l’assassiner, alors il n’aurait eu aucune raison de le ramener ensuite à ce point de départ. Son regard erre, le long des tuyaux, remonte sur ses bras. Pour réussir à le sauver d’une telle chute, il aurait fallu être présent à temps. Les deux sondes, peut-être ? Ses yeux poursuivent leur ascension, dépassent le coude jusqu’à l’avant-bras. Oui, les sondes pouvant voler, elles auraient pu être présentes, mais elles n’auraient pas eu la force nécessaire. Des réacteurs cachés sont improbables...Mais une forme de rayon tracteur… ? Ce ne serait pas inconceva-.

Les pensées du cyborg s’arrêtent. Ses yeux viennent de tomber sur son poignet droit. C’est là que se trouve la menotte magnétique, c’est là également que remonte vers le haut l’un des épais tuyaux crénelés d’approvisionnement de la cuve. Mais au-delà de la menotte circulaire, irisée encore d’un éclat bleu qui signale son bon fonctionnement...Des doigts. Ses doigts. Sa main est là, squelettique et entière, effilée et crochue, articulée et réactive. Teh Ree Stal’rax plisse les yeux, un instant sceptique. Il agite chacun de ses doigts, comme pour en confirmer le bon fonctionnement. Si sa main est là…

A-t-il rêvé sa perte ? La sonde, la vallée, le lac, les cristaux, la falaise...Tout ne serait qu’un rêve ? Une hypothèse plus profonde naît instinctivement dans l’esprit du scientifique : et si il rêvait actuellement ? Le monstre de fer demeure silencieux. Soudain, une porte s’ouvre, dans un coin de la pièce. Les lumières du plafond s’allument : trois néons aveuglants plongent le noir dans un blanc aveuglant, qui heurte les iris du Kaleesh. Il détourne le regard, garde les yeux mi-clos le temps que ses yeux s’habituent. Des pas approchent. Au son, l’on dirait...Trois pas différents. Le premier est pressé, des bottes de cuir, la démarche hâtive - enthousiaste. Le second est plus léger, détendu, presque noble. Le dernier est allongé, lent, lourd ; il est également caractéristique de bottes de cuir, mais plus menaçant et régulier. Pas de sonde pour venir l’assassiner cette fois, eh, songe Teh Ree Stal’rax. Il arrive enfin à distinguer ses environs directes. La cuve est dans une salle blanche ; le sol carrelé luit impeccablement, entretenu sans doute avec le plus grand soin. Un superordinateur au minuscule écran contrôle le matériel, dont probablement tous les mécanismes de la cuve. Plus important : le groupe est dans son champ de vision. Le premier individu est un être dans un scaphandre coloré de violet. D’une carrure rectangulaire et d’une démarche pourtant rapide, il a la hâte d’un jeune chien qui joue autour de ses maîtres. C’est un...Un...L’esprit de Teh Ree Stal’rax force le souvenir à remonter. Un...Skakoan. Le second personne, bien plus calme, avance d’un pas mesuré. Lui ne porte pas de scaphandre, vêtu d’un habit si simple qu’on le prendrait presque pour une toge, si ce n’est l’élégant plastron du torse. Sa morphologie étirée et sa peau ridée et beige traduisent sa nature bien plus aisément à l’intellect cybernétique. C’est un Muun. Le trio s’arrête face à la cuve. Le troisième personnage, bien que plus petit que ses congénères, est tout de noir vêtu ; un masque à gaz couvre son visage, une casquette militaire lui sert de couvre-chef. Dans son dos il porte une carabine, accrochée sur l’épaule, et son manteau – un ciré noir qu’il ne boutonne qu’à partir de la ceinture – claque derrière lui.


« - Vous êtes enfin éveillé. » Dit d’une voix étouffée et dénaturée – par un vocodeur probablement – le troisième personnage. Le trio arrive à son niveau. Chacun toise le Kaleesh à sa façon, mais celui qui doit probablement être un humain par sa carrure poursuit néanmoins :
« - Ne vous attendez pas à un retour chaleureux dans une chambre confortable. Si vous êtes encore vivant, c’est uniquement parce que nous souhaitons la vérité pleine et entière. Vous êtes vivant par la grâce séparatiste pour la grâce séparatiste, Tericarax. »

Quel…
Quel est ce nom ? Tericarax…Tericarax ? Le cyborg étudie la sonorité du mot. Tericarax...Teh Ree Stal’rax...Oui...Teh Ree devient Teri...Stal’rax s’abrège en carax, par soucis de simplicité et pour faciliter la prononciation...Tericarax...Le nom et son origine sont un pavé lancé dans la mare de la mémoire du kaleesh. Il…La promesse à Abe’. Il...L’éclair négatif face à son Mumuu et la perte de ses émotions. Il…L’immense croiseur effondré transformé en son antre par des années de labeur. Il...Son laboratoire en flammes. Il...Le bombardement républicain. Il…Un représentant Muun qui l’accueille à sa résurrection artificielle. Il...La poursuite de ses anciens contracteurs. Il...L’immensité de la galaxie. Les millions de systèmes et la variété infinie des planètes. Les espèces à l’évolution déraisonnée. La terreur de ceux qu’il rattrape. Les pièges et embuscades. Les négociations houleuses. Un jeune humain abandonné...Nathrin. Les mondes sans fin. L’espace fascinant aux seules limites de sa physique inconcevable. La naissance d’une étoile d’énergie noire, aux bords de la galaxie, drapée d’obscurité et subjuguant la flotte spectatrice. Il...L’entrée dans la Confédération...Il...Les interventions, les conflits, la marche des machines, la course des soldats. Il...Le chaos des affrontements, l’immense Forge Stellaire, la mort dans les couloirs, les cadavres entassés. Les sensitifs. Les Jedi. Les Sith. Ast’era. La Force. Il...Son laboratoire. Son équipe, ses recherches, ses spécimens et son aile d’expérimentations. Ses niveaux multiples qui plongent sous la montagne forestière et recluse de Cato Neimoidia.
Les souvenirs sont si intenses, les images si vives et multiples que le cyborg cesse de respirer.

Oui...Il...Taris, l’hôpital ravagé par la terreur et le terrorisme. Iroey, Sting, les Rakgoules. Il…

Il est Tericarax. Le constat lui arrache une brusque inspiration. Il respire, d’asthme. Il respire, tousse. Ses yeux d’or se fixent sur le trio. Oui...Il est Teh Ree Stal’Rax, appelé Tericarax dans le langage commun, le basic. Il a perdu connaissance. Oui...La roquette du droïde B1...La trahison de Sharkaran...Le voile de l’énigme se déchire. Les éléments incohérents se mettent en place. Ses souvenirs, ses rêves...De simples délires d’un coma. Tout est si évident ! Tout est si trivial !
Alors, pour la première fois depuis des décennies, pour la première fois depuis qu’il a quitté Kalee, pour la première fois depuis qu’il arpente la galaxie, un son s’élève qui n’est pas asthme, qui n’est pas parole : lourd,comme un tonnerre, chromé et déformé, tel est le rire du cyborg. Pareil à une pluie de givre, glacé, mais empli de la flamme victorieuse et perverse de la victoire. Oui, tout est si évident...Tout est si...Logique.


« - Quelque chose vous amuse ? » commente le personnage en noir d’un ton où plane une menace à peine dissimulée.

Tericarax cesse de rire.


« - Je comprends tout juste l’étendue de la situation, colonel Cinder, rétorque le cyborg. Nous avons bien des choses à nous dire, vous et moi. J’ose espérer que vous n’êtes entouré que par ceux à qui vous vouez la confiance la plus absolue. Sans doute est-ce aussi en quête de vérité et non d’allégeance que vous êtes face à moi...(Son regard se porte sur le grand Muun, à côté du colonel. Celui-ci a à présent une expression circonspecte, confuse presque) N’est-ce pas, Sin Hall ? »

Le Muun fait un pas en arrière. Cinder porte la main à sa ceinture, au niveau de son blaster.
Tericarax plisse les yeux.

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MessagePosté le: 11/06/2018 02:15:26    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

« - Colonel, baissez votre arme. » réclame le Muun, autoritaire.

L’interpellé fait un pas sur le côté, puis deux, le blaster toujours pointé droit sur le torse d’un Tericarax épuisé, revenu difficilement à une conscience approximative. La vue du cyborg est trouble. Tout est si difficile à percevoir...La lumière est si vive, les néons si intenses. Le sol carrelé, blanc impeccable, est pareil à un soleil infâme dont la simple contemplation réclame un insoutenable effort. C’est un tableau de flammes blanches, et au milieu de cette mosaïque de douleur ne se détache pour l’instant qu’une forme : noire, rigide, luisante de cuir, la figure stricte du militaire Cinder, engoncé dans son manteau de nuit. De tous les contrastes cruels qui sont venus accueillir le cyborg à son réveil, le colonel est ironiquement l’un des rares points de repère qu’il peut suivre dans l’espoir d’apaiser sa vue. Il cligne des yeux, pour se laisser le temps de s’acclimater à cette maudite lumière. L’expérience lui donne mal au crâne. Les images s’impriment au fer rouge dans son esprit. Cette étrange délégation venue le saluer sans courtoisie est préoccupante à plusieurs égards, mais plus encore la présence du funeste colonel.
Cinder est un intrus, au milieu du trio ; ses deux camarades sont habillés de toges élégantes et précieuses, ce sont des élus, des délégués, des présidents, des hommes d’affaires. Lui est un assassin. Il ne porte point de carnet ou de tablette, guère d’onéreux dossier qui réclame son attention même aux instants où la priorité est à d’autres affaires. Les porte-feuilles sont troqués pour des poignards, les attaché-caisses pour des blasters. Émergé de son coma, le Kaleesh ne comprend pas pourquoi ni comment ses trois invités peuvent se tenir face à lui. Combien de temps a pu s’écouler entre sa perte de connaissance et l’instant présent… ? Des heures ? Des jours ? Des mois, voire des années peut-être…

Il ne sait pas. Tericarax ne sait pas. La situation est hors de son contrôle ; tout ce qu’il sait est qu’un mot de travers pourrait signer sa mort, de la main gantée du colonel. C’en serait presque effrayant. Une simple impertinence pourrait signifier sa mort, sans appel et d’un verdict immédiat. Il doit comprendre le contexte, la situation, assembler tous les éléments. Son bluff initial n’a pas fonctionné. Il avait espéré qu’en taquinant l’assurance de Cinder d’une propre salutation emplie d’arrogance, il pourrait apprendre plus d’informations sur le présent. Ils ne se sont rencontrés qu’une fois, ceci pour le briefing qui précédait l’envoi de Tericarax en orbite de Utapau. Pour quelle raison un haut-dignitaire confédéré se serait-il déplacé jusqu’au chevet d’un cyborg mourant ? Pour l’interroger, a indiqué Cinder...Mais un soldat aurait pu lui-même s’en charger...Compte-t-il l’exécuter sur le champ ? Non, Hall, grand gourou et président du Clan Bancaire demande à Cinder de baisser son arme ; c’est bien qu’ils ont besoin de Tericarax vivant, pour ce qu’il sait. Les informations sont donc si cruciales qu’elle exige la présence de Cinder...Mais Sin Hall ? Le président du Clan Bancaire ?


« - Avec tout le respect que je vous dois président Hall... » Entame d’un ton mielleux le Skakoan, troisième personnage présent dans ce tribunal improvisé qui accable Tericarax de peines qu’il ignore « Notre...Invité (sa voix s’emplit brusquement de dégoût, alors qu’il désigne d’un geste la direction de Tericarax) semble encore sous l’emprise de cette sorcière républicaine...Ne serait-ce pas grâce que de lui accorder le repos qu’il mérite ? »

Sorcière républicaine ? Emprise ? Impossible cette fois de bluffer ; le Kaleesh n’a pas la moindre idée de ce dont il est question. Il cligne à nouveau des yeux. Son regard s’habitue progressivement à la luminosité, bien que le mal de tête soit toujours bien présent.

« - Assez ! Tonne Sin Hall, irrité. Colonel, baissez votre arme, je ne vous ai pas appelé de Géonosis pour que vous veniez ruiner une si fortuite découverte. »

Fortuite découverte, eh ? Cela suggère un coup de chance. Première hypothèse : Sin Hall a localisé son corps sans vie et l’a ramené à son état de conscience. Il a appelé le colonel ensuite pour l’interrogatoire. Mais ça n’explique pas le troisième individu. Tericarax arrive à présent à percevoir plus nettement les visages de ses interlocuteurs. Cette pièce est trop lumineuse à son goût – et s’il n’avait que le soucis de son confort il garderait sans doute les yeux clos. Mais la situation exige qu’il tolère sa douleur lancinante pour l’heure – car des prochaines interactions dépend sa vie.

« - Mais votre fortuite découverte pourrait bien déblatérer mensonges sur mensonges, monsieur le président... » Objecte le Skakoan en protestation.

« - Et vous pourriez tout à fait revenir d’où vous êtes venu sur le champ, monsieur Vryla. » tranche Hall.

Les objections tues, Cinder lui-même consent enfin à rengainer son arme sous son manteau. Le Muun porte son visage ridé par l’âge comme par le soucis vers Tericarax. Les yeux du Kaleesh se sont à présent habitués à la luminosité.


« - Par deux fois...Votre parole m’aura sauvé la vie, président Hall. » Dit le cyborg d’un souffle rauque.

« - Pour l’heure du moins. Nous voici quinze ans après, professeur. Je n’étais qu’un petit pion de la Fédération du Commerce à l’époque. À présent je suis président du Clan Bancaire...Vous n’avez guère changé depuis cette nuit là. »

« - À votre inverse...Vous avez vieilli, président Hall. »

Le Muun sourit avec amertume.

« - Vous n’avez pas perdu votre honnêteté à toute épreuve à ce que je vois...Vous avez raison. Le temps nous rattrape tous professeur. Vous même, vous n’avez plus la force que vous aviez il y a quinze ans. »

« - La seule chose que je n’ai perdu cette nuit est mon esprit, président Hall. Et c’est la seule part que j’ai continué à entretenir ces quinze longues années. »

« - Qu’en est-il de votre loyauté ? » Intervient Cinder, courroucé.

« - Mon allégeance est à la Confédération. Elle l’a toujours été. »

« - Vraiment ! » S’esclaffe le Skakoan du nom de Vryla sous son scaphandre. Sa voix, hilare, poursuit, en écho sous son heaume artificiel de fer et de caoutchouc : « Vous avez donc tué Tarun Blaum par loyauté envers la Confédération ? Et la générale, votre complice, échappée par votre loyauté à la Confédération ? »

C’est donc ça. La situation sur Utapau...Oui, Sharkaran...Sharkaran a probablement pris soin d’obscurcir au possible tous les éléments de cette sombre trame. Lui faire porter le chapeau pour Blaum n’est que pure logique. Complexe...Tericarax n’a aucune garantie que les agents du Killik ne sont pas présents ici. Cinder lui-même pourrait être à la botte du consul, prêt à abattre quiconque serait prêt à faire éclater la vérité. Il va falloir jouer finement.

« - Je vois...C’est donc votre curiosité qui vous amène devant moi, président Hall ? »

Retrouvé par hasard par les hommes du Muun, amené dans cette...Capsule de soins intensifs, préservé pour qu’on l’interroge enfin, qu’on sache s’il a réellement trahi...Oui, ça n’est pas incohérent.

« - Est-ce vrai… ? Demande le banquier. Avez-vous aidé une républicaine à abattre l’un des nôtres ? »

« - Évidemment que c’est vrai ! Tonne Vryla, exaspéré. Vous avez vu les vidéos ! Vous avez vu les gardes magna, et vous avez vu la férocité avec laquelle cette...(Il agite la main en direction de Tericarax, cherche un instant le mot approprié pour exprimer tout son dédain)...Bête sauvage les a abattus. »

Tericarax choisit de ne pas répondre. Sin Hall demeure silencieux un moment. Visiblement pensif, il fait les cent pas dans la pièce à présent, une main sous le menton. Quelle affaire, songe le cyborg. Il semble que son procès soit déjà majoritairement rendu, avant même d’avoir réellement commencé. Il n’a pas les moyens de s’échapper par la force, de cela il est certain. Son éventuel salut ne peut provenir que du président et de ses décisions. Son sort est pendu à la volonté du vieux Muun. Des vidéos a dit Vryla, hm ? Quelle question complexe...Il se peut que les services du renseignement aient créé un enregistrement factice où Blaum périrait effectivement de sa main. Qui sait quel scénario tordu Sharkaran et la propagande confédérée ont bien pu inventer à son sujet ? Répondre quoi que ce soit qui apparaisse faux pourrait bien lui attirer les défaveurs de Hall et signer son arrêt de mort. Le silence est sa seule alternative pour l’heure.

« - Fidèle à la Confédération ! Fanfaronne Vryla. Si fidèle qu’il s’est laissé avoir par les pouvoirs d’une petite sensitive ! Vous vous êtes laissé avoir, mon bon professeur ! Ensorcelé par les soins de cette maudite générale ! »

Sin Hall cesse de faire les cent pas.

« - Merci monsieur Vryla, ce sera tout. » Dit-il avec calme et douceur.

« - Que...Mais je... » argumente le Skakoan, soudainement penaud.

« - J’ai bien entendu votre avis, merci, à présent laissez-nous seuls je vous prie. »

Avec un soupir de frustration, l’alien en scaphandre s’exécute. Il ne reste bientôt plus que le Kaleesh, le Muun et l’assassin dans la pièce. Tericarax demeure pensif quant aux paroles de Vryla. Ensorcelé par Yvanol, huh ? C’est donc ça que Sharkaran est allé chercher ? Malin, il faut l’avouer. Cela permet à la fois de rejeter la faute pleine et entière sur la République, mais aussi sur les sensitifs…Une stratégie extrêmement futée, il faut bien l’avouer.

« - Donc, reprend Sin Hall, est-ce vrai ? Avez-vous collaboré au meurtre du défunt Blaum ? »

Vryla ne semblait pas porter Tericarax dans son coeur. S’il en est un qui aurait pu effectivement servir les intérêts de Eldjurath, sans doute était-ce lui. Cinder semble obéir à Hall – bien qu’avec réticence. Il peut demeurer un agent du consul venu faire taire la vérité mais...Jamais le Consulat n’irait jusqu’à abattre le président du Clan Bancaire. Le colonel risquerait trop en contrariant Sin Hall, l’un des acteurs les plus éminents de l’économie confédérée.

En d’autres termes, le cyborg est dans un environnement fiable.


« - Non. » Dit-il enfin.

« - Vous n’avez pas été ensorcelé par la générale Yvanole ? »

« - Pareils tours de Force ne fonctionnent guère que sur les faibles d’esprit. Vous conviendrez que je n’en suis guère. »

« - Alors pourquoi l’avoir laissée agir ? Pourquoi ne pas avoir défendu Blaum ? »

« - C’est précisément ce que nous faisions, président. Nous défendions Blaum. Un tireur a tenté de l’abattre, voyez-vous. Il y serait parvenu, sans notre présence. J’ai trouvé dans le bureau de Blaum un mouchard, qui était sans doute utilisé par ledit tireur pour déterminer le moment opportun où frapper. »

« - Un tireur, reprend le colonel Cinder sous son masque à gaz. Vous insinuez que les Sith seraient allés jusqu’à engager des snipers ? Pour une opération organisée à la hâte comme leurs attentats ? »

« - Non, colonel. Je crains que le sniper ne soit de nos propres hommes. »

« - Vous suggérez une taupe. Et sans preuves, de surcroît. »

Des allégations sans preuve n’auront effectivement qu’un seul effet : diminuer le crédit que le colonel et le président veulent bien accorder à Tericarax. Il ne peut se permettre de soumettre ses hypothèses. Il ne peut se permettre de parler à la hâte et d’accuser, car ce serait probablement fermer sa seule porte de sortie. Il lui faut être précautionneux.


« - Je suggère qu’il suivait des ordres bien précis et qui n'étaient pas de moi. J’avais ordonné à mes forces de lui livrer la chasse – certainement ces ordres vous pouvez les retrouver dans les communications que j’ai pu passer à mes troupes. »

Sin Hall jette un œil à l’homme engoncé de noir à son côté.

« - En piste, colonel. »

Tericarax demeure silencieux. Avaient-ils anticipé qu’il parlerait de la sorte ? Sans un mot, Cinder sort un large datapad. Après avoir composé plusieurs codes d’accès différents, il affiche enfin un long texte déroulant.

« - Ceci, entame-t-il, est l’historique de tous les ordres que vous avez donné lors de l’opération sur Utapau. Suivant votre trahison, une enquête approfondie a été ouverte. Vous comprenez bien, il fallait s’assurer que vous n’ayez pas infiltré d’éventuels complices supplémentaires dans toute cette affaire. »

Logique, en effet, songe le cyborg. Une précaution qu’il ne peut que saluer ; il aurait fait de même à la place de l’État Major. C’est donc pour ça que Hall a appelé Cinder. Il ne voulait pas que le colonel l’interroge, mais qu’il aide à vérifier ses dires...La prévoyance du président n’a guère changé en ces quinze années. Le colonel, actuellement, parcourt les ordres.

« - Vous dites vrai, vous avez bien ordonné aux troupes de pourchasser un sniper. Et vous avez demandé également à l’unité SVE-97 qu’il...Traque les communications jusqu’au bureau du feu Blaum. »

« - C’est donc ainsi que vous avez déterminé la présence du mouchard ? S’enquiert Hall. Son regard brille de curiosité. »

« - Cela est correct. Nous étions en pleine phase d’entretien avec Blaum. État post traumatique grave, aptitudes de paroles restreintes, fixation sur son fils mort. Mais il a mentionné un nom. Signes d’anxiété à sa mention. »

« - Revenons au sujet, tranche le colonel. Si vous protégiez Blaum, vous et la générale, qui l’a tué ? Et ne me dites pas le tireur, car les blessures ne correspondent pas. »

« - Les blessures ne correspondent pas non plus à des vibrolames ou un sabrolaser, n’est-ce pas colonel ? C’est l’escorte de Blaum – ses gardes IG-100 – qui est responsable de sa mort. »

Le binôme échange un regard. Ils ne le croient probablement pas.

« - Vous suggérez que les gardes ont été compromis et que vous êtes innocent ? »

« - Je suggère cela, en effet. »

Cinder soupire, excédé.

« - Pardonnez moi président, mais je ne peux que donner raison à Vryla. »

« - Ne soyez pas hâtif, colonel. Professeur, vous étiez l’autorité référente sur Utapau. La garde qui protégeait Blaum avait été mobilisée par vos soins, seuls vos ordres ont pu signer sa mort, à moins d’une autorité supérieure. »

« - C’est exactement à cette autorité que je fais référence, président Hall. »

« - Qu’un traître se cache dans les hauts rangs confédérés ?! Absurde, vous êtes absurde ! »

« - Calmez vous colonel. Si pareil ordre était donné, il y en aurait certainement mention quelque part. »

« - Et il n’y a rien ! Voyez-vous même président ! Rien ! »

Problématique. Les deux échangent à voix basse et se mettent à débattre. Tericarax reste pensif. Sharkaran a probablement effacé ses propres traces...Altérer les registres de droïdes entiers… ? Maudit Killik, ses services doivent être extrêmement performants pour accomplir une telle pirouette. Il a probablement profité du temps où les escouades droïdes le pourchassaient, lui et la générale, pour effacer toute trace des ordres donnés à son sujet...Et bien entendu, toutes les unités sur le canal étaient les droïdes. Les unités organiques ne suivent pas les directives des ordinateurs centraux, seuls les droïdes y sont connectés pour…
Droïdes.


« - Mon garde magna aura les ordres.» Dit Tericarax pour lui-même à voix haute. 

Le colonel se tourne vers le cyborg.


« - Les ordres ? »

« - Il était connecté aux ordinateurs centraux de notre flotte, pour faciliter la communication avec ses pairs. Il a été conçu sur mesure, aussi il ne porte pas l’empreinte des fabriques de l’armée – je me suis assuré moi-même qu’il n’ait nul dispositif de traque à son bord – simple précaution. Si vos forces ne l’ont pas réduit en charpie...Il aura les ordres que vous cherchez. »

« - Ridicule. Je ne peux pas croire que vous essayez de vous en tirer de la sorte... »

« - Quand vous dites garde magna...À quoi ressemble-t-il ? » Demande le vieux muun, ignorant la remarque de son compagnon militaire, qui commence à perdre manifestement patience.

« - Il est féroce au combat, car entraîné de ma main, dévoué aussi. Il porte un manteau blanc, frappé des symboles du Mumuu qui ornent mon propre visage. »

Sin Hall, alors, fait quelques pas en arrière et applaudit.


« - Voilà qui est splendide ! Lorsque je vous ai trouvé, j’ai également trouvé avec vous un tel droïde. Si vous aviez menti sur son apparence, j’aurais su que vous n’étiez pas digne de confiance, mais à présent peut-être pouvons nous espérer que la vérité éclate au grand jour. Qu’on l’amène ! Et nous tirerons enfin cette affaire au clair. »



Il ne faut que quelques minutes pour qu’on amène un droïde entravé de menottes magnétiques dans la pièce. Un silence lourd d’attente s’est installé, couvert par la respiration difficile du cyborg – parfois marquée de sa toux. Il arrive à faire le point à présent. Sin Hall a trouvé Tericarax, ainsi que son IG-100. Sharkaran a établi une propagande certaine autour de sa quasi mort, prétendant d’une part que Yvanol et lui ont assassiné Blaum – comme il l’avait anticipé – mais également que Lyzs aurait d’une manière ou d’une autre contraint Tericarax par la Force à le faire. Pour couvrir ses traces, il aurait effacé les ordres donnés au sujet de Blaum ainsi que Lyzs et Tericarax ; de la sorte, l’État Major songerait en effet à une trahison pure et simple, où les droïdes auraient pourchassé le binôme en réaction au meurtre et non à un ordre externe. Le killik est d’une efficacité à toute épreuve, il faut bien l’avouer. L’ordre donné uniquement aux droïdes puis retiré des bases de données permet de porter une culpabilité accablante sur Tericarax, tout ceci quasiment sans frais. Un vrai coup de maître. Devant les yeux du cyborg, on vient brancher au crâne de son IG personnel une batterie de connectiques et de câbles ; on les relie à une console, bientôt celle-ci s’allume.

« - Vous êtes certain qu’il n’aurait pas pu modifier les ordres lui-même ? » demande l’homme vêtu de noir au Muun vêtu de blanc.

« - En plein coma ? Assurément ce serait un talent qui nous dépasserait tous mon cher colonel. Trouvez vous un ordre des ordinateurs, à la même date ? »

Cinder demeure quelques moments silencieux, occupé à naviguer à travers les archives de la mémoire du fidèle serviteur de Tericarax.

« - J’ai...Bien quelque chose, en effet. "Le lieutenant Tericarax s'est rendu coupable de trahison aux côtés de la garde républicaine. Capturez par la force si nécessaire les gardes. La générale Lyzs Yvanol, le lieutenant Tericarax et Tarun Blaum doivent être supprimés. Le lieutenant Tericarax est déchu de son statut de militaire et n'a plus aucune autorité dans la CSI."... »

« - Et cet ordre n’aurait pas pu provenir de vous, n’est-ce pas professeur ? » demande le grand patron du Clan Bancaire, une main au menton.

« - Si tel était le cas, il serait assurément présent dans l’historique des communications avec mes unités, président. »

« - C’est une affaire grave. Plus grave alors que votre trahison potentielle, je le crains, car vous n’étiez alors qu’un lieutenant – sans vouloir vous offenser, professeur...Mais je pense que vous avez prouvé votre honnêteté. Colonel, libérez le. Un individu de sa stature n’a pas à être traité de la sorte après pareille intrigue. »

Ni en pleine convalescence post-coma songe le cyborg. Il ne faut guère longtemps pour qu’on libère enfin Tericarax de ses menottes magnétiques. Il tousse, en quittant son inconfortable position d’interrogatoire, tousse à nouveau. Le président, l’air profondément peiné, poursuit maintenant à l’intention du cyborg :

« - Au nom de la Confédération toute entière, professeur Teh Ree Stal’rax, je vous prie d’accepter nos plus sincères excuses. Vous êtes mon invité à présent. Nous allons également libérer vos amis sur le champ. Aucun mot, aucun discours ne saurait effacer l’affront qui vous a été fait...Mes excuses à nouveau... »

Ces mots proviennent d’un des Muun les plus puissants de toute la galaxie. De telles paroles en public auraient déchaîné la rage des HoloNews pendant des semaines, aurait créé des potins à n’en plus finir de surcroît, on aurait couvert de lauriers le bienheureux bénéficiaire de si gracieuses paroles de la part du grand dirigeant du Clan Bancaire ! Mais Tericarax demeure silencieux. Non, en effet, aucun mot ni discours ne saurait effacer tout le temps qu’il a pu perdre dans cette affaire. Il a failli même y perdre la vie. Risible, risible.


« - Peut-être pouvez-vous nous aider à traquer le coupable, si tant est que vous en connaissiez l’identité ? »

« - Je la soupçonne, du moins, entame Tericarax d’une voix sombre, mais je crains que vous ne soyez pas disposé à me croire en la matière ; moins encore à m’aider. C’est le nom que nous a prononcé si fébrilement Tarun Blaum avant sa mort. Il s’agit de Sharkaran Eldjurath. »

Il patiente une seconde. Sin Hall et Cinder échangent un nouveau regard. Aurait-il signé son arrêt de mort sur cette ultime vérité ? Maintenant qu’il est libre, peut-être peut-il prendre Hall en otage, si la situation l’exige, pour s’ouvrir une porte de sortie improvisée ? Il va falloir être plus vif que le colonel Cinder...L’assassin le plus mortel du régime, le plus funeste héraut de la Confédération...Avec son corps cybernétique endommagé, est-ce vraiment la meilleure action à effectuer… ? Il doit exister une autre alternative plus optimale. Il faut la trouver.

« - Une dernière question, professeur. » demande Hall.

Il ne fait aucun doute que le sort de Tericarax dépend entièrement de sa réponse, même si le Muun pourrait prétendre qu’à présent il est son invité d’honneur.


« - Vous avez sans doute étudié la disposition des gardes de Blaum et ses confrères, lorsque vous êtes arrivé. À quelle conclusion êtes vous parvenu ? »

« - La disposition des droïdes était affligeante. Ils étaient en sous-effectif manifeste. Difficile de croire qu’ils gardaient quoi que ce soit. »

« - Je vois. Colonel, il semble que nous ayons tout ce qu’il nous faut. »


Épilogue
_________________________

Casier d'un Kaleesh

Histoire d'un séparatiste

Formation → Corps à Corps
Level 1 → Corps à Corps
Level 2 → Corps à Corps
Level 3 → Corps à Corps
Level 4/5 → Non effectués (coma)
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MessagePosté le: 14/12/2018 17:11:19    Sujet du message: Tourner la page