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Tericarax
CSI

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MessagePosté le: 04/02/2017 14:50:43    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Brûlant était le soleil sur Utapau. On était au milieu de journée. Les rues des niveaux supérieurs étaient bondées, emplies de Pau'an à l'air noble et suffisant, droits et dressés de pourpre, engoncés dans des robes noires pour les autres. Comme des princes trop bons pour leur propre monde, ils avançaient d'un pas lent - comme prenant part à une cérémonie dont ils étaient les seuls à avoir conscience. Autour d'eux, tels une eau qui venait se séparer sur des rochers trop hauts, les petits Utais, plus craintifs et natifs des grottes souterraines, progressaient en sautillant, courbés et frêles, à la peau chauve et basanée. Mais à la population native se mêlaient aussi de ces droïdes protocolaires – certains piteux, rabibochés avec des pièces clairement pillées dans une casse quelconque – et même des étrangers. Des humains, rares, et les brutes à la mâchoire large et aux bras multiples qu'on nommait Besalisk. Sous la chaleur accablante et les rues bondées – et bruyantes – on se massait donc, chacun vers ses occupations. On échangeait en riant dans une langue incompréhensible ici. Là, un gros Trandoshan tapait sur la tête d'un droïde pousse-pousse pour lui être rentré dedans par accident.

Nathrin avançait au milieu de l'afflux, perdu dans ses pensées. Abrité sous l'ombre de son chapeau à larges bords il ne ressentait que l'air terriblement sec et chargé de poussière et point le soleil ; ponctuellement il toussait, agacé par la sécheresse. Il était arrivé au début de journée. Depuis, il n'avait fait qu'arpenter les rues, allant de cantina en cantina, discutant avec ceux qui voulaient bien échanger à cette heure – et dont il arrivait à saisir le dialecte, aussi. Jusqu'ici, pas de chance. Personne n'avait pu lui répondre. Il quitta la route principale et y abandonna avec la bruyante foule. Une route terreuse l'amena jusqu'à flanc de gouffre, après cinq minutes de marche. Là, un dôme de pierre orangée se dressait, guère plus haut que trois mètres. Une demi-sphère rocheuse, sans doute taillée à partir des montagnes elles-mêmes. En guise de porte, une ouverture rectangulaire large avait été creusée. Sur l'entièreté de son contour on avait gravé des symboles tribaux qui n'avaient aucun sens pour notre homme ; sans doute un dialecte Utapaun qu'il ne connaissait pas – encore un, et qui avait une valeur spirituelle ou religieuse quelconque. Deux Twi'lek sortirent en riant de l'endroit, lui adressant un bref regard, mais lui ne les regardait pas. Ses pensées étaient ailleurs. Il entra presque machinalement à l'intérieur de la cantina.

À l'intérieur les lumières étaient éparses, rares au milieu d'un air chargé de fumées – drogues en tout genre dansaient dans l'air comme les esclaves sur les cuisses de leurs maîtres. Sur la gauche, un groupe de rodiens maniait avec une dextérité surprenante la corne koo, en un Jatz effréné et énergique. Froid était l'air, loin de l'ardent soleil.

Nathrin se laissa envelopper par la mélodie et les vapeurs, mais aucun sourire n'apparut sur son visage. Il balaya des yeux la pièce. Son expérience de contrebandier lui avait appris comment trier d'un regard ceux qui ne savaient rien, venant à la cantina en quête de distraction et de plaisir, et ceux qui savaient tout et étaient là pour parler affaire loin des oreilles indiscrètes, cachés par la douce musique et camouflés derrière les effluves capiteuses de fumées. C'était la dernière cantina qu'il n'avait pas écumée. Toutes les autres ne lui avaient apporté aucune piste. C'était l'ultime lieu où il pouvait tenter d'éclaircir le sort de Tericarax. « Eclaircir » était un bien grand mot, car il n'y avait que peu de choses à élucider, vraiment. Il s'agissait de régler les derniers détails...Ces derniers détails, et il pourrait tourner la page.

Notre homme avait passé les derniers jours chez une amie de longue date, Irina Durlant. Il avait promis à celle-ci en partant (ou plutôt elle l'y avait contraint) : il ne prendrait pas de risques inutiles; il voulait juste en avoir le cœur net. La façon exacte dont Tericarax avait été abattu n'était relatée nulle part et Nathrin n'était pas satisfait avec juste des mots. Il voulait – il devait en savoir plus. Il avait vu avec inquiétude les messages de la Confédération à l'intention de la République. Nathrin savait pertinemment que la Confédération chercherait très bientôt qui avait bien pu laisser la générale passer entre les mailles du filet. Si la jeune femme était maintenant en sûreté dans le fief républicain, le contrebandier était au contraire en danger mortel. Mais quel choix avait-il ? Il devait apprendre la vérité sur la mort de son supérieur. Cette ignorance serait un fardeau qui le tourmenterait pour le restant de ses jours, il en avait bien conscience.
S'il avait choisi de plonger au milieu de la gueule du loup – qui n'avait pas encore commencé la traque de sa proie – c'est bien parce qu'il savait qu'il n'avait que peu de temps pour agir et espérer s'en tirer vivant.

Il plissa les yeux. Autour des tables, on s'affairait, on discutait bruyamment sous la couverture musicale continue. Là, on renversait son verre en riant, ici on faisait un magnifique jet aux dés qui faisait hurler les voisins, d'euphorie comme de rage, là on séduisait une Bith en tenue de soirée – vision des plus déplaisantes pour Nathrin. Des droïdes apportaient les cocktails, et même un gros B2 était dans un coin de la cantina – probablement pour assurer la sécurité. Un Gand sirotait tranquillement un cocktail, par une paille fantaisie loufoque qui tranchait avec son air sérieux. Lui. Il savait sans doute quelque chose, songea le contrebandier. La grosse mouche en scaphandre avait des airs de chasseur de prime, le genre qui répondait à l'argent et ne parlait que le langage des crédits. Ces gens se spécialisaient dans l'étude minutieuse du terrain et des événements récents. À défaut d'être capable de tout éclaircir lui même, il aurait sans doute une piste que pourrait remonter Nathrin. Il s'approcha d'un pas lent et maîtrisé de sa table ; on ne se jetait pas directement vers un interlocuteur potentiel, non, il fallait l'approcher doucement, voir ses réactions. Le Gand le remarqua sans trop de peine. Un Utai passa – deux fois plus petit que Nathrin – cocktails disposés sur un plateau, le forçant à s'arrêter. La mouche avait à présent son scaphandre vissé dans sa direction. Au moins, il l'avait remarqué, c'était toujours ça.

Le personnage était attablé seul. Adossé sur un banc rembourré, le dos appuyé contre un mur de pierre taillée où on avait grossièrement accroché des tentures colorées, il sirotait son breuvage, un verre où s'agitait un liquide bulleux et vert, dissimulé sous son armure couleur cuivre. Nathrin ne s'y trompa pas. Appuyé au pied de la table, à portée de main de l'autre, il avait bien vu le lourd fusil d'assaut. Un geste et il aurait pu l'attraper, massacrant quiconque le contrariait en une petite seconde à peine. Il sentait distinctement peser sur lui l'attention de la grosse mouche. Sur sa table, deux assiettes étaient en désordre, des os y baignaient dans un reste de sauce, accompagnés par les couverts qui trempaient négligemment dans les restes mal finis. Nathrin reprit sa marche, et en quelques enjambées il était devant la table. Le Gand ne broncha pas. Il ne broncha pas plus quand l'humain s'assit pour lui faire face.


- Bonjour, entama l'ancien contrebandier à voix basse. On ne voit pas souvent de votre espèce par ici. Qu'est-ce qui vous amène sur Utapau ?

Son interlocuteur en scaphandre continua à tirer sur sa paille. Son expression, son regard, tout était caché derrière les visières opaques et grossières de son casque insectoïde. Il ne semblait nullement prêter attention au fait que sa paille ressemblât à un manège à sensations miniatures, car elle était contorsionnée en des boucles loufoques et fantaisistes. Mais, songea Nathrin, c'était quelque chose qui rendait le Gand plus inquiétant encore. Il n'appréciait pas le scaphandre face à lui ; il ne pouvait quasiment rien discerner de ce que pouvait penser son interlocuteur. Il pouvait très bien être en train de songer à comment le tuer, et Nathrin n'aurait rien pu en savoir.

- On ne voit pas beaucoup d'humains non plus, répondit subitement le Gand en basic. Son accent était étrange ! Il s'exprimait en basic, mais on aurait dit que plusieurs voix étaient superposées alors qu'il s'exprimait. Une information contre une autre ; qu'est-ce que vous faites ici ?

- Je...J'ai vu sur le Shadownet les attentats. Je n'y croyais pas moi-même. Des Sith ? Des républicains ? Je voulais en avoir le cœur net.

- N'oubliez pas l'officier qui a trahi les confédérés et qui s'est fait tirer dans le lard à la fin, ajouta le Gand.

Nathrin, brusqué par ce détail, s'assombrit mais fit de son mieux pour le dissimuler. Il fallait feindre l'ignorance pour que toute son histoire tienne la route, aussi dur cela fut-il.

- C'est vrai alors ? Que quelqu'un aurait trahi la CSI et assassiné un dirigeant de Utapau ?

- Pas qu'un, rétorqua le Gand avec assurance de sa voix bichromatique. L'officier est mort, ça oui. Mais quelqu'un d'autre a trahi. La républicaine là...Quelqu'un l'a aidée à fuir.

Nathrin frissonna sous son manteau. Il se sentit soudainement épié, comme si la cantina entière l'observait subitement. Le Gand, lui, reprenait une gorgée de son breuvage. Peut-être était-il en train de sourire sous son scaphandre bruni, satisfait d'avoir piégé sa proie si vite ? Notre homme choisit d'ignorer le soudain malaise et le poids au creux de son ventre.

- Qui ?

L'autre arrêta de boire. Nathrin avait-il posé la question de trop ? Le Gand se pencha en avant. Notre contrebandier banda tous ses muscles, prêt à bondir de sa chaise et fuir.

- Si je le savais, je serais déjà loin de ce trou, dit la mouche (et le contrebandier se détendit à ces mots).

L'homme sourit. Mais ce n'était pas par satisfaction, non ; un poids venait de se lever de ses épaules en entendant parler son interlocuteur. On ne le soupçonnait donc pas encore. Peut-être même qu'on attraperait un autre à sa place ?

- Mais cet...Officier. C'était un droïde. Il aurait pu...Reprogrammer quelque chose pour aider la républicaine à fuir ?

- Un cyborg, corrigea à nouveau le Gand, ignorant qu'il n'apprenait absolument rien à l'autre et qu'il se faisait mener par le bout du nez. J'ai demandé à Jay Utal pour en être certain.

- Jay Utal ? Interrogea Nathrin.

- Vous n'êtes vraiment pas du coin hein ? C'est un petit expert local en droïdes en tout genre. Le genre qui vous répare un datapad avec trois soudures et un coup de vibrotournevis.

Notre contrebandier sourit. C'était enfin une information utile, non, plusieurs qu'il venait d'entendre. Il déposa sur la table une poignée de crédits. C'était bien le minimum pour tout ce qu'il avait appris.

- Merci de votre temps.

Le gros chasseur saisit dans son gant droit l'argent et commença à le compter. Alors que Nathrin se levait de sa chaise, il entendit à nouveau la voix dissonante du personnage s'élever.

- Intéressé par une petite astuce ?

Une astuce ? Etait-ce le paiement qui avait mis en de meilleures dispositions le chasseur pour qu'il offre ainsi gratuitement des informations supplémentaires ? D'un hochement de tête, il l'invita à poursuivre.

- Dans ces terres désertiques, la curiosité sera votre glas. Soyez prudent étranger. Un pas de travers pourrait bien être votre dernier dans ces landes inhospitalières.

Nathrin ne répondit pas. Il ne s'attendait pas à des menaces. L'autre, comme s'il avait simplement décliné des mondanités, continuait tranquillement à compter l'argent offert quelques instants auparavant pour le bavardage. Etait-il en train de fixer notre homme, sous son scaphandre figé et inexpressif ? L'ancien contrebandier n'aurait su le dire. Ce qu'il savait en revanche, c'est qu'il avait maintenant une piste là. Il abandonna là l'étrange mercenaire. Il était temps de rendre une petite visite à ce Jay Utal.
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MessagePosté le: 04/02/2017 14:50:43    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 06/03/2017 02:45:08    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin avait dû s'y reprendre à plusieurs fois pour trouver la boutique de Jay Utal. Les rues étaient sinueuses sitôt qu'on quittait les niveaux supérieurs, entremêlées les unes dans les autres. Rares étaient les indications - et aucune n'était dans la langue commune. Pour un parfait étranger comme l'homme, s'y retrouver avait été un calvaire. Ce n'était qu'en interrogeant les badauds sur son chemin (en prononçant simplement "Jay Utal" jusqu'à ce qu'ils comprennent) qu'il avait fini par obtenir des directions, d'un Utai aux yeux d'encre qui semblait n'avoir qu'une envie, se débarrasser du voyageur aussi vite que possible.
Ses pas et les indications du petit bipède à la peau rosée l'amenèrent enfin devant une échoppe miteuse. Elle était enfoncée dans une bâtisse de fer ronde, qu'on avait peinte à une loitaine époque dans des teintes beige sans doute par soucis esthétique. Mais le manque d'entretien et les intempéries avaient fait leur oeuvre; la peinture s'était depuis de nombreuses années écailles, révélant des lézardes de fer, mais lui aussi avait fini par ternir et rouiller sous l'effet du temps. Il n'y avait que deux vitres dans cette...Maison, si l'on pouvait la nommer ainsi. Mais leur verre était couvert de crasse et diaphane. Un petit panneau carré était vissé au-dessus d'une ouverture rectangulaire qui faisait office de porte; des bouts d'acier aux textures et couleurs hétéroclites avaient été soudés entre eux sur cette pancarte, épelant les lettres "Jay Utal". Cet endroit miteux était...?
Mais à en croire le Gand, c'était un expert local. Non, c'était l'expert local en droïdes. Il devait en avoir le coeur net. Sans plus d'hésitations, il pénétra dans la boutique.


L'intérieur ressemblait à l'entrepôt d'un inventeur. Sitôt la porte passée, on débouchait dans une large salle.Si Nathrin s'était attendu à un endroit mal éclairé, il n'en était rien. Le plafond était directement ouvert, laissant librement entrer le Soleil et le sable. Les rayons nets et affûtés du début d'après-midi révélaient sans pitié toute la saleté du lieu. C'était un innommable bazar, un ramassis de détritus retapés qui mouraient chacun dans leur petit coin de pièce, drapés de poussière, plongés dans l'oubli. Les murs étaient dissimulés par de hautes étagères grillagées, verrouillées par des cadenas. Autour du trou aménagé pour qu'entre le jour, une véritable toile de fils gainés et épais avait été tissée, désordonnée et touffue, s'étendant comme un monstre tentaculaire dont les bras rampaient jusqu'à chaque mur.
Dans tous les coins de la pièce se trouvaient des piles d'objets insolites; au-dessus d'un établi massif était suspendue une grue magnétique. Elle tournait, solitaire, accompagnée d'un "bzzzzz" à chacun de ses mouvements, triant des tas de boulons autour d'elle et les rangeant méthodiquement dans une boîte compartimentée au-dessus de l'établi. Malheureusement, la boîte était percée. Les boulons avaient tôt fait de rouler à nouveau sur le bois brut. La grue rangeait à nouveau les perturbateurs, mais son effort ne s'achèverait clairement jamais.
Sur une autre table, au milieu de carcasses désossées et méconnaissables d'appareils industriels, on distinguait des bras articulés, et des jambes, et des plaques de blindage.
Sur une autre encore, trois petits droïdes roulaient sur la table, et c'étaient des droïdes souris! Ils se poursuivaient, glissant gaiement les uns après les autres entre des monticules d'objets - parcours improvisé visiblement très distrayant.

Nathrin détacha son regard du petit trio vrombissant. À côté de la grue mécanique, il y avait une porte. Plusieurs bras de fils du plafond s'y engouffraient. Il s'approcha de l'encadrement; une cage d'escalier en colimaçon plongeait plus en profondeur. Le plafond était bas, et le seul éclairage était celui de tubes luminescents sur les côtés du corridor. Nathrin s'engagea dans les marches, obligé de se courber pour ne pas se cogner contre les gros fils. Ce plafond était vraiment bas. Il distinguait, grâce à l'éclairage du hall central, une porte tout au bas de sa descente, cloutée et en fer. Le son de ses pas fut bientôt dominé par un autre bruit, en provenance de son objectif. Il arriva devant la porte et tendit l'oreille, car cela semblait être une discussion. Il distinguait une voix...Oui, il y avait bien une voix...Et elle parlait en basic!

Nathrin se rendit soudain compte qu'il était entré dans la nouvelle pièce quasiment malgré lui. En entendant les paroles dans la langue commune, il avait poussé sans réfléchir la porte - qui par chance était ouverte. Ici, il n'y avait que quelques rares sources de lumière. La première était une sorte de générateur bleu dont on devinait seulement les contours; c'était un disque luminescent et palpitant, qui alimentait quelque chose, au centre de la pièce, comme une énorme cuve dont s'extirpaient des tentacules gainés titanesques, plongeant dans le sol ensuite. Les fils du plafond venaient se greffer à la grosse forme cylindrique, ou peut-être qu'ils en partaient? Cela était peut-être une sorte de réacteur, alimentant toutes les inventions atypiques de la boutique? Nathrin n'aurait su le dire.

La deuxième source de lumière était un écran holographique, actuellement actif; un homme était en train de s'exprimer, visiblement sur un sujet où il y avait beaucoup à dire. Autour de lui, l'hologramme avait (non sans mal) capturé la plupart des meubles. Le personnage lui-même était assis tranquillement dans un large et profond fauteuil, et il portait un uniforme orné de multiples médailles. C'était un gradé. Et le symbole sur son épaule droite ne trompait pas; c'était un militaire séparatiste.
Il venait d'achever une phrase dont Nathrin n'avait rien pu saisir. En dessous, des sous-titres dans une langue étrangère (probablement le dialecte Utapaun local) assuraient à ceux qui ne parlaient pas le basic une compréhension parfaite de ce qui se disait. L'homme s'humecta les lèvres, sous une moustache touffue.


- Ce qui est le plus tragique dans cette affaire, c'est que nous avons perdu cette nuit là un héros, dévoué corps et âme à la cause confédérée. Nous avons tous vu l'enregistrement du garde magna. Mais si je suis ici ce soir, c'est pour expliquer à l'opinion ce que les dernières enquêtes ont dévoilées. Vous avez déjà dressé un portrait très fidèle du feu lieutenant, mais ce que vous n'avez pas dit, c'est qu'il n'est pas mort en trahissant la Confédération. Il est mort en la protégeant.

Le visage du militaire disparut un moment, pour repasser des images que Nathrin avait déjà vu trop de fois ces derniers jours; celles de Tericarax affrontant les gardes IG-100. Néanmoins, il s'était approché, sa curiosité piquée au vif. La C.S.I l'avait abattu pour trahison...La générale Yvanol elle-même lui avait dit que Tericarax était mort en cherchant trop loin au sujet de Sharkaran...Mort en héros? Pour protéger la C.S.I? Derrière, la voix d'un commentateur résumait brièvement les événements relatifs à Utapau; l'attaque des Sith sur plusieurs mondes séparatistes isolés et dépourvus de garde conséquente, la mobilisation du cyborg pour les stopper sur la planète désertique. Le militaire reprit bientôt le rôle de narrateur du récit, accompagné des sous-titres alors que l'image revenait sur son visage. Ses joues étaient enflées en un petit sourire tandis qu'il contait son histoire.

- ...La garde, appelée pour renouer des liens durables avec la Confédération. Imaginez un peu, le tumulte dans l'état major! Des républicains, en terre séparatiste! Et pour une opération militaire, de surcroît. Comme si la C.S.I avait besoin d'aide et n'était pas apte à régler ses problèmes seule. Mais l'état major sait qu'il peut gérer les terroristes par lui-même. Son objectif n'est pas de garantir le succès d'une opération qu'il sait déjà gagnée. Il veut forger des relations entre son armée et l'élite fédérale, parce que ses tentatives avec le chancellier républicain, M. Nocturna, ont été infructueuses. Alors ils chargent le lieutenant de contacter la République pour demander de l'aide.

- Et le Sénat accepte d'envoyer des troupes? Demanda le reporter de l'autre côté de la caméra.

- Le Sénat accepte. Pas immédiatement, bien sûr, une telle décision prend du temps, ce n'est pas à prendre à la légère. Mais ils finissent par accepter, oui, et envoient leur générale, Lyzs Yvanol, ainsi que la crème de la crème de leurs membres sur place, droit pour rencontrer Tericarax. La garde se divise en deux. Une partie se rend sur Félucia, elle aussi attaquée, et une toute petite portion de l'effectif - une infime portion ! accompagne Tericarax pour agir sur Utapau. Mais cette portion, c'est rien de moins que la générale Yvanol elle-même et ses meilleurs soldats. Nous sommes quasiment sur un instant historique entre République et C.S.I. .

Le visage du militaire resta quelques instants figé sur sa dernière phrase, pour lui conférer plus d'impact. Nathrin se souvenait de ce moment. Il l'avait vécu. Il avait accueilli lui même la générale, l'avait mené à une salle de réunion pour y attendre Tericarax. Il avait vu les échanges et discussions entre les deux protagonistes de ses yeux. Le futur semblait si brillant. À cet instant, il pensait son supérieur cyborg invincible. Il ne l'aurait jamais imaginé disparaître...Surtout pas quelques heures plus tard. Tout cela semblait si lointain...Et pourtant, il était de nouveau sur cette planète. Le reportage répétait encore des informations sur le passé de chercheur réputé du personnage, la façon dont il avait été transformé en créature mi-droïde mi-biologique pour survivre. L'image revint à nouveau sur le militaire.

- ...Une fois les troupes coordonnées pour mettre à mal les Sith, le lieutenant décide qu'il faut discuter avec le seul survivant des attentats, l'administrateur du port Tarun Blaum. Il demande à la générale de l'accompagner, car elle est sensitive. Il veut utiliser ses pouvoirs pour apaiser M. Blaum, et peut-être apprendre un élément décisif pour retrouver les fugitifs. Mais, lorsqu'ils arrivent devant l'administrateur, la générale utilise la Force pour faire tomber Tericarax sous son emprise. Le lieutenant est alors obligé de faire selon sa volonté. Il abat, contre son gré, l'administrateur du port. L'holo-vidéo qui circule sur tous les réseaux Shadownet actuellement est la réaction des gardes IG-100 face à la mort de leur maître.

- Donc il a bien trahi la C.S.I, n'est-ce pas?

- Absolument, mais là où son génie et son dévouement se révèlent, c'est juste après. Sitôt son oeuvre accomplie, Tericarax s'isole dans le bureau de Tarun Blaum. Il y livre une communication, une seule:
(sa voix changea alors; on diffusait à la place un enregistrement d'une voix grave et métallique qui n'appartenait clairement pas à l'homme. Saturée, à cause de la mauvaise qualité des transmissions, elle fit néanmoins tressaillir Nathrin: c'était la voix de Tericarax!) "À toutes les droïdes d'Utapau, ici le lieutenant Tericarax. Abattez moi. Ceci n'est pas un exercice. Abattez moi." Donc que font les troupes, reprit le militaire. Elles exécutent l'ordre qui leur est donné. Notez comme le lieutenant a bien pris soin d'ordonner uniquement les droïdes et pas les hommes "organiques" comme on les appelle dans le jargon.

- Pourquoi seulement les droïdes? Et comment a-t-il pu donner cet ordre, s'il était sous la volonté de la générale Yvanol?

- Tericarax était un officier très intelligent. Il savait très bien que si d'autres hommes venaient face à lui, ils prenaient le risque de tomber également, ensorcelés par la républicaine. Les droïdes ne sont pas sujets à ces soucis. Nous pensons que Tericarax a réussi temporairement à se libérer de l'influence de la générale, grâce à sa part machine; un bug, si vous préférez, qui lui a permis de s'échapper pendant un court instant, pour donner son ultime ordre. Imaginez donc l'effort inhumain que cela représentait! Et pour ordonner sa propre mort, de surcroit. Il arrive même à guider la générale au coeur des troupes. Voyez-vous, il a monté lui-même le blocus pour traquer les Sith. Il sait où les troupes sont mobilisées. Au lieu d'emmener directement la générale face à des gardes et se faire abattre sur le champ, il se rebelle contre son contrôle autant qu'il le peut, et l'amène sans qu'elle le sache au milieu de tous ses droïdes. Non pas pour que la générale tombe, mais pour que lui soit certain de périr. À cet instant, Tericarax sait pertinemment que si la générale meurt, tout retombera sur le dos de la Confédération et que les espoirs de négociation seront perdus. Les dernières traces de son libre-arbitre décident qu'il doit se libérer de l'emprise de Lyzs Yvanol. Et pour ça, il choisit la mort.

Le visage du militaire resta suspendu sur ses derniers mots. Une musique accompagna une transition vers des images de droïdes B1 marchant au pas, gardant des habitations, aidant à déblayer un quartier fracturé par une catastrophe. Le narrateur annonça alors la suite: "Le lieutenant, après des heures de lutte contre la Force et la volonté de la générale, trouve la mort et sa libération, frappé par un tir dans le torse. Il chute alors de plusieurs centaines de mètres de haut, droit dans la mer de Pau-city. Son corps coule si profond qu'aucune équipe de recherche n'arrivera à retrouver sa dépouille". Le reportage s'arrêta là-dessus.

Nathrin fit plusieurs pas en arrière. Il n'y comprenait plus rien. Tout semblait...Tout semblait si vrai. C'était donc ça qui s'était passé...? Mais alors, la générale...La générale lui aurait menti...? Est-ce qu'elle lui avait menti après avoir tué Tericarax, pour qu'il l'aide à fuir? Il sentit la force déserter ses jambes, et dut se maintenir à un établi, dissimulé dans l'ombre, pour ne pas tomber à genoux. Qu'est-ce qui était vrai, et qu'est-ce qui était faux? La générale Yvanol avait parlé d'un Sharkaran...Mais Nathrin n'avait jamais entendu ce nom. Et la version du reportage était si douce...Tericarax, mort en héros, plutôt qu'en traître...Un héros, cela semblait bien plus approprié. N'était-ce pas lui qui avait sauvé Irina? N'était-ce pas lui qui l'avait sauvée de la mort sur Myrkr...? N'était-ce pas le cyborg qui l'avait sauvé lui d'une vie d'esclave ? Il...Il avait sauvé la C.S.I en se sacrifiant...Nathrin voulait croire en cette version...
Il se retourna, et son bras heurta quelque chose sur l'établi où il s'appuyait.


- Aïe! fit une voix monocorde.

Notre homme se figea. Dans les tas de détritus, quelque chose venait de parler. Il se baissa, mais le manque de lumière l'empêchait de voir quoi que ce soit. Il tâtonna, jusqu'à tomber sur...Une tête. C'était une tête de droïde protocolaire, mais elle n'était rattachée à aucun corps; des fils sortaient de sa nuque et disparaissaient dans la pièce. Les deux yeux du droïde palpitèrent d'une douce lumière et se fixèrent immédiatement sur Nathrin quand celui-ci trouva la tête.


- Ah! Eh bien, en voilà une façon de traiter les droïdes! annonça le cybernétique (ou plutôt le quart de cybernétique) de son ton unichromatique.

Nathrin, à la fois choqué et soudainement honteux, s'excusa platement.

- Ah, pas grave! dit le droïde. Alors étranger, qu'est-ce que vous venez faire chez Jay Utal?

- Je...Je cherche...Cherchais des réponses.

Un Utai jaillit de l'ombre. D'où donc sortait-il? L'homme sursauta, mais le bipède nain réagit simplement en lui arrachant la tête de droïde des mains. Il grommela dans sa langue natale, avant de reposer la tête sur son établi, droite et fière. Alors, il se flanqua là, dans la pénombre.

- Peut-être bien que nous les avons, dit le protocolaire. Je suis J-A-I3023, mais tout le monde m'appelle Jay. Et voici Utal.

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MessagePosté le: 08/05/2017 01:51:13    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin détourna les yeux. Le petit Utai l’observait avec un air maussade, grognon jusque dans la forme même de son visage. Le droïde, lui, sans doute à cause de son faciès figé, exprimait une curiosité véritable. Les deux formaient le duo connu sous le nom de Jay Utal, mais notre homme n’était plus d’humeur à poser des questions. Il avait appris la vérité de l’enregistrement, de l’holo-vidéo confédérée. Ainsi son ancien supérieur était mort en héros...C’était digne de lui. Il ne pouvait en être autrement...Tericarax n’aurait jamais trahi la Confédération, il était...Il était…
L’ancien contrebandier se revit à nouveau enfant. Apeuré, meurtri, esseulé au fond d’une cage. Le visage reptilien qui, après avoir abattu ses geôliers, l’avait fixé avec des pupilles si perçantes...Plus perçantes que celles de Svahl et Moddn. Il avait eu l’impression que la machine n’avait pas qu’observé son corps. Elle avait également sondé jusqu’à son âme. C’était étrange, quand on y pensait. Le Kaleesh ne ressentait pas les émotions. Pourquoi avait-il été le premier à comprendre le garçon ? Il n’était pas humain, il était si monstrueux, si cauchemardesque...La mort personnifiée. Pourquoi cette aberration avait-elle été à même de libérer le garçon...Des siens ? Pourquoi son propre genre l’avait-il réduit en esclavage, pour qu’une ombre des étoiles défasse ses chaînes ?
Parfois Nathrin se demandait si Tericarax ne l’avait pas tué, ce jour là. Son passé d’esclave, mis à mort par un héraut du décès, qui l’avait ensuite accompagné dans les limbes. Il l’avait mené à une vie nouvelle...L’humain n’avait jamais voyagé étant jeune, mais le cyborg l’avait entraîné dans son sillage, de monde en monde. Il l’avait finalement remis à un Eden idyllique et radieux, il l’avait remis aux Corelliens. « Jeune humain sans famille. Il s’accroche à moi, mais il ne survivrait pas là où je me rends. Probablement arraché à ses parents très jeune. Retrouvez son foyer. », avait-il commandé de sa voix grondante de fer aux diplomates à qui il avait remis Nathrin, encore enfant. Face au généreux paiement et aux griffes menaçantes du cyborg, le quatuor n’avait pas su refuser. Mais les recherches ne donnèrent rien. Ses parents étaient ou bien sur un monde désolé et inconnu, ou bien ils avaient été tués par les guerres, ou des pirates, ou qui savait quel autre fléau de la galaxie. Les diplomates s’étaient résolus à adopter l’enfant, pour qui ils s’étaient pris d’affection. Mais il avait toujours depuis été tourné vers les étoiles. Pendant qu’il apprenait l’histoire galactique, et prenait pour la première fois de sa vie des bains d’eau chaude, il ne cessait de rêver des voyages et des espèces qu’il avait vu, en compagnie du monstrueux cyborg qui avait abattu son passé pour lui offrir son futur. C’était pour cette raison, pour cette négociation, qu’il avait toujours été reconnaissant au Kaleesh. C’était un monstre, sans moral, sans émotions, qui abattait à mains nues sans sourciller ceux qui le contrariaient...Mais c’était aussi le premier à l’avoir aidé. Et maintenant...Et maintenant…

« - Eh bien ? » Trancha d’un ton enjoué une voix cybernétique à travers son raisonnement. Nathrin cligna des yeux, tiré de ses sombres rêveries. C’était Jayl, le droïde protocolaire, qui venait de parler. Les deux disques blancs et lumineux qui lui servaient d’yeux prirent une expression telle qu’on aurait cru qu’il haussait un sourcil. « - Vous semblez soucieux étranger. Vous cherchez des réponses, oui ou non ? »

« - Je...C’est que... » Le contrebandier ne savait plus vraiment. Il avait ses réponses, oui...Mais pas totalement, en un sens. Il lui manquait toujours quelque chose. Une pièce au puzzle, qui avait échappé à tout le monde visiblement. Mais l’ancien contrebandier ne savait pas vraiment comment formuler ses pensées. Et s’ils le soupçonnaient d’être de mèche avec Tericarax ? S’ils devinaient que c’était lui qui avait aidé à s’échapper la générale ? Il inspira profondément puis se jeta à l’eau.

« - Je cherche un IG-100. Celui-ci est particulier, il devrait porter un manteau blanc, avec des symboles noirs dessus et le symbole séparatiste. »

Le droïde émit un « Hmm » pensif, puis tourna ses deux iris lumineux et artificiels vers son compère, ce bipède nain à la peau épaisse et aux yeux ronds et noirs. Celui-ci avait grimpé sur un tabouret assez haut pour l’amener à hauteur de son établi, et portait à présent une torche à plasma dans une main, un masque de soudure sur la tête. La tête protocolaire l’interpella dans une langue étrangère, un dialecte local. L’autochtone tripota sa précieuse torche, y faisant naître une douce flamme de plusieurs centimètres, précise et aux contours nets. Alors qu’il plaquait son masque contre ses yeux, il grommela une réponse dans sa propre langue, puis il entama une soudure sur une pièce de bronzium – ou un autre matériau métallique que le contrebandier ne sut reconnaître dans la pénombre.

« - Bon, on va pouvoir faire affaire alors. Les IG, ça court les rues depuis les dernières semaines. Des petits bijoux coûteux, sacré pièce d’électronique. Mais des gardes avec un manteau comme le vôtre, plus rares, bien plus rares. (Son ton se fit plus grave) Vous cherchez une piste dangereuse, étranger. »

Nathrin resta silencieux. Le droïde savait quelque chose, c’était certain. Et cet avertissement...Comme le Gand avant lui dans la cantina. Un étrange secret était tissé autour de toute cette histoire. Il rajusta instinctivement son chapeau sur sa tête, fermant un œil pour s’autoriser l’instant de la réflexion. L’affaire semblait plus étrange et complexe que ne semblait vouloir l’avouer la C.S.I. Ici, sur Utapau, les habitants avaient connaissance d’un secret qui devait être caché du reste de la galaxie. Pourquoi ? Il fouilla d’une main dans sa poche, et en tira un rectangle doré bordé de vert ; une plaquette de crédits, frappé de la monnaie séparatiste. Il les déposa droit devant le visage du robot, qui loucha devant. Affichant une satisfaction manifeste, il poursuivit, toujours d’une voix sombre.

« - Jay Utal n’est pas omniscient sur Utapau, mais il prête une oreille attentive quand des droïdes coûteux sont en jeu. Celui que vous recherchez était au service du cyborg qui est tombé dans le gouffre. Un modèle farouche et silencieux. Il a déjà attiré plusieurs regards. D’autres, désireux de mettre fin à sa fuite, avant qu’il ne tente de venger son maître défunt. Personne ne souhaite voir d’autres vauriens saisir l’opportunité pour encore blesser la CSI. Il baissa le ton, jusqu’à un chuchotement, comme si les murs avaient des oreilles. Les maîtres noirs ont déjà fait tant de mal...Un IG-100 de ce calibre, et armé de désirs de vengeances pourrait causer la Force sait quels dommages... »

« - Savez-vous où il pourrait être maintenant ? » s’enquit Nathrin d’une voix plus profonde qu’il ne le voulait. Le ton de son interlocuteur l’avait fait plonger dans une humeur circonspecte de raisonnement, effaçant sa morosité. Seul le doux crépitement de la flamme sur l’acier venait tapisser l’atmosphère, tant d’une odeur forte que d’un ronronnement continu.

« - L’endroit exact où se trouve en ce moment ce dangereux soldat...échappe à Jay Utal lui-même, avoua J-A-l3023 toujours dans un murmure synthétique. Mais il y a des rumeurs. Les droïdes indépendants sont rares...Mais leur programmation si permissive reste possible à déchiffrer. A comprendre. Il y a un vieil entrepôt dans la ville basse, rectangulaire, étranger à nos architectes mêmes. Un domaine où sont entreposés les ratés des chaînes de production...Au plus bas niveau de la ville, avant l’océan, au milieu des bas-fonds. Mal famé, vil. S’il est encore en un morceau il tentera de s’y rendre. »

« - Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans cet entrepôt ? »

Brusquement, un son fit sursauter Nathrin ! L’Utai grommela et pesta vers le sol, où une boîte d’écrous renversée gisait. Refusant d’abandonner sa précieuse soudure, il jeta encore plusieurs phrases dans sa langue obscure, des interjections qui étaient tout sauf douces à leur intonation. L’ancien contrebandier tourna à nouveau son regard sur J-A-l3023.


« - Un public, compléta-t-il mystérieusement. »


Il n’y avait guère plus d’informations à tirer du binôme, de cela Nathrin était certain. Il prit néanmoins soin de se renseigner plus avant sur les bas-fonds, mais le duo de cybernéticiens ne lui fournit que des évidences. La nuit était bien évidemment le moment le plus dangereux, il fallait surveiller ses poches, les étrangers étaient les plus exposés...Le discours habituel pour n’importe quelle planète civilisée de la galaxie. Puisque la nuit était l’heure la plus dangereuse, c’est tout naturellement aux dernières lueurs du jour que notre contrebandier s’aventura enfin vers les bas-fonds. Pour descendre des niveaux plus hauts, il avait loué un speeder simple mais robuste. Le ronronnement du moteur et l’air sur son visage alimentaient sa réflexion.

L’IG-100 de Tericarax était traqué. On voulait le désactiver, parce qu’on craignait qu’il soit un danger, qu’il lance une rébellion ou des actions contre la Confédération afin de venger son ancien propriétaire...Mais qui cherchait ce droïde ? Nathrin savait bien que, même avec une somme plus conséquente, les deux artisans n’auraient pas donné de noms – pas à un étranger comme lui. La C.S.I. peut-être ? Non, ça n’était pas leur façon de faire...Il n’y avait pas d’affiches dans les rues. Pas de mandat de recherche officielle. Le militaire n’avait pas même daigné mentionner l’IG-100 dans son interview sur les réseaux ShadowNet.

Les phares du speeder projetaient un halo diffus sur la route. Le chemin était terreux, et les ombres s’étiraient avec la venue d’un crépuscule aussi gris que bref. Le relief semblait empli tantôt de bosses, tantôt de creux, qui n’étaient que des formes jetées, écartées par la lumière du véhicule. Le chapeau de notre homme, fermement ancré sur sa tête grâce à une lanière de cuir, tremblait furieusement ; son poncho claquait vigoureusement au gré de la vitesse, des accélérations et décélérations.

Il ne pouvait s’empêcher de repenser au Gand. S’il y avait bien une personne qui ne lui avait pas plu depuis qu’il avait posé le pied sur Utapau, c’était lui. A l’idée que le fidèle garde magna de Tericarax ne finisse entre les mains de ce mercenaire, l’humain fit inconsciemment accélérer son speeder. Si une crapule comme lui mettait la main sur l’IG-100...Qui savait ce qu’il pourrait bien en faire ? Rien que cette pensée faisait bouillir son sang. Il devait trouver ce droïde le premier. Pour la mémoire du défunt Kaleesh, pour que le cyborg puisse reposer en paix il n’y avait aucune alternative.

La nuit naissante transformait les collines en montagne, et les fossés en ravins. Les ombres étaient denses, malgré l’éclairage des neuf lunes dans le ciel lointain. Car les niveaux les plus bas la lumière nocturne n’atteignait jamais ; seul l’éclat distant d’un océan menaçant et noir confirmait l’obscure clarté du ciel. Nathrin et son véhicule plongèrent à nouveau le long d’une vague terreuse. Les habitations élégantes et rondelettes des niveaux supérieurs avaient disparues au profit de maisons plus modestes, délabrées et décrépies. Elles se supportaient, affalées les unes contre les autres, comme prêtes à céder d’un commun effort si une seule d’entre elles chutait. Pour peu, elles auraient semblé de paille et de terre.

De rares lumières vacillantes indiquaient les foyers encore levés. Le chant du speeder filant dans les rues désertes de ce bidonville alien était une ode solitaire. Enfin, l’humain l’aperçut ; c’était une forme sombre plus haute que les autres, aux contours assurément plus rigides et austères. Le doute n’était pas permis, il s’agissait très certainement de l’entrepôt décrit par Jay Utal. L’anticipation se mit à lui ronger le torse. Et si l’IG-100 y était vraiment ? Et s’il ne venait pas ? Et si… ?...Du calme Nathrin...Du calme. L’enfant inexpérimenté qu’il avait été résidait dans le passé. Il avait à présent du savoir-faire. Il savait comment aborder ce genre d’endroit mal fréquenté.

Suivant ce qu’il avait déduit des paroles du droïde Jay, Nathrin gara son speeder à une distance raisonnable de son objectif. S’il n’était pas seul, il fallait éviter d’attirer directement l’attention sur lui. Il prit soin de poser une bâche sur son véhicule, dans l’espoir que la nuit formerait un camouflage discret sur celui-ci, gardant au loin les yeux inquisiteurs de potentiels pillards. Alors, il se dirigea vers le bâtiment. A sa cuisse droite, son fidèle blaster. Sur son crâne, son chapeau – superflu dans l’obscurité, mais un contact habituel et rassurant. Dans sa poitrine, une chamade sombre et toxique, un frisson de crainte comme d’a priori.
Il jetait des regards discrets mais fréquents autour de lui, profitant de l’ombre de son propre couvre-chef. Qui savait qui pouvait bien l’observer, dans l’anonymat de la nuit ? Il fallait être méfiant. Tous les avertissements qu’il avait reçu ne laissaient planer qu’une certitude indiscutable : un faux pas pouvait très bien coûter la vie au contrebandier. Il ramena machinalement son chapeau plus avant sur son visage en se raclant la gorge. Ce n’était pas une perspective rassurante. Nathrin n’avait certainement pas l’intention de mourir ce soir.

Accompagné du seul son de ses pas sur un sol au sable grossier, il arriva face aux portes de l’entrepôt. Les environs étaient désertes. Pas un tooka dans les rues. Il se racla à nouveau la gorge. Les portes face à lui étaient tenues fermées par une chaîne qui enserrait les poignées de fer des deux battants – eux aussi d’acier. Il se tourna, circonspect, et inspecta les rues derrière lui. La monotone obscurité et les grondements lointains de l’océan furent les seuls réponses à son doute silencieux. Guère rassuré, mais à défaut certain de disposer d’un peu de temps, il sortit un petit cutter laser, sectionnant l’acier en silence. Avec un soin renouvelé, il ôta les chaînes, maintenant les maillons silencieux avec le talent des meilleurs voleurs.

Avec un soupçon presque douloureux dans le torse – et un tremblement manifeste de ses mains – il ouvrit enfin les portes de l’entrepôt.

Noir. Il y régnait une obscurité plus épaisse encore qu’au dehors. Nathrin, sur ce constat, sortit une petite lampe, et commença à éclairer promptement l’endroit. Le hall d’entrée était désert. Une épaisse couche de poussière couvrait le sol, la place était abandonnée depuis des semaines voire même des ann-...Notre homme aperçut au sol, au milieu de la poussière, des traces plus récentes. Il s’avança jusqu’à leur niveau, s’accroupit. Elles étaient allongées. Sans semelle ni crampon. Des empreintes laissées ou bien par un animal que le contrebandier ne connaissait pas...Ou bien par un droïde. Il traça la suite des pas – qu’il espérait d’origine robotique – à l’aide de sa torche. Ils partaient d’une pièce sur la gauche, traversaient le hall, puis allaient à la droite. C’était certainement…

Il sentit brusquement un contact dur à l’arrière de son dos.


« - Pas un geste, pas un bruit, murmura une voix aigu. N’ajoutons pas le meurtre à l’entrée par effraction. »
_________________________

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Tericarax
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MessagePosté le: 16/07/2017 19:16:22    Sujet du message: Tourner la page Répondre en citant

Nathrin pouvait sentir le contact froid dans son dos aussi sûrement que le frisson de sueur qui y coulait actuellement. Il avait levé ses deux mains, bien en évidence. La droite était vide, mais la gauche tenait toujours fermement sa lampe qui projetait un halo de neige au milieu de la noirceur nocturne. S'agissait-il de gardes de la C.S.I. ? Il n'y avait guère quoi que ce soit à déduire. Face à notre homme ne s'étendait que l'obscurité, éclairée d'un disque pâle qui révélait le sol désert depuis des semaines voire des années. Le disque tremblait ; c'était la main elle-même de Nathrin qui tremblait avec, d'instinct comme de fatigue, tant musculaire que mentale. Avec le poids d'une galaxie sur les épaules, il inspira. Son blaster était dans son holster, à sa cuisse. Peut-être que s'il tentait une diversion pour l'attraper, il pourrait...
Il chassa cette idée. Le temps que sa main ne rejoigne sa jambe, il aurait déjà cessé de respirer. Nathrin avait beau être un excellent tireur, il n'existait personne dans la galaxie qui pouvait bouger plus vite que la fureur incarnée d'un blaster. L'idée de se retrouver la chair percée par un plasma énergétique n'était pas une perspective particulièrement réjouissante pour l'homme...Il s'humecta les lèvres. Le passage en force n'était pas une option.


« - Eh bien ? Réclama la voix aiguë avec insistance. Des explications ? »

Il devait en apprendre plus. Peut-être que s'il arrivait à négocier avec son interlocuteur il arriverait à s'en tirer ? Au moins, la voix parlait en basic, c'était déjà un plus. Des gardes Pau'an auraient été une vraie malédiction pour l'homme. Il inspira. Il devait rester calme. Il pouvait encore tourner la discussion à son avantage. Il devrait composer avec le stress, mais c'était son seul échappatoire.

« - Des explications à un confrère qui voudrait s'accaparer mon travail ? Vous avez du culot ! » entama-t-il.

« - Un confrère ? Vous allez finir le reste de votre vie au fond d'une cellule si vous continuez comme ça. »

Nathrin s'était-il trompé ? Il sentit la honte s'instiller par chaque pore de sa peau ; une ondée lourde et toxique emplit tout son être, mais il la repoussa, se bornant à un sourire que son interlocuteur ne voyait pas, mais qui l'aidait à maintenir son calme.

« - Un agent de police, qui parle le basic courtois à un étranger attrapé en pleine infraction ? À d'autres. Et ce blaster dans mon dos... »

L'homme gigota un peu, pour que le baril de l'arme s'enfonce plus profondément dans son dos. Il n'arrivait pas exactement à déterminer le diamètre enfoncé contre sa chair, mais il arrivait à sentir une sensation familière. On avait rarement réussi à tenir Nathrin en joue de la sorte. Les quelques fois où les gardes avaient été assez performants – ou notre homme assez naïf – étaient assez rares pour qu'il puisse les compter sur les doigts de la main.

« - C'est un calibre respectable...Léger...Un S-5 ?... »

Il sentit dans son dos que la pression exercée par l'arme diminuer légèrement. Il avait visiblement tapé juste. Il enchaîna, toujours sur le même ton :

« - C'est une arme Naboo, rien à voir avec le E-5 confédéré utilisé ici...Une infraction de propriété et de l'usurpation d'identité. Nous formons un duo presque complémentaire, vous ne trouvez pas, étranger ? En fait...(Il commença à ralentir le ton, jusqu'à quasiment épeler ses mots tout en les murmurant)...je dirais même que votre arme... »

Brusquement il fit volte-face ! Sa main gauche écarta violemment le blaster, tandis que la droite saisit son arme bien à lui et la tirait hors de son holster, droit sur l'inconnu. La fin de sa phrase devait être annoncée triomphalement à l'alien qui l'avait tenu en respect ainsi à ses dépends : « N'est pas chargée vu son poids » devait-il lancer, car un blaster pesait significativement plus lourd avec ses munitions que sans, et l'homme était certain que l'autre avait bluffé quant au danger de son arme. Mais ce qui devait être un monument triomphal, l'annonce fière et certaine jetée au visage vert d'une étrange et quelconque créature d'une planète reculée s'effondra, tel un château de carte, ainsi que les certitudes de Nathrin. Dans la lumière de sa torche se tenait une...Femme ?
Avec le mouvement brusque et le vif éclairage, elle avait reculé, aveuglée, et se protégeait les yeux d'une main. Elle avait de longs cheveux de jais. Sa peau était sombre, même sous la lumière blanche vive.

Le contrebandier s'attendait à tout. Sauf à ça. Il avait devant lui un lapin pris dans les phares d'un speeder. Un lapin qui avait tenté de le menacer en se faisant passer pour les forces de l'ordre, mais quand même...


« - Vous...Euh... »

Il ne savait pas vraiment comment réagir. Il baissa sa torche, se rendant compte qu'il n'était probablement pas très civique de tenir ainsi en respect une interlocutrice. Alors qu'il s'apprêtait à s'excuser, la brune lui bondit dessus ! Avec une vivacité insoupçonnée, elle l'attrapa au niveau du bassin et le fit basculer avec un mugissement enragé. Mais elle était complètement folle !
Nathrin ne put faire qu'une chose, livré ainsi à la gravité : il tomba. De tout son corps et sa hauteur, il s'écrasa contre le sol rude du couloir, tandis que les rumeurs de sa chute et du râle de son ennemie allaient s'épandre dans toutes les pièces. Chaque ombre devait maintenant être informée de la présence de deux intrus. Tout se brouilla une seconde dans la vue de notre contrebandier alors qu'il heurtait le parterre. Son blaster lui échappa des mains. Il battit des cils, tout redevint net.

L'inconnue lui avait sauté dessus. Maintenant à cheval sur son ventre, elle levait son poing ! Il se protégea de la première frappe, qui heurta son poignet. Un second vint de la gauche, puis de face. Elle n'en avait pas l'air à la regarder, mais elle tapait drôlement fort ! Ce n'étaient pas des coups d'amatrice : elle savait ce qu'elle faisait. Le contrebandier ne pouvait que se défendre et sentit un coup le frapper au torse, lui coupant le souffle. Ses mains tentaient de se protéger des enchaînements de coups. Le silence de la nuit était troublé par les cris rageurs de l'inconnue, et les réponses endolories de Nathrin qui subissait ses assauts tout en s'en protégeant tant bien que mal. Un son approprié et courant dans les domaines les plus bas de la ville, dans les quartiers sauvages et primitifs, peuplés de bêtes plus que d'humains.

L'homme était marqué par la confusion autant que les articulations métacarpo-phalangiennes de son ennemie. Visage féminin rageur. Poing. Esquive sur le côté. Souffle court. Coup au ventre. Douleur. Main sur ses cheveux qui tirait fort, trop fort. Tenant autant à sa vie qu'à son cuir chevelu, Nathrin riposta à son tour d'un coup, et les deux paires de bras des deux combattants s'emmêlèrent à nouveau. Le duo furieux roula sur le sol poussiéreux, et soudain Nathrin était celui au-dessus, tenant l'inconnue par les deux mains. Il tenait chacun de ses poignets. Malgré toute sa colère, la femme ne pouvait pas espérer lui tenir tête : il avait plus de force, plus de muscle. Le contrebandier décida que la meilleure solution était de la faire abandonner. Ensuite il l'interrogerait pour savoir exactement ce qui elle était, ce qu'elle faisait ici...Il exerça sa force, commençant à écarter les bras de son ennemie de son corps. Il valait mieux la mettre en posture inoffensive avant de pouvoir parler ou bien...
Les deux yeux océan de la brune en face se zébrèrent de colère comme un ciel en plein orage, et Nathrin sentit brusquement un tambour carillonner dans son crâne. Le monde tourna, alors qu'il tombait en arrière, sonné. Sa tête le lançait douloureusement.
Elle...Elle lui avait mis...Il avait du mal à retrouver ses esprits. Elle lui avait mis...Un coup de boule... ? Il prit son crâne endolori à deux mains, tentant vainement de chasser la douleur – ou tout du moins le tournis vomitif. Nathrin essayait d'avaler l'idée. Elle lui avait mis un coup de boule...Mais cette femme était une malade ! Il lorgna avec difficulté dans sa direction, incapable de se relever. Elle-même n'en menait pas large : elle tentait de se relever, mais titubait pour inéluctablement perdre l'équilibre et retomber en position assise.
Le duo se releva piteusement au même instant. Ils se fixèrent avec l'éloquence de bovins dans un séminaire d'astrophysique, puis firent un pas dans la direction de l'autre, tremblant et instable. Un second, puis un troisième, avalant la distance aussi difficilement que l'oxygène.
Appelant à une vocation qu'il aurait peut être suivi dans une autre vie, Nathrin se mit en garde de boxe – ou du moins l'estimait-elle comme telle. Il espérait profondément que son Lui alternatif avait remporté assez de concours dans les cantinas pour pouvoir tenir tête à la femme qui s'avançait face à lui. Avec un « Hmmpph ! » étouffé et peu convainquant, il tenta un crochet du gauche ; son Lui alternatif devait être pâtissier tout au plus, car il perdit l'équilibre sans toucher sa cible. Elle avait évité un coup qui la manquait de toute façon – sa vocation alternative devait sans doute aussi être dans la restauration après tout – et ils tombèrent piteusement au sol, côte à côte, couverts d'hématomes, de sueur, de poussière, baignés dans l'obscurité nocturne et noyés par la fatigue.

Le contrebandier, le souffle court, fixait maintenant le plafond au-dessus de lui.


« - Et...Et si...On discutait...Plutôt... ? » articula-t-il.

La femme fit un mouvement dans la pénombre, qu'il interpréta comme un hochement de tête affirmatif. Notre homme regarda à nouveau le plafond et avala sa salive. Il avait la gorge sèche, mais sa gourde était accrochée à sa cuisse : dans son état, elle aurait aussi bien pu être sur une lune de Tatooine.


« - Je suis Nathrin » cracha l'humain avec difficulté.

« - Varykino » répondit d'une voix asséchée la femme. Le contrebandier se répéta le nom plusieurs fois mentalement pour se forcer à l'imprimer dans sa mémoire et le retenir.

« - Tu n'es pas des autorités...Pas vrai? » La question était rhétorique. Il était maintenant certain qu'elle aussi était une étrangère. La seule question vraiment importante était de savoir pourquoi elle avait tenté de le doubler de la sorte...Il se souvint de l'avertissement du Gand. ''Dans ces terres désertiques, la curiosité sera votre glas''. Peut-être qu'elle travaillait pour l'impitoyable personnage en scaphandre ? Il réfléchit quelques secondes, quand il se rendit compte que l'autre ne lui avait pas répondu.

« - Donc...Pourquoi tu m'as menacé... ? » insista-t-il, tentant de relancer une réaction chez elle. Pour seule réponse elle s'agita, bougeant piteusement jusqu'à lui tourner le dos, toujours allongée. Nathrin resta hébété. Il savait bien que les gens ne parlaient pas aussi facilement et rapidement que dans les holofilms, mais là...Il soupira, exaspéré. Sa tête le lançait encore, il sentait la douleur courir dans chacun de ses membres ainsi que son ventre, mais il n'avait pas de temps à perdre. Il devait explorer l'endroit et trouver ce que l'IG-100 de son ancien employeur pouvait bien venir y trouver...
Il se mit sur son séant avec un râle endolori, ses muscles exprimaient un mécontentement général à l'idée de se mettre debout, mais il n'avait pas le loisir d'attendre.
Il inspira puis expira pour tromper sa migraine et faire passer sa nausée. Allez Nathrin, debout ! Il se dressa enfin, victorieux contre ses bleus ! Maintenant il devait récupérer son blaster...Il ramassa en premier lieu son chapeau, l'épousseta du revers de sa main puis le remis sur sa tête.


« - C'est pour rentrer chez moi... » confessa Varykino. Il se figea. Rentrer...Chez elle ? Il lui adressa un regard. Elle était toujours allongée, mais à présent elle le regardait directement. La seule source lumineuse de la pièce était la petite lampe apportée par Nathrin, ainsi que les reflets lointains du ciel nocturne sur l'océan ; dans cette pénombre où les ombres et les lumières tranchaient les reliefs, son interlocutrice avait le visage tranché en deux, entre noir et clarté. Elle portait une tenue qui aurait été de commando, mais elle ne semblait pas exactement à sa taille. Sur un blouson tactique typique d'une mercenaire quoi que trop serré, elle revêtait une veste fine, probablement en coton, complètement hors de propos avec le reste de son accoutrement ; elle portait un short taille haute qui lui arrivait jusqu'à mi-cuisses, puis des bottes noires, probablement l'usuelle paire tout-terrain tant prisée par ceux qui devaient marcher si bien au milieu de bois que de marais ou de pentes rocailleuses. Si l'on exceptait la veste de coton, on aurait eu un accoutrement parfait pour une chasseuse de prime. Elle portait également à la cuisse droite le holster du blaster avec lequel elle avait menacé Nathrin.

Mais l'homme ne détailla pas plus la veste de coton ; son attention avait été happée par le visage de cette Varykino. Dans l'obscurité, ses cheveux formaient une nappe plus sombre encore, qui encadrait son visage en un suaire de jais qui se fondait dans la nuit et qu'on devinait à peine. La moitié éclairée de son visage renvoyait la même fatigue que celle dont Nathrin était victime. Ses iris d'eau profonde trahissaient une autre émotion, mais il ne parvint pas à la déchiffrer.

« - Rentrer...Chez toi ? » répéta-t-il. Il ne comprenait pas ce que voulait dire l'inconnue. Peut-être que...Elle était bloquée sur la planète, pour une raison ou pour une autre ? Le voyage interstellaire était coûteux pour ceux aux revenus modestes...Et même si elle avait été assez forte pour le mettre au sol, une professionnelle aurait pressé la gâchette bien plus tôt...Et cette veste de coton...Ca n'était pas l'habit d'une mercenaire...Varykino...Il mâcha le nom dans son esprit...

« - Naboo... ? » risqua Nathrin. Il vit la jeune fille face à lui hocher positivement de la tête. Maintenant il comprenait. Naboo était une planète républicaine ; avec la tension récente de la C.S.I. et les attentats, les contrôles dans les astroports confédérés devaient être excessifs pour les transports civils. En plus de ça les voyages interstellaires étaient onéreux pour le citoyen lambda ; Varykino avait peut-être perdu tout argent ou moyen de confirmer son identité. Elle aurait été attrapée par les autorités séparatistes en tentant de rentrer chez elle, si tant est qu'elle possédait seulement les crédits nécessaires pour un tel voyage...L'ancien contrebandier soupira.

« - Mercenariat pour payer ton voyage, je veux bien comprendre...Mais ça n'explique toujours pas pourquoi moi ? »

« - C'est ce que Zackrygg voulait...En échange je pouvais repartir libre chez moi... »

« - Un Gand ? »

À nouveau elle confirma sa question d'un mouvement du menton. Cela ne pouvait être que celui de la cantina. Heh, un bel avertissement, songea Nathrin, un sourire railleur aux lèvres. Tout en le prévenant du danger, il envoyait lui même le danger à sa rencontre...Visiblement, il ne voulait pas de concurrence dans la traque...Ou savait-il que Nathrin était l'homme ayant aidé la générale Yvanol à s'enfuir... ? Non, c'était improbable, sinon il l'aurait déjà attrapé dans la cantina, au lieu de siroter son sirop. Qu'il ne l'ait pas fait était une indication importante quant à ce qu'il savait et ce qu'il soupçonnait. Il ne savait pas que le contrebandier était celui qu'il traquait, mais il soupçonnait que sa présence gênerait ses affaires. Maintenant, la question était de savoir comment Varykino avait pu tracer si efficacement Nathrin. Engagée de force ou pas, elle avait des compétences certaines en matière de filature aussi bien qu'en discrétion. Puisqu'elle venait de Naboo, cela ne pouvait que signifier que...

« - Est-ce que...Est-ce que tu vas me tuer ? » osa-t-elle timidement, tranchant à travers les pensées de notre homme. La tuer... ? L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. Pourquoi aurait-il voulu éliminer une pure inconnue, au milieu d'un hangar abandonné, dans les bas fonds d'une planète méconnue de la galaxie ? Elle l'avait menacé, oui...Mais elle était perdue, plus même que lui. Et puis,
elle l'avait menacé avec un blaster non chargé. Elle n'était pas prête à supprimer une autre vie pour ses intérêts. Rien que pour ça, elle méritait la merci et pas le courroux.


« - Je ne suis pas un mercenaire, et encore moins un meurtrier. » répondit Nathrin dans un soupir dépité. Il fouilla dans ses poches, jusqu'à sentir son porte-feuille. Grâce à tous les contrats accomplis à la solde du défunt Tericarax, il avait un compte en banque assez fourni pour se permettre d'offrir à cette Varykino un aller simple vers Naboo. La question était principalement celle des faux papiers...Mais il avait aussi des contacts dans le domaine de la contrebande. Il y avait bien Zeîun, un Besalisk et faux monnayeur de première qualité qui l'aiderait, pour une somme appropriée et à l'évocation du nom de Nathrin.

Il tendit à la femme plusieurs plaquettes de crédits et la carte de visite de Zeïun. Avec ça, elle aurait


« - Une moitié pour ton voyage de retour. L'autre pour te forger une identité provisoire et passer les filets confédérés. »

« - Tu...M'aides ? Mais...Pourquoi... ? »

Nathrin sourit. Il avait son passé. Ceux qui n'avaient pas le moyen de retourner à leurs racines finissaient bien souvent récupérés en esclaves, un sort qu'il ne souhaitait à personne. Sa contrebande avait toujours été dans cette optique : sauver ceux qui pouvaient l'être de l'affreux marché aux esclaves. Il conclut toutefois que ça n'était pas tout à fait la meilleure chose à dire à l'heure actuelle. L'atmosphère était trop lourde, trop sérieuse à son goût, il fallait corriger ça. C'était en réalité un besoin inconscient de se rassurer lui-même, pour affronter ce qui était à venir.

« - J'ai une faiblesse pour les jolies femmes » clama-t-il avec un facétieux clin d'oeil.


Les quelques minutes qui suivirent se composèrent principalement de Varykino, méfiante, qui inspectait avec circonspection l'offre de Nathrin tout en se relevant. Elle finit par s'épandre en excuses alors que chacun récupérait son équipement respectif – ce qui ne fut pas sans mettre mal à l'aise l'homme d'ailleurs. Lorsqu'il lui expliqua qu'il cherchait le même droïde que le Gand qui l'avait embobinée, la femme n'eut qu'une parole et l'hésitation en était absente :

« - Je veux aider. »


Ce furent sur ces mots qu'ils se trouvèrent à repartir sur les traces précédemment repérées par Nathrin. La piste n'était pas fondamentalement difficile à suivre, mais l'ancien contrebandier devait avouer que le faire accompagné d'une autre personne était bien moins oppressant pour les nerfs que seul. Ils passèrent une heure à tourner dans les pièces du grand hangar désaffecté. Des vieilles machines, abandonnées depuis longtemps, projetaient des ombres larges à la lumière de la lampe, des formes imaginaires monstrueuses et surréalistes. Ils finirent par arriver face à une porte piteuse ; elle ne tenait que par un gond sur son axe, déformée comme si des poings surhumains l'avaient martelée de coups sans discontinuer, ou qu'un gigantesque forgeron avait bosselé sur sa forge de titan l'innocente porte. La force supplémentaire apportée par Varykino ne fut pas de trop pour libérer la voie. Derrière, on débouchait sur un balcon dont le sol était grillagé, un échafaud donnant vers l'étage intérieur ; là, la lumière lunaire descendait directement du toit, effondré. Des bras de pierre s'accoudaient depuis les murs dans la pièce, comme une bête gigantesque et minérale assoupie, dont seuls les deux coudées étaient visibles, formant un cercle naturel, analogue à une cour de justice. Le rayon lunaire descendait directement sur une forme ; elle se tenait droite, de dos, patientant pour le jugement de la nuit ; le verdict des étoiles était silencieux, c'était la paix qu'apportait l'obscurité, le calme que promulguaient les lointaines galaxies. Le personnage bipède était de dos. On devinait des pieds rectangulaires et durs, le reste du corps était caché sous un manteau, nacré sous le linceul lunaire. Nathrin s'était figé.

L'être, à la façon d'un chevalier, avait un crâne couvert d'acier, et posait à présent un genou à terre, comme pris dans un serment connu de lui seul. Son attention n'était que sur sa tâche, quelle qu'elle fut. Peut-être...L'idée parut presque séduisante à Nathrin...Peut-être que celui au centre de la salle était en train de prier à la Force... ? Car quelle divinité plus adorée et respectée dans la galaxie... ? N'était-ce pas la meilleure déesse à implorer, pour le croisé au centre de la pièce ? Mais l'objet de sa supplication demeurait inconnu. La lune jouait sur les arêtes d'acier du champion, plongeant notre homme dans un silence contemplatif. Le paladin muet sortit alors entre ses mains cloutées de fer un petit objet ; de cette distance, il était impossible à distinguer, si ce n'était une forme relativement sphérique. Tenu au creux des mains du varlet, il était porté aux nues, et les lunes venaient taquiner à présent ce nouvel objet, y déposant leur clarté opaline aussi bien qu'une bénédiction silencieuse.


« - C'est lui » murmura Nathrin. Sa simple voix semblait le ravir à l'étrange beauté de cette scène. « C'est le garde que je recherche. »
_________________________

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MessagePosté le: 23/07/2017 11:46:30    Sujet du message: Tourner la page

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